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Leonardo Balerdi est parti, nom d'une pipe

Leonardo Balerdi a quitté l'Olympique de Marseille pour l'AS Rome ce dimanche. Une libération pour certains, un regret pour d'autres. Pourtant dans un club en perpétuel remaniement où entraîneurs et joueurs se succèdent plus vite que les saisons, Balerdi est resté six ans où il a tout connu des affres et de la passion vertigineuse qui s'emparent de la ville et de son stade.
La tête basse, le visage fermé et le pas mal assuré jusqu’au banc de touche où l’attendait Bruno Genesio et les remplaçants alors qu’une grande partie du Vélodrome poursuivait sa bronca, voilà quelles ont été les dernières secondes de Leonardo Balerdi sous les couleurs olympiennes. Blessé au mollet, conspué par son propre public et surtout touché psychologiquement, celui qui a porté pendant six saisons la tunique immaculée aura donc le 14 août et un amical face à l’Atlético de Madrid (1-2) comme jubilé. Il aura tout connu avec l’OM sauf les titres : les joies des grandes soirées européennes comme la victoire aux tirs au but face à Benfica en 2024, les désillusions comme un certain soir de mars 2023 où il a manqué son penalty face à Annecy en quart de finale de Coupe de France, en passant par le capitanat, le déclassement, de l’ivresse des sommets lorsque 60 000 personnes scandent son nom au malaise d’être conspué à chaque prise de balle.
L’impossible continuité
L’histoire de Leonardo Balerdi avec l’Olympique de Marseille est similaire à celle de Gabrielle et Carlos dans Desperate Housewives. Plutôt que la valse, c’est un tango qu’a dansé l’international argentin avec le club phocéen. Ce match contre l’Atlético n’était qu’un aperçu de ce qu’il a traversé dans la cité phocéenne, un sas vers la sortie contenant toutes les frustrations accumulées depuis plusieurs mois déjà et qui ont précipité la fin de l’aventure.
Il nous a coûté trop cher dans des matchs trop importants pour que les supporters le pardonnent.
À Balerdi, on pardonne moins qu’aux autres. C’est dans ce sens que Francis, fidèle du Vélodrome depuis plus de trente ans souhaitait voir partir le défenseur argentin : « Il a fait son temps à l’OM. Il avait énormément de potentiel quand il est arrivé, mais j’ai l’impression qu’il n’a jamais progressé et il nous a coûté trop cher dans des matchs trop importants pour que les supporters le pardonnent. La moindre erreur qu’il pouvait faire, on lui en voulait trois fois plus qu’un autre. »
Pour d’autres en revanche, dans le contexte instable que connaît le club depuis de nombreuses années, Balerdi représentait une forme de stabilité malgré son irrégularité. « Il était toujours motivé mais il faisait beaucoup d’erreurs défensives, commente Luigi qui vit chaque match aux côtés des South Winners. C’est quelqu’un qui compte, qui a une certaine expérience aussi. On ne peut pas aller dans les extrêmes en l’insultant, en le sifflant. Il aurait fallu prendre un peu de recul sur la situation et se dire qu’en fait, le football, c’est une question d’équipe. »
Un numéro 5 est par nature plus enclin à être sur la photo d’un but adverse. Pour Élise habituée du Virage Sud, le problème reste surtout le poste auquel il évolue : « C’est un joueur branché sur courant alternatif qui est capable du meilleur comme du pire. En tant que défenseur central, il est plus exposé que d’autres, avec des erreurs plus visible et c’est pour ça qu’il a été autant pris en grippe. » Manière de rappeler ce que dimanche, sans Balerdi, l’arrière garde phocéenne n’a pas franchement été plus rassurante à Monaco, si ce n’est pire, avec Geoffrey Kondogbia fautif sur les deux buts de Paris Brunner et CJ Egan-Riley, joueur de rotation il y a encore six mois.
Un joueur devenu allégorie
Après 200 matchs tout rond, l’Argentin de 27 ans connaît une fin d’histoire particulièrement amère. C’est le sentiment partagé par Aurélie, abonnée au Vélodrome depuis de nombreuses saisons et co-fondatrice du groupe de supporters Les Phocéennes qui accompagne la section féminine du club à domicile comme à l’extérieur, qui estime que les Marseillais ont été trop durs dans leur jugement envers Balerdi : « Il incarne la passion puisque pour rester six ans à l’OM, il faut vraiment aimer le club. C’est rare de nos jours les joueurs qui restent aussi longtemps dans un club et ont autant de la résilience. Malgré toutes les critiques, les sifflets qu’il a reçu dans son propre stade, il s’est toujours relevé et continué de tout donner pour le club sans tricher. » Finalement c’est là tout le paradoxe de l’aventure de Balerdi à l’OM : il est pratiquement devenu l’allégorie du club, l’accompagnant dans ses montagnes russes.
Pour rester six ans à l’OM il faut vraiment aimer le club. C’est rare de nos jours les joueurs qui restent aussi longtemps.
De meilleur défenseur de la saison 2023-2024 à pire joueur de l’histoire du club, il n’y a visiblement qu’un pas. Pour autant, de son arrivée en prêt du Borussia Dortmund en 2020 jusqu’à son départ pour la Roma lors de ce mercato, pas un entraîneur ne l’a écarté de son plan de jeu, malgré ses sautes de concentration. Une importance capitale parfaitement résumée par Roberto De Zerbi avant la rencontre face à Lorient en septembre 2025 alors que Balerdi était déjà chahuté par le Vélodrome après un début de saison difficile : « Un supporter de l’OM doit être fier d’avoir Balerdi, c’est une personne et un joueur de très gros calibre. Il sera sur le banc quand il sera sur le banc et sur le terrain quand il sera sur le terrain. Balerdi, c’est un joueur déterminant pour nous. » Incontournable à tel point qu’il est le deuxième joueur (après Dimitri Payet) à avoir disputé le plus de rencontres avec l’OM sous l’ère McCourt.

Que ce soit sous Jean-Louis Gasset ou De Zerbi, l’international argentin avait un rôle double : stopper les attaques adverses et être le premier relanceur marseillais à la récupération du ballon. Il était d’ailleurs souvent le joueur le plus sollicité en zone défensive et chargé de faire progresser le jeu par des passes risquées, ce qui augmente de manière exponentielle les risques d’erreurs individuelles. Ces dernières saisons, en particulier sous RDZ, l’OM a également eu vocation à jouer avec une ligne défensive haute laissant donc de l’espace entre les défenseurs et la cage. C’est dans ce domaine que Balerdi a eu le plus de difficultés à Marseille. Mis sous pression, il a pu aussi voir sa concentration lui jouer des tours puisqu’il est le deuxième joueur de l’histoire du club à avoir écopé du plus grand nombre de cartons. Pour autant, vu le contexte économique marseillais et ceux qui ont vocation à le remplacer, le départ de Balerdi ne « renforce » pas l’OM. Quoi qu’en pensent ses haters, ce 30 août est loin d’être une libération le club phocéen. Et nul doute que le Paradoxal système dont parlait Laurent Voulzy en 1992 finira par s’emparer des Marseillais concernant le souvenir des six années passées par Balerdi sur la Canebière.
Les joueurs de l’OM refusent de tomber dans la sinistrosePar Léna Bernard
Tous propos recueillis par LB à Marseille.























































