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Julián Álvarez et l'Atlético, une foi sans issue

Par Mamadou Junior Diop
5' 5 minutes
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Julián Álvarez et l'Atlético, une foi sans issue

Le Barça le veut, Julián Álvarez veut le Barça et l’Atlético de Madrid veut surtout ne pas le vendre au Barça. À une semaine de la fin du mercato, la saga ressemble désormais à un concours pour savoir qui acceptera de perdre la face en premier. Et à ce jeu-là, tout le monde peut finir perdant.

Ce dimanche au Metropolitano, l’Atlético recevait Villarreal. Un match nul (2-2), mais surtout une très sale soirée pour Julián Alvarez. Sifflé à l’annonce de son nom, insulté lorsqu’il part s’échauffer puis accueilli par une énorme bronca au moment de fouler la pelouse, le ton était donné. Son entrée n’a rien arrangé. En vingt-quatre minutes, l’Araña n’a pas vraiment tissé grand-chose : douze ballons touchés et une prestation très loin du joueur que le public colchonero adulait encore la saison dernière. Au coup de sifflet final, pendant que ses coéquipiers vont saluer les tribunes, lui prend directement le chemin du tunnel, sur demande du club afin d’éviter une nouvelle confrontation. Cinq jours plus tôt, Diego Simeone assurait pourtant en conférence de presse vouloir « construire une équipe autour de lui ». Pour les fondations, on a connu plus solide.

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La rupture ne tombe pourtant pas du ciel. Pendant la Coupe du monde, Álvarez avait lui-même mis les points sur les i. Au micro d’ESPN, après la victoire de l’Argentine contre l’Autriche, l’attaquant expliquait qu’un transfert serait « le mieux pour tout le monde » et qu’il voulait « réaliser son rêve ». Une décla pas vraiment au goût de l’Atlético, qui a depuis fermé toutes les portes. À la veille de la réception de Málaga, Simeone avait même rangé le dossier dans un tiroir en conférence de presse : « Lorsque le propriétaire du club parle d’une manière aussi claire, il n’y a plus rien à ajouter. C’est comme dans les procès. C’est un non-lieu. » Au moins, c’est clair. Sauf que les supporters, eux, n’avaient visiblement pas classé l’affaire. Contre Málaga, alors qu’Álvarez n’était même pas convoqué, une partie du Metropolitano l’a insulté. Quelques jours plus tard, des pancartes « Julián dehors » apparaissaient encore autour du club. Le fameux non-lieu avait surtout déplacé le procès dans les tribunes.

Le droit de dire non

Seulement voilà, l’Atlético a aussi le droit de dire non. Álvarez est sous contrat jusqu’en 2030 et n’est pas exactement le premier attaquant venu. Alors pourquoi un club qui prétend jouer les premiers rôles en Liga et en Ligue des champions irait-il gentiment renforcer un concurrent direct simplement parce que son joueur rêve désormais de porter le maillot blaugrana ? Interrogé par l’agence EFE dans la foulée de la sortie médiatique de son joueur pendant le Mondial, Miguel Ángel Gil Marín ne disait pas vraiment autre chose : « Julián a un rêve, et nous, les supporters de l’Atlético, en avons aussi. » Quelques semaines plus tard, le dirigeant poussait le bouchon encore plus loin : l’Atlético n’a pas accepté 100 millions d’euros et n’en accepterait « ni 150 ni 200 ».

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Le Barça en prend aussi pour son grade. L’Atlético accuse les Catalans d’avoir discuté avec Álvarez sans son autorisation et a saisi la Fédération espagnole, qui a ouvert une procédure disciplinaire. Pour calmer le jeu, Joan Laporta a choisi une méthode assez originale : en rajouter une couche. Début juillet, en conférence de presse, le président barcelonais a publiquement confirmé l’existence d’une « offre ferme » et expliqué savoir que le joueur souhaitait rejoindre le Barça. Quelques semaines plus tard, à New York, il qualifiait encore cette proposition de « très importante » et « très bonne ».

Ce n’était pas sa décision de rester, mais celle du club.

Diego Simeone

Chacun a sorti son mégaphone, chacun a fixé sa ligne rouge, jusqu’à transformer une négociation de mercato en question de principe. Pour l’Atlético, vendre Álvarez au Barça, ce serait surtout donner l’impression que les déclarations du joueur, les appels du pied catalans et toute la pression de l’été ont fini par fonctionner. Après avoir passé deux mois à expliquer publiquement qu’on ne céderait jamais, c’est presque devenu plus difficile que de garder un joueur qui veut partir.

Gagner le bras de fer, pour quoi faire ?

Être dans son droit et avoir intérêt à aller jusqu’au bout sont deux choses différentes. L’Atlético peut gagner son bras de fer, garder Álvarez et se retrouver avec un joueur qui voulait être ailleurs et un stade qui ne lui pardonne pas de l’avoir dit. Après Málaga, interrogé en conférence de presse sur les insultes adressées à son attaquant, Simeone s’était d’abord contenté d’un : « J’ai un grand respect pour nos supporters. » Deux jours plus tard, à la veille d’affronter Villarreal, le Cholo avait tenu à compléter sa réponse : il respecte ses supporters, mais ne partage « ni les insultes ni les offenses ». Puis, après le nul contre Villarreal, il a lui-même résumé le casse-tête : « Ce n’était pas sa décision [de rester], mais celle du club. » Avant de rappeler que pour gagner des titres, l’Atlético avait besoin d’être uni et de grands attaquants : « On l’a et on doit prendre soin de lui. »

Garder Álvarez n’aura de sens que si l’Atlético récupère aussi le joueur qu’il était. Si les 24 minutes contre Villarreal donnent le ton des prochains mois, Madrid aura peut-être conservé son attaquant tout en faisant baisser sa valeur. Arsenal offre bien une porte de sortie plus acceptable pour les Colchoneros, qui préfèrent évidemment le voir partir à l’étranger, sauf que Londres n’est pas vraiment le rêve du joueur. La seule sortie qui arrange l’Atlético n’arrange donc pas forcément Álvarez. Le Barça, lui, peut encore se lasser et aller voir ailleurs. Les Catalans ont des plans B. Álvarez et l’Atlético, beaucoup moins.  L’Atlético peut empêcher Julián Álvarez de rejoindre Barcelone. Il l’a même presque fait. Reste la question que ni les contrats, ni les plaintes, ni les déclas  ne règlent : peut-il encore réussir à le récupérer  ?

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Par Mamadou Junior Diop

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