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Pour Zidane, l'important c'est le contrôle

Fini les annonces de liste par le sélectionneur, le défilé au château, les insides jusque dans la chambre des joueurs... Les premiers pas de Zinédine Zidane comme sélectionneur des Bleus sont aussi marqués par une large refonte de la stratégie de communication autour de l'équipe de France. Alors, on cloisonne ou on protège ?
Le 18 septembre 2026 a été marqué par un gros événement, et une petite surprise : la première annonce de liste de Zinédine Zidane comme sélectionneur de l’équipe de France, et ce premier choix surprenant de la part de la nouvelle communication chapeautée par Xavier Giraudon. Ce n’est pas Zizou himself qui a égrené un a un les noms des 23 chanceux qui allaient prendre part au premier rassemblement (comme il était coutume sous Didier Deschamps), mais l’ancien journaliste de Canal+ qui posait sa voix sur un clip vidéo, marquant un premier choix fort dans la nouvelle stratégie de communication des Bleus.
On sera entre nous, à l’intérieur. C’est vrai que les images, on va les contrôler un peu plus.
Celui-ci allait ensuite s’accompagner de plusieurs autres décisions qui détonnent de l’ancien staff. Celle qui a fait couler le plus d’encre est sans doute d’interdire les photographes au pied des marches du château, qui avaient pris l’habitude de mitrailler l’arrivée des joueurs parés de leurs plus beaux tissus, transformant une simple habitude en défilé de mode. « Chacun va arriver comme il l’entend. Clairefontaine, c’est Clairefontaine. Pas besoin d’en faire des caisses », expliquait le double Z à l’annonce de la liste. Consigne bien appliquée par les principaux intéressés, arrivés au château – à quelques exceptions près – dans des tenues bien plus sobres qu’à l’accoutumée. Cette même conf’, où la couleur était clairement annoncée quant à la méthode Zidane : « On sera entre nous, à l’intérieur. C’est vrai que les images, on va les contrôler un peu plus. »
Assumer sa personnalité
Pourquoi contrôler les images ? Quelles sont les raisons de cette nouvelle stratégie de communication, qui avec ces premiers indices prend des airs d’une volonté de cloisonnement de l’équipe de France – quand bien même sa popularité dans le monde ? Pour le chercheur Fabien Wille, ces choix sont avant tout corrélés avec le tempérament du nouveau sélectionneur. « C’est en phase avec la personnalité de celui qui la porte. Là où Deschamps était plus en phase avec son dispositif de communication, Zidane est plus sur la réserve. » Pour ce professeur d’université dans le domaine des médias et de la communication, limiter l’ouverture et les échanges est aussi un bon moyen d’éviter les terrains glissants. « Il a tendance à être un peu plus loquace en après-match, mais ça reste compliqué de lui arracher une parole. Quand il reste sur le jeu ou le football, ça va, quand il doit parler de choses un peu plus englobantes, ça devient plus compliqué. Si il est amené à s’exprimer dans le cadre de situations de crises, des controverses ou des polémiques, c’est pas son truc », estime l’universitaire. Ce n’est visiblement pas l’avis de Philippe Tournon, ancien chef de presse des Bleus, qui prône la sincérité du personnage. « Moi, j’ai vu un mec authentique qui n’a pas forcé sa nature. Visiblement, il n’a cédé à aucune injonction d’un conseiller en com’ ou je ne sais quoi. »
S’il est en effet difficile de reprocher à tout sélectionneur d’imposer sa patte et d’apporter aussi de son naturel dans la communication toujours plus lisse du football professionnel, il faudrait davantage regarder du côté du service com’ même. Première victime collatérale de la nouvelle méthode, ces insides YouTube qui ont tant contribué à populariser les Bleus sur les réseaux sociaux, champion du monde en la matière avec près de 70 millions de followers cumulés. « Exit les journées avec… » (comme ce fut le cas avec Désiré Doué ou encore Dayot Upamecano l’été dernier). Dehors également les images à l’intérieur du château – si ce n’est pour le discours des officiels. Bonjour les formats qui se contentent des images d’entraînement, de déplacements, avec quelques miettes d’interviews.
Protéger les artistes
Conséquence directe sur le public, de nombreux commentaires YouTube ont relevé le contraste : « C’est une vidéo asmr ou quoi ? Personne parle », « Free Guigui, les vlogs sont beaucoup TROP silencieux. » Un changement également observé par Jérôme Touboul, ancien chef de presse du PSG entre 2015 et 2021, qui tient à nuancer quant à un barricadage. « On a quand même des scènes de la vie de groupe mais on ne rentre pas vraiment dans son intimité, constate celui qui est devenu expert en communication sportive. On n’a pas eu non plus ne serait-ce qu’une interview d’un joueur sur les médias de la FFF qui fait le point sur l’actualité des Bleus, les premiers pas du sélectionneur, sur tous les changements… On est pour l’instant davantage sur une ligne prudente que fermée. » La seule réaction sur ces changements est restée très vague, en la personne d’Adrien Rabiot en conférence de presse en amont des débuts de Zizou en Turquie, se contentant d’évoquer « des idées différentes ».

Une ligne qui surprend forcément quand on sait à quel point tous les formats de l’ère Deschamps ont contribué à rapprocher l’équipe de France de son public et à réparer complètement la fracture contractée en 2010 à Knysna. « Ça manque de… tout. Le contenu inside c’est ce qui nous permet d’apprendre à aimer les joueurs, à nous approprier cette équipe », commentait un autre fan. Tout fan de Zidane soit-il, Philippe Tournon reconnaît une forme de risque. « L’époque est exigeante en termes d’images. Le sélectionneur qui entreprend de mettre un tour de vis sur cette question-là, il se met un peu de plomb sur les épaules parce que ça l’oblige à ne pas tarder à avoir des résultats et une équipe séduisante. Mais sa volonté est de mettre une bulle, un peu comme le faisait Aimé Jacquet, où personne ne rentre et rien ne sort et où le seul objectif est le résultat. » Un point de vue partagé par Touboul : « Il faut toujours un minimum pour nourrir ce lien affectif et émotionnel. Il faut pas oublier qu’en équipe de France il y a un autre phénomène, Mbappé. C’est aussi pour le protéger lui et son équipe qu’il démarre sur cette ligne focus, travail et performance », puis insinué par Rabiot en conf’ : « Son aura fait qu’il prend beaucoup de place. Les gens en attendent beaucoup. Lui essaie de se mettre en retrait le plus possible. » Protéger les autres, oui, mais certainement aussi la volonté de s’enlever un peu de pression dans un costume de sélectionneur alourdi par son court mais brillant CV d’entraîneur et la pression de passer après un prédécesseur champion du monde.
Le château sacré
Un point qui rejoint la grande volonté du nouveau staff de refermer les portes de Clairefontaine en lui redonnant une dimension sacrée, et qui traduit finalement ce que Zizou sait faire de mieux : recentrer toute l’attention du public autour du jeu. « La tenue des joueurs, les rivalités internes, les prises de positions de l’un dans les médias… il veut pas être amené à gérer ça, insiste l’universitaire Fabien Wille. Il veut reconcentrer son rôle sur le foot, où il se contente de dire qu’il est satisfait d’avoir gagné. Il ne sera pas le roi de la com’, ce n’est pas une tare, c’est juste contre nature par rapport à sa personnalité. »
Il ne sera pas le roi de la com’, ce n’est pas une tare, c’est juste contre nature par rapport à sa personnalité.
C’est d’ailleurs dans ce que Zizou sait faire de mieux que le staff ouvre soigneusement les portes de l’entraînement. Exemple au tout début du rassemblement, où le choix a été fait d’ouvrir à la presse la séance de frappes, traditionnel exercice au cours duquel l’ancien numéro 10 distribue les caviars. Très peu pour lui cependant les indices de compos, où le sélectionneur coupe court à chaque question du genre, là où Deschamps finissait toujours pas glisser un indice. Et ce malgré des épisodes à répétition d’espionnage des entraînements, y compris lors de la dernière Coupe du monde. Désormais, rien ne doit sortir ni du château, ni du vestiaire.
Malgré une méthode de communication qui peut surprendre, le nouveau sélectionneur (et une partie de son staff) ont acquis un sacré crédit en la matière dans le club le plus médiatisé de la planète. « Zidane a été entraîneur du Real Madrid. S’il y a bien un club qui est conscient dans quelle mesure il faut s’avoir s’ouvrir et savoir quoi donner à ses fans, c’est celui-ci, affirme Jérôme Touboul. Oui, le foot s’inscrit dans la grande industrie du divertissement, mais pour des gens du terrain comme lui, ça reste avant tout un territoire de performance, de recherche d’excellence, et c’est ça qui prime avant tout. Et il sait que pour y parvenir, il faut avant tout se protéger de la pression extérieure. » Et s’il était aussi là, le chantier des Bleus ?
Mark van Bommel, l’intense avec les DiablesPar Théo Juvenet
Tous propos recueillis par TJ, sauf mention.




















































