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Face aux racistes, il faut saluer le capitaine Mbappé

Coupable d'avoir une posture humaniste sur la crise migratoire à Ceuta, le capitaine de l'équipe de France se fait traîner dans la boue par opportunisme politique mais aussi par pure haine. Face à Éric Zemmour et les autres nazillons, l'élan de solidarité demandé par Kylian Mbappé ne sera pas de trop.
Pour beaucoup, les footballeurs ne devraient pas parler de politique. Problème : certains footballeurs semblent mieux comprendre le monde que certains politiciens. Pris dans une nasse, Kylian Mbappé a encore montré toute sa sensibilité humaniste et sa conscience des enjeux internationaux au moment de s’exprimer sur un sujet qui dépasse largement le rectangle vert. En amont du match contre Elche ce mardi, comme ses coéquipiers Ibrahima Konaté et Vinicius Junior, il ne portait qu’à moitié un t-shirt de soutien aux habitants de Ceuta, remonté façon crop top de manière à ne pas afficher complètement le message que voulait véhiculer la Liga : « Todos somos Caballas ». Il pointait ainsi indirectement que cet élan de solidarité (ou d’indignation) ne pouvait pas être à géométrie variable.
Je voulais penser à toutes les personnes qui souffrent, car après tout, je suis humain, et je ne veux pas établir de priorité dans la souffrance.
Oui, l’attaquant du Real Madrid pouvait bien prêter une ou deux épaules à ces riverains du détroit de Gibraltar, qui ont vu débouler cet été dans l’enclave espagnole des milliers de migrants. Mais déployer complètement le bout de tissu serait également revenu à éclipser d’autres victimes, des gens qui fuient la misère de leur pays, cherchent à échapper à un destin funeste et aspirent à des lendemains faits d’espoirs malgré le déracinement parfois forcé. Certains et certaines ont payé le prix fort pour cet exode, parfois celui de leur vie dans les eaux de la Méditerranée.
Et ça la superstar du foot mondial l’a très bien expliqué, quand il était sommé de réagir face à une polémique prenant que trop d’ampleur. « Je tiens d’abord à exprimer toute ma solidarité avec Ceuta et toutes les victimes, avait-il dit au média espagnol AS . Mais je voulais aussi faire un geste et témoigner de ma sympathie à tous les migrants qui ont perdu la vie et à ceux qui vivent encore dans des conditions difficiles. On pourrait croire que je suis contre les habitants de Ceuta, mais non, absolument pas. Je n’ai rien contre eux, je les soutiens à 100 %. Mais je voulais penser à toutes les personnes qui souffrent, car après tout, je suis humain, et je ne veux pas établir de priorité dans la souffrance. » Cette réponse, aussi claire que sensée, a fait effet mais pas comme on aurait pu l’espérer.
L’extrême droite mélange tout sauf les peuples
Les applaudissements se sont faits (comme souvent) dépasser par les grincements de dents des agitateurs d’extrême droite. Il y a d’abord eu les Ultra Sur, groupe de socios du Real Madrid nostalgique du nazisme, qui se sont fendus d’un communiqué exigeant « des excuses publiques » de la part du salarié de la Maison Blanche. Selon eux, « remplis de honte », l’attitude de Mbappé & co est « un manque de respect aux citoyens espagnols qui subissent les conséquences d’une invasion ». Une réaction qui traduit leur peur d’être grand-remplacés : « On peut perdre des matchs, des titres et de l’argent. Mais lorsque tu perds tes valeurs et que tu permets cela, tu perds la génération qui devait poursuivre ton histoire. »
Voir le capitaine des Bleus, figure majeure du sport en France et un de ses plus estimés représentants à l’étranger, aurait dû provoquer une levée de bouclier dans l’Hexagone. Il ne faudra pas la chercher dans la classe politique, surtout quand la ministre chargée de la lutte contre les discriminations Aurore Bergé estimait la semaine dernière sur le plateau de C-News qu’afficher son adhésion à la théorie complotiste de « grand remplacement » relevait de « la liberté d’expression » : « Je crois que le ranger sur le caractère raciste voudrait dire qu’on n’a pas le droit d’en débattre. Moi, je préfère combattre. »
Kylian Mbappé a manifestement des solidarités qui nous échappent.
Si sa dernière assertion est vraie (permettez nous d’en douter), la ministre trouvera face à elle Éric Zemmour qui lui n’a pas demandé l’autorisation pour s’engouffrer dans la brèche ouverte par ce Ceuta-gate. Le chantre du parti Reconquête, candidat à l’élection présidentielle, a vu dans la justification de Kylian Mbappé, un amoncellement « d’éléments de langage » fournissant une preuve confondante d’une machination visant à détruire « la civilisation judéo-chrétienne ». « On voit bien que la solidarité qui naît dans la banlieue, la solidarité islamique est supérieure à la solidarité française et même à celle de son pays d’accueil, a-t-il éructé sur BFM. Kylian Mbappé a manifestement des solidarités qui nous échappent. »
Le moment de faire bloc ?
Quelques voix à gauche se sont élevées suite à cette attaque, mais il en faudrait tant d’autres pour réussir à compenser la violence des propos de l’ancien chroniqueur d’On n’est pas couché. De la même manière, il a fallu qu’une sénatrice paraguayenne déverse toute sa haine sur le meilleur buteur des Bleus pour qu’une chaîne se dresse autour d’un Mbappé. Lui ne s’est jamais caché au moment de faire barrage à l’extrême droite, jamais le dernier pour s’ériger face aux idées xénophobes et racistes, il semble bien seul au moment de se prendre ces seaux de merde qui lui sont retournés.
Dans le monde d’aujourd’hui, on préfère malheureusement monter en épingle un soi-disant clash entre deux amis en course pour le Ballon d’or. Il faudra attendre qu’une armée de communicants bidouille une déclaration tiédasse pour voir les institutions, les clubs, les staff ou les coéquipiers se décider à monter au créneaux. Moins prudent, Zemmour complétait sa diatribe en disant : « Zidane ne disait jamais un mot, il avait bien raison. S’il s’engage, il faut qu’il accepte les critiques. » On ne saura que recommander au nouveau sélectionneur de profiter de sa nouvelle tribune pour venir au soutien de son capitaine, mais aussi de toutes ces personnes victimes de la peste brune.
En direct : La première liste de Zinédine ZidanePar Mathieu Rollinger





















































