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« Todos somos Caballas », le t-shirt qui tend toute l’Espagne

Par Arthur Chanteclair
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Un t-shirt, trois joueurs qui préfèrent le cacher, un international marocain pris à partie sur les réseaux et un Barça qui dit non merci. L’opération de soutien aux habitants de Ceuta de la Ligue espagnole, lancée lors de cette sixième journée de Liga, devait rassembler tout le monde autour d’un même message. Elle a au final surtout montré que, dans le football (espagnol), chacun a encore sa façon de porter ses convictions.

Cette semaine, à quelques kilomètres seulement des côtes marocaines, Ceuta a (encore) fait parler d’elle bien au-delà du détroit de Gibraltar. Les 30 et 31 juillet derniers, plus de 70 000 personnes sont entrées irrégulièrement dans cette enclave espagnole située sur le continent africain, provoquant une nouvelle crise à la frontière hispano-marocaine. Espagnole depuis 1668 en vertu du traité de Lisbonne et revendiquée par le Maroc depuis son indépendance en 1956, Ceuta reste un sujet aussi sensible que récurrent des deux côtés de la Méditerranée.

En Espagne, l’épisode a suscité de nombreux messages de soutien à la population ceutienne. Alors, pour la cinquième et sixième journée de Liga, une initiative a été mise en place afin que les joueurs portent, avant les rencontres, un t-shirt floqué du message « Todos somos Caballas » (« Nous sommes tous des Maquereaux » (surnom des habitants de Ceuta). Une belle photo de famille, en somme. Enfin, sur le papier.

À Madrid, chacun son message

Mardi soir, sur la pelouse d’Elche (2-3), le grain de sable avait trois visages : Kylian Mbappé, Vinícius Júnior et Ibrahima Konaté. Les trois joueurs du Real Madrid sont bien entrés sur la pelouse avec le fameux t-shirt, mais aucun n’a réellement affiché son message. Le trio a remonté la partie basse du vêtement jusqu’au niveau du torse, rendant le « Todos somos Caballas » illisible. Mbappé et Vinicius ont ensuite retiré leur maillot avant le salut protocolaire, tandis que Konaté l’a lui aussi gardé roulé. Une image qui n’a évidemment pas tardé à faire le tour de l’Espagne.

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Le Real Madrid, lui, avait pourtant accepté de participer à l’initiative mais pas question d’imposer quoi que ce soit à son vestiaire. Selon des explications rapportées par El Chiringuito et attribuées à l’entourage direct de Florentino Pérez et de la direction madrilène, chacun était libre de porter ou non le t-shirt. « Le Real Madrid respecte l’opinion et la sensibilité de chacun de ses employés », a ainsi expliqué le journaliste Marcos Benito. Avant d’ajouter : « On ne peut obliger personne à faire quelque chose qu’il ne pense pas ou à laquelle il ne croit pas ! »

Une manière, pour le club, de laisser chacun gérer sa propre sensibilité sur un sujet aussi délicat. Pas suffisant pour éteindre l’incendie. Sur La Tribu, émission de Radio Marca, Roberto Gómez a qualifié l’épisode de « fait très grave » et réclamé une explication publique des trois protagonistes. D’après le journaliste, ce geste aurait été mal perçu par une partie importante des supporters du Real Madrid. Le simple fait de laisser le choix à chacun n’a donc pas empêché le débat de s’inviter jusque dans les tribunes.

Un maillot qui fait parler

Plus tôt dans la semaine, lundi soir, à Villarreal, Ez Abde n’a pas hésité. Titulaire avec le Betis, l’international marocain a porté le t-shirt avec ses coéquipiers. Depuis, l’ailier de 24 ans a été la cible d’insultes sur les réseaux sociaux. Son club et la Liga ont condamné les messages visant le joueur, qui compte 37 sélections avec le Maroc. Abde a lui-même répondu sur Instagram, refusant que son geste soit interprété comme une prise de position contre son pays. « À aucun moment le t-shirt n’a été utilisé à des fins politiques ou pour exprimer du mépris envers mon peuple, le peuple marocain », a-t-il écrit. Pour lui, il s’agissait d’un geste « à vocation sociale », destiné à soutenir une population confrontée à une situation difficile, « quelle que soit leur nationalité ». Une précision devenue nécessaire après les réactions suscitées par un morceau de tissu porté quelques secondes avant un match.

Car c’est tout le paradoxe de cette opération. Dans un sport où un joueur peut transmettre un message à des millions de personnes en quelques secondes, difficile de considérer un tel geste comme complètement anodin. Et encore moins lorsque le message concerne Ceuta, au cœur des débats récemment. Le football peut vouloir rester dans son rôle, mais il possède une caisse de résonance que peu d’autres secteurs peuvent égaler. Un t-shirt dans un tunnel peut donc rapidement devenir un sujet politique, même lorsque ceux qui le portent affirment ne pas vouloir faire de politique. Preuve que sujet n’est pas dénué de connotation politique voire identitaire, le secrétaire général de Vox, parti d’extrême droite espagnol, a vilipendé les trois joueurs réfractaires du Real « qui ne soutiennent pas les Espagnols » dans la crise migratoire.

Le Barça, lui, a choisi une autre voie : ne pas participer. Alors que les joueurs de Levante ont bien porté le message avant leur rencontre face aux Catalans, le Barça ne l’a pas revêtu dimanche 13 septembre dernier. Selon El Chiringuito, le club considère le sujet comme relevant de la politique espagnole. Jota Jordi, journaliste très présent dans l’émission et proche des débats autour du Barça, a résumé la position rapportée du club : « Le Barça ne va pas se mêler d’un sujet qu’il considère comme relevant de la politique espagnole ». Avant d’être encore plus catégorique : « Il n’y aura pas de maillot de soutien à Ceuta au Camp Nou », là où les Catalans reçoivent ce mercredi Santander. Au départ, il devait donc y avoir un même t-shirt, un même slogan et une même photo. À l’arrivée, le Real Madrid a laissé ses joueurs décider. Mbappé, Vini et Konaté ont choisi de ne pas montrer le message, Abde l’a affiché avant de devoir s’en expliquer et le Barça a préféré rester à distance. Comme quoi, même avec le même maillot sur le dos, tout le monde ne joue pas forcément le même match.

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