- Ligue 1
- J5
- Paris FC-Strasbourg (2-1)
Rosenior, le droit de réponse et le devoir de mémoire

En narguant les supporters strasbourgeois à l’issue de la victoire du Paris FC (2-1), Liam Rosenior a accentué son image de coach bourré d’ego, entre promesses et paroles malvenues.
La veste de costume bien en place, le sourire aux lèvres, les poings battant son torse bombé : c’est ainsi que se présente Liam Rosenior aux supporters strasbourgeois, écœurés de repartir bredouilles de la pelouse du Paris FC (2-1). L’attitude ne plaît guère aux Alsaciens, qui ont passé un petit moment à insulter leur ancien technicien (et sa mère) pendant la rencontre, et des échauffourées ne tardent pas à se dessiner. avec les joueurs du Racing.
L’image ferait une parfaite affiche de revanche, celle d’un entraîneur revenu faire payer son ancien club, mais l’histoire est moins commode. L’Anglais n’a pas été chassé du RCSA, il a choisi de filer à Chelsea, locomotive du groupe BlueCo, après avoir déjà sérieusement abîmé sa relation avec une partie des fans.
Un projet de jeu pourtant séduisant
À Strasbourg comme à Paris, la patte Rosenior est palpable. Le type sait (bien) faire jouer des jeunes dignes de confiance comme Luca Koleosho et Rudy Matondo, donner une chance à de belles surprises de Ligue 1 à l’image de Lassine Sinayoko ou encore aider Pablo Pagis et Ilan Kebbal, révélations de la saison passée, à confirmer. La tambouille du tacticien de 42 ans prend sans trop de difficulté en ce début d’exercice, constat semblable à celui qui a pu être fait au cours de son passage strasbourgeois.
On peut réussir quelque chose sur le long terme, en construisant. Mais à court terme, on doit continuer à travailler dur, à rester humbles et à ne penser qu’au prochain match.
L’ancien de Hull City sait manier son effectif et rendre une copie sexy, bourrée d’ambition. Un jeu qu’il souhaite installer au PFC : « On pense qu’on peut réussir quelque chose sur le long terme, en construisant. Mais à court terme, on doit continuer à travailler dur, à rester humbles et à ne penser qu’au prochain match. » La bande de Maxime Lopez loge en haut du tableau et reste invaincue : du beau boulot, en somme.
Pour autant, en rejoignant le Paris FC, Liam Rosenior n’a pas exactement délaissé une galaxie ultra-financiarisée et mondialisée contre le football des champs. Le club parisien avance lui aussi avec de puissants investisseurs dans le dos et des ambitions assez grandes, comme l’indiquent les 80 bâtons dépensés lors du dernier mercato. La différence se trouve ailleurs : à Paname, l’ex-coach des Blues se retrouve au cœur du projet et détient la possibilité de façonner une équipe à son image. Là où Strasbourg l’enfermait malgré lui dans un side project de BlueCo, le PFC lui propose d’autres responsabilités. « Aujourd’hui, on a fait ce que l’on voulait faire, commente le principal intéressé après la victoire de ce samedi. C’est la façon dont on veut jouer, dont on construit le projet, l’un des plus passionnants en Europe. »
Une mise en récit bourrée d’artifices
Pour prendre définitivement le contrôle de son récit, le mieux reste encore de laisser son équipe raconter sa revanche sur le terrain. Au micro de Téléfoot, le bonhomme balance : « Les gens du club et les supporters me connaissent, ils savent comme j’aime Strasbourg, mais il y a une partie des supporters qui n’a jamais voulu ma réussite. J’étais content d’avoir gagné. » Aux yeux d’une partie de la Meinau, l’ancien de Derby incarne ce projet de multipropriété accusé de transformer Strasbourg en laboratoire de Chelsea : le type défend ce système, et en profite pour donner une nouvelle dimension à sa carrière. Le charme du jeu proposé, la qualification européenne et la progression des gamins du club ne suffisent pas à refermer cette fracture. Cette défiance ne gomme pourtant pas le travail accompli sur le terrain, largement salué durant son passage en Alsace. Lorsque le coach à lunettes s’envole délibérément pour Londres, c’est toute une partie des plus dubitatifs qui s’emporte contre lui.
Liam Rosenior n’a pas été poussé dehors par Strasbourg. Le natif de Wandsworth a choisi de quitter le navire en pleine traversée pour saisir l’occasion offerte par Chelsea, avant que l’aventure ne tourne court. Ce choix de carrière peut se comprendre, mais cadre assez mal avec le récit du héros humilié revenu solder ses comptes. Si les insultes visant sa famille à Jean-Bouin permettent de comprendre sa colère et la nervosité de son banc, elles ne rendent pas pour autant anodine sa célébration provocatrice devant le parcage alsacien.
Insulté, Rosenior célèbre devant les fans strasbourgeois et provoque une échauffouréePar Suzanne Wanègue


















































