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Comment City a tué le football en 114 infractions

Par Baptiste Brenot
5' 5 minutes
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Comment City a tué le football en 114 infractions

Manchester City a été reconnu coupable de 114 infractions financières par la Premier League. Pour installer son club au sommet du football mondial, City a donc caché à la Ligue une partie du salaire de ses joueurs et entraîneurs, et surévalué ses contrats de sponsorings pour les maquiller en apports financiers de l’actionnaire en revenus commerciaux. Plus grave que de simples infractions financières, cette fraude généralisée a aussi tué l’intérêt du football.

Il y a des nouvelles qui donnent le sourire. De celles qui font croire qu’une once de justice est possible dans ce bas monde, que tout ne serait pas uniquement régi par l’argent et le pouvoir. Par exemple, quand une cheffe d’un parti politique de premier plan est condamnée pour s’être fait l’architecte d’un système de détournement de fonds volant des millions d’euros au contribuable, le tout pour offrir aux siens le luxe d’un majordome ou d’un chauffeur privé. Ou quand une ancienne ministre risque la prison pour avoir confondu son mandat d’élue avec un poste de lobbyiste.

Encore mieux, quand un club qui a fraudé durant plus d’une décennie toutes les règles financières possibles et imaginables, une arnaque à près d’un milliard d’euros visant à gonfler artificiellement ses revenus et payer bien plus qu’il ne le déclarait ses joueurs et entraîneurs, se voit poursuivi par la Ligue de son pays. Au risque d’une interdiction de recruter, d’une amende proportionnelle à sa fraude, d’une relégation, voire, soyons fous, d’une interdiction de compétitions européennes ou nationales. Sur le papier, du moins.

En réalité, il est bien plus probable qu’à l’image de celle qui a volé ses concitoyens européens, ceux qui ont volé le foot ne payent jamais à la hauteur de leur crime. Car City, en grugeant la concurrence dans des proportions et sur une durée indécentes, presque inconcevables, n’a pas seulement menti aux instances. Le club émirati a surtout changé les règles du football, éradiqué tout principe d’équité sportive, lancé les clubs mondiaux dans une surenchère aux salaires et aux indemnités de transferts abyssale, creusant un fossé entre le gotha du football mondial et le reste du monde. C’est ici que réside le principal crime que l’on peut reprocher au club du cheikh Mansour : par sa fraude, Manchester City a tué le foot. Pour cela, ils ne payeront jamais assez.

Sham City, financements déguisés et imposture

On nous dira que non, Manchester City a développé un des plus beaux jeux de ces dix dernières années, que les passes de David Silva ou les ouvertures de Kevin De Bruyne furent la quintessence du ballon rond, et ont permis de donner toute sa mesure au génie de Pep Guardiola, de mettre dans les meilleures dispositions le meilleur avant-centre du monde, Erling Haaland. C’est bien leur plus grande réussite, et celle-ci ne se calcule qu’en rapport à son coût. Entre les saisons 2009-2010 et 2017-2018, ce furent 830,69 millions de livres (sur 949,94 millions perçus par le club) qui ont été déclarés comme des revenus issus du sponsoring alors qu’ils venaient tout droit de l’Abu Dhabi United Group, soit directement de la poche du propriétaire de City.

Concrètement, cela s’appelle du « Disguised Funding Scheme » dans la langue de Shakespeare, soit un « schéma de financement déguisé ». De la fraude pure et dure, dont le principe était assez simple : des contrats de sponsoring nettement surévalués par rapport à la réalité du marché étaient signés avec Abu Dhabi. Le sponsor officiel n’en payait réellement qu’une petite partie, et le reste était financé par le cheikh Mansour. Ces DFS, selon la commission de la Premier League, ont permis au club de déclarer des « revenus commerciaux provenant d’accords de sponsoring venant d’Abu Dhabi (et plus généralement, les revenus du club), qui étaient loin, très loin de ce qui était le cas ». Autrement dit : « Tous les accords commerciaux avec Abu Dhabi étaient des impostures. »

Bien plus surprenant que la pratique en elle-même, le fait est que la reconnaissance de son caractère frauduleux a attendu 17 ans. Une éternité. Alors oui, Manchester City a caché les preuves, refusé de faire parvenir des documents. Bref, entravé le système qui lui mangeait dans la main. Comme système, on ne parle pas que du football anglais, européen (bien que l’UEFA ait un jour condamné Manchester City pour non-respect du fair-play financier, avant d’être débouté par le Tribunal arbitral du sport) ni même mondial. Cela va plus loin : une sanction juste et proportionnelle aux infractions cityzens endommagerait considérablement les relations anglo-émiraties. De quoi mettre un gros caillou dans la chaussure du nouveau Prime Minister travailliste et ancien maire de Manchester, Andy Burnham, qui risquerait de voir partir l’un des principaux promoteurs immobiliers de son QG électoral. Dit grossièrement, cela signifie être tenu par les roubignoles.

Après, qu’on se le dise, le cheikh Mansour n’a inventé ni l’eau chaude, ni la corruption (aussi légale soit-elle), ni la fraude financière, ni même le lobbyisme d’État. Toujours est-il qu’en faisant de Manchester City l’étendard du soft power de sa famille régnante, en le nourrissant d’un puits sans fond de pétrole, dont le milliard d’euros envoyé frauduleusement dans l’entreprise skyblue ne représente qu’une misérable goutte, c’est tout un modèle qui s’est créé. Le modèle a essaimé, à l’image du PSG, club devenu le service après-vente d’une puissance qatarie à la fois devenue un temps financière principale du football hexagonal via beIN Sport, corruptrice des plus hautes institutions européennes, de la FIFA, rétro financeur d’une campagne présidentielle faite via de l’argent libyen.

Sauf que le PSG, parangon de vertu, il faut le rappeler, n’a pas été condamné pour de pareils faits, et son financement est resté, jusqu’à preuve du contraire, dans le cadre de la loi. Pourtant, son modèle de financement était pour ainsi dire complètement similaire, via des contrats de sponsoring importants (nous ne dirons pas surévalués, puisqu’aucune condamnation n’a eu lieu en ce sens) et fixés non par la loi du marché, mais par leur propriétaire commun, l’État qatari. En transformant un club de football en structure para-étatique, Manchester City a tué l’équité dans le football. En trichant, peut-on dire dorénavant.

La direction de Manchester City nie en bloc les infractions

Par Baptiste Brenot

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