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Pourquoi l'Irlande monte au front face à Israël

Dimanche, les onze Irlandais qui entreront sur la pelouse contre Israël joueront un match fortement politisé. L'Irlande est en effet à la pointe du soutien aux Palestiniens, ce qui s'explique en grande partie par son propre combat, pas très ancien, contre la colonisation.
Dans un monde apaisé, on parlerait du match entre l’Irlande et Israël pour la forme époustouflante d’Oscar Gloukh, les attentes autour de Troy Parrott, héros national depuis son doublé contre le Portugal et son triplé face à la Hongrie, ou les enjeux de cette Ligue des nations dans la perspective de la qualification pour l’Euro 2028. Mais le monde est ce qu’il est, et le football passe largement au second plan. Israël « reçoit » l’Irlande ce dimanche en Hongrie, et les deux équipes se retrouveront le 4 octobre en Serbie pour le deuxième acte, où les Irlandais seront « à domicile ». Pas de marée verte à l’Aviva Stadium, donc, en raison de craintes en matière de sécurité. Il faut dire qu’Israël jouit d’une cote de popularité bien faible sur l’île.
Jouer « contre le génocide »
Le sélectionneur islandais de l’Irlande, Heimir Hallgrimsson, n’y est pas allé avec le dos de la cuillère face à la presse : « Nous ne jouons pas avec le génocide, nous jouons contre le génocide. Nous jouons contre Israël, nous ne jouons pas avec Israël. » Des propos qui font écho aux quelque 73 000 morts palestiniens depuis l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023. Cette position est largement partagée au sein de la société irlandaise. « Depuis le début des années 1970, suite à la Guerre des Six Jours, l’opinion irlandaise est généralement favorable à la cause palestinienne, nous confie Marie-Violaine Louvet, maître de conférence en Civilisation irlandaise et britannique à l’Université Toulouse Jean Jaurès. Beaucoup d’actions ont été menées par la société civile irlandaise à partir des années 2000, au moment de la Seconde Intifada. 2023 est un moment clé puisqu’on assiste à une mobilisation massive et à une multiplication des initiatives pro-palestiniennes, avec des manifestations rassemblant des dizaines de milliers de personnes dans les rues. »
Les événements au Proche-Orient ont une résonance particulière en Irlande, en lien avec l’histoire coloniale de l’île.
Selon un sondage publié par le Sunday Independent en juin 2025, 86 % des Irlandais estiment qu’Israël commet un génocide à Gaza. Interrogés sur le camp pour lequel ils sympathisent le plus, ils sont 72 % à répondre la Palestine, et seulement 5 % Israël. Pourquoi un soutien aussi massif, bien plus net que dans la plupart des autres pays européens ? « Les événements au Proche-Orient ont une résonance particulière en Irlande, en lien avec l’histoire coloniale de l’île », contextualise l’universitaire.
La situation des Palestiniens fait écho à la colonisation britannique, qui a commencé au XIIe siècle. Les Irlandais ont eux aussi vécu « la partition du territoire, la confiscation de la terre, la famine, la discrimination à l’encontre d’une partie de la population, la répression violente ». Ce qui explique que l’Irlande s’engage autant en faveur du droit à l’auto-détermination et du respect des droits humains. « Il ne s’agit pas de dire que les expériences sont exactement similaires, tempère Marie-Violaine Louvet, mais qu’il existe une sensibilité particulière en Irlande en lien sur ces questions. »
Zombie, Eurovision et UEFA
Le souvenir de la colonisation est encore frais puisque l’Irlande n’a acquis son indépendance qu’en 1922. « Il est très présent et fait partie de l’identité nationale, du récit national, confirme la chercheuse. La résistance à la couronne britannique est omniprésente dans la culture irlandaise, que ce soit dans les arts visuels comme dans la musique. » L’insurrection de Pâques 1916, qui a fait plus de 400 morts (dont une majorité de civils), est notamment évoquée dans le mythique Zombie des Cranberries, où Dolores O’Riordan chantait « It’s the same old theme since 1916 ». L’événement est commémoré chaque année et lors du centenaire, 250 000 personnes s’étaient massées dans les rues de Dublin pour assister à une parade géante.
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Les responsables politiques sont au diapason. En mai 2024, la République d’Irlande était l’un des premiers pays de l’UE à reconnaître l’État palestinien. « Elle a aussi rejoint la procédure engagée par l’Afrique du Sud devant la Cour internationale de Justice visant à établir la responsabilité d’Israël pour génocide », souligne Marie-Violaine Louvet. Plus récemment, en juillet, les députés irlandais ont voté l’interdiction d’importer des biens provenant des colonies israéliennes. Dans le sport, les basketteuses irlandaises avaient refusé de serrer les mains de leurs homologues israéliennes en 2024. Elles avaient aussi quitté le centre du terrain pour se positionner devant le banc de touche et ne pas faire face à leurs adversaires au moment de l’hymne israélien.
Même posture sur les autres terrains. L’Irlande a boycotté l’Eurovision cette année en raison de la présence d’Israël, et elle réitèrera en 2027. La télévision publique ne diffusera même pas le concours. Et le foot ? La Fédération irlandaise (FAI) avait poussé pour que l’UEFA suspende Israël l’an dernier, sans succès. Elle a donc demandé de ne plus pouvoir tomber sur Israël lors des prochains tirages, mais l’UEFA lui a encore dit non. Plus de 160 sportifs irlandais viennent de signer une lettre ouverte demandant de ne pas jouer les deux matchs à venir – ce qui n’est pas à l’ordre du jour puisque l’Irlande écoperait de lourdes sanctions. Mercredi, le capitaine Dara O’Shea a déclaré que les joueurs se réuniraient vendredi, une fois le match contre le Kosovo passé, pour discuter de la manière d’aborder cette rencontre et d’une possible action. Avec la pression de cinq millions d’Irlandais qui attendent, à défaut d’un boycott, un signal fort de leurs compatriotes.
Le Premier ministre irlandais au soutien de son sélectionneur après ses propos sur IsraëlPar Quentin Ballue





















































