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Les Bleus au bout de la crispation

Par Mathieu Rollinger
4' 4 minutes
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Les Bleus au bout de la crispation

Quand les repères et les solutions manquent, il faut savoir aussi s'appuyer sur une aide extérieure. Ce samedi, les Bleus ont dû solliciter la VAR et la goal-line technology pour se débarrasser d'une Australie plus que vaillante. C'était moche, c'était frustrant, c'était crispant, mais par cette victoire à l'arrachée (2-1), l'essentiel est là : Didier Deschamps a gagné du temps. Et ce n'est pas rien vu l'ampleur du chantier.

France 2-1 Australie

Buts : Griezmann (57e, sp), Pogba (80e) pour la France // Jedinak (61e, sp) pour l’Australie

On ne pouvait pas exiger que cette équipe soit complètement rodée dès le premier match, que les automatismes et la complicité soient innés. On pouvait supposer que les Bleus aborderaient cette compétition avec une pression utile et nécessaire. Mais on ne s’attendait pas à ce qu’elle s’embourbe avec un tel manque d’inspiration, d’enthousiasme et de créativité face à une Australie aussi rugueuse et plus armée qu’on voulait nous le faire croire. Au bout du bout, la victoire est là, mais cette performance plus que poussive doit chatouiller l’ego de cette équipe, qui a subi durant 80 minutes la loi de l’adversaire supposément plus faible de son groupe. Il y aura beaucoup à dire sur ce match, tant les Bleus ont souffert et ne semblent pas encore prêts à relever les défis qu’ils se sont fixés. En attendant, on peut souffler…

À contre-jour

Se construire une bonne main, organiser son jeu, laisser sa part au chien, évaluer ses forces et ses atouts. Exactement les tâches dont s’est acquitté Didier Deschamps lors des semaines de préparation. Mais ce samedi midi, sur une pelouse de Kazan baignée de soleil, les Bleus ne pouvaient plus se cacher, obligés de dévoiler leurs cartes en s’installant à la table russe. En jeu : assumer son statut de favori du groupe, se rassurer et envoyer un signal fort à leurs concurrents. Les premières indications tombent, tactiques d’abord. Dans l’attaque à trois déployée, Antoine Griezmann est d’abord flanqué à droite, Kylian Mbappé héritant de l’axe. Un flop intéressant pour la suite, puisque l’attaquant parisien, trouvé dans la profondeur, est le premier à alerter Mathew Ryan. Exhortés à prendre enfin leurs responsabilités, Pogba s’essaye sur coup franc et Griezmann tente de loin. Les dix premières minutes apportent un enseignement : il y aura des opportunités face à ces Australiens.

Sauf que les Socceroos ont aussi de solides arguments à opposer, refusant de jouer les victimes expiatoires. Dans ce poker menteur, ils reprennent l’ascendant grâce à leur aptitude au combat, leur solidarité et la volonté d’aller jouer crânement leur chance sur coup de pied arrêté. Un classique. Si bien qu’Aaron Mooy surenchérit par deux fois, sa première ogive tombe sur la tête de Robbie Kruse, la seconde sur le tibia de Corentin Tolisso, dont la déviation file vers sa propre cage. Heureusement, le capitaine Lloris sauve la maison d’une main ferme. Une frayeur pour les uns, une injonction à se libérer pour les autres. Mieux, les Océaniens ont d’autres options à leur disposition, à savoir confisquer le ballon, fermer tous les espaces et frustrer les Français. Griezmann trouvé en profondeur et Hernandez au large, mais rattrapés par la patrouille, sont de ceux-là. Bousculés puis étouffés, les Bleus semblent s’asphyxier. Une dernière alerte de Behich, et les Français filent aux vestiaires pour reprendre de l’air et certainement une soufflante.

Coup de bluff

Les fronts sont crispés, les mâchoires serrées, chacun sait qu’il n’a pas été à la hauteur jusqu’à présent. La réponse sur le terrain se fait attendre, les hommes de Bert van Marwijk étant toujours aussi menaçants. L’ouverture viendra finalement d’une récupération haute, une passe dans le bon tempo vers Griezmann, l’attaquant de l’Atlético s’effondre dans la surface. Monsieur Cunha estime que Risdon a joué le ballon. Peu de contestation, tout le monde s’est déjà replacé, mais l’arbitre se fait sonner par oreillette interposée, consulte l’écran dévolu à la VAR, constate que le latéral a touché le mollet de Grizou et désigne depuis le milieu de terrain le point de penalty. Pour répondre à cette situation exceptionnelle, le numéro 7 français se charge de convertir ce qui sera le premier but de l’histoire de la Coupe du monde à être obtenu à la suite d’une assistance vidéo.

Alors que l’on pense avoir fait le plus dur en ayant décapsulé le bouchon australien, c’est tout le contraire qui se produit trois minutes plus tard. Nouveau coup franc de Mooy, qu’Umtiti dévie de la main. Penalty et le capitaine barbu Jedinak peut rétablir un score qui reflète mieux la vérité. Sauf que la France fait confiance à la technologie et met à contribution ensuite la goal-line technology. Sur une montée enfin incisive, Pogba sollicite deux une-deux avec Mbappé puis Giroud pour s’engouffrer à l’entrée de la surface. Sa frappe du bout du pied, contrée, tape la transversale et retombe quelques millimètres derrière la ligne. Un soulagement qui ne dissipera pas de sitôt les inquiétudes, tant les Bleus sont passés ce samedi par un trou de souris.


France (4-3-3) : : Lloris (c) – Pavard, Varane, Umtiti, Hernandez – Tolisso (Matuidi, 77e), Kanté, Pogba – Mbappé, Griezmann (Giroud, 69e), Dembélé (Fekir, 69e). Sélectionneur : Didier Deschamps.

Australie (4-2-3-1) : Ryan – Risdon, Sainsbury, Milligan, Behich – Jedinak (c), Mooy – Leckie, Rogic (Irvine, 71e), Kruse (Arzani, 84e) – Nabbout (Jurić, 63e). Sélectionneur : Bert van Marwijk.

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Par Mathieu Rollinger

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