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Mbappé, un brassard pour les rassembler tous

Kylian Mbappé sait marquer des buts, il en est même à 18 en 18 matchs de Coupe du monde. Il sait aussi être un bon capitaine de l’équipe de France, comme il le montre depuis le début du tournoi aux États-Unis.
Comme Albert Einstein, Sophie Germain ou Bertrand Renard, les chiffres ne sont jamais très loin du nom de Kylian Mbappé. Le joueur de 27 ans n’a inventé aucune formule mathématique et n’est pas du genre à résoudre des équations à donner un mal de crâne, mais sa carrière est rythmée par des statistiques. Le plus souvent, ce sont des nombres de buts : 42 en 44 matchs cette saison au Real Madrid, 256 en tout au Paris Saint-Germain et bien sûr 62 en 102 capes en équipe de France. Niveau école primaire.
Cette Coupe du monde, la troisième de Mbappé, ne fait pas exception. Il est encore et toujours question de chiffres, de records battus, de records à battre et de correction sans stylo rouge quand un journaliste se trompe après son nouveau doublé contre la Suède : « 17 buts pour vous en Coupe du monde, Kylian… ». Réponse : « 18, c’est 18. » Mbappé sait compter.
Il sait qu’il a dépassé Miroslav Klose ou que Lionel Messi a un pion d’avance ; il sait qu’il a planté son dixième but dans un match à élimination directe de Mondial ; il sait aussi sans doute qu’en cas de quart de finale, il rejoindrait Hugo Lloris, le seul Français à se trouver dans le cercle très fermé des joueurs à avoir atteint la barre des 20 matchs de Coupe du monde (on y trouve Messi, Cristiano Ronaldo, Lothar Matthäus, Diego Maradona, Cafu et quelques autres beaux noms du foot).
Il pourrait également devenir le premier joueur à finir meilleur buteur d’une Coupe du monde deux fois d’affilée. Étrangement ou habilement, ces distinctions individuelles sont davantage dans la bouche des journalistes (la preuve ici) que dans celle de Mbappé, dont la plus belle réussite estivale reste d’avoir endossé à merveille son rôle de capitaine et de s’efforcer à rappeler que la quête est collective plus que personnelle.
Suivez le capitaine
Deux ans plus tôt, en Allemagne, pour sa première grande compétition avec le brassard accroché au biceps, ce n’était pas le même Mbappé ni la même osmose apparente au sein du groupe. D’abord parce que le numéro 10 des Bleus avait occupé la scène médiatique avec son satané masque dès le début du tournoi, à la suite d’un nez amoché contre l’Autriche. Il y avait peu de place pour les autres, puisqu’il fallait connaître la couleur du machin, sa capacité à jouer avec et tout le tintouin. Antoine Griezmann était là, aussi, plus d’un an après sa déception de ne pas avoir été choisi par Didier Deschamps pour le capitanat et le Colchonero habituellement si jovial avait laissé traîner son spleen sur le terrain, sans y trouver sa place au point de finir sur le banc, comme en dehors. En voulant le soutenir devant les médias avant le quart de finale contre le Portugal, Mbappé s’était montré assez maladroit, conjuguant presque son coéquipier au passé (« C’est important d’avoir la reconnaissance de ceux qui ont fait les grandes heures de ce pays »). Le même jour, il avait parlé « des joueurs différents » au milieu de terrain entre son arrivée en 2017 et 2024 : « Avec Pogba, t’as juste à courir, tu sais que le ballon va arriver dans ton pied. »
Kylian, c’est notre capitaine. Je n’en dis pas du bien pour en dire du bien, parce qu’il est exemplaire depuis le premier jour.
Cette fois, Mbappé a pris la mesure du costume et a chassé les maladresses pour proposer ce qui ressemble jusque-là à un 20/20. Quatre ans après s’être enfermé dans le silence au Qatar, pour se concentrer sur le ballon, le Bondynois a enchaîné les prises de parole avant le tournoi (L’Équipe et Le Parisien dans des formats révélateurs, M6, etc.) et ne se cache pas sur la côte Est des States, où il était à la conférence de presse avant de jouer l’Irak, tout en se présentant trois fois sur quatre en zone mixte (Sénégal, Irak, Suède). En faisant toujours attention à ne pas parler trop de longtemps de lui, comme ce mardi pour parler de sa célébration câlin avec Didier Deschamps : « Ce n’était pas seulement moi, mais toute l’équipe. Toute l’équipe était là, avec lui […] C’est l’ADN de ce groupe d’être tous ensemble, de vraiment être soudés. » Ce n’est plus Mbappé et les autres, c’est Mbappé avec les autres.
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Les autres, c’est Ousmane Dembélé, qui a changé de statut avec un Ballon d’or et deux Ligues des champions sans perdre son lien avec « Mobut’ », comme il le surnomme ironiquement dans une vidéo diffusée par la FFF. C’est aussi Michael Olise, très vite adopté par le meilleur buteur de l’histoire des Bleus. La vie est plus facile sur le terrain quand on peut se parler et se comprendre. Dans sa communication, impeccable cette fois-ci, dans le jeu, où il fait plus d’efforts qu’au Real Madrid, et dans son attitude en général, Mbappé ressemble à un capitaine de l’équipe de France, un rôle dont on se demandait s’il était vraiment fait pour lui. « Kylian, c’est notre capitaine. Je n’en dis pas du bien pour en dire du bien, parce qu’il est exemplaire depuis le premier jour, applaudissait DD à New York. L’état d’esprit d’un groupe, ça ne fait pas gagner des matchs, mais je sais trop bien que ça peut les faire perdre. » Ce n’est pas mathématique et c’est très bien comme ça.
Jules Koundé confiant malgré les critiquesPar Clément Gavard


















































