- Ligue des Nations
- J2
- Belgique-France (0-1)
Da Cunha-Camavinga, duo lingots

L'association des deux anciens coéquipiers à Rennes, aussi expérimentale que le onze titulaire côté français, a offert aux Bleus une qualité au milieu qu'on ne lui avait plus vu depuis longtemps. La jeunesse au pouvoir !
Avant ce soir, ils avaient passé cinq minutes ensemble sur le même terrain lors d’un match officiel, dans un autre temps, autre lieu, autre scène : un huitième de finale de Coupe de la Ligue entre Amiens et Rennes, le 18 décembre 2019. Défaite 3-2 des Bretons, but de Thomas Monconduit dans les arrêts de jeu – cinq minutes, donc, après l’entrée en jeu d’un jeune joueur professionnel, Lucas Da Cunha, 18 ans à peine. Les hommes d’alors s’appelaient Joris Gnagnon, Benjamin Bourigeaud, M’Baye Niang, c’était la jeune garde d’un jeune Julien Stéphan, dans laquelle un gamin, plus jeune encore que les autres, surnageait déjà : il s’appelait Eduardo Camavinga.
Da Cunha était à l’époque un ailier, ce qu’il resta longtemps, jusqu’à ce que Cesc Fabregas voit en lui, on l’a suffisamment raconté, un homme capable d’organiser ce jeu. Cinq minutes et puis s’en va, sept ans ont passé, l’un a vu sa carrière exploser à Madrid, l’autre la sienne le bringuebaler entre la Côte d’Azur, la Suisse et l’Italie, parce que tous les hommes n’éclosent pas au même moment. Et puis, par une soirée un peu fraîche à Bruxelles, un soir de septembre, pour le deuxième match officiel de l’histoire du mandat de Zinédine Zidane : voilà les deux hommes alignés côte à côte au milieu de terrain. En un mot, brillant.
« J’aime les sorties de balle qui mettent de la clarté »
Dans un 4-3-3 sur le papier qui se transformait presque, en phase offensive, en 4-2-3-1 où les deux anciens Rennais organisaient la relance derrière un Akliouche plus offensif, il apparût bien vite que Da Cunha avait quelque chose du joueur frisson que la France de Deschamps réclamait de ses voeux. Un pied gauche, déjà, au point de départ de transversales tendues que Zidane salua en conférence de presse d’après-match. « J’aime bien ces sorties de balle, qui mettent de la clarté quand vous arrivez à toucher les joueurs extérieurs, dit-il. Sortir le ballon proprement, c’est l’idée. Lucas l’a très bien fait (sourire). »
Il y avait les transversales, les passes verticales entre les lignes, une sérénité globale une fois le ballon dans les pieds et des statistiques propres comme du linge de maison : 97 ballons touchés (le deuxième plus haut bilan français, derrière Maxence Lacroix), et 93% de passes réussies, sans jouer petit pied. Toujours disponible, veillant sans cesse à l’équilibre du bloc, rarement attiré par le piège de l’offensive mais capable de toucher le poteau sur une frappe de loin… On a vu du Rodri, parfois, mais c’est écrit avec les yeux de l’amour et la comparaison n’a de toute façon aucun sens : qu’il se contente d’être une forme de « Rodri français », similaire dans le rôle et l’utilisation au sein l’équipe, ne déplairait à personne, si la performance du soir venait toutefois à se répéter en qualité.

À ses côtés, il y avait le Camavinga « pile », lui qui, dimanche encore devant la presse, concédait un manque de « régularité » dans ses performances, expliquant dans un sourire qu’elle lui restait un mystère, sans doute, avançait-il, devait-il améliorer sa concentration et « commettre moins d’erreurs ». « Comme on dit, ajoutait-il alors, Rome n’a pas été construit en une journée, donc j’ai encore le temps. » À bien y regarder, il y eût une erreur, lors d’une sortie de balle un poil trop énergique à l’heure de jeu, qui donna sur le contre qui suivit une frappe à Lukébakio bien arrêtée par Mike Maignan. Pour le reste, ce fût un milieu remuant, étalant ses qualités de perforation, au duel (11 en tout) et au contre-pressing, ce qui fût également salué par Zidane dans les entrailles du stade Roi Baudoin.
On veut courir avec le ballon, et non derrière le ballon. Quand vous avez des joueurs avec cette qualité, j’insiste sur le fait de garder la balle et mettre du rythme.
On reconnaît à ce dernier le mérite d’avoir relancé un homme laissé sur le carreau par son prédécesseur pour le Mondial, une blessure intime, peut-être la première « vraie » déception sportive de sa carrière, osait le Madrilène dimanche, à un poste qui lui est plus naturel que celui d’arrière gauche. Questionné sur la position qu’il pouvait occuper en Bleu, le milieu avait répondu: « On n’a pas mal d’arrière gauche, déjà, donc on va virer cette option. J’ai la chance de pouvoir jouer en sentinelle et en 8, vous savez où va ma préférence (sourire) ». Zidane veut des hommes à des postes précis, Diouf à gauche (bon ce soir), Camavinga au milieu, Mbappé à gauche, et il semblerait que cette manière de trancher porte ses fruits pour le moment.
Camahameha
Ainsi donc : Toni Kroos et Luka Modric lui avaient appris « le calme », disait-il, et le cœur du jeu français du soir en fût bourré, sans doute aidé par le manque d’intensité certain de Kevin de Bruyne côté belge. « On veut courir avec le ballon, et non derrière le ballon, insistait Zidane après le match. Quand vous avez des joueurs avec cette qualité, j’insiste sur le fait de garder la balle et mettre du rythme (…) Jacquet et Da Cunha ont été très bons dans leur positionnement, et je suis très content qu’ils aient joué comme ils l’ont fait. Ils ont montré qu’on pouvait leur faire confiance. » La donne est différente pour Da Cunha que pour Camavinga : le premier s’est sans doute fait une place pour le futur, quand l’autre devra ferrailler avec des hommes partis avec un temps d’avance, Rabiot et Koné en premier lieu. Le retour de l’un, l’arrivée de l’autre : le symbole d’une équipe de France en reconstruction, qui retrouvera donc le Stade de France contre l’Italie, vendredi prochain, un rendez-vous que le sélectionneur dit attendre avec impatience pour son grand come-back à la maison. Le onze devrait encore changer, évidemment. Mais si Da Cunha n’était pas sur la pelouse au coup d’envoi, on peut déjà dire qu’il nous manquerait, et ça n’est pas rien.
Les notes des Bleus contre la BelgiquePar Théo Denmat, au stade Roi Baudoin
















































