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Circati et Volpato, pour un petit goût d'Italie

L’Italie n’est pas dans ce Mondial américain mais elle est partout : sur les bancs avec Ancelotti, Montella ou Cannavaro, mais aussi sur la pelouse avec des joueurs qui auraient pu, à un moment ou à un autre, porter les couleurs de la Nazionale. C'est le cas d'Alessandro Circati et Cristian Volpato qui eux ont choisi l’Australie.
26 juin 2006, Fritz-Walter-Stadion, Kaiserslautern. Après un match fermé entre la Nazionale et l’Australie, Fabio Grosso s’échappe côté gauche, entre dans la surface et vient buter sur Lucas Neill avec un plongeon digne des plus grands spécialistes du 10 mètres : penalty. Totti ne se prive pas, et les Socceroos sont éliminés à la dernière seconde sur l’un des penaltys les plus discutables de l’histoire du Mondial. Vingt ans plus tard, l’Australie retrouve encore un bout d’Italie sur sa route. Sauf que cette fois, le pays de la Botte ayant raté sa troisième Coupe du monde de suite, ce qui reste de l’Italie est dans ses propres rangs. Deux joueurs australiens aux origines italiennes et aux trajectoires inversées : Cristian Volpato et Alessandro Circati.
Ce vendredi, l’Australie affronte l’Égypte avec l’idée de gagner enfin un match à élimination directe en Coupe du monde. Les Italiens en manque de Mondial pourront donc se sentir un peu représentés le temps d’un soir. Après tout, l’Australie a toujours été une grande terre d’immigration italienne, avec plus d’1,1 million d’Australiens déclarant une ascendance italienne. Et voir un Italien jouer pour les Socceroos n’a rien d’une nouveauté : Max Vieri, frère de Christian, a lui aussi été international australien, avec six sélections.
Volpato, l’Australien qui rêvait de la Nazionale
Cristian Volpato a longtemps attendu un appel de la FIGC, avant de finalement revenir aux sources. Joueur de Sassuolo, numéro 10 technique, il a aujourd’hui le profil qui manque souvent à l’Italie. Gaucher, créatif, capable d’évoluer dans l’axe comme sur l’aile, il n’a pourtant jamais eu sa chance avec les Azzurri. Pour Emanuele Filippini, qui l’a vu évoluer dans les sélections de jeunes italiennes, il aurait pu l’avoir. « En Italie, je pense qu’il aurait pu avoir ses chances, car c’est un joueur talentueux, explique le formateur. En attaque, il manque des joueurs capables de faire la différence. Techniquement, c’était vraiment solide et il avait une vision incroyable du jeu ». L’Italie, elle semble avoir été moins visionnaire sur ce coup.
J’ai le sentiment que je dois aussi beaucoup donner à l’Italie, car elle m’a offert une seconde chance.
Pourtant, Volpato est né loin de la Botte. Lui a vu le jour en 2003 à Camperdown, dans la banlieue de Sydney, de deux parents italiens émigrés en Australie. Sa formation se passe à 100 % dans cette métropole, entre l’AC Milan Soccer School, Sydney United, Sydney FC et Western Sydney Wanderers. À 16 ans, après avoir été refusé par deux académies australiennes, il part à Rome pour passer un essai. Sa famille mise beaucoup sur ce départ. « Ma mère a vendu sa boutique. Nous avons mis notre maison en location. Nous avons tout laissé derrière nous juste pour passer un essai, raconte-t-il au média de la Roma. Dieu merci, j’ai réussi cet essai, et ma vie a basculé à partir de là. » Pour lui, l’Italie devient donc plus qu’un simple pays d’origine : « J’ai le sentiment que je dois aussi beaucoup à l’Italie, car elle m’a offert une seconde chance. »

Avec les jeunes italiens, il enchaîne les sélections entre les U19, les U20 et les Espoirs. Et quand son pays de naissance l’appelle, il décline une première fois. « Quand j’avais 18 ans, j’étais peut-être trop jeune et peut-être trop effrayé à l’idée de faire ce changement immédiatement », se défend-il. Il refuse même une convocation pour la Coupe du monde 2022, alors que Graham Arnold tente de l’embarquer avec les Socceroos. « J’ai essayé de le convaincre jusqu’à 23 heures. Je lui ai parlé à trois reprises en lui expliquant qu’il faisait partie de l’équipe. Il m’a alors dit qu’il allait y réfléchir et il est revenu vers moi quelques heures après pour décliner ma proposition de disputer le Mondial », retrace le sélectionneur de l’Australie de l’époque. Volpato finira pourtant par faire machine arrière et rejoindre les Socceroos en 2026, à 23 ans : l’appel de l’Italie n’est jamais venu et l’Australie, elle, est encore une fois mondialiste.
Circati, l’Italien qui s’est toujours senti australien
Miroir presque inverse de Volpato, qui a dû revenir en Australie, Alessandro Circati, lui, n’en est presque jamais parti. Né à Fidenza, en Italie, en 2003, il part très jeune à Perth, à environ un an. Fils de Gianfranco Circati, ancien footballeur passé par Perth Glory, il grandit en Australie, où il est formé au Perth SC puis à Perth Glory. L’adaptation a son pays d’adoption est tel qu’il a même pratiqué le football australien. Malgré tout, l’Italie reste dans le décor. Défenseur central, admirateur de Paolo Maldini, né en Émilie-Romagne, il toque aux pourtant aux portes de clubs anglais comme Leicester et Reading, en plein contexte Brexit. Sans succès mais il finit par rejoindre Parme en 2021 : difficile de faire plus carte postale du calcio. Mais l’Australie ne sort pas comme ça de son esprit et cette coupe mulet rappelle combien il en a gardé les us et coutumes.
Il porte cependant deux fois le maillot de l’équipe italienne des moins de 20 ans, avant que Graham Arnold, après un échange avec sa famille, ne finisse par le convaincre à rechanger d’hémicycle. « Ça n’a pas été trop difficile de choisir de jouer pour l’Australie », dit-il dans une interview accordée à Forza Parma. Il est appelé par les Socceroos en juin 2023, puis obtient sa première sélection contre la Nouvelle-Zélande le 17 octobre 2023. Plus tard, il portera même le brassard et deviendra le plus jeune capitaine australien depuis 1981. Son père a raconté qu’au début, la famille italienne ne comprenait pas son choix, avant de finir par accepter qu’au fond, Ale n’était pas vraiment italien.

Son parcours montre surtout qu’à une autre époque, l’Italie semblait impossible à refuser. Personne n’aurait vraiment pensé qu’un joueur né en Italie, défenseur central à Parme, puisse choisir l’Australie sans trop trembler. Avant, l’Italie allait à la Coupe du monde et y arrivait comme protagoniste. Aujourd’hui, après trois Coupes du monde manquées, la Nazionale n’a plus la même énergie. Elle n’attire plus comme avant. Et l’intérêt de jouer avec l’Italie n’a plus exactement le même poids. Volpato et Circati ne disent pas que l’Italie n’a plus de talents. Ils disent pire : parfois, ses talents existent, mais leur avenir s’écrit mieux ailleurs.
Quand la Coupe du monde voit triplement rougePar Mamadou Junior Diop





















































