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« Je n’avais pas le choix » : Mansour Samb, bien plus qu’une révélation

Par Mamadou Junior Diop
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« Je n’avais pas le choix<span style="font-size:50%">&nbsp;</span>» : Mansour Samb, bien plus qu’une révélation

Encore en Régional 2 il y a trois ans, Mansour Samb n’a depuis cessé d’empiler les buts et de grimper les échelons du football français. Freiné dans son accès au monde professionnel par des difficultés administratives, l’attaquant sénégalais a dû faire un détour par le Danemark avant de revenir cet été en Vendée, à La Roche-sur-Yon. Avec quatre buts lors de ses deux premières journées de Ligue 3, le joueur de 23 ans oblige surtout à se poser une question : mais c’est quoi, son plafond ?

« Il est fait pour ça, il est né pour ça. C’est un buteur né. » Frédéric Reculeau, son coach à La Roche-sur-Yon, ne passe pas par quatre chemins pour présenter son attaquant Mansour Samb. Six pions en cinq matchs de préparation, un triplé contre Versailles pour découvrir la Ligue 3, puis un quatrième but une semaine plus tard à Amiens. Pas exactement le genre d’entrée en matière qui permet de passer incognito. Le plus drôle dans le diagnostic de son entraîneur, c’est que ce « buteur né » n’est même pas né numéro 9.

« On m’appelait Mbappé »

Pour retrouver le tout jeune Mansour Samb, il faut se rendre à Mbao, dans la banlieue dakaroise, où il grandit avec le ballon et joue notamment en navétanes, ces championnats de quartier très importants dans le football sénégalais. À l’époque, le futur avant-centre préfère encore les côtés. « Quand j’étais jeune, j’étais ailier droit ou ailier gauche, raconte Samb, très timide. On m’appelait Mbappé. » Amadou Ndiaye connaît l’attaquant depuis qu’il a 7 ans. Ancien vice-champion d’Afrique du 400 mètres haies, le Sénégalais a fini par ranger les pointes pour lancer en 2019 ZAC Mbao Academy et offrir un cadre aux jeunes du coin. Samb rejoint naturellement l’aventure. Le constat sur le jeune Mansour est assez vite sans appel : « Il était toujours rapide, très talentueux », se souvient Ndiaye, suffisamment convaincu pour croire très tôt que le foot peut devenir pour lui un peu plus qu’un simple jeu de quartier.

Le ballon était de toute façon déjà bien installé à la maison. Samb fait remonter son goût pour le foot à son père et à une famille dans laquelle le jeu occupe une place particulière. Mais comment ce gamin de Mbao se retrouve-t-il quelques années plus tard de l’autre côté de la Méditerranée ? Un seul nom : Amadou Ndiaye. « C’est moi qui l’ai fait venir en France », pose le président de ZAC Mbao. Du côté de Samb, le grand départ commence presque par une simple consigne : « Un jour, il m’a dit : “Là, tu vas faire ton passeport.” Après, j’ai fait mon passeport, puis il m’a fait la demande de visa. » Quelques semaines plus tard, direction Paris. Viennent ensuite les joies de la découverte du football français. Des tests à Épinal, d’abord. Samb assure que le club vosgien souhaite le conserver, mais qu’une question de logement empêche l’histoire d’aller plus loin. Il raconte ensuite être passé par Angers avant que son chemin ne le mène à Cholet. À son arrivée, le Sénégalais reconnaît ne rien connaître à la pyramide du football français. Ça ne l’empêche visiblement pas de comprendre assez vite où se trouvent les cages.

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C’est surtout à Cholet que « Mbappé » devient neuf. « Depuis tout petit, je jouais ailier, donc je ne savais pas jouer attaquant de pointe. Le coach a essayé et ça a marché », rembobine Samb. Plutôt bien, même : 42 buts dès sa première saison en France. À cette époque, Alexandre Leudière, aujourd’hui entraîneur des Sables Vendée Football, le découvre encore de l’autre côté du terrain. Lui entraîne un autre club de R2 et tombe sur Samb comme adversaire. Il voit un joueur capable de faire la différence tout seul, d’attaquer la profondeur, de répéter les appels et de peser constamment sur la défense. Son jugement sur le Samb de l’époque tient encore aujourd’hui en une phrase : « Il n’avait rien à faire à ce niveau-là. »

Les buts vont plus vite que les papiers

Le passage de Cholet aux Sables n’a pas vraiment déréglé le goleador. Vingt-cinq buts en R1, puis une nouvelle première partie de saison à empiler les pions en N3 : les divisions changent, les filets continuent de trembler. Leudière finit par retrouver Samb, cette fois du même côté de la barrière. Après l’avoir subi comme adversaire en régional, il le côtoie désormais au quotidien aux Sables. Avec tout de même une interrogation au moment de le voir débarquer au niveau national. « R2, R1, on savait qu’il pouvait le faire. Mais le N3, c’était encore un autre niveau. Et finalement, il a passé le cap très facilement », se souvient-il.

On va aller jusqu’au bout pour aider la famille, pour aider les gens.

Mansour Samb

Pas question pour autant d’en faire l’attaquant parfait, celui qui n’aurait plus rien à apprendre parce qu’il marque partout où il passe. Aux Sables, Leudière voit aussi ce qu’il reste à polir. « Il fait un nombre d’appels incalculable », explique-t-il. Parfois un peu trop, au risque d’y laisser de l’énergie ; une première touche à améliorer ; davantage de justesse lorsqu’il faut venir en soutien et participer au jeu. Autant de domaines dans lesquels il estime aussi avoir vu Samb progresser depuis.  « À l’entraînement ou en match, il mettait la même intensité. Quand l’entraînement se terminait, il voulait continuer à jouer, continuer à travailler devant le but. On devait l’arrêter parce que la séance était terminée », se souvient Leudière.

Sur le terrain, Samb avance à mille à l’heure. Le reste ne va pas aussi vite. Lorsqu’on l’interroge sur les difficultés administratives qui accompagnent ses premières saisons françaises, il ne cherche pas vraiment à esquiver. « Au début, c’était dur », reconnaît celui qui doit batailler pour avoir le droit de rester vivre en France. Selon lui, plusieurs clubs intéressés sont alors refroidis par sa situation. Ces difficultés l’empêchent notamment de signer un contrat fédéral, ce qui est confirmé par Leudière : « En effet, il y a eu des blocages. » Cela n’empêche pourtant pas les performances d’attirer les regards : Samb évoque notamment des échanges de son agent avec Valenciennes, Paris 13 ou encore Châteaubriant. Aux Sables, raconte-t-il, la question administrative fait même partie du projet qui lui est présenté au moment de son arrivée : « Ils nous ont aussi dit qu’ils allaient nous aider à faire les papiers. C’est pour ça aussi qu’on s’est engagés. » Sportivement, les portes continuent de s’ouvrir. Professionnellement, la dernière tarde tellement qu’il finit par devoir aller la chercher bien plus au nord.

Le détour au Nord pour devenir pro

À l’hiver 2026, l’AC Horsens lui ouvre au Danemark la porte de son premier contrat professionnel. Quand on lui demande si ce départ est aussi lié aux difficultés rencontrées en France, la réponse tient en quelques mots : « Oui, c’est à cause de ça. » Pour le Sénégalais, la signature dépasse largement le simple cadre d’un joueur qui passe pro. « C’est une fierté. C’est un rêve qui s’est réalisé. » La famille n’est jamais bien loin lorsqu’il parle de ce rêve. Elle a toujours été présente, même lorsqu’il a fallu laisser Mbao à des milliers de kilomètres. « On va aller jusqu’au bout pour aider la famille, pour aider les gens », explique Samb. Mais le passage de la France au Danemark est plus compliqué que prévu : une nouvelle langue, un nouvel environnement et surtout peu de temps de jeu. Pas de quoi lui faire considérer ces quelques mois comme du temps perdu. « J’ai progressé, j’ai pris plus de masse », assure-t-il, en insistant aussi sur ce que cette première expérience lui apprend du monde professionnel.

Des garçons comme ça, j’en ai vu, mais avec cette détermination et cette qualité, c’est assez rare.

Frédéric Reculeau, son coach à La Roche

Sauf que pour continuer à progresser, encore faut-il jouer. C’est justement ce qui commence à manquer à Horsens. Samb explique alors avoir besoin de retrouver du temps de jeu. Avec son agent et le club danois, l’idée d’un prêt fait son chemin et La Roche-sur-Yon se positionne. Le Sénégalais ne débarque pas vraiment dans l’inconnu : il connaît déjà la Vendée, une partie de cet environnement et surtout Frédéric Reculeau. Car son entraîneur actuel ne découvre pas Samb à l’été 2026. « Le joueur, nous, on le connaissait par cœur », pose-t-il. À l’époque, lorsque l’attaquant évoluait encore en R2, son diagnostic était déjà assez clair : ce n’était « pas son niveau ». Le retrouver après le passage au Danemark lui permet surtout de mesurer le chemin parcouru. Quelques mois chez les professionnels plus tard, Reculeau assure avoir récupéré « un joueur plus complet ».

L’accord tombe donc, direction La Roche. Et retour aux vieilles habitudes : six buts en cinq matchs de préparation, puis quatre lors des deux premières journées de Ligue 3. Pour celui qui découvre Samb en août, l’éclosion peut sembler soudaine. Pour Ndiaye, qui l’a connu gamin à Mbao, Leudière, qui l’a d’abord affronté en R2 avant de le retrouver aux Sables, ou Reculeau, qui suivait déjà son évolution avant le Danemark, beaucoup moins. « Ce qu’il fait actuellement, ce n’est pas une surprise. C’était une attente », tranche ce dernier. La vraie interrogation était plutôt de savoir combien de temps Samb allait mettre à absorber ce nouveau niveau. Deux journées ont suffi pour donner un début de réponse. Pas question pour autant de considérer le travail comme terminé : son entraîneur cite encore le timing de certains déplacements, la lecture du jeu ou la relation avec ses partenaires parmi les points à améliorer.

Quand il évoluait en R2, Reculeau estimait donc que Samb jouait trop bas. Aujourd’hui ? « Il va commencer à toucher le niveau qui peut lui correspondre », glisse-t-il. Voilà peut-être enfin la nouveauté. La question n’est plus vraiment de savoir si Mansour Samb était trop fort pour la R2, s’il pouvait passer le cap de la R1 ou absorber celui du N3. Elle est désormais beaucoup plus simple : mais jusqu’où monte l’ascenseur ? « Des garçons comme ça, j’en ai vu, mais avec cette détermination et cette qualité, c’est assez rare », poursuit Reculeau. Du Sénégal à Cholet, des divisions régionales au Danemark, des difficultés administratives au manque de temps de jeu, il y avait pourtant quelques moments où l’histoire aurait pu sérieusement s’arrêter. Quand on demande à Mansour Samb laquelle de ces périodes lui a fait penser que son rêve pouvait lui échapper, lui n’en choisit aucune. « Franchement, je n’ai jamais douté. Je n’avais pas le choix. » Puis revient ce qui accompagne son récit depuis Mbao : « Tout ce qui arrive, c’est Dieu. Il a déjà fait notre destin. »

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Par Mamadou Junior Diop

Tous propos recueillis par MJD

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