S’abonner au mag
  • Ligue des nations
  • J2
  • Tchéquie-Angleterre

Thomas Tuchel face à la menace de la Premier League

Par Enzo Leanni
5' 5 minutes
3 Réactions
Thomas Tuchel face à la menace de la Premier League

Après une défaite contre l’Espagne à domicile, l’Angleterre doit déjà se rattraper, dès ce mardi soir, en Tchéquie. Thomas Tuchel, toujours hanté par l’échec de la Coupe du monde, tente d’imposer son style sur l’équipe nationale, entre flexibilité tactique, proactivité avec et sans ballon, et management sans ménagement. Pourtant, il continue de se heurter aux dérives de la Premier League, dont le nombre de projets de jeu différents impacte l’identité commune voulue par l’Allemand.

« Je ne prends pas les appels des entraîneurs de Premier League. Je n’ai jamais appelé de sélectionneur. C’est comme ça. » Face à la presse anglaise, ce lundi, Thomas Tuchel s’est encore employé à afficher une image de coach et d’homme inflexible, même face aux entraîneurs du plus grand championnat du monde. Le sujet était alors de savoir s’il devait ménager certains joueurs pour favoriser les clubs anglais, ce que l’Allemand a balayé d’un net revers de main, mais s’inscrit dans une logique plus globale d’opposition entre les Three Lions et la Premier League.

Trop d’idées tue l’idée

Tuchel n’est ni le premier étranger à la tête de la sélection (Sven-Göran Eriksson de 2001 à 2006 et Fabio Capello de 2007 à 2012) ni le premier à subir la toute-puissance du championnat local. Car, au-delà du strass et des paillettes, les clubs anglais n’apportent pas que du positif à l’Angleterre. En raison d’une manne financière exceptionnelle, Manchester City, Arsenal et compagnie garnissent leurs effectifs des meilleurs joueurs étrangers de la planète et poussent loin des frontières les entraîneurs britanniques pour faire place aux coachs espagnols, français ou italiens.

Il est très difficile pour l’équipe d’Angleterre de développer un style distinctif. Il est même difficile de définir clairement ce qu’est un style de jeu anglais.

Thomas Tuchel, dans l’impasse

L’UNECATEF crierait au scandale et le staff de l’équipe nationale doit s’arracher les cheveux pour créer une identité commune. « Il est très difficile pour l’équipe d’Angleterre de développer un style distinctif. Il est même difficile de définir clairement ce qu’est un style de jeu anglais », a jugé le sélectionneur. Comme Gareth Southgate durant huit ans, Thomas Tuchel est en train de comprendre les subtilités du pays où il a atterri, entre trop-plein d’idées venues des clubs dominants et projets trop éparses pour être appliqués au sommet du football national. Considéré comme l’un des meilleurs tacticien de sa génération, l’Allemand s’est d’ailleurs perdu dans des éléments de langage au moment de dresser le portrait robot de sa team : « Ne jamais abandonner, une attitude impitoyable dans les matchs, un jeu direct, un engagement total, et un style de jeu proactif. » En somme, tout ce qui se fait déjà 38 week-ends par saison, en moins bien.

Plutôt foot espagnol ou rugby français ?

À deux ans de l’Euro à domicile, les Three Lions sont, comme beaucoup de sélections, en période de rodage et ces interrogations tactiques illustrent le flou qui règne toujours plus de 18 mois après l’arrivée de Tuchel. Troisième du Mondial 2026, l’Angleterre est restée dans les mémoires pour son choke en demi-finales contre l’Argentine. Depuis que le coach a refusé le jeu et permis aux Argentins de revenir de nulle part en donnant le ballon à Lionel Messi, les doutes sont loin d’être dissipés, au point d’obliger la Fédération anglaise à ouvrir une enquête interne pour établir les potentiels ratés du sélectionneur.

Pourquoi essayez-vous de faire en sorte que ces joueurs soient identiques aux joueurs espagnols ? Parce que les joueurs espagnols n’ont pas ce que nous avons, et vice versa.

Anthony Gordon, entre l’Angleterre et Barcelone

Pour sortir de la torpeur, il pourrait bien s’inspirer de ses voisins européens pour faire ce qui marche le mieux en ce moment : imiter l’Espagne. Samedi, lors de la première journée de Ligue des nations, l’Angleterre a justement voulu prendre l’équipe de Luis de la Fuente en confisquant au maximum le ballon, mais la Roja s’en est sortie en sortant une carte rarement utilisée, celle de l’irrationalité, prouvant avoir plus de bonnes idées que quiconque sur la scène internationale. Quelques jours plus tôt, l’ailier anglais du FC Barcelone, Anthony Gordon, avait pourtant prévenu : « J’ai l’impression que nous essayons de copier l’Espagne. Comme je suis en Espagne, je sais que nous avons des joueurs tout aussi bons, mais ils ont des qualités différentes. Alors pourquoi essayez-vous de faire en sorte que ces joueurs soient identiques aux joueurs espagnols ? Parce que les joueurs espagnols n’ont pas ce que nous avons, et vice versa. »

Tuchel et De La Fuente, alter egos.
Tuchel et De La Fuente, alter egos.

Durant ses dix ans à la tête de Manchester City, l’Espagnol – ou plutôt Catalan – Pep Guardiola a justement été critiqué pour un supposé effet néfaste de son style de jeu sur l’ensemble du football anglais. Mikel Arteta (Arsenal), Unai Emery (Aston Villa), Xabi Alonso (Chelsea), Andoni Iraola (Liverpool) et Alvaro Arbeloa (Fulham) ont repris son flambeau avec un jeu unique à chacun. L’Angleterre ne gagnait déjà pas tout avant l’arrêt Bosman, mais se retrouve victime d’une mondialisation dont ses clubs ont tant bénéficié. Évidemment, les Britanniques n’aimeront pas être comparés au rugby français, mais le riche Top 14 a vécu le même avènement massif de coachs et de joueurs étrangers lorsque le XV de France était au plus bas il y a une dizaine d’années et a vu l’équipe nationale se redresser grâce à une entente main dans la main entre la Fédé et la Ligue. Pour l’heure, outre-Manche, personne ne semble faire le premier pas, surtout pas Thomas Tuchel qui ne daigne pas répondre au téléphone.

Thomas Tuchel ne compte pas plier devant la Premier League

Par Enzo Leanni

Commentaires

Les membres ont posté 3 commentaires sur cet article. Participez à la discussion en vous connectant .


À lire aussi
Les grands récits de Society: Aramburu : quand l'extrême droite tue
  • Violence
Les grands récits de Society: Aramburu : quand l'extrême droite tue

Les grands récits de Society: Aramburu : quand l'extrême droite tue

Il y a quatre ans, le 19 mars 2022, un ancien joueur professionnel de rugby, Federico Aramburu, était tué en plein Paris par Loïk Le Priol, militant du GUD. Le procès s'ouvre ce lundi 7 septembre.

Les grands récits de Society: Aramburu : quand l'extrême droite tue
Articles en tendances
Logo de l'équipe France
Les yeux dans le ZZ
  • Ligue des nations
  • J1
  • Turquie-France (0-1)
Les yeux dans le ZZ

Les yeux dans le ZZ

Les yeux dans le ZZ




Nos partenaires

  • #Trashtalk: les vrais coulisses de la NBA.
  • Maillots, équipement, lifestyle - Degaine.
  • Magazine trimestriel de Mode, Culture et Société pour les vrais parents sur les vrais enfants.