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Le football de retour en Palestine, trait d’union d’un peuple meurtri et exilé

Par Mathis Blineau-Choëmet
5' 5 minutes
Le football de retour en Palestine, trait d’union d’un peuple meurtri et exilé

Le football palestinien est de retour. Après presque trois ans d'absence, la fédération a annoncé l'organisation d'une Coupe des Martyrs le 4 septembre. Une compétition organisée à Gaza, en Cisjordanie et dans les camps de réfugiés au Liban. Un symbole pour l'unité palestinienne, meurtrie par la politique expansionniste israélienne.

Beyrouth 1982. Sept ans après le début de la guerre civile, la capitale libanaise est assiégée par l’armée israélienne en pleine Coupe du monde de football. L’opération « Paix en Galilée » a deux objectifs : traquer l’Organisation de la libération de Palestine installé à Beyrouth depuis 1971 et éliminer son chef Yasser Arafat. Le poète palestinien Mahmoud Darwich retrace cet épisode tragique dans Mémoire de l’Oubli. L’admirateur de Diego Maradona raconte la parenthèse permise par les matchs du Mondial alors que les bombes anéantissent les quartiers beyrouthins et terrorisent ses habitants. « Le football est une bouffée d’air qui permet à la nation en ruine de guérir autour d’un lieu commun », écrira Darwich. 44 ans plus tard, alors que le championnat de football palestinien reprendra le 4 septembre dans un contexte dramatique, comme un recommencement de l’histoire, ces mots résonnent encore.

Une coupe des martyrs à Gaza, en Cisjordanie et au Liban

Alors qu’Israël commet un génocide à Gaza selon une commission de l’ONU, que la colonisation se poursuit en Cisjordanie et que le sud du Liban est toujours occupé par Tsahal, la Fédération de football palestinienne a annoncé ce lundi 10 août le retour du championnat palestinien. Depuis la guerre consécutive à l’attaque du Hamas le 7 octobre, la ligue de football palestinienne avait été suspendue. « Le football à Gaza est au bord de la destruction », soulignait alors Dima Saïd, porte-parole de la fédération palestinienne de football, à So Foot. En février dernier, une lueur d’espoir avait refait surface puisque quatre équipes s’étaient affrontées lors d’un tournoi organisé dans le quartier de Tal al-Hawa, à Gaza. Quelques mois plus tard, les compétitions sont enfin de retour.

 Cette initiative s’inscrit comme le début d’une revitalisation du sport palestinien et comme un moyen d’offrir aux Palestiniens, au pays comme à l’étranger, une lueur d’espoir et de joie.

Jibril Rajoub, président de la fédération palestinienne de football

Le président de la fédération Jibril Rajoub a annoncé l’organisation d’une « Coupe des 1000 Shahid » (martyrs en arabe), en hommage aux 1 014 athlètes palestiniens décédés depuis 2023. Cette compétition réunira 226 équipes, dont 146 de Cisjordanie occupée, 44 de la bande de Gaza et 36 des camps de réfugiés palestiniens au Liban, même si les matchs entre les équipes issues des différentes zones ne seront pas possibles, pour des raisons évidentes. Le format n’a pas été détaillé mais la compétition commencera le 4 septembre. À 18h, le Shabab Al-Khaleel affrontera le Jabal Al-Mukaber en Cisjordanie, le Shabab Rafah sera opposé au Khadamat Rafah à Gaza, et Al-Ansar jouera face à Al-Nahda au Liban. Touchés par une crise sécuritaire et économique, les clubs participants à cette nouvelle compétition recevront une somme versée par la fédération pour « couvrir les frais d’équipement et de transport nécessaires à la reprise des activités. »

La fédération espère même qu’à l’avenir, les champions des trois territoires se retrouvent pour disputer un Final Three. Un symbole d’unité pour un peuple palestinien disloqué au Levant, comme dans le monde entier. Malgré les horreurs commises pour déshumaniser et anéantir les Palestiniens depuis la Nakba de 1948 (« catastrophe » en VF), le retour du football permet à ce peuple meurtri de vivre le semblant d’accalmie décrit par Darwich en préambule. « Cette initiative s’inscrit comme le début d’une revitalisation du sport palestinien et comme un moyen d’offrir aux Palestiniens, au pays comme à l’étranger, une lueur d’espoir et de joie », déclare Jibril Rajoub dans un communiqué.

Un symbole pour l’unité palestinienne

Au-delà de sa portée symbolique, l’organisation de cette compétition revêt aussi des enjeux politiques. La tenue de la rencontre inaugurale entre le Shabab Al-Khaleel et Jabal Al-Mukaber se disputera dans le stade Faisal Al-Husseini situé à Al-Ram. Cette ville située au nord-est de Jérusalem est entourée par la barrière de séparation israélienne, décrite par les Palestiniens comme le « mur de l’apartheid ». Dans un territoire morcelé par les restrictions de circulation et la colonisation, organiser cette rencontre au nord-est de Jérusalem, l’épicentre historique du conflit israélo-palestinien, prend nécessairement une dimension politique. Une manière d’affirmer que la Palestine existe toujours.

Cette Coupe des Martyrs sur trois territoires est aussi la démonstration qu’une forme d’unité palestinienne existe encore, et ce, en dépit des divisions politiques et territoriales. Depuis des années, le leadership politique palestinien est disputé par le Hamas à Gaza et l’Autorité palestinienne en Cisjordanie, deux organisations rivales. Basée en Cisjordanie à Ramallah, la fédération montre, avec sa compétition, que le football peut constituer un espace de dialogue et de continuité entre les deux territoires et organisations, défendant l’unité palestinienne en vue peut-être un jour, d’un État unifié.

Il en va de même dans les camps palestiniens du Liban, où différentes factions s’affrontent régulièrement. Le match entre Al-Ansar et Al-Nahda se disputera à Ain al-Helweh à Saïda, le plus grand camp palestinien du Pays du Cèdre. En 2023, des tirs avaient été échangés entre des factions islamistes, davantage proche du Hamas et des membres du Fateh, liés à l’Autorité palestinienne. Ce camp a aussi été la cible de bombardements israéliens en septembre 2024 lors de l’escalade entre Israël et le Hezbollah. Disputer un match en ces lieux rappelle qu’il existe une manière plus pacifique de lutter : se rassembler, taper dans le ballon et créer du lien plutôt que de recourir à la violence. Mahmoud Darwich a un jour écrit : « Le football est la plus noble des guerres ». Ce retour du football en Palestine en est la nouvelle illustration.

Le championnat de Palestine va reprendre après trois ans d'absence

Par Mathis Blineau-Choëmet

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