- C1
- J1
- Slavia Prague-Lens (2-3)
Du cauchemar au panard, Lens a ravivé sa folie

Menés à deux reprises, dans les cordes malgré leur supériorité numérique, les Sang et Or ont envoyé le Slavia Prague au tapis lors d'un temps additionnel de barges. Mal en point en championnat et dans la quête d'un véritable fond de jeu dans un effectif renouvelé, Lens a (re)trouvé sa soupape de sécurité : la folie et du caractère.
Quand on a, sur son CV, quasi 400 matchs en pro dans les pattes (387 précisément), on se dit qu’on en a vu défiler des soirs de galère ou de plaisir au bord des pelouses. Mais même à 33 ans, débouler en zone mixte avec le sourire d’un gamin ayant vibré jusqu’à l’extase sur le terrain, ça existe. Et cela s’appelait Ruben Aguilar, qui n’avait pas prévu, à la 93e minute de jeu ce jeudi soir et dans la touffeur d’une nuit praguoise sens dessus dessous, d’aller offrir aux siens un succès d’entrée dans cette campagne européenne.
C’est le football, le meilleur sport au monde pour vivre de telles émotions.
Le piston droit s’est retrouvé d’un coup « face au but avec pas trop de solutions », rejoue l’Artésien. Alors parce que dans les jours précédents à l’entraînement il avait « mis la même à Régis Gurtner (le troisième gardien lensois, NDLR) », Aguilar a croisé sa frappe au sol et n’a ensuite « pas tout à fait réalisé » qu’il venait par la même occasion de permettre à Lens de s’imposer pour la première fois à l’extérieur en C1 depuis 1999 et une victoire de prestige à Arsenal (1-0). Autrement dit une éternité.
Dino Toppmöller le technicien nordiste a vu un « match de fous » et Aguilar, encore en mesure d’ouvrir ses archives et d’intégrer ce match « dans le top 3 des plus fabuleux » de sa carrière. « C’est le football, le meilleur sport au monde pour vivre de telles émotions. Il ne faut jamais rien lâcher, dans n’importe quelle circonstance. Franchement, à 2-1, jamais on se serait dit qu’on aurait gagné. » Pas même le millier de supporters Sang et Or ayant rallié la Tchéquie, pour la plupart à l’arrache en J9 ou en bus, finalement heureux de gueuler à plein poumons les Corons lorsque l’Eden Arena venait d’être mouchée.
Les voyages forment la jeunesse
Pourtant, dix minutes avant que Pierre Bachelet ne retentisse, c’est le Slavia, en infériorité numérique depuis le début de seconde période mais porté par le doublé de Danijel Sturm (51e, 88e), qui filait tout droit vers un succès qui n’avait rien d’illogique. Lens restait sur deux déconvenues en Ligue 1 (défaites à Strasbourg et contre Lorient), alignait des minots de la Gaillette en défense (Ganiou 21 ans, Antonio 19 ans, Sagnan 21 ans) et se prenait les vagues tchèques en transition. Aguilar sait que « tout n’est pas parfait, loin de là » et que le groupe nordiste « doit encore bosser ».
Il y a des matchs où l’on peut être un peu plus calme, plus tranquille mais à la fin on veut du spectacle, marquer des buts, jouer offensif.
Il aura fallu attendre un passage à quatre derrière (une première cette saison) et l’entrée en jeu en particulier de Mezian Mesloub, 16 piges et le culot d’un adolescent « qui veut tous les ballons », abonde Toppmöller, pour que Lens, au bout du bout, ne renverse la table en se hissant à la hauteur d’une intensité Ligue des champions. Interrogé sur sa latence à revoir son système lorsque le Slavia s’amusait un peu trop avec son arrière-garde, le tacticien artésien a rappelé qu’il « faut trouver une bonne solution, mais pas le plus vite possible. On doit rester calme, analyser le jeu, voir comment on peut le faire. Là j’ai fait rentrer Ruben (Aguilar) parce que nous avions besoin d’un latéral qui peut monter beaucoup et puis je voulais les faux pieds sur le côté. »
La vie sur un fil
Ajoutez à cela un Florian Thauvin cherchant la moindre faille et capable de s’envoler dans les airs – « je ne savais pas qu’il pouvait sauter haut comme ça » – dira Toppmöller, sur un centre parfait de Mesloub pour égaliser dans les arrêts de jeu, et vous obtiendrez un Lens qui…fait du Lens. Un Lens en déséquilibre, aussi friable défensivement que tueur dans le money-time, avec une folie qui lui faisait défaut depuis la reprise début août.
« Ce club a une identité, martelait Aguilar, et il est important d’envoyer un message fort. » Et Dino Toppmöller, avant de reprendre l’avion pour le Pas-de-Calais, d’insister une énième fois sur sa philosophie si typique de son parcours outre-Rhin (Francfort, Bayern Munich) : « Il y a des matchs où l’on peut être un peu plus calme, plus tranquille mais à la fin on veut du spectacle, marquer des buts, jouer offensif. » Le Slavia Prague l’a bien compris.
Les supporters de Lens mettent vraiment l’ambiance partoutPar Florent Caffery, à la Fortuna Arena












































