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Bruno Genesio ou l’éloge de la non-ambition

Avant de recevoir le Paris FC ce dimanche soir, Bruno Genesio a balayé d’un revers de la main les objectifs habituels attendus par le public marseillais. Épuisé par un mercato qui a failli le faire partir prématurément, l’entraîneur olympien joue désormais la carte de la (fausse) modestie. De quoi s’offrir une saison sans pression ?
Les supporters de l’AJ Auxerre qui ont connu le règne de Guy Roux ne s’en souviennent que trop bien. Même avec un effectif objectivement capable de jouer les challengers en Coupe d’Europe, de l’entraîneur bourguignon avait toujours le même objectif à chaque début de saison : le maintien en Ligue 1. Si cette fausse modestie est devenue une marque de fabrique dans l’Yonne, du côté de Marseille, il semblerait que Bruno Genesio s’en soit inspiré à quelques jours de recevoir le Paris FC en clôture de la troisième journée de Ligue 1.
Ce vendredi en conférence de presse, le nouvel entraîneur de l’Olympique de Marseille est revenu sur le mercato du club olympien, lequel s’est soldé par onze départs et aucun recrutement. Une rareté dans le top 5 européen, puisque seul l’Athletic Club de Bilbao se trouve dans la même situation. Pour expliquer cette nouvelle bizarrerie olympienne, il faut se tourner vers la situation financière critique du club qui a conduit la direction à pratiquer une cure d’austérité sous la forme d’une réduction de la masse salariale pour faire face au cadre imposé par la DNCG et l’UEFA. Ainsi, le président Stéphane Richard a confirmé sur les antennes de RMC que celle-ci avait baissé d’environ 35% par rapport à la saison dernière, ce qu’il qualifie d’effort « gigantesque, du jamais-vu dans l’histoire du club ». Et forcément, cela se ressent sur les objectifs sportifs.
La ballade du Père tranquille
« Je ne formule pas d’objectif sportif. J’ai tellement entendu d’objectifs qui n’ont pas été atteints et qui ont provoqué beaucoup d’amertume », poursuit Richard, toujours sur RMC, avant tout de même de rassurer les supporters olympiens : « L’OM est un club européen. L’Europe fait partie de l’identité du club. On a l’objectif de jouer une compétition européenne la saison prochaine. » Et de promettre qu’en attendant, les hommes de Bruno Genesio joueront la C3 « à fond. Avec l’idée de prendre les matchs les uns après les autres ».
Pour sa part, l’entraîneur marseillais, qui n’était pas loin « d’un point de rupture » avec son nouvel employeur cet été, a confié son soulagement en conférence de presse ce vendredi, après un mercato particulièrement âpre à gérer psychologiquement : « Finalement, c’est moins pire que ce que je craignais il y a une dizaine de jours. Maintenant, on a un groupe constitué, il y aura des opportunités pour certains joueurs de se montrer, ce qui n’aurait peut-être pas été le cas si on avait un groupe étoffé », analyse le technicien, satisfait d’avoir réussi à sauver (un peu) les meubles en conservant Igor Paixão. Son effectif manque malgré tout de profondeur, mais il entend commencer par rebâtir un groupe avant d’avancer des objectifs chiffrés. Ainsi, pas question d’adopter une stratégie trop ambitieuse pour essayer de faire peur à ses adversaires et satisfaire les envies légitimes du public du Vélodrome, dont la réputation exigeante n’est plus à prouver : « Parler de Ligue des champions serait irresponsable, ce serait mentir à nos supporters, en premier, et aux gens qui connaissent le foot, également », a ainsi tranché « Pep » humblement.
Précédé par sa réputation
On saluera l’exercice rhétorique qui, s’il maintient sa ligne tout au long de la saison, lui permet d’acheter la paix sociale pour quelques mois. En effet, qui pourrait lui demander de rendre des comptes au vu de la situation financière du club et des moyens limités dont il bénéficie ? Cela dit, pas question non plus de se poser en Calimero de service. D’ailleurs, les entraîneurs adverses ne voient pas l’Olympique de Marseille comme un grand nom déchu. À commencer par Liam Rosenior qui, en amont du déplacement de son Paris FC au Vélodrome, a rappelé que les Marseillais « ont battu Strasbourg sans montrer de faiblesses. Ils ont un très bon coach et des joueurs de qualité. Ce sera très dur, on ne peut pas prendre ce match à la légère », prévient l’ancien technicien strasbourgeois qui, en plus de Paixão, devra faire face au retour de Bamo Meïté dans l’effectif olympien.
Même dans sa version allégée, l’équipe de Bruno Genesio est loin d’être dégueulasse. D’ailleurs, Rosenior insiste pour rappeler que, malgré les ambitions affichées par sa propre direction, il est « dur de dire qu’on est déjà à la table de l’OM. On essaie de construire le Paris FC sur le long terme, petit à petit, sans regarder ce qui se fait ailleurs ». Un autre exercice de rhétorique centrée sur la modestie. Reste à savoir lequel des deux entraîneurs l’emportera ce dimanche soir sur les coups de 23 heures.
Dans l’excellente série People Just Do Nothing (malheureusement inédite en France), un documentaire en six saisons réalisé par la BBC, le personnage principal MC Grindah tient le discours suivant : « Fixez-vous des objectifs modestes pour avoir une chance de les atteindre ». Et son comparse DJ Beats d’enchaîner : « Personne n’aime échouer. » Une maxime que n’aurait pas reniée Guy Roux et que Bruno Genesio a déjà faite sienne pour tenter d’arriver à la fin de la saison 2026-2027 sans faire de burn-out et, qui sait, avec une place européenne en guise de cadeau bonus.
Les nouvelles ambitions d’Antoine KombouaréPar Julien Duez


























































