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Arnaud et Clément : « Samir Nasri serait un bon personnage de fiction »

Propos recueillis par Arsène Belgodère-Soria, à Paris
10' 10 minutes
Réactions
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À 22 ans, Armand et Clément ont sorti leur premier long-métrage, Un grand raccourci, au cinéma. Avec une première semaine à plus de 30 000 entrées, le duo de réalisateurs se confie sur son amour du foot et les nombreuses similarités entre ces deux mondes impitoyables que sont le ballon rond et le cinoche.

Vous avez réalisé une première semaine à 30 000 entrées en France, pour votre premier long-métrage, Un grand raccourci. C’est quoi la métaphore footballistique pour cette performance ?

Armand : Pour un premier film, avec une équipe aussi jeune et un si petit budget, c’est du niveau des Herbiers en finale de Coupe de France ! On a été un peu hypés par toute notre campagne de presse et sur les réseaux sociaux, mais quand on repense à nos débuts, on se disait que déjà, si on sortait le film au cinéma, ça aurait été une belle victoire. Pour être honnête, au début, on nous disait qu’on en voyait passer des tonnes, des projets comme le nôtre. Des films réalisés dans cette économie, avec un budget total de 260 000 euros, il y en a un qui passe tous les cinq ans. C’est un exploit.

 

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Pourquoi c’est un exploit ? Le cinéma français est un milieu fermé à ce point ?

Armand : Le cinéma est un milieu d’entre-soi. Aujourd’hui, ce n’est qu’une question de réseau : est-ce que tu trouves ce contact pour te fournir un technicien dans tel ou tel domaine, est-ce que tu as les contacts pour promouvoir ton film dans la presse, etc. Nous, on est un peu allés à l’encontre de ce système, en gardant le gros de l’équipe avec qui on bosse depuis longtemps. Personne ne nous aurait dit de venir bosser avec eux, donc on est sortis du circuit et on a essayé d’ouvrir une autre voie, plus indépendante. Un long métrage avec un budget de 260 000 euros, tu n’en as pas des masses. Et pour l’instant, ça a marché.

Clément : Il a aussi fallu suivre les règles de tournage et de cinéma. Le problème est aussi culturel. Aujourd’hui, si tu veux lancer ton film au cinéma, il faut respecter une série de financements particuliers, de conventions collectives et de règles très précises de tournage. En France, on a clairement un snobisme sur les réalisations autres que le cinéma. Si ton film ne suit pas les règles précises du cinéma français, tu ne seras pas diffusé. Au début, on voulait travailler avec nos amis, avec nos propres règles, et on nous disait clairement : « Vous n’êtes pas obligés de respecter telle règle ou telle clause, mais dans ce cas, allez sur YouTube ou des plateformes étrangères. » Et ça, c’est du snobisme par rapport à ce qui peut se faire aux États-Unis. Si je te prends l’exemple de Backrooms de Kane Parsons : il part de YouTube avec des réalisations très léchées, sans forcément suivre le cinéma traditionnel. Et s’il est diffusé aujourd’hui, ce n’est pas parce qu’il a respecté telle ou telle chose, mais parce qu’il est bon.

Sur un tournage, on est avant tout des Luis Enrique ! Les meilleurs réalisateurs sont les meilleurs coachs !

Armand Foëx

Vous êtes qui sur le tournage ? Un président qui gère tous les extras sportifs ? Un entraîneur qui quadrille l’équipe ? Ou deux milieux qui se complètent ?

Armand : On est avant tout des Luis Enrique ! On gère tout le casting, toute l’organisation de l’équipe. Après, il y a différentes sortes de réalisateurs. La clé est de bien s’entourer : tu peux être moins fort en montage, plus à l’aise dans un autre domaine et là, dans ce cas, tu dois t’entourer des bonnes personnes. Mais les meilleurs réalisateurs sont les meilleurs coachs ! Tu dois être comme Didier Deschamps : capable de transmettre de la cohésion à ton équipe, savoir jouer pour avoir un œil sur tout ce qui fait un tournage et mettre la main à la pâte au montage, sur les régies, etc.

Clément : Je pense qu’une équipe de tournage derrière un film est vraiment la métaphore d’une équipe de foot. Au-delà des techniciens, tu as le staff médical derrière, le cuisinier, notre producteur, Hector, qui est un peu notre président. Il faut arriver à créer un groupe et à le nourrir autour d’un narratif, d’une histoire commune : le film. Au-delà du côté technique du film, tu peux aussi avoir ton Adil Rami qui va lier l’équipe et encourager les copains sur le plateau. Finalement, sur les choix de casting que l’on fait, sur le stress qu’on laisse entrevoir, sur nos relations : c’est à nous de lier l’équipe et de la mener, un peu comme un duo d’entraîneurs.

Armand, on te voit souvent avec un maillot du FC Nantes. C’est par style ou par amour du club ?

Armand : Je suis un grand Nantais ! J’ai une relation assez obsessionnelle avec Nantes et La Beaujoire. Là, on nage en pleine nostalgie avec un retour en Ligue 2 qui s’était fait avec Der Zakarian, donc je me revois en 2008, en train de supporter Nantes qui fait l’ascenseur entre la Ligue 1 et la Ligue 2 et qui commence à recruter des joueurs comme Djordjevic. C’est vraiment à cette période que naît mon amour pour le club. Puis, quand j’entends des noms plus récents comme Bedoya, Sala, j’ai les frissons.

On voit deux maillots de foot dans le film : c’est des clins d’œil ou un simple ressort artistique ? 

Armand : Déjà, on voulait représenter l’universalité du football en France, avec un personnage qui représente cette partie de la population française qui aime le foot. On a donc évité de mettre un maillot d’un gros club ou de clubs français pour éviter des débats sur ça et que tout le monde soit d’accord. Ce n’était pas très simple, car on était dans le fond de la Bretagne avec un petit budget pour dénicher des maillots. Un pote nous a finalement envoyé un maillot de Tigres et de Flamengo. C’était cool, d’autant plus que ce sont des couleurs qui rendaient bien à l’écran, avec le jaune un peu flashy des Tigres et le côté plus sobre de Flamengo, qu’on a placé en fonction des émotions ou des quêtes des personnages du film. Il y a une scène où le personnage arrive dans un magasin de pompes funèbres pour chercher l’urne de sa grand-mère avec le maillot flashy de Gignac, ça nous faisait bien rire, ça crée un décalage.

Clément : Pour le coup, on a bien fait ! Même si on n’a pas été contactés par Gignac, on a eu le droit à des commentaires sur les réseaux sociaux de mecs qui nous disaient : « C’est la première fois que j’ai de l’empathie pour Gignac. » Donc c’était marrant, et toujours sympa d’avoir du foot à l’image. On vit aussi dans des sociétés où les vêtements sont de moins en moins colorés, avec des tee-shirts blancs ou noirs, et le maillot de foot, ça accroche visuellement. C’est en plus un pouvoir d’identification assez fort, un vecteur d’identité.

 

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C’est quoi le regard professionnel d’un réalisateur sur le foot ?

Clément : Le narratif, c’est ça le plus important dans le foot. Du point de vue d’un réalisateur, on essaye de percevoir. En fin de compte, parvenir à regarder le foot sans un regard de spectateur, mais plutôt sous l’aspect d’une histoire. C’est ça qui fait la beauté du foot : que tu descendes ou que tu montes, tu auras toujours des émotions, des choses à raconter. Dans le cas d’Armand, il supporte Nantes, donc ça n’est pas facile. Mais quand tu as un regard complet sur le foot français, avec la France qui est une machine à gagner, tu te rends compte que tu as tellement de scénarios différents ! Les victoires, les défaites, les montées, les descentes, le storytelling, les émissions d’avant-match, les médias qui traitent de l’économie, de la géopolitique du foot, c’est vraiment quelque chose qui crée un monde autour du foot et qui, en fin de compte, caractérise un bon film : des émotions, des hauts, des bas et beaucoup de savoir culturel.

À vous écouter, vous pourriez être tentés de faire un jour un film sur le foot !

Armand : Certainement pas. Tu ne peux pas faire un bon film de foot. C’est beaucoup trop complexe à filmer : tu as trop d’actions différentes, de questions sur quelle action montrer, etc. En revanche, si on revient sur le narratif qu’il y a autour du foot, tout devient vite plus réalisable.

Clément : Oui, toujours filmer des gens qui jouent au foot pendant ton film de 2 heures, c’est vraiment trop compliqué. Tu discutes chaque contrôle, chaque passe, chaque trajectoire et ça devient un enfer. En revanche, la périphérie du foot reste très intéressante ! Toute la dimension de réalité sociale autour du foot, des rivalités entre un club pauvre et une équipe riche dans une même ville : ce sont des histoires inspirantes. Comme je l’ai dit plus tôt, il y a tellement de narratifs autour du foot qui peuvent être évoqués ! La géopolitique, les drames de spectateurs à Liverpool, des histoires de harcèlement dans un vestiaire : un ensemble d’enjeux narratifs annexes qui sont toujours intéressants. Donc le foot peut toujours intervenir en périphérie du sujet central du film !

Tony Chapron, c’est une histoire de malade quand on y pense. Le mec se rate totalement dans un match et devient consultant sur Canal en se construisant sur la balayette.

Clément Devilliers

Vous avez un exemple précis d’un évènement de football qui vous a marqué dans ce domaine ?

Clément : L’affaire Tony Chapron. Le mec se rate totalement dans un match et il devient consultant sur Canal en se construisant sur la balayette d’un joueur et en se créant tout une seconde carrière sur le décryptage de l’action. Une histoire de malade quand on y pense. Ses interviews provoquent des émotions, il s’exprime vraiment bien. La fonction d’arbitre, elle est au cœur de beaucoup de choses. Ce que ça mobilise, la pression, la scénographie, les personnages qui interviennent dans une décision. Quand tu regardes ce qu’il raconte sur le scénario de la remontada, de l’influence d’un troisième arbitre, d’un arbitre de touche, la manière dont les joueurs peuvent entrer dans ton cerveau, ça peut reconfigurer une action. Le cinéma aurait des choses à dire là-dessus.

Armand : Dès qu’il y a du hors-champ, le narratif foot est puissant. Dans les docus, tu as envie de voir ce qui n’a pas été représenté, ce qui s’est passé dans le vestiaire. Ce sont les relations humaines qui sont intéressantes.

Clément : Samir Nasri serait un bon personnage de fiction aussi !

Armand : Oui, avec le côté tête brûlée.

Clément : Ce qu’il a vécu, la manière dont il en parle, il y a peu de gens qui ont cristallisé autant de choses. En creux, il raconte aussi quelque chose du rapport français au foot. Il en parle lui-même très bien avec beaucoup de franchise.

Quelles sont les futures échéances pour le film ?

Clément : La vie d’exploitation d’un film est de 3, 4 semaines. On entre dans la quatrième semaine, donc à partir du 15 septembre, ça sera plus compliqué de trouver nos séances en salle, même si paradoxalement, le nombre de cinémas qui diffuseront le film augmentera. Après, pour revenir à la métaphore du foot, on est encore en pleine saison ! Ce n’est pas encore le moment pour faire des snaps sur un bateau en pleine Méditerranée. Avec du recul, c’est quand même un peu chelou comme train de vie : on ne sait pas vraiment quand on travaille ou on ne travaille pas. Si je parle avec des spectateurs après une séance, je travaille ou pas ? C’est une autre vie, construite en fonction du film.

Armand : Sinon, vous pouvez nous suivre sur les réseaux sociaux. On y montre l’évolution des statistiques, les coulisses du film et on y partage nos dates où vous pourrez nous retrouver !

 

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