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Les entraîneurs du FC Nantes se suivent et ne se ressemblent pas

Grégory Poirier est le coach numéro 23 de l’ère Kita au FC Nantes. Entre les entraîneurs qui sont revenus deux ou trois fois, les pompiers de service ou les apôtres d’un jeu léché, aucun ne fait l’affaire aux yeux du président franco-polonais, tuant dans l’œuf toute continuité. En quête de résultats, l’ancien technicien du Red Star au profil moderne ne veut pas devenir le nouveau Pierre Aristouy ou Luis Castro.
On est loin de l’extrême de la tornade qui a balayé l’Aude cette semaine, mais c’est quand même une belle tempête qui secoue la ville des Ducs de Bretagne. Si les conditions météorologiques ont été capricieuses sur la Jonelière ce mercredi soir, l’agitation principale se situait peut-être à l’intérieur des bureaux des Canaris. Relégué en Ligue 2 après une saison calamiteuse, le FC Nantes avait confié le volant à un vieux routier : Michel Der Zakarian. Mais trois matchs, trois défaites, et donc une place de lanterne rouge, auront mis fin à l’acte III de leur collaboration.
Le pompier est cette fois-ci une nouvelle tête, en la personne de Grégory Poirier, donnée importante quand on connaît la propension de la famille Kita à ressortir les vieilles soupières (Michel Der Zakarian donc, mais aussi Antoine Kombouaré ou Vahid Halilhodžić). Au-delà des 22 fois où l’homme d’affaires franco-polonais a appuyé sur le bouton du siège éjectable en 19 ans, ce roulement permanent s’accompagne souvent d’un changement drastique de philosophie de jeu. Au fil des profils, le FC Nantes jongle entre des techniciens au projet offensif et d’autres qui ne jurent que par le duel physique et la densité du bloc défensif.
Le chaud et le froid
Ces dernières années sont particulièrement révélatrices. En 2016-2017, Sérgio Conceição avait impulsé l’après Der Zakarian en proposant un jeu ambitieux récompensé par le meilleur classement en Ligue 1 de l’ère Kita (7e), bien suivi par le travail de Claudio Ranieri (9e). Le premier passage d’Antoine Kombouaré, d’abord à la rescousse d’un FC Nantes post-Raymond Domenech (aucune victoire en 9 matchs), avait été auréolé d’une Coupe de France avec une génération aux ornements dorés (Randal Kolo Muani, Quentin Merlin, Ludovic Blas, Alban Lafont, Andrei Girotto et Nicolas Pallois en tête) sans jeu flamboyant mais avec un titre si précieux.
La suite est une série de précipitations, entre licenciements impopulaires et retour d’anciens. Pierre Aristouy incarnait un renouveau après la fin d’Antoine Kombouaré, mais il a pu compter seulement sur des joueurs expérimentés à défaut des jeunes de l’académie, pourtant performants en Youth League. Celui qui entraînait les U19 a pu maintenir le club à la dernière journée en plus de lancer un jeu plus proche de l’identité nantaise, de ce qu’il avait connu avec Jean-Claude Suaudeau en tant que joueur. Il est licencié à la surprise générale, Antoine Kombouaré revient après Jocelyn Gourvennec, et les supporters du FC Nantes s’embourbent un peu plus dans le déjà-vu et l’ennui profond.

Le refrain commence à être bien connu, et l’espoir d’une nouvelle animation revient au galop avec Luis Castro à l’été 2025. « J’aime bien avoir une équipe très offensive, que ça soit avec ou sans le ballon, qui presse haut », s’explique alors l’ancien coach de Dunkerque. « Avec les prestations de Dunkerque ces deux dernières années, on s’est dit que le FC Nantes et son identité de jeu légendaire, plus Luis : c’était un mariage évident », vante Franck Kita, fils de et directeur général délégué.
Here we go again. Le Portugais est viré au bout de quelques mois, avec un mercato fait d’austérité et de profils peu convaincants (dont l’entraîneur est aussi responsable). « On doit gagner beaucoup plus de duels. […] Il faut que les joueurs se rendent compte que cette Ligue 1, c’est d’abord un défi athlétique », résumait le successeur Ahmed Kantari après son premier match sur le banc des Canaris. L’ancien adjoint d’Antoine Kombouaré foire complètement son passage, le tout jeune Vahid Halilhodžić n’empêche pas la Ligue 2 et Michel Der Zakarian, le revenant déjà revenu, est dépêché pour la deuxième division. Deux coachs de 137 ans à eux deux qui n’entraînaient plus.
Fini les grandes promesses ?
À Grégory Poirier de relever le défi. L’ancien du Red Star a bien compris qu’il ne bénéficiera pas de la naïveté des fans des Jaune et Vert, dégoûtés par la boulimie du changement et de promesses de jeu souvent escamotées par la dictature du résultat. C’est pourquoi il ne s’est pas trop avancé sur son projet lors de sa présentation à la presse ce jeudi. « Au fur et à mesure des semaines, l’objectif, ça sera d’amener cette culture de la gagne et de gagner aussi par un système de jeu et un projet de jeu idéal », esquivait l’entraîneur de 44 ans. Jurisprudence Luis Castro. « Seuls les résultats rapides vous protègent un peu, confirme Christian Gourcuff, un an et demi sur le banc nantais (mai 2019 – décembre 2020). Il faut un minimum de temps pour travailler, tout ceci dans un environnement qui ne juge que sur le très court terme et la plupart du temps sans compétence. Il faut aussi du temps pour adapter votre effectif à vos convictions, si vous avez un droit de regard sur le recrutement. »

Le mercato n’étant pas encore fini, Grégory Poirier, pour l’instant très silencieux et observateur pour sa première séance d’entraînement dans son nouveau stade, en profite pour attirer des profils qui conviennent à son style de jeu et qu’il a déjà connus au Red Star. Ryad Hachem a signé, Balthazar Pierret est en approche, en plus de deux autres renforts potentiels. Avant qu’un autre coach arrive avec une nouvelle patte et de nouvelles demandes pour le mercato ? Les supporters de l’octuple champion de France savent mieux que quiconque que le retour du jeu à la nantaise est un vœu pieux, un mirage, tant le football a changé et l’instabilité au poste d’entraîneur le rend inimaginable. Ils se contenteront (un peu) de victoires d’abord avec l’espoir d’un beau football en toile de fond.
Une superstar anglaise au secours du FC Nantes ?Par Nathan Beaufils, avec Mathis Blineau-Choëmet à Nantes
Propos de Christian Gourcuff recueillis par NB, ceux de Grégory Poirier par MBC



















































