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Giovanni Reyna, un nepo-baby qui cherche à se faire son nom

À 23 piges, Giovanni Reyna a débarqué à Strasbourg avec l’étiquette du nepo-baby en quête de confiance. Être le fils de Claudio, c’est se coltiner un nom qui confère le statut de môme prometteur à surveiller : un héritage significatif à l’échelle des États-Unis, mais aussi en Europe.
Le mardi 4 août dernier, un vent venu des States s’immisce dans les rues strasbourgeoises. Le nouveau coup de la galaxie BlueCo a un visage connu de ceux qui ont dévoré la Coupe du monde en long, en large et en travers. Giovanni Reyna, à peine remis d’un Mondial à la maison, s’engage au RCSA jusqu’en 2031 en provenance du Borussia Mönchengladbach. Si le coût de son arrivée, trois briques, ne donne aucun indice au sujet de ce qu’incarne ce gamin, son nom n’est étranger à aucun amateur de foot des années 1990-2000. Il n’est autre que le deuxième rejeton des anciens internationaux Claudio et Danielle Reyna (Egan de son nom de naissance, utilisé tout le long de sa carrière). Pas simple, derrière, de se faire un prénom.
Les conseils des parents, le prénom de Van Bronckhorst
Claudio Reyna a surtout été le Captain America d’une sélection qui cherchait encore ses héros. Né d’un père argentin et d’une mère d’origine portugaise, le milieu de terrain s’est fait les crampons en Virginie avant de traverser l’Atlantique en 1994 : cap sur l’Allemagne puis sur le Royaume-Uni. Une virée européenne longue de 13 ans, bouclée par un retour au pays chez les New York Red Bulls. Avec la Team USA, le bonhomme a été sélectionné pour quatre Coupes du monde, porté le brassard et guidé les siens jusqu’en quarts de finale en 2002, performance qui lui avait valu une place dans l’équipe-type du tournoi.
Enfant, je regardais tout le temps les compilations de mon père jouant en Coupe du monde avec les États-Unis.
Le petit n’y échappe pas : « Enfant, je regardais tout le temps les compilations de mon père jouant en Coupe du monde avec les États-Unis. » À la maison, le CV maternel n’avait pas davantage besoin d’être gonflé. Danielle Egan a fréquenté North Carolina, usine à championnes. Milieu de terrain aussi, elle a porté à six reprises le maillot des États-Unis en 1993. Autrement dit, chez les Reyna, le football ne servait pas uniquement à meubler les dimanches : il constituait la langue familiale. Gio est né à Sunderland, en novembre 2002, quelques mois après l’épopée asiatique de son père et alors que celui-ci trimballait encore ses guêtres sur les pelouses de Premier League. Son prénom complète le tableau puisqu’il lui vient de Giovanni van Bronckhorst, ancien partenaire de Claudio aux Rangers.

« J’ai hérité un peu des deux, confiait le milieu offensif en conf’ de presse. De mon père, je pense avoir surtout pris sa technique, cette capacité à jouer au milieu de terrain et à contrôler le jeu. Quant à ma mère, elle faisait de grandes enjambées et savait comment se défaire de ses adversaires. C’est une qualité que je pense posséder également . Sur le plan mental, j’ai un mélange des deux. […] Ma mère échange avec moi tous les jours, surtout sur les aspects liés à la nutrition, au sommeil, aux compléments alimentaires, ce genre de choses. Mon père, lui, est un peu plus impliqué dans le quotidien du football, il me donne des conseils et des astuces sur des détails qu’il repère et qui, selon lui, peuvent améliorer mon jeu. »
Papa et maman poules
Pour devenir Giovanni autrement que sur son état civil, encore fallait-il quitter l’endroit où Claudio était partout. Après avoir fait ses gammes au New York City FC, où daddy bosse comme directeur sportif, le gamin pose ses valises à Dortmund et évolue dans une fabrique de cracks où la concurrence se nomme Jadon Sancho, Jude Bellingham ou Erling Haaland. Le Ricain sort rapidement du rang l’année suivante : débuts en Bundesliga, premier but professionnel en Coupe d’Allemagne puis passe décisive pour le viking jaune face au PSG en Ligue des champions. Le Norvégien le surnomme « l’American Dream », mais le rêve se grippe dès septembre 2021 malgré les promesses et la victoire en Coupe d’Allemagne. Touché à la cuisse, Gio rechute et passe 246 jours à l’infirmerie au cours de la saison. Revenu pour le Mondial 2022, il supporte mal son faible temps de jeu, affiche un investissement insuffisant à l’entraînement et manque d’être exclu du groupe. « Nous étions prêts à réserver un billet d’avion retour, c’est dire à quel point la situation était extrême », explique le sélectionneur de l’époque Gregg Berhalter après la compétition sans le nommer.
L’affaire aurait pu rester celle d’un jeune vexé puis rappelé à l’ordre. Claudio et Danielle font toutefois part de leur colère à la fédération, avant que la mère de Gio ne révèle un ancien épisode de violence commis par Berhalter envers sa future épouse. L’enquête ouverte dans la foulée documente également plusieurs interventions de Claudio au sujet du traitement réservé à son fils. À force de vouloir le protéger, le clan replace le jeune Reyna dans la situation qu’il cherchait précisément à fuir : le gosse disparaît derrière ses parents et leur influence. Le parallèle entre le père et le fils résiste mal au terrain. Claudio était un organisateur capable de contrôler le tempo et d’inscrire sa carrière dans la durée. Gio évolue plus haut, entre le poste de numéro 10 et l’aile, avec davantage de percussion et le goût de la dernière passe. L’ex-capitaine de l’équipe du pays de l’oncle Sam a gravi les marches européennes l’une après l’autre, le fils a bondi dans l’escalier avant de manquer plusieurs fois la suivante. Même nom, donc, mais ni le même football, ni le même chemin.
« Aujourd’hui, je suis ma propre personne »
Au retour du Qatar, Reyna Junior colle sept buts en Bundes, mais ses blessures le condamnent rapidement à cirer de nouveau le banc. Son prêt raté à Nottingham Forest puis ses quatre petites titularisations au Borussia Mönchengladbach prolongent la chute d’un type autrefois valorisé à plus de 40 bâtons. Mauricio Pochettino l’embarque malgré tout au Mondial 2026, où son pion contre le Paraguay (4-1) ne suffit pas à lui offrir un statut de titulaire. Les planètes s’alignent alors (peut-être) enfin cet été avec son arrivée à Strasbourg : l’occasion d’accomplir un destin bien à lui. « Au bout du compte, ça (jouer au foot, NDLR) vient de moi-même, de ma détermination et de ma volonté de tirer le maximum de ce qui m’a été donné, explique la nouvelle vedette d’Alsace. Aujourd’hui, je suis ma propre personne. » Le Racing ne mise pas sur une vedette déjà accomplie, mais sur un talent à reconstruire. Ses cinq piges de contrat lui donnent néanmoins ce qui lui a le plus manqué ces dernières années : du temps, de la confiance et la possibilité d’enfin inscrire sa carrière dans la continuité, pour ce que vaut aujourd’hui un contrat dans le foot.
Buteur la semaine passée à Troyes, Reyna pourrait bien avoir trouvé de quoi donner le sourire aux Stazuniens qui kiffent la Ligain. Pour autant, ce premier caramel planté après deux titularisations ne constitue encore que le signe timide d’un nouveau départ. Après plusieurs saisons passées entre l’infirmerie et le banc, cet amateur de photos à la plage doit désormais retrouver la continuité nécessaire pour redevenir le joueur qu’il promettait d’être. L’Alsace pourrait ainsi devenir le lieu de son émancipation définitive : celui où il ne serait plus le fils de Claudio ni l’ancien prodige de Dortmund, mais simplement Giovanni Reyna.
Les meilleurs buteurs de Strasbourg la saison dernière encore blessés pour un momentPar Suzanne Wanègue





















































