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Frédéric Collignon : « J’ai remporté 23 ou 24 titres, je sais plus trop »

Quand Zinédine Zidane privilégie son 4-3-3, son homologue belge excelle dans son 2-5-3. S’il s’est retiré du circuit, Frédéric Collignon a marqué l’histoire du football de table, au point d’être surnommé le « Zizou du baby-foot ». Entretien.
Lorsqu’on l’appelle mardi passé à 17 heures tapantes, Frédéric Collignon, 50 ans, sort tout juste du boulot. « Vous pouvez me rappeler dans une demi-heure ? », demande, poliment, le Belge qui gère une boîte familiale d’exportation de voitures et de vente de pièces détachées à Liège. Le supporter du Standard a beau avoir glané une vingtaine de titres de champion du monde et de jolis prize money, celui qu’on a surnommé le « Zizou du baby-foot » n’a jamais lâché son boulot. Il s’est d’autant plus impliqué dans son job, après avoir arrêté sa carrière en 2012 et ses voyages autour du monde pour mettre des pilées. « J’avais fait un peu le tour de la question, j’ai envie de dire. J’en avais assez. J’ai quand même joué quelques années, c’est déjà pas mal », raconte l’ex-numéro 1 mondial. Pendant quatorze ans. C’est ce qui s’appelle la modestie.
Comment êtes-vous tombé dans le baby ? Vous avez directement mis des pilées aux adultes ? Mon papa était champion de Belgique, ma maman jouait aussi. Il y avait un baby-foot Jupiter à la maison. Donc, tout petit, je jouais en montant sur les chaises. Je les ai suivis en tournoi et je me suis inscrit. Mes parents évoluaient uniquement en Belgique, j’ai vite été intéressé par l’étranger, car j’avais un ami qui jouait aux États-Unis. Il m’a dit : « Viens, c’est incroyable. » Je suis d’abord allé en Allemagne, puis un peu en France, mais chez vous la discipline commençait tout juste à se développer. Aux États-Unis, ça m’a vraiment plu. C’était hyper organisé, il y avait beaucoup de joueurs, des professionnels. Aucun Européen n’avait jamais atteint une finale là-bas, ça m’a toujours motivé. En me disant : il y a peut-être moyen.
C’était quand, votre première fois aux États-Unis ? En 1995. J’avais 20 ans. C’était à Dallas. En général, j’allais trois fois par an aux USA, parce qu’il y avait le Hall of Fame Classic de Las Vegas et d’autres tournois. À partir de 1998, j’ai aussi joué avec Todd Loffredo. Franchement, c’était le meilleur joueur du monde ou en tout cas le meilleur Américain. J’allais toujours chez lui 15 jours avant les championnats du monde pour qu’on se prépare. Et là, je jouais au minimum 6 à 7 heures par jour. C’est là que j’ai beaucoup appris. Todd était plus expérimenté, très intelligent, on se comprenait bien.
Le baby-foot compte plusieurs championnats du monde. Comme en boxe ? Quand j’ai commencé, il n’y avait qu’un championnat du monde : aux États-Unis. Avec trois catégories principales : simple, double et mixte. J’ai remporté 23 ou 24 titres, je sais plus trop. À mes yeux, c’est le meilleur tournoi du monde. Les meilleurs joueurs – on pouvait être jusqu’à 900 participants – dans les plus belles salles. Et puis, c’est celui où il y a le plus gros prize money. Cela pouvait monter jusqu’à 25 000 dollars. Les joueurs ne vont pas s’entraîner énormément uniquement pour une médaille. Je n’ai jamais joué pour l’argent, mais on sentait que les joueurs étaient mieux préparés. Par la suite, d’autres championnats du monde ont été créés en Europe et ils ont créé différents types de catégories en fonction des tables. Mais, pour moi, le seul Mondial était aux USA.
Je me souviens avoir gagné une voiture dans un tournoi. Je suis reparti avec une Fiat Panda. Une nouvelle, hein. C’était chouette, malgré le fait qu’il fallait payer les taxes d’immatriculation…
Vous avez été numéro 1 mondial pendant une grande partie de votre carrière. Vous auriez pu vivre uniquement de votre discipline ? La majorité du temps, je ne regardais pas le ranking. J’aurais pu vivre uniquement du baby, mais j’ai poursuivi des études et j’ai travaillé avec mes parents. Si j’ai eu la possibilité de partir directement à l’étranger, c’est parce qu’ils étaient là. Quand je partais tous les week-ends jouer des tournois, en Belgique, en Allemagne ou ailleurs, j’aurais pu me contenter du baby. Mais il faut pouvoir gagner toutes les semaines. Sinon, ce n’est pas possible. Ou alors, il faut avoir des sponsors. Maintenant, certains bons joueurs sont sponsorisés.
Par des marques ? Non, par des joueurs qui « offrent tout » pour jouer avec eux. Ce sont des joueurs qui savent jouer, mais ce ne sont pas les meilleurs. Ils paient tous les frais – inscription, hôtel, vol, rémunération – pour avoir un meilleur partenaire. De mon côté, je me souviens avoir gagné une voiture dans un tournoi. Je suis allé en finale la première année, j’ai gagné la seconde fois. Je suis reparti avec une Fiat Panda. Une nouvelle, hein. C’était chouette, malgré le fait qu’il fallait payer les taxes d’immatriculation… J’ai fait une pub, aussi, pour Nike avec Claude Makélélé et Guillaume Hoarau.
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Et vous avez été au centre d’un documentaire également, À la recherche de Collignon ? Tout à fait. Deux jeunes Français sont partis à ma recherche en faisant un tour de France dans une vieille Citroën avec un baby-foot sur le toit. Ils disaient à tout le monde qu’ils étaient à ma recherche. Ils ont fait un truc super sympa pour arriver jusqu’à chez moi. On a bien rigolé avec toute l’équipe. On a terminé le documentaire à l’université de Lausanne où j’ai dû jouer contre un robot. C’était chaud parce que je ne voulais pas terminer le film par une défaite. Il avait quelques petits points faibles, heureusement. J’ai gagné. Le doc a été diffusé sur Canal+.
On vous surnommait d’ailleurs « Colignon The Machine ». Mais aussi le « Zizou du baby » ? Oui… C’était plus pour rigoler. Je ne me suis jamais comparé à lui. Il est tellement au-dessus de moi. Il n’y a pas de comparaison possible. C’était un mauvais surnom. Zidane, c’est Zidane.
Un petit point sur les règles. Est-ce que l’on peut marquer des demis ? Oui… Partout. Sur toutes les tables. Cela n’a jamais été interdit. On ne peut pas, non plus, aller chercher la balle avec la main dans le but. Les gamelles comptent un but. On ne peut faire qu’un tour avec les barres. 360 degrés une fois qu’on a posé le pied sur la balle. Sinon, c’est roulette et donc une faute. Enfin, c’était une vieille règle en France : on peut faire des râteaux. On peut dévier la balle de l’adversaire au milieu.
Le vendredi soir, c’est la Ligue en Belgique, et, là, oui, évidemment, ça boit des bières. Dans les tournois internationaux, en revanche, non. Celui qui a bu un verre n’a aucune chance.
En tournoi, ça boit des mousses ou ça joue vraiment sérieux ? Au niveau national, avant on fumait dans les bars. Il y avait des cigarettes sur la table… Le vendredi soir, c’est la Ligue en Belgique, et, là, oui, évidemment, ça boit des bières. Dans les tournois internationaux, en revanche, non. Celui qui a bu un verre n’a aucune chance.
On imagine que vous vous êtes souvent fait défier… Il est arrivé que des amateurs mettent de l’argent sur la table ? En Belgique, c’est beaucoup arrivé. On appelait ça « flamber ». Je me souviens aussi d’un Français : Olivier Covos. Avec lui, chaque fois que je venais chez vous, on jouait toujours un peu d’argent. C’était un très bon joueur. Pour vous dire la vérité, c’étaient les meilleurs entraînements. Je me souviens, après l’arrêt de ma carrière en 2012, qu’il y avait un tournoi international à Vegas. Un ex-joueur américain m’a attaqué pour 10 000 dollars. Je savais qu’il ne pouvait pas gagner, il n’était pas très bon, ça ne m’intéressait pas trop, mais il avait beaucoup parlé sur Facebook. J’aime bien quand on me chauffe, moi. Je n’ai pas joué le tournoi, mais je suis allé là-bas pour le battre. Avec l’argent sur le côté, des caméras, un arbitre. Il a perdu. Avec les copains, on est partis en limousine, on est allés manger au restau, on a passé une bonne soirée. C’était une donation.
En Belgique, la table de baby-foot n’est pas le même. On l’appelle « kicker ». Vous êtes le seul joueur à avoir gagné un tournoi majeur sur toutes les tables. Quelles sont les différences ? D’abord, il y a cinq types de tables officielles : Bonzini (France), Tornado (USA), Leonhart (Allemagne), Garlando (Autriche) et Roberto Sport (Italie). En Belgique, les joueurs étaient en bois, le sol en verre. En France, le revêtement c’est du Balatum, les joueurs sont en plomb, les barres sont télescopiques. C’est une autre table, une autre surface. C’est un peu comme jouer sur terre battue ou sur herbe. Ça se joue différemment. Les buts sont plus petits chez nous et, à l’époque, on ne pouvait pas faire un 360 degrés. On devait être plus techniques et disposer de plusieurs variantes pour bien jouer et marquer devant. Quand les Belges vont à l’étranger, ça paraît plus facile. En revanche, aux demis, chez nous, on peut stopper la balle pour passer. Notre table n’est pas faite pour cela. Et donc quand on doit jouer en mouvement, ailleurs, ça nous dessert. En résumé, on est meilleurs devant qu’au milieu.
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Qui sont les meilleurs joueurs du monde ? Les Italiens, comme les Belges, comptent beaucoup de joueurs nationaux. Eux aussi ont vraiment leurs propres règles. Mais comme nous, ils ont moins de joueurs internationaux, car les racines du jeu restent traditionnelles. Il y a beaucoup de joueurs aux États-Unis, en raison de la taille du pays. Les meilleurs joueurs que j’ai affrontés, je pense que c’étaient des Américains : mon coéquipier Todd, Tony Spredeman, qui joue d’ailleurs toujours ou le meilleur Américain actuel, Billy Pappas. Sans oublier Jamal Allalou, mon ex-coéquipier, qui est allemand. Là où ça joue le plus au baby-foot, au niveau international, je pense que c’est d’ailleurs en Allemagne. En France, il y a eu quelques bons joueurs aussi : François Cheuret, Ibrahim Coulibaly…
On aimait bien aller en France et surtout les battre sur leur table. Le contraire n’est jamais arrivé…
Y a-t-il une grosse rivalité entre les Français et les Belges ? Ouais, c’était pas mal. Quand on allait en France et qu’on jouait la Coupe du monde, quand il y avait des Belgique-France, c’était sympa. Il y avait une bonne entente, hein, mais c’est sûr qu’il y avait une rivalité. On aimait bien aller en France et surtout les battre sur leur table. Le contraire n’est jamais arrivé… En général, on gagnait. Les Français ont commencé à se développer plus tard que nous. Ils partaient moins à l’étranger. Aujourd’hui, ce serait différent. C’est assez équilibré. Ce n’est pas comme au football, où l’on ne gagne jamais contre la France.
Un petit prono quand même pour le match de lundi soir au Stade de France ? On a une belle petite équipe qui se dessine. Je pense qu’on va aller faire match nul chez vous. Allez, 2-2. Même si vous étiez plus forts à l’aller, même avec l’équipe B. Ça nous ferait plaisir de vous battre au moins une fois. Ça fait longtemps… Ça n’effacera pas la demi-finale en 2018. Celle-là, elle fait mal, car on avait une équipe pour pouvoir le faire. On ne refera pas l’histoire. Je ne crois pas qu’on aura beaucoup d’occasions d’avoir la chance de gagner une Coupe du monde…
Pour Van Bommel, la Belgique aurait pu battre la FrancePropos recueillis par Jacques Besnard





















































