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Rémy Suppo : « Ça pouvait être l’exploit de l’année ou un raté monumental... »

Propos recueillis par Arthur Chanteclair
6' 6 minutes
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La magie de la coupe, disent-ils. Ce dimanche, lors du 4e tour de Coupe de France, l'AS Cuines La Chambre, équipe de deuxième division départementale, s’est offert un succès de prestige face à l’AS Saint-Priest (1-0), pensionnaire de National 1. Les six divisions qui séparent les deux écuries n’ont visiblement pas fait peur à Rémy Suppo, 34 ans, qui a envoyé une frappe du milieu de terrain pour qualifier les siens au prochain tour.

Tu es le héros du week-end de Coupe de France avec ce but de fou pour l’exploit contre Saint-Priest, mais tu n’a pas commencé ce match titulaire. Comment t’as vécu tout ça ? 

Honnêtement, j’ai vécu le début du match avec un peu de frustration, bien entendu, de ne pas jouer d’entrée. Je pensais être légitime à jouer, tout comme mes copains, qui ont d’ailleurs bien fait le boulot en tenant le 0-0 à la mi-temps. C’est déjà un bel exploit. Lorsque je suis entré, le coach m’a dit : « Montre-moi que t’as raison de m’en vouloir. » Dès que j’ai foulé la pelouse, j’avais une chose en tête : quand j’allais avoir une occasion, ou même une demi-occasion, il fallait la mettre au fond. On ne pouvait pas se permettre de la louper.

 

Dès que la balle est partie, j’ai vu qu’elle était au fond.

Rémy Suppo

Justement, tu ne l’as pas loupé l’occasion. Raconte-nous ce but de fou marqué sur un champ de patates. 

Depuis le banc, j’avais remarqué que le gardien adverse sortait beaucoup de sa ligne. Il restait à l’entrée des seize mètres. Je me suis dit que, comme on l’avait déjà fait auparavant en championnat, j’allais avoir une occasion avec un ballon qui traînerait au milieu de terrain. Il ne fallait pas hésiter. Ça pouvait être l’exploit de l’année ou un raté monumental, mais je devais tenter ça. Par chance, ça a marché. J’en avais rêvé dans la semaine, d’ailleurs. Je me disais : « Si je rentre à 0-0, à ce niveau-là, les gardiens sont très avancés quand ils jouent contre des équipes plus faibles. » Je le sais d’expérience. Donc il faut que je tire du milieu de terrain, que j’essaye. Et là, je me disais : « Rémy, par contre, il ne faut pas bégayer avec ton pied. » Après, c’est facile à dire, à rêver. J’ai eu l’occasion et la balle est tellement bien partie. Le pied et le corps bien comme il faut. Dès que la balle est partie, j’ai vu qu’elle était au fond. Ce n’est pas de la prétention.

 

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Sur le moment, c’est quoi les émotions qui te passent par la tête ?

Ça va tellement vite. Il y a beaucoup de fierté. Mais en fait, ça va à mille à l’heure sur le moment. Je voulais aller voir ma femme, ma famille et mes enfants. Mais j’étais tellement dans l’euphorie que je ne les voyais même plus. Je suis parti tout droit. Après, les copains me sautent dessus. On ne sait plus où on en est. À ce moment, je suis dans une bulle, je ne vois plus rien. Et puis quelque part, j’ai pensé à l’entraîneur qui ne m’a pas fait commencer.

Avec ton entraîneur, vous en avez parlé après ? Tu l’as taquiné et vice-versa ?

Oui, oui, on s’est chambré. Après, l’entraîneur, c’était un pote d’enfance à moi. Il a mon âge […] C’est un ami d’enfance. On partait souvent en colonie ensemble parce que nos parents travaillaient dans la même usine. On a été à l’école ensemble, on a joué au foot ensemble quand on était petits. C’est quelqu’un qui est de ma génération, de mon année. Mon dégoût de ne pas avoir été titulaire vient aussi de là ! J’aurais aimé qu’il me fasse jouer. Mais bon, il a finalement eu raison. Le temps lui a donné raison parce qu’il y a eu ce but. Je l’ai eu au téléphone après et je lui ai dit : « Regarde, j’ai eu la haine contre toi parce que je n’ai pas joué directement. Mais derrière, si je mets ce but-là, c’est aussi un peu grâce à toi. » De toute façon, en étant titulaire, je n’aurais jamais planté ce but-là.

Quand tu n’envoie pas des frappes du milieu de terrain, tu fais quoi dans la vie ?

Je suis technicien ascensoriste. Je travaille dans la réparation, l’entretien et la maintenance des ascenseurs. J’ai aussi trois enfants, donc ce n’est pas toujours évident de faire tous les entraînements. Mais pour un milieu de terrain, je mets pas mal de buts, entre 10 et 15 par saison. J’aime jouer assez simple. Je ne suis pas un mec qui va dribbler trois ou quatre joueurs. Je joue efficacement en une ou deux touches de balle grand max.

 

La bière avait un goût d’eau, elle se buvait toute seule !

Rémy Suppo, raisonnable

Tes enfants, ta femme et ton père étaient là. Qu’est-ce qu’ils t’ont dit après le match ?

À la fin du match, tout le monde a envahi le terrain. On a célébré au milieu du terrain avec tout le monde. Là, pareil, on ne sait plus trop où sont les gens. Mais bien sûr, après, je suis allé voir directement mes enfants. Ma femme avait les larmes aux yeux. Mon papa pareil. Quand tu vois ton père qui commence à avoir les yeux qui brillent, là, tu te dis quelque part que ce que t’as fais, c’est pas trop mal. De savoir que c’est son fils qui a fait l’exploit de mettre un but hors du commun contre une équipe quasi professionnelle, c’est assez énorme.

Dans le foot amateur, il y a aussi les troisièmes mi-temps qui sont bien kiffantes. Dimanche soir, la bière avait quel goût ?

La bière avait un goût d’eau (Rires.) Elle se buvait toute seule ! Et encore, moi, je suis resté assez raisonnable. Je suis l’un des premiers à être rentré à la maison. Je travaillais ce lundi et j’ai des enfants quand même. Mais on a bien profité. Je suis parti à 20 heures. J’étais claqué. Mais les autres, pour certains, sont restés jusqu’à 6-7 heures du matin. C’est mon regret, parce que j’aurais peut-être pu rester. Mais bon, je n’aurais jamais tenu jusqu’à 7 heures en allant au boulot le matin. Il aurait fallu poser le congé. Toute la nuit, j’ai reçu des vidéos de mes coéquipiers.

Le tirage au sort du cinquième tour arrive. Tu préfères choper une équipe de Ligue 3 à la maison pour remettre ça ou tu veux un tirage un peu plus clément pour faire durer le plaisir ?

C’est justement la question qu’on se pose avec tous les copains depuis ce matin. Je ne sais pas si c’est mieux de choper une équipe de Ligue 3. Si on en avait une, on serait très contents, c’est sûr. Mais d’un côté, j’aimerais quand même choper une « petite équipe ». pour aller un peu plus loin, tu vois ? On y croit !

Propos recueillis par Arthur Chanteclair

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