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Malick Yalcouyé, chauve qui peut

Propos recueillis par Arsène Belgodère - Soria
5' 5 minutes
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Malick Yalcouyé, chauve qui peut

Qu’est-ce qu’il ne faut pas lire sur les réseaux sociaux. Buteur pour sa seconde apparition en Premier League avec Brighton, Malick Yalcouyé ne s’est pas fait remarquer pour son statut d’homme du match contre Chelsea mais plutôt pour sa faible pilosité capillaire. Une particularité physique qui lui a valu, à 20 ans, de voir son âge remis en cause.

Pour sortir Pierre-Emerick Aubameyang de sa guerre ouverte avec sa fédération, il n’en fallait pas tant. Juste une histoire de quelques cheveux (ou du moins pas assez) pour lâcher un commentaire risible sous une publication Instagram depuis supprimée, concernant un Malick Yalcouyé qui n’avait rien demandé. « En 2030, j’aurai 26 ans », fanfaronne l’ex-buteur de l’OM, remettant en question l’âge du milieu ivoirien de Brighton & Hove Albion, buteur dimanche dernier contre Chelsea. Mais non : en 2030, Aubam, lui-même pas mal dégarni, aura bien 41 ans et, jusqu’à preuve du contraire, Yalcouyé en aura 24.

Un déversement de haine dans lequel tout le monde y est allé de son petit avis, y compris certains médias ivoiriens qui affirment que Yalcouyé est atteint d’une alopécie – mais si, vous savez, cette pelade dont est victime, par exemple, Édouard Philippe. Son agent, Marc Benson, et son club formateur, l’ASEC Mimosas, attestent de leur côté qu’aucun document médical ne contient ce diagnostic. Selon eux, le joueur n’a aucune maladie et ils martèlent que « sa date de naissance est fondée sur des bases légales ». Histoire d’éteindre toute suspicion de cas de « présu ». Fermer les yeux sur le trafic d’âge des jeunes footballeurs en Afrique serait tout bonnement hypocrite (lire Christophe Gleizes et Barthélémy Gaillard, NDLR) mais doit-on pour autant mettre au pilori chacun des Africains présentant une particularité physique ? Dans tous les cas, débattre de l’âge d’une personne à partir de sa seule pilosité, et le faire sur ces réseaux sociaux de l’enfer, ne mène à rien. Ce qui compte, comme souvent, c’est la réalité du terrain.

Un retard de puberté plus qu’autre chose

Arrivé à l’âge de 12 ans à l’académie de l’ASEC Mimosas, oasis de la formation du foot ivoirien, Yalcouyé n’était pas du genre à faire 16 ans quand il en avait 12, ni 20, mais plutôt 8. Formateur du petit Malick au club d’Abidjan, Pascal Théault se souvient d’un « enfant petit, frêle et à qui on donnait moins que 12 ans ». Plus concis encore, l’homme le décrit comme « le joueur le plus petit de taille de sa génération » et « en retard de deux ans sur sa puberté ». Un retard physique qui va coller à la peau de ce 2005 lors de son arrivée à l’académie et qui devient vite un plus grand sujet pour ses formateurs que sa pilosité, « qui n’en a jamais été un », affirme Théault. « Les deux premières années, il n’est pas au niveau : il perd tous ses duels physiques et même, footballistiquement parlant, ne sort pas du lot », précise le formateur normand.

Honnêtement, ses cheveux n’ont jamais été un sujet pour nous, et pour aucun de ses coéquipiers.

Pascal Théault, formateur à l’ASEC

Un retard de développement, plutôt paradoxal pour un garçon que certains internautes aimeraient tant voir vieux, qui va obliger celui qui est né au Mali à bosser plus que les autres. « Malik est devenue une bête de polyvalence et de ce que j’appelle “l’intelligence de comportement”. Il a appris à aller droit au but. Jouer simple, appliqué et surtout tout donner. Très vite, il est devenu le joueur qui courait le plus dans ses équipes et a développé une grande capacité d’endurance. » Résultat : à la fin des matchs des catégories jeunes de l’ASEC Mimosas, les recruteurs ne voient qu’un seul joueur sur le terrain : Malick Yalcouyé. « Sur ses derniers matchs au club en 2024, se rappelle le formateur, il a atteint un idéal : sa puberté finie, et ses capacités d’endurance poussées au maximum, il est devenu notre meilleur joueur. Lors des 20 dernières minutes des matchs, il était partout sur le terrain quand les autres étaient morts. » Une évolution physique que le club a tenu à partager sur ses réseaux sociaux, en sortant une série de photos qui retracent l’apparence de Yalcouyé au fil de ses saisons passées avec l’ASEC.

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Le formateur trouve de son côté risibles les débats sur la calvitie de son ancien joueur : « Lors de son arrivée, il n’avait déjà pas beaucoup de cheveux et à ce que je vois, il a la même pilosité aujourd’hui. Honnêtement, ses cheveux n’ont jamais été un sujet pour nous, et pour aucun de ses coéquipiers. Les jeunes grandissent ensemble et se construisent en groupe. Malick n’a jamais été mis à l’écart, du moins de ce qu’on a pu observer. Il n’y a pas de débats. Grand, petit, chrétien, musulman : tout le monde est ensemble ». 

Les sirènes suédoises et le grand bond anglais

Si la route est encore très longue pour voir l’athlète de 1,69 m rouler sur la Premier League, son parcours est déjà bien engagé en Europe, continent qu’il rejoint à l’hiver 2024, à l’âge de 18 ans. Très vite, « son profil box-to-box », comme aime le qualifier son formateur, charme la Suède et le très historique IFK Göteborg. Un passage en Suède court de 14 rencontres, mais qui aura suffi à Gustav Svensson, capitaine du club et international suédois, pour considérer le joueur comme étant « peut-être le plus grand talent que le club n’ait jamais eu ». Six mois à peine après son arrivée en Scandinavie, Yalcouyé rejoint Brighton. Depuis, deux prêts réussis à Sturm Graz, où il aura connu la Ligue des champions, et à Swansea, lui auront permis de commencer, cette saison 2026-2027, dans la peau d’un titulaire avec les Seagulls.

Finalement, ce qui étonne le plus Pascal Théault n’est pas tant l’ascension de son poulain, mais plus sa capacité à jouer partout sur le terrain. Cette « intelligence de comportement » mentionnée par le formateur lui a valu d’être trimbalé sur le terrain par ses entraîneurs, jusqu’à maintenant. « Avec nous, il jouait 6 ou milieu relayeur. En Autriche, il a commencé à évoluer plus haut et maintenant, de ce que j’ai vu sur ce début de saison, il joue faux 9 avec Brighton. » La polyvalence, prérequis pour se montrer dans le football moderne, ne fait donc pas peur à Yalcouyé. De son côté, son agent l’affirme, les critiques sur son apparence physique « ne font que renforcer sa détermination à se surpasser ». Pour l’instant, ça marche plutôt bien.

Victoire folle de Chelsea contre Brighton

Propos recueillis par Arsène Belgodère - Soria

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