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« Hooligans » : quand Hollywood racontait la rivalité entre West Ham et Millwall

Il y a 21 ans sortait dans les salles Green Street Hooligans, un film mettant en scène la rivalité entre des firms de West Ham et de Millwall. Alors que les deux clubs croisent le fer ce samedi en Championship, retour sur un film qui a contribué à faire connaître au grand public une certaine vision du hooliganisme.
« Si je te vois au Den samedi prochain, je te taillade ta putain de gueule, connard. » Non, cette douce poésie n’est pas signée Baudelaire ou Maupassant. Elle est l’œuvre d’un supporter de Millwall ayant croisé et filmé Tomáš Souček à l’entrée d’une laverie de l’est de Londres ce lundi. Blessé depuis le début de saison, le Tchèque ne sera pas sur la pelouse ce samedi pour une rencontre que certains attendent depuis 14 ans : le Dockers Derby entre Millwall et West Ham. Éloignés par les divisions depuis 2012, les deux frères ennemis du football londonien se retrouvent en Championship et actent le retour de la rivalité la plus féroce d’Albion. Un derby rendu légendaire par plus de 100 années d’histoire, de haine et de violence… mais également popularisé à travers le monde par Hollywood.
En 2005 sortait dans les salles Hooligans (Green Street Hooligans, en VO), œuvre de la réalisatrice palestino-germano-américaine Lexi Alexander. Ce long-métrage au budget modeste raconte l’histoire de Matt Buckner (joué par Elijah Wood, aka Frodon Sacquet), un étudiant en journalisme américain injustement viré de Harvard. Parti rejoindre sa sœur à Londres, le jeune homme se lie d’amitié avec le frère de son beau-frère, Pete Dunham, et intègre le Green Street Elite, un groupe de hooligans de West Ham qui entretient un sacré contentieux avec une firm de Millwall. Scènes de baston, bande-son du tonnerre : malgré de nombreuses critiques, Hooligans est devenu culte avec le temps. Vingt et un ans plus tard, quel héritage le film a-t-il laissé dans la culture foot ?
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Pour West Ham, un vilain petit canard qui pond de l’or
À la base de tout le projet, Lexi Alexander avait à cœur de porter à l’écran un monde qu’elle a connu dans sa jeunesse, lorsqu’elle accompagnait son frère dans un groupe du Waldhof Mannheim, club allemand aujourd’hui en D3. « Pendant longtemps, j’ai fait des repérages à Glasgow car j’avais en tête de faire un film sur le Celtic et les Rangers, explique-t-elle. Mais cette rivalité était trop politico-religieuse, je ne me voyais pas traiter ça à l’époque… Lorsque j’ai découvert l’histoire de Millwall et West Ham, avec ses supporters issus d’entreprises industrielles concurrentes et qui se haïssent de génération en génération, j’ai su que c’était ce qu’il me fallait. » Si Hooligans connaît un succès mitigé au box-office, le film continue depuis d’être régulièrement diffusé et à susciter l’intérêt. « Je suis encore invitée chaque année dans des universités et dans des festivals pour en parler. On me propose régulièrement de faire une suite, une série TV, une pièce de théâtre, mais ce n’est pas moi qui ai les droits du film. Je n’ai d’ailleurs rien à voir avec les deux suites qui ont été réalisées (des direct-to-video n’ayant pas marqué les esprits, NDLR). »
Le film n’a pas causé de tort à West Ham et lui a même rapporté énormément d’argent.
Tourné en partie dans le regretté Upton Park, le film a donné un drôle de coup de projecteur à West Ham. Lors de sa signature chez les Irons en 2014, Enner Valencia avait déclaré avoir découvert le club grâce à… Green Street, évidemment. Le club londonien a toutefois toujours tenu à conserver ses distances avec ce condensé de violence, allant même jusqu’à faire courir l’idée que l’équipe du film avait joué la carte de la tromperie pour obtenir les autorisations de tournage. « Ce n’est pas vrai, tient à rétablir la réalisatrice. Je ne leur avais pas vraiment expliqué tout ce dont parlait le film, mais je leur avais donné le véritable scénario… tout en sachant que les gens sont trop paresseux pour lire un foutu script. Et c’est exactement ce qui s’est passé. Quand ils ont compris de quoi ça traitait, ils ont essayé de se retirer du projet, mais ils avaient signé un contrat… En réalité, le film ne leur a pas causé de tort et leur a même rapporté énormément d’argent. Des gens du monde entier sont devenus supporters du club, se sont rendus à Londres pour assister à des matchs, ont acheté des maillots… En fait, ils devraient même me reverser un pourcentage ! (Rires.) »
Du hooliganisme à la sauce américaine
Malgré tout, les amoureux des Hammers entretiennent un rapport ambigu avec l’œuvre. Beaucoup désapprouvent un film qui ne représenterait pas ce que sont les hooligans ou les supporters de West Ham. Plus globalement, le public britannique s’est toujours montré très critique, reprochant à l’œuvre son manque d’authenticité. « La plupart des réalisateurs qui ont traité le sujet du hooliganisme avaient souvent une approche sombre, explique Lexi Alexander. Ça n’était pas l’objectif de Green Street. C’est un film hollywoodien avec un regard hollywoodien. J’ai cherché à faire quelque chose de grand public que tout le monde pourrait apprécier. Il a d’ailleurs plutôt plu aux Américains, qui n’y connaissent rien au football. »

L’image du hooligan anglais que Green Street a contribué à graver dans l’imaginaire collectif – veste Stone Island sur le dos, code d’honneur chevaleresque – ne sort pas de nulle part, mais reste une représentation extrêmement simplifiée et parfois anachronique. « Le film reprend bon nombre d’éléments tout droits sortis des années 1980 alors qu’il est censé se dérouler dans les années 2000, explique Sébastien Louis, spécialiste du supportérisme radical en Europe. À cette époque, le hooliganisme anglais était déjà mal au point : il s’exprimait très peu en Angleterre et davantage sur le continent européen. Dans l’ensemble, l’histoire suit une trame hollywoodienne et accumule les clichés, ce qui la tient éloignée de la réalité. L’ascension extrêmement rapide d’un Américain au sein d’une firm n’est pas du tout crédible par exemple. » Le chercheur donne tout de même du crédit au film : « Certains aspects constituent toutefois une bonne représentation de ce qu’a pu être le hooliganisme en Angleterre : l’amitié entre les membres du groupe, la détestation de la police ou encore la mixité sociale au sein des firms, ceux-ci n’étant pas composées uniquement de classes populaires et étant même, avec le temps, devenues l’apanage des classes moyennes. »
Une progéniture en Indonésie
S’il a contribué à faire connaître l’univers des firms auprès du grand public, Hooligans n’a sans doute pas autant marqué une génération de supporters européens que d’autres œuvres, à l’image de The Firm ou de The Football Factory. En revanche, il a pu influencer d’autres tribunes à travers le globe, et tout particulièrement en Indonésie. « Il n’y avait pas vraiment de modèle de supportérisme là-bas à l’époque, détaille Sébastien Louis. Green Street Hooligans va en partie contribuer à transformer les pratiques des supporters. Après la sortie du film, on verra apparaître des bandes de hooligans et de véritables firms, comme les Flowers City Casuals (groupe de supporters du Persib Bandung, dont le fondateur a expliqué s’être inspiré de Hooligans, NDLR). Aujourd’hui, la mode casual (inspirée des tenues portées par les hooligans tout au long du film) est extrêmement présente en Indonésie. C’est quelque chose d’assez incroyable. »
Lorsqu’on lui demande si elle a, malgré elle, fait naître des baby hooligans, Lexi Alexander grimace : « Je suis sûre que ça a dû arriver… Beaucoup de gens m’ont dit que j’avais glorifié le hooliganisme, alors que non : la fin est bien explicite, c’est une histoire qui se finit mal ! » À l’instar de bon nombre de grands films de gangsters, certains spectateurs sont fascinés par des personnages à la classe infinie, régis par un code d’honneur… mais qui commettent également des actes hautement répréhensibles qui leur valent, au bout de l’histoire, de finir entre quatre murs ou quatre planches. Que la réalisatrice se rassure néanmoins avant le Dockers Derby de ce samedi : personne ne lui fera un procès si le visage du pauvre Tomáš Souček venait à être endommagé.
Un international français à LensPar François Linden



















































