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Au FC Pas du Loup, le foot féminin avant tout

Par Jérémy Cassarino
7' 7 minutes
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Au FC Pas du Loup, le foot féminin avant tout

Au sud-ouest de Montpellier, le club amateur du FC Pas du Loup se démarque par son originalité : une priorité donnée au football féminin et l'absence d'une équipe masculine au niveau senior.

Sur le stade Paul-Valéry, au sud-ouest de Montpellier, le terrain est refait à neuf, mais le logo cousu sur les maillots n’a pas changé depuis 2014 : une empreinte de patte de loup, encadrée par deux fleurs de lotus (sans rappeler celui d’un grand club anglais). Des fleurs qui poussent dans la vase, dans des marécages qui ne sentent pas très bon — et qui, une fois écloses, dégagent l’un des parfums les plus recherchés au monde. Ce n’était pas un hasard de design. Nordine Maktoubi voulait un symbole pour des gamins nés dans un quartier prioritaire, capables malgré tout de « réaliser de belles choses ». Douze ans plus tard, ce sont les Louves — la section féminine du club — qui incarnent le mieux cette promesse.

Une meute sans mâle dominant

Le club naît en 2014, sur un terrain alors délaissé du quartier Paul-Valéry, à Croix d’Argent. Nordine Maktoubi a 24 ans. Il ne se définit pas comme un joueur, plutôt comme un bâtisseur. Autour de lui, une poignée de bénévoles, et des gamins du quartier qui n’ont, pour la plupart, jamais porté de licence. Le nom du club vient de l’avenue Pas-du-Loup, qui traverse Montpellier du centre à la périphérie, coupant à travers des quartiers très différents les uns des autres. Un symbole de mixité, assumé dès le départ plutôt que découvert en cours de route.

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« Le club n’arrête pas de grandir, on a des joueuses qui viennent d’un peu partout, pas seulement du quartier », résume Boubakeur Bousseboua, membre actif au sein du club. « On est là aussi en tant que grand frère, en tant que papa, en tant que tonton, complète Faissal, bénévole depuis douze ans et entraîneur des U18 féminines. On ne fait pas que du foot. » De 25 licenciés à l’origine, le club en revendique aujourd’hui plus de 420, dont environ 120 féminines — une proportion rare pour une structure amateur de ce profil. Mais la vraie singularité du FC Pas du Loup ne tient pas dans cette croissance : beaucoup de clubs de quartier grandissent. Elle tient dans ce qu’il a choisi de ne pas faire. Il n’a jamais eu d’équipe senior masculine compétitive. Un choix assumé, pas un manque de moyens : la priorité reste donnée aux jeunes et à l’éducation.

Il a fallu apprivoiser la timidité

Avant 2017, quelques filles fréquentent bien l’école de foot du club, entre U6 et U10 — mais elles y demeurent minoritaires, presque effacées. « La majorité des filles étaient timides, elles n’osaient pas venir, c’était vraiment compliqué pour elles », se souvient Boubakeur Bousseboua. Rien d’étonnant à l’échelle du football amateur français : le foot féminin y reste, encore aujourd’hui, une conquête récente, plus fragile dans les quartiers populaires qu’ailleurs, où l’accès aux infrastructures et le regard des familles pèsent davantage.

L’objectif n’est pas forcément d’envoyer des filles en première division pro dans l’immédiat, mais si on repère un vrai talent, on l’oriente tout de suite vers un club compétent.

Faissal, entraîneur depuis trois ans

Le club leur offre alors un espace propre : une première équipe féminine, conçue non comme une simple annexe, mais comme un projet à part entière — une éclosion plutôt qu’un ajout. « Au début, c’était du bouche-à-oreille : l’une appelle sa copine, “viens jouer au club”, raconte Faissal. À la base, ce ne sont pas des footeuses. C’est un peu comme aller en colo : on s’amuse toute la journée, et en même temps on les amène à avoir de la discipline. » Le pari n’a rien d’évident en 2017. Il va pourtant vite porter ses fruits.

Le maillot voyage plus loin que le quartier

Trois ans suffisent pour que la promesse se vérifie. En 2020, les Louves décrochent le titre de championnes de l’Hérault, confirmant ce que le club pressentait déjà : cette réserve initiale ne trahissait aucun désintérêt, seulement l’absence d’un terrain où éclore. En 2022, la FFF couronne cette trajectoire du prix Sensation’Elles, assorti d’un stage de trois semaines à Clairefontaine pour les joueuses — un lieu où beaucoup, jusque-là, n’avaient jamais posé le pied. Le club est même allé plus loin, offrant aux filles une licence gratuite pendant deux ans pour lever le dernier frein.

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La reconnaissance ne s’arrête pas là. Le club a depuis attiré l’attention de médias bien au-delà de l’Hérault : un reportage de Brut, consacré à l’ambition de « rendre accessible le football aux jeunes filles », et une visite remarquée, en février 2025, de Laure Boulleau, ancienne internationale et l’une des pionnières du football féminin professionnel en France. Une reconnaissance venue de l’extérieur, là où le club n’avait jusqu’ici que sa propre parole.

La dernière ligne droite le confirme, avec une nouvelle génération de joueuses. Cette saison, les U18 sont passées au foot à 11 pour la première fois — un format qu’elles ne pratiquaient pas jusqu’ici — et ont fini premières de leur championnat dès leur première tentative. « On ne s’y attendait pas, le football féminin est en train d’exploser, résume Faissal, leur entraîneur depuis trois ans. C’était un nouveau challenge, et on a réussi. »

Le café qui sent Clairefontaine

Au pied des vestiaires, un espace modeste fait office de buvette et de lieu de vie. Le club l’a baptisé « Le Corner », en clin d’œil au café du Centre National du Football de Clairefontaine — celui où se retrouvent les Bleus entre deux séances. Un nom qui pourrait sembler présomptueux pour un local associatif de quartier ; il ne l’est pas. C’est une déclaration d’intention, assumée sans détour : que les enfants du club, filles comme garçons, osent se projeter jusque-là plutôt que de s’interdire d’y penser. Un tremplin, peut-être, pour de futures grandes joueuses dont on ne connaît pas encore le nom. « L’objectif n’est pas forcément d’envoyer des filles en première division pro dans l’immédiat, nuance Faissal, mais si on repère un vrai talent, on l’oriente tout de suite vers un club compétent. »

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L’espace a depuis été distingué par le Grand Prix Solidarité et Inclusion des Trophées Philippe-Séguin — la reconnaissance, tardive mais méritée, d’une ambition qui ne s’est jamais cachée derrière la modestie du lieu. Car au FC Pas du Loup, la structuration a suivi la même logique que l’ambition : une cinquantaine de bénévoles, des éducateurs de plus en plus formés et diplômés, et un encadrement que le club revendique comme le socle de sa progression continue plutôt que comme une simple formalité administrative. En tant que responsable sportif, Wassim Cherki supervise notamment la progression des Louves, catégorie par catégorie.

Personne ne réclame de vitrine masculine

Reste cette absence, presque provocatrice dans le paysage du football amateur français : pas d’équipe senior masculine compétitive. « Il n’y a même pas d’équipe masculine à haut niveau, ça s’arrête en U17. C’est une volonté du club », confirme Faissal. Selon le club, ce choix tiendrait avant tout à une volonté de rester concentré sur l’accompagnement des enfants, plutôt que sur l’encadrement d’adultes déjà formés ailleurs. Une position qui interroge autant qu’elle structure : et si la vraie identité du FC Pas du Loup tenait précisément à ce refus de se conformer au schéma classique du club amateur, où l’équipe fanion masculine reste, presque toujours, la vitrine par défaut ? Et si, dans ce quartier de Montpellier, l’émancipation passait par un ballon plutôt qu’ailleurs — la preuve que des joueuses longtemps moquées sont aujourd’hui prises au sérieux, même dans les structures les plus modestes, qui servent souvent de premier socle dans une carrière ?

Avec plus de 420 licenciés et 120 féminines aujourd’hui, le FC Pas du Loup ne ressemble plus vraiment au club de 25 membres fondé en 2014. Ce qui n’a pas changé, en revanche, c’est l’idée qui a tout déclenché : donner un endroit stable à des filles qui n’en avaient pas. Un terrain, un vestiaire, un maillot — rien d’extraordinaire en soi, sauf pour celles à qui personne ne l’avait proposé avant.

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Par Jérémy Cassarino

Propos recueillis par JC

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