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Andy Diouf, nouveau poste pour une nouvelle vie

Par Arthur Chanteclair
6' 6 minutes
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Andy Diouf, nouveau poste pour une nouvelle vie

Longtemps cantonné au rôle de remplaçant depuis son arrivée à l’Inter à l’été 2025, Andy Diouf a trouvé une nouvelle vie dans le couloir droit. Un poste qu’il n’avait jamais occupé avant de débarquer en Italie, mais où ses qualités de milieu de terrain font aujourd’hui des merveilles... jusqu’à le voir sélectionné pour la toute première liste de Zidane.

Il y a des renaissances qui passent par un retour aux sources. Celle d’Andy Diouf, elle, passe par un détour assez improbable : le couloir droit. Le 14 septembre, face à l’Udinese, le Français délivrait une nouvelle passe décisive pour Marcus Thuram, sa troisième en trois journées de Serie A. Pas mal pour un milieu de terrain de formation qui, il y a encore quelques mois, ne connaissait même pas ce poste et semblait avoir du mal à trouver sa place à l’Inter. Son match n’avait pas été parfait, avec une passe en retrait sans conviction finissant dans les pieds de Keinan Davis sur le deuxième but d’Udine.

Comme souvent depuis le début de saison, Diouf avait pu relever la tête. Une erreur, une passe dé et une nouvelle titularisation ce samedi dans le choc contre la Roma, au lendemain d’une convocation surprise en équipe de France. Le tout dans le costume le moins attendu de sa carrière, dans ce rôle de piston droit. Plusieurs années en arrière, Pierre-Emmanuel Bourdeau, qui l’a vu évoluer chez les U16 et U17 au Stade rennais, garde le souvenir d’un autre type de joueur : « C’était un box-to-box qui avait une grosse capacité à courir, un volume généreux, un bon pied gauche, plutôt intelligent, une super mentalité », raconte son ancien éducateur. Un portrait finalement pas si éloigné du joueur qui avale les kilomètres dans son couloir à l’Inter.

Le piston qui n’en est pas vraiment un

Après une première saison où il a peiné à s’imposer, Diouf a commencé à glisser sur le côté droit en toute fin de saison dernière. Puis la préparation estivale a fait le reste. Ses performances ont convaincu Cristian Chivu de poursuivre l’expérience, au point d’en faire aujourd’hui une solution privilégiée. Le timing l’a aussi aidé. Denzel Dumfries a filé au Real Madrid, Matteo Darmian est parti, Luis Henrique n’a pas totalement convaincu et Djed Spence, recruté pour occuper ce poste, est blessé. Alors l’ancien Lensois a pris la place.

Je me rappelle une certaine puissance et une vraie capacité à casser les lignes.

Sylvain Ripoll, qui l’a connu chez les Espoirs

« Andy, je ne l’ai pas eu assez longtemps. Mais je me rappelle une certaine puissance et une vraie capacité à casser les lignes », résume Sylvain Ripoll, qui l’a eu sous ses ordres à quelques reprises avec l’équipe de France Espoirs. Deux qualités qui prennent forcément une autre dimension lorsqu’elles sont mises au service d’un piston.

À Rennes, Bourdeau se souvient d’un milieu capable de « transpercer les lignes avec le ballon » et de gagner des mètres balle au pied. À l’Inter, le même geste commence désormais côté droit, comme contre Monza, lors du match d’ouverture de Serie A. Sur son flanc, Diouf déborde, élimine deux joueurs et centre à ras de terre pour Pio Esposito qui termine d’une sublime madjer. Contre l’AS Rome ce samedi (2-2), même constat : ses débordements comme ses courses intérieures font des ravages. Plutôt que de lui demander de devenir un ailier, Chivu semble utiliser ce que Diouf savait déjà faire pour nourrir un poste nouveau.

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Son volume de courses est évidemment précieux. Un piston doit être capable de défendre bas avant de repartir très haut. « C’est un poste extrêmement exigeant sur le plan athlétique », rappelle Bourdeau. Diouf, lui, adore courir et se projeter. « Il adore attaquer la dernière ligne, par la conduite ou par la course », poursuit son ancien coach.

Il lui reste cependant à mieux tenir son couloir et à prendre les repères qu’il lui manque à ce poste défensivement, où, logiquement, l’ancien Lensois a encore des lacunes. L’autre marge de progression du dernier appelé en équipe de France est son aisance du pied droit. À Rennes, il était « quand même assez exclusif du gauche », selon Bourdeau. Aujourd’hui, il n’hésite plus à s’en servir. Le piston droit gaucher n’est donc plus seulement une bizarrerie tactique. Il commence à devenir une vraie arme.

« Je préfère jouer au milieu de terrain »

C’est là que se trouve tout le paradoxe. Plus Diouf s’installe à droite, plus on redécouvre le milieu de terrain qu’il a toujours été. Son instinct le pousse régulièrement à repiquer dans l’axe. Son style reste celui d’un relayeur davantage que celui d’un piston classique. Et c’est peut-être précisément pour cela que l’expérience fonctionne.

Très honnêtement, latéral dans une défense à quatre, je ne le vois pas à ce poste-là.

Pierre-Emmanuel Bourdeau, son éducateur à Rennes

Diouf, lui, n’a jamais caché ses préférences. Lors de la préparation estivale, il le répétait : « Mon rôle naturel est au milieu du terrain et je préfère jouer là. » Avant de préciser qu’il jouerait là où le voudrait son entraîneur. Une manière de ne pas fermer la porte au couloir sans renoncer à son identité. Bourdeau partage cette lecture : « J’ai le sentiment que malgré tout, son poste de prédilection, c’est quand même au milieu. » Mais il voit aussi pourquoi le pari peut fonctionner. Diouf est « extrêmement porté vers l’avant », aime attaquer la dernière ligne et dispose du volume nécessaire pour répéter les courses.

Surtout, il possède une qualité qui peut expliquer cette adaptation express : il écoute. « C’est un garçon qui est vraiment à l’écoute, qui a envie de s’enrichir », décrit Bourdeau. Diouf est capable, selon lui, de se resituer rapidement sur le terrain. En quelques semaines, celui qui devait encore gagner sa place est devenu l’un des joueurs les plus réguliers de l’Inter de ce début de saison. Sa rencontre livrée face au Real Madrid en Ligue des champions en est le symbole. Malgré la défaite des Nerazzurri, le Frenchie a muselé Vinícius une bonne partie de la rencontre, sans pour autant délaisser l’attaque. Avec sa puissance, son volume et sa capacité à se montrer décisif, Diouf a fini par transformer un dépannage en véritable opportunité.

Forcément, quand un Français de 21 ans commence à plutôt bien enchaîner les matchs au plus haut niveau, les oreilles de l’équipe de France ne sont jamais très loin. Son nom avait longtemps circulé dans la présélection attribuée à Zinédine Zidane. Ce dernier l’a finalement appelé, vendredi, lors de l’annonce de sa première liste à la tête de la sélection. Si au milieu, la concurrence est féroce, la défense des récents quatrièmes du Mondial n’est pas le secteur le mieux fourni. Zidane n’a pas caché qu’il pourrait l’utiliser à gauche (encore un autre poste !) et il faudra voir si Diouf est taillé pour évoluer ainsi dans un système différent de celui qu’il connaît à l’Inter. « Très honnêtement, latéral dans une défense à quatre, je ne le vois pas à ce poste-là », lâche Bourdeau. Il ne lui reste plus qu’à surprendre son monde, une fois de plus.

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Par Arthur Chanteclair

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