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Beendo Z : « Mon plus grand souvenir de foot est une défaite »

À 28 ans, le rappeur francilien Beendo Z se produira à La Cigale, le 5 octobre prochain, pour le premier concert d’envergure de sa jeune carrière. Mais avant de remplir les salles parisiennes, Beendo Z, de son vrai nom Jordy Mbvoumin, fut surtout un aventurier des championnats nationaux de jeunes, de National 2 et même de certaines ligues inférieures d’Europe. Entre rap et foot ou foot et rap, le Franco-Camerounais revient sur son parcours.
Dans ton single « Pendule », tu dis : « Fais le fou, on te descend comme l’ASSE ». Quel est ton problème avec les Stéphanois ?
Je suis un grand fan de l’OL depuis tout petit. J’ai grandi avec la génération de Juninho et de Benzema qui gagne les sept championnats d’affilée. Depuis, mon amour pour le club n’a pas bougé. Même si en ce moment, c’est évidemment plus compliqué. (Rires.) Pour tout te dire, mon plus grand souvenir est une défaite, avec cette rencontre contre l’AC Milan en Ligue des champions. C’était en 2006, je crois. Mais bizarrement, j’ai moins de victoires qui m’ont marqué. Je pense que c’est parce qu’on était habitués à gagner et qu’on perdait souvent au stade des quarts en Ligue des champions.
J’ai ce regard critique quand je suis devant un match. Je réfléchis à ce qu’un joueur aurait pu mieux faire, ou ne pas faire.
Tu suis encore Lyon aujourd’hui ?
Après la Coupe du monde, j’ai fait une overdose de foot, donc j’ai un peu lâché. (Rires.) Après, je suis un supporter averti, donc je regarde encore les résultats de l’équipe. J’ai suivi le récent barrage contre Fenerbahçe. Ça s’est mal passé, mais en tout cas, il faut que je m’y remette. Après, moi, j’ai beaucoup joué au foot, donc j’ai ce regard critique quand je suis devant un match. Je réfléchis à ce qu’un joueur aurait pu mieux faire, ou ne pas faire. Aujourd’hui, je kiffe surtout voir Rayan Cherki ou un joueur dans ce style pour comprendre le foot à travers son jeu.
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Ton père, Jean-Claude Mbvoumin, est un ancien footballeur professionnel. Ça aide à être bon au foot ?
Forcément, oui. J’étais très jeune quand il jouait encore, donc j’ai des vagues souvenirs. Mais il m’a beaucoup appris, avec des tonnes et des tonnes de séances à côté des entraînements. On faisait du perfectionnement, avec les bases du foot, donc contrôle passe, mais poussé à l’extrême et en boucle. Ça t’aide après sur le terrain où tu as les automatismes. Après, évidemment, il me mettait beaucoup la pression. Il était là sur le bord du terrain à me dire quoi faire. (Rires.) Mais bon, ça ne m’a jamais gêné : je me disais qu’au moins, j’allais être prêt pour Old Trafford et les grands stades.
Justement, c’est quoi ton rapport au terrain de foot ?
J’ai grandi entre Sannois et Saint-Gratien, donc j’ai commencé mes classes de foot à l’Entente Sannois Saint-Gratien et j’y ai joué jusqu’en U19, en étant régulièrement surclassé. Ensuite, j’ai fait différents essais, à Guingamp, à Laval, puis je suis arrivé à Poitiers où j’ai rejoint les U19 nationaux, en 2016. J’y ai joué mes premières minutes en National 2, contre Niort si je me souviens bien. Après voilà, je n’arrivais pas à m’épanouir dans un projet clair à cette époque, donc les essais se sont révélés non concluants. Il fallait que je trouve de l’argent, que je m’occupe de la vraie vie et que je m’en sorte, car le cadre n’était pas professionnel là-bas. Puis je me suis tâté à arrêter le foot, et le COVID est arrivé en 2019 : tout s’est arrêté. Finalement, en 2021, je suis parti en vacances à Nyon, en Suisse, et j’ai trouvé un contrat avec le club de la ville (le FC Stade nyonnais, en Challenge League, NDLR).
On dirait que je n’ai vécu que des mauvais moments au foot, mais non ! C’était vraiment marrant avec du recul.
Tu as quand même essayé de participer à la Coupe du monde 2026 avec le Cameroun…
Bon, je te mens pas : la question a vite été réglée parce que le Cameroun ne s’est pas qualifié. (Rires.) Mais même si j’ai dit ça à chaud, je me suis quand même donné les moyens. J’ai fait deux essais au Portugal et au Luxembourg, dans des clubs de seconde division et un passage à Deauville, encore en National 2. Cette fois-ci, j’y croyais vraiment étant donné que j’avais bien commencé la saison, mais je me suis blessé à la cheville. Donc j’ai fini par laisser tout ça de côté et essayer de rester concentré sur la musique.
Il y a pas mal de déceptions dans cette relation avec le foot, non ?
Pour la petite histoire, quand j’évoluais à Poitiers, j’avais invité toute ma famille, mes amis et mon agent au stade pour un match contre Bordeaux. En fait, mon concurrent, et habituel titulaire au poste, s’était embrouillé à l’entraînement avec le coach. Dans ma tête, j’étais persuadé de jouer, donc prêt à tout casser. Et là, on arrive au stade, et le coach me dit d’aller dans les tribunes. (Rires.) Vu comme ça, on dirait que je n’ai vécu que des mauvais moments au foot, mais non ! C’était vraiment marrant avec du recul.

Venons-en à la musique. Tu es issu de cette branche « new wave » qui s’est révélée en France après le Covid. Quel est ton statut à l’heure d’aborder ta tournée ?
Déjà, je ne suis plus un rookie. J’ai fait cinq projets et ça commence à faire quelques années que l’on me connaît. Mais cette année, je veux vraiment passer un cap musicalement. Déjà, réussir mon premier concert, le 5 octobre prochain, à La Cigale. Ensuite, proposer une nouvelle direction artistique dans mon image et dans ma palette musicale. Après évidemment, comme tout chanteur, faire des hits et des musiques qui plaisent.
On voit l’émergence en France d’artistes comme La Fève ou Jeune Morty plus tournés vers la création musicale que faire du rap pur. C’est quoi ton rapport à l’expérimentation ?
Je ne me considère pas du tout comme un rappeur, mais comme un artiste. Tu n’as qu’à voir mes invités pour La Cigale, tu verras qu’il y a de tout, et pas que des rappeurs. Je ne veux pas rester dans une case précise, mais vraiment créer pour créer, me construire sur une palette musicale très large en matière d’inspirations. Dans ma playlist, tu verras du Michael Jackson, du Despo Rutti et beaucoup de sonorités camerounaises. Cet attachement au Cameroun et à des artistes comme Richard Amougou fait que je suis naturellement attiré par des rythmes plus rapides. (Il lance un rythme avec ses doigts sur la table.) Après, c’est à moi de créer à partir de ce qui fait mon univers musical et de me différencier de tous ces artistes. C’est en tout cas ce que j’ai essayé de faire ressentir sur mon dernier EP, Éclipse.
La création musicale, c’est inné comme le dribble sur un terrain de foot ?
Absolument pas. La musique, c’est du calculé : tu as des attentes, tu écris ton texte, tu sais sur quoi tu poses et à quoi va ressembler ton son. Alors qu’au foot, tu n’as pas de temps pour réfléchir. Donc forcément, si tu reçois la balle sur ton pied gauche, tu dois faire avec et t’auras pas le temps d’utiliser ton pied fort. En plus, au niveau des sensations que tu ressens dans les deux cas, c’est totalement différent. Rien qu’au foot, tu fais gagner ton équipe, tu as de la joie, ça crie de partout. Alors que dans le studio, je suis souvent seul à écrire et à penser à ce que je vais faire. Vraiment deux univers totalement opposés. Un où tu prévois tout, et un autre où tu ne prévois rien, parce que tu ne peux pas.
Tout le monde me parle de Sinayoko, donc moi, je m’attends à une dinguerie sur le terrain. Et première opposition, il claque une bicyclette sur son entrée en jeu.
Il y a un peu un mythe des rappeurs potes avec les footeux. C’est ton cas ?
Je peux bien m’entendre avec un joueur de foot, mais si ça n’est pas mon pote, je vais pas forcer l’amitié. Après, il y a aussi une part de vérité, dans le sens où on se donne mutuellement de la force. Mais sinon, j’ai pu côtoyer quelques pros au cours de mes années de foot. Il y en a un qui m’a marqué, Lassine Sinayoko, avec qui j’ai joué en U17 National, à l’Entente Sannois Saint-Gratien. Pour la petite anecdote, je le connaissais pas avant cette année-là et il n’est pas là les premières semaines car il était bloqué au bled. Tout le monde me parle de lui, donc moi, je m’attends à une dinguerie sur le terrain. Et première opposition, il claque une bicyclette sur son entrée en jeu. Laisse tomber, c’était vraiment fou. (Rires.)
Ton expérience avec le foot t’a-t-elle aidé à réussir dans la musique ?
Oui, ça m’a montré que si tu souhaites percer, dans le monde de la musique ou du foot, il faut être prêt à beaucoup sacrifier. Sacrifier ta tranquillité, sacrifier ton corps et sacrifier ton temps. Après, si tu as la passion, il faut accepter de beaucoup travailler pour arriver à tout casser ensuite. Le reste, c’est de la détermination et un peu de chance, aussi.
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Propos receuillis par Arsène Belgodère - Soria, à Paris.






















































