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Anniversaire d'Eric le King

50 nuances de Cantona

Un demi-siècle de vie bien bien rempli

24 mai 1966 - 24 mai 2016. Éric Cantona a donc 50 ans, déjà. Un demi-siècle de dribbles, crochets, lobs parfaits, col relevé. Un demi-siècle de publicités, essais au cinéma, body-painting et posture de Che Guevara. Un demi-siècle de déclarations, insultes, coups de gueule ou de karaté. Pas toujours en nuances, mais pas encore tout gris : un demi-siècle de vie tellement bien rempli.

1. L’homme qui avait peur de s'exprimer en public

1970 / 4 ans

Derrière la grande gueule révolutionnaire, prête à taper du poing sur la table contre les banques et la crise des migrants, toujours habile pour trouver la bonne formule face à son intervieweur, il y a un grand timide. Au vrai, Cantona est apeuré à l’idée de prendre la parole devant un auditoire. L’origine de cette crainte remonte à son enfance, lorsque la première maîtresse du gamin des Caillols l’obligeait à se mettre debout pour lire une histoire face au reste de la classe. FL

2. Guy Roux, comme un père

1981-1988 / 15 ans - 22 ans

De la fin de sa formation à son premier transfert à l’OM, Cantona a été façonné par Guy Roux sept années durant. Une véritable relation père-fils qui prendra tout son sens lorsque le King se retrouve embourbé dans l’affaire du «  kung fu kick  » . Appelé à la rescousse par la maman du joueur, le maître auxerrois joue alors de ses relations pour envoyer un câble à la reine via le président Mitterrand, en arguant que si Cantona se retrouvait derrière les barreaux, « les relations entre la jeunesse française et anglaise pourraient être sérieusement entachées » . Plus tard, le coach aura quand même deux mots à dire à son poulain au sujet du coup de pied : « Ce jour-là, t’étais pas en forme, parce que normalement, le supporter, on n’aurait pas dû le relever. » FL

3. Canto l’artiste

Depuis 1988 / Depuis ses 22 ans

« Il ne ratait pas une séance. Il voulait surtout improviser seul. C'était aussi déroutant que son football. Tout le monde était scotché. Quelle présence ! » Les mots sont de Jacques Chauvin, son premier professeur de théâtre à Marseille, en 1988. Car le King n’a pas attendu la fin de sa carrière de footballeur pour embrasser le monde artistique, loin de là. Avant le cinéma et le théâtre, il y a eu le dessin et la peinture - « comme une thérapie » . En 2010, il confiait au Monde qu’il deviendrait un jour photoreporter de guerre. « Dans sept ans » , disait-il. Déjà demain. FL

4. Les chevilles de Der Zakarian

5 avril 1988 / 21 ans

Cantona n’a que 21 ans, mais n’est déjà plus un novice au jeu de l’intimidation. Alors qu’Auxerre se déplace à Nantes en 16es de finale de Coupe de France, le King se chauffe avec un Michel Der Zakarian au marquage trop serré à son goût. Résultat, un premier tacle et une biscotte pour l’Auxerrois. Il se retourne alors vers l’arbitre et lui lâche un « Vous pouvez préparer le rouge » annonciateur. Ni une ni deux, Canto remet ça deux minutes plus tard, sautant à pieds joints sur les chevilles du Nantais, réalisant au passage un des tacles les plus dangereux de la décennie. Suspendu 3 matchs, il se défendra ainsi devant la Commission de discipline : « On est allés à l’école communale ensemble, on est du même quartier de Marseille et depuis qu’on est tout petits, on se taquine. » Si c’était pour rigoler, alors… PLL

5. Champion d’Europe espoirs

Été 88 / 22 ans

Achevée prématurément par le «  kung fu kick  » de Selhurst Park, l’histoire de Cantona chez les Bleus avait pourtant débuté sur le toit de l’Europe. Avec les espoirs, le jeune attaquant formé à l’AJA - tout juste transféré à l’OM - soulève son premier trophée ; aux côtés de Martini, Blanc, Galtier, Roche, Angloma, Paille, Sauzée, Guérin… Où l’on se souviendra de sa chevauchée de 40 mètres face aux Young Lions en demi-finales. Pour épater l’Angleterre, déjà. FL

6. « Sac à merde »

Septembre 1988 / 22 ans

Septembre 1988. Cantona vient d’apprendre qu’il n’est pas retenu dans la liste des Bleus qui affronteront la Tchécoslovaquie en match amical, car jugé en méforme par le sélectionneur de l’époque, Henri Michel. Seulement voilà, Canto vient de planter deux buts en deux matchs avec l’OM contre le Matra Racing et Strasbourg, et n’accepte pas vraiment la décision. « Je lisais un truc de Mickey Rourke, parce que c'est un gars que j'adore, qui disait que le mec qui s'occupe des Oscars est un sac à merde. Je pense qu'Henri Michel n'en est pas loin » , déclare-t-il. Résultat des courses, 10 mois de suspension d’équipe de France, et Henri Michel qui attend toujours des excuses. PLL

7. Un maillot sur le gel de Sedan

30 janvier 1989 / 22 ans

« Je suis toujours parti du principe que s'il nous arrive un malheur, c’est pour que demain soit meilleur. » Éric Cantona a toujours eu les mots justes. C’est aussi un homme d’images. Au long de son histoire, il y aura le kung-fu de Crystal Palace dans la mémoire collective anglaise, le maillot sur la pelouse gelée de Sedan dans la française. Ce n’était qu’un match de charité, sur un terrain dangereux, en 1989. Une idée de Bernard Tapie d’opposer l’OM à l’une des meilleures équipes de l’URSS au cœur d’une longue trêve hivernale. Un 30 janvier, face au Torpedo de Moscou donc. Ce soir-là, Cantona est nerveux, rate beaucoup, s’énerve souvent. Gérard Gili le sent et pense, au fond, que son attaquant est « sur le point de devenir dingue » . Reste que personne ne peut faire sortir Éric Cantona, même lorsqu’il s’agit d’une rencontre visant à collecter des dons pour des veuves et des orphelins. Gili va l’apprendre ce soir-là, Cantona lui jetant son maillot au visage. L’histoire d’amour avec Tapie vient de se briser, l’OM punit son caractériel et le président marseillais affirme avec douceur ceci : « S’il le faut, on l’enverra à l’asile. » Il se contentera de le prêter à Bordeaux après un voyage mystérieux du roi à Barcelone. L’OM ne sera finalement qu’un long rêve de gosse. MB

8. La Panenka ratée contre Beauvais

25 février 1989 / 22 ans


Le geste a été inventé pour lui. La Panenka est une affaire d’orgueil, de talent et d’audace. Bref, du Cantona. Le 25 février 1989, Bordeaux est poussé à une séance de tirs au but par Beauvais (alors en D2) en 32es de finale de la Coupe de France. Le gardien picard, Eddy Caullery, a déjà arrêté deux tentatives girondines quand Canto s’avance et « prend dix mètres d'élan, salue, tel un empereur romain, la foule qui le conspue » écrit le journaliste de L'Équipe présent au stade Pierre-Brisson. L’attaquant caresse le ballon, trop. Pris à contre-pied, Caullery a tout le temps de se relever et de ramasser le ballon. Les Girondins sont éliminés et attendent toujours les excuses de Canto. AP

9. Coup de Lemoult

21 octobre 1989 / 23 ans


Pour la saison 1989/1990, Montpellier frappe un gros coup et reconstitue le duo Paille/Cantona champion d’Europe avec les Espoirs. Nicollin a fait jouer ses bonnes relations avec Tapie pour obtenir le prêt d’un Cantona plus vraiment en odeur de sainteté à Marseille depuis son jet de maillot lors d’un match amical à Sedan. À Montpellier, il tombe dans un vestiaire divisé entre les stars (Paille, Blanc, Júlio César, Guerin) et les tauliers historiques (Baills, Lucchesi, Der Zakarian). Milieu de terrain de devoir, Jean-Claude Lemoult est, lui, réputé pour être l’homme du président. Après une nouvelle défaite à Lille, il remet en cause les performances du duo Paille-Cantona. Le sang de ce dernier ne fait qu’un tour. Il attrape une paire de crampons pour molester celui qu’il accuse « de trop parler » . Nicollin l’écarte, demande à Tapie de le récupérer, mais doit finalement le réintégrer au bout de trois jours face à la pression des supporters. Trois ans plus tard, Cantona revient sur cet épisode dans sa première biographie. « La flèche vient d’atteindre sa cible. Il est trop tard pour s’expliquer. Je lance mes crampons au visage de Lemoult. Jean-Claude répond. À l’intérieur du vestiaire, la bagarre est passée comme un éclair. » Manque juste des mouettes. AP

10. La Coupe de France, l’éclaircie montpelliéraine

Mai 1990 / 24 ans


Le duo devait casser la baraque. Cantona / Stéphane Paille, deux attaquants prometteurs débarqués à la Paillade à l’été 89 - un an après avoir illuminé le Mondial espoirs. Mais l’affaire tourne court. Paille quitte le club à la mi-saison. Aimé Jacquet paye les mauvais résultats, il est remplacé sur le banc par Michel Mezy qui évite de justesse la relégation à la fin de la saison. Surtout, Montpellier soulève la Coupe de France aux dépens du Racing (2-1). À Geoffroy-Guichard, une semaine auparavant, Cantona est le héros d’une demi-finale pleine de tension, en inscrivant un ciseau somptueux. FL

Toujours le poing levé.

11. Quand Olmeta manque d'abattre le King

1990 - 1991 / 24 ans - 25 ans


« Avec Éric Cantona et Bernard Pardo, on chassait dans le Var. J'étais jeune et con. Une fois, je me suis approché pour leur faire une blague, ils ne m'ont pas entendu, et j'ai tiré au petit plomb au-dessus de leurs têtes. Ils ont été surpris, ils se sont presque jetés à terre. La connerie, c'est que parmi tous les petits plombs, t'en as toujours un qui peut partir plus bas. Ce sont des choses à ne pas faire, mais quand t'es en bonne compagnie, que tu te marres tout le temps... On en a bien rigolé. Aujourd'hui encore, à chaque fois qu'on se voit, on en reparle. » Pascal Olmeta, ou l'amour de la vanne. Propos recueillis par ME

12. Son arrivée à Nîmes

Été 1991 / 25 ans


En rupture de banc avec l'Olympique de Marseille à la fin de la saison 1990-1991, Éric Cantona accepte de rejoindre Michel Mezy à Nîmes à l'été 1991. Président du club et de Cacharel, Jean Bousquet (qui trouve aussi le temps d’être maire de la ville) sort le chéquier : Philippe Vercruysse, William Ayache, Laurent Blanc et Éric Cantona débarquent aux Costières. Un casting à la Expendables version gardoise pour un bide total. Entre blessures, mauvais résultats des Crocodiles et nerfs à vif de l'attaquant, qui pète son câble en décembre lors d'un Nîmes–Saint-Étienne. NJ

13. « Une bande d’idiots »

7 décembre 1991 / 25 ans


Alors que l'arbitre Jean-Pierre Blouet siffle un coup franc en faveur de la défense des Verts, Canto attrape le ballon et le jette violemment dans les jambes de l'homme en noir. Puis se dirige vers les vestiaires sans regarder derrière, telle sa marionnette des Guignols disant « Si c'est comme ça, je m'en vais, et je t'emmerde » . Suspendu « seulement » quatre matchs, il propose devant la commission de discipline une défense bien à lui en qualifiant ses juges « de bande d’idiots » . Suspendu deux mois, il résilie son contrat avec Nîmes et annonce sa retraite à 25 ans. En réalité, il vient juste de rompre pour de bon avec le football français. Après un mois de réflexion, il suit les conseils de Michel Platini et traverse la Manche, histoire de voir. AP

14. Sheffield, la première étape

Janvier 1992 / 25 ans


On ne devait plus le revoir. Terminé. L’heure était venue de s’enfoncer définitivement dans la bohème par la poésie, la peinture, l’écriture. L’aventure, quoi. Certains parlent d’un suicide intime. Décembre 1991, Cantona n’a plus de club et ne veut plus entendre parler du football. Mais Éric est marié et a une famille à nourrir. Il sait aussi qu’il n’a jamais été aussi beau que sur une pelouse. C’est là où son expression artistique est maximale, pas ailleurs. Ce qui donne ceci : « Je n’avais pas envie d’aller ailleurs. (…) J’aime cette vie, le rock, et j’avais envie de passer par ici, d’apprendre la langue, de permettre à mon fils de l’apprendre. (…) Et les stades pleins qui vibrent. Moi, j’ai besoin de vibrer. Autant j’adore le métier d’acteur de cinéma, autant je n’arrive pas, sur un terrain, à être un acteur. » Gérard Houllier entre alors dans la danse, avec l’agent Dennis Roach et Trevor Francis en relais. L’ancien attaquant de Nottingham Forest est alors coach de Sheffield Wednesday et aime Cantona pour tout ce qu’il représente, au contraire d’un Royaume effrayé par la réputation du buteur français. En janvier 92, Éric Cantona débarque alors en Angleterre, à Sheffield, et fait un essai lors d’un tournoi indoor en six contre six où il impressionne devant 10 000 supporters massés pour venir voir jouer l’enfant terrible. Cantona doit alors signer le 30 janvier, on s’attend presque à le voir jouer contre Luton le week-end suivant. Mais Francis traîne, beaucoup, trop. Le Français se lasse - « La dernière fois que j’ai fait un essai, j’avais 15 ans. Je ne suis pas une grande star, mais j’ai ma fierté. » -, et Howard Wilkinson grille la politesse à Trevor Francis. Autour d’une discussion dans une cabine téléphonique parisienne, à Montparnasse, entre Michel Platini, Gérard Houllier et Wilkinson. Top départ. MB

15. Son triomphe à Leeds

1er février - 26 novembre 1992 / 25-26 ans


La presse anglaise n'est pas insensible à l'arrivée du bad boy français, qu'elle surnomme « Mad Eric » ou « The Brat » , le morveux. À Elland Road, il met un mois à prendre la température, avec un but salvateur contre Luton le 29 février, puis tout s'enchaîne sous les ordres d'Howard Wilkinson. Quelques pions, dont une réalisation d'anthologie contre Chelsea en avril, beaucoup de passes décisives pour Lee Chapman, Cantona participe pleinement à la conquête du titre par Leeds - une première en près de 20 ans pour le club -, si bien que son entraîneur affirme que le succès n'aurait pas été possible sans l'arrivée du Français. Après un Euro raté avec la France, Cantona revient en force et claque un triplé lors du Charity Shield contre Liverpool (4-3). Mais sa forme personnelle n'empêche pas ses relations avec la direction de Leeds United de s'effilocher, et fin novembre, il signe à Manchester United, là où sa légende va atteindre son paroxysme. Ce qui n'aurait jamais été possible sans sa renaissance à Elland Road, et n'en rend que plus douloureux le souvenir pour les supporters de Leeds. NJ

16. « I love you, I don't know why, but I love you »

Été 1992 / 26 ans


Champion avec Leeds, Éric Cantona parade avec le trophée dans les rues de la ville. Inspiré, le Français improvise au micro, dans un anglais à forte consonnance hexagonale : « I love you, I don't know why, but I love you. » Il n'en faut pas plus au peuple d'Elland Road pour s'enflammer et pondre un remix inclassable musicalement avec un clip vidéo kitsch à l'extrême. Les images du King et extraits de ses plus belles actions côtoient de jolies Anglaises qui se déhanchent et répètent en play back « I love you, I don't kow why... » comme si elles s'adressaient directement à l'attaquant français. Un amour charnel qui subit une méchante douche froide quelques mois plus tard. NJ

17. Le col relevé

26 novembre 1992 / 26 ans


La légende urbaine voudrait qu’Éric relevait son col pour cacher un tatouage de Leeds United ; la vérité, elle, ne sait pas vraiment comment tout ça a commencé. Toujours est-il que lors de la première année du King à United, le club jouait avec un maillot au col à lacets. Et un jour, sans trop savoir pourquoi (l’intéressé lui-même dira plus tard qu’il ne sait plus trop pourquoi, sans doute avait-il froid), Éric le releva. Comme ça. Sauf que depuis, ce col relevé est devenu l’attribut du King Cantona. Parce qu’il lui donne un côté rebelle et contre-culturel, mais aussi mystérieux, tel Humphrey Bogart et son trench dans Casablanca. Et finalement, un côté très français : tel René Lacoste qui mit au point un polo dont le col relevé permettrait de se prévenir du coup de soleil trop vite arrivé. SCW

18. Éric Cantona Football Challenge

Noël 1992 - 26 ans


Sans doute le plus beau cadeau à trouver sous le sapin du Noël 1992. Un jeu de foot plutôt arcade sur la plus belle console de l'époque. La MegaDrive enterrée, la Super Nintendo s'impose aussitôt dans le cœur des garçons grâce à ce titre. Rapide, efficace, et avec la tronche du King sur la cartouche, il était même possible de jouer en salle. Pour la petite histoire, le vrai nom du jeu était Striker ; la version sortie en Amérique du Nord était, elle, connue sous le nom de  World Soccer 94 : Road to Glory . Bien vu… AG

19. La cagnotte de Manchester

1993 - 27 ans


Quand le capitaine des Red Devils, Steve Bruce, débarque un matin dans le vestiaire mancunien avec des chèques de 800 livres à distribuer à chacun des joueurs - rémunération du club, pour avoir tourné quelques vidéos -, le groupe décide de former une cagnotte. Un pot de 16 000 livres remporté par Cantona à l’issue d’un tirage au sort. Mais le King n’en empochera que le tiers, à la grande surprise de ses partenaires. C’est Roy Keane qui raconte dans son autobiographie : « Le lendemain, Éric est arrivé avec deux chèques à l’ordre de Nicky Butt et Paul Scholes. C’était pour récompenser leur audace (eux, les deux seuls jeunes du groupe qui avaient osé risquer leurs 800 livres en dépit de leur modeste contrat, alors que d’autres comme Beckham n’avaient pas eu les couilles de mettre leur chèque en jeu, ndlr). » FL

20. Son Guignol de l’info

1993 / 27 ans


Au début des années 90, rares sont les personnalités du foot à avoir leur avatar aux Guignols de l'info, alors programme phare du divertissement sur Canal +. Éric Cantona fait partie des « élus » , et à l'opposé d'un Jean-Pierre Papin incarnant le cliché du footeux ignare, le « King » est dépeint en homme sensible, intellectuel et surtout libre. Surnommé « Picasso » par JPP, il délivre à intervalles réguliers des maximes plus ou moins pertinentes. « Corruption, ce mot, il salit l'esprit, mais il salit aussi la bouche de celui qui le dit. » Quand il ne s'autorise pas à planter PPDA en plein milieu d'émission en le gratifiant d'un « enculé » ou « je t'emmerde » . Canto, ou l'une des rares personnalités dont la légende a été renforcée par sa caricature. NJ

21. La folie de Galatasaray

3 novembre 1993 / 27 ans


«  Tout le monde ne désirait qu’une chose, déguerpir au plus vite, tout le monde sauf Éric. Il était déterminé à ressortir pour choper un flic qui l’aurait frappé avec sa matraque. Il insistait, disait qu’il voulait "tuer ce connard", on a dû se mettre à plusieurs pour le retenir.  » Voilà ce qu'a pu dire Roy Keane à propos de l'après-match Galatasaray-Manchester United 93. Dans un contexte hyper tendu, les Anglais sont plus qu'attendus par les Turcs. Forcément, la rencontre part en vrille, avec un Cantona qui n'arrive pas à trouver la solution et lâche sa rage contre l'arbitre, qui l'expulse. S'ensuit une embrouille avec un policier censé « raccompagner » le joueur dans le tunnel. «  C’était l’enfer. Jamais je n’y reviendrai  » , confiera Ferguson une fois rentré à Manchester. Preuve que Canto était quand même sacrément taré. FC

22. Le consultant

Été 1994 / 28 ans


L’Amérique, Canto voulait l’avoir et il l’aura. Et ce n’est pas une frappe bulgare sous la barre qui l’empêchera de traverser l’Atlantique. À défaut de la disputer, l’attaquant va commenter cette Coupe du monde aux côtés de son pote Didier Roustan. Oui, il souffle un petit vent de folie sur France Télévision. Avant les matchs, le duo improvise des mises en scène un rien perchées où Cantona tient son rôle préféré du type distant qui s’exprime par aphorismes. Le consultant a le mot rare mais précis avec ce côté poétique encore supportable. Juste avant la finale entre le Brésil et l’Italie à Los Angeles, Roustan l’interroge. « Qu’est-ce que c’est que ce match ? Une finale rock’n’roll ? » Derrière ses lunettes noires, Cantona entretient un long silence et répond : « Une finale de football. » Parler juste. AP

23. Éric le King

1994 / 28 ans


L’exil en Grande-Bretagne de Cantona aura constitué un tournant dans sa carrière. Une évolution sportive et une compréhension du personnage plus tard, la reconnaissance de sa terre d’accueil prend le relais. Face caméra, la star de Manchester United devient l’emblème de la marque Nike grâce, entre autres, à un poster créé en 1994, visible dans tout le royaume et illustré par une phrase restée mythique. « ’66 was a great year for English football. Éric was born. » Son assurance sans limite le fait passer devant la seule Coupe du monde glanée par les Three Lions, puisque l'année de naissance de Canto coïncide avec la couronne mondiale de la perfide Albion. Exagéré ? Pas vraiment, si l’on en croit les anciens joueurs de la Premier League en 1993-1994, où The King s’était fait désigner par ses pairs meilleur joueur du championnat. En fait, le style hautain à la Zlatan, c’est juste du réchauffé. AD

24. Son duo avec JPP

16 août 1989 - 10 janvier 1995 / 23 ans - 28 ans


Leur association est née le 16 août 1989 à Malmö, en match amical face à la Suède. Les Bleus de Michel Platini s'imposent 4-2 sur deux doublés de leurs attaquants. Le sélectionneur admettra ne pas avoir besoin de bien jouer avec une telle doublette : le buteur sans pitié, JPP, associé à l'artiste imprévisible, Canto. En un peu plus de cinq ans communs en Bleus, ils ne vont néanmoins rien connaître de mieux qu'un grand chelem - 8 matchs, 8 victoires - en éliminatoires de l'Euro 92. Lors de la phase finale, Papin claque les deux seuls buts français, mais Cantona traverse le tournoi sans briller. Lors des qualifications du Mondial 1994, on ne peut rien leur reprocher, si ce n'est un tir trop croisé de Papin face à Israël, qui ainsi manque de valider le ticket des Bleus. Lors du match décisif contre la Bulgarie, c'est d'ailleurs Cantona qui ouvre le score sur une remise de Papin et croit alors envoyer les Bleux aux States. Ni l'un ni l'autre ne sera de la partie en 1996 en Angleterre, deux ans avant que la France ne soit championne du monde avec Stéphane Guivarc'h seul en pointe. Les voies du Seigneur sont impénétrables… NJ

25. Maradona-Cantona, de l’amour de la révolution

5 janvier 1995 / 28 ans


Éric Cantona ne s’est jamais incliné. Il lui est arrivé, à deux ou trois reprises, de se courber. Reste une constante : Cantona déteste les élites. C’est pour ça qu’ils sont réunis. 5 janvier 1995, à l’initiative de Didier Roustan, Diego Maradona et Éric profitent de la remise du Ballon d’or à George Weah pour s’éclipser dans un salon privé de l’hôtel InterContinental de Paris. Avec un objectif commun : « Il est important de se battre pour que le football revienne aux footballeurs et pour ne pas que le business bouffe ce qui a été notre rêve. » Maradona a fait le voyage pour proposer à Cantona de lancer un syndicat international des joueurs. Les deux hommes s’apprécient, le Français respecte l’Argentin « comme son père » . Avec le recul, la mise en scène laisse à désirer, mais le symbole est fort avec ce qu’il faut de tacles glissés à la FIFA et à un Blatter qui « ne joue qu’au water-polo » . Briseurs de règles. MB

26. Le Kung-Fu Panda

25 janvier 1995 / 28 ans


Qu'on se le dise, ce coup de pied est tout de même sacrément raté. Techniquement parlant très moche, prévisible à des kilomètres - le supporter a d'ailleurs le temps de reculer -, puis Cantona retombe sur la balustrade, et se débat comme un saumon pour réussir à se remettre debout. Puis il est revenu au combat, cette fois pour mettre quelques châtaignes. La raison du drame ? Un sombre supporter de Crystal Palace tendance facho ayant eu des mots un peu trop fleuris à l'encontre du numéro 7 de Manchester, « l'enculé de bâtard de Français » . Et au fin fond de nous-mêmes, une petite voix ne peut s'empêcher de nous chuchoter : « Bien joué Canto. » AD

27. Les mouettes et le chalutier

31 mars 1995 / 28 ans


« Éric va vous ajouter un petit mot, simplement pour votre sagacité et votre esprit. » L'introduction elle-même sentait fort l'ironie. Assis à côté de son avocat, Éric Cantona prend alors la parole devant des dizaines de journalistes prêts à le bombarder de questions après son passage au tribunal pour le coup de pied de Crystal Palace. La suite appartient à la légende : « When the seagulls follow the trawler, it's because they think sardines will be thrown into the sea. Thank you, very much. » Et c'est tout. Le chalutier Canto se lève et quitte la salle, laissant les mouettes sans leurs sardines. AD

28. Le retour du Roi

1 octobre 1995 / 29 ans


« Il a payé. Maintenant, c’est aux autres de payer. » C’est avec ce slogan en forme de bande-annonce que Nike fait monter la sauce sur le retour de suspension du King ce 1er octobre 1995, huit mois après ce kung-fu kick de folie. Old Trafford, parcouru de drapeaux tricolores, entonne une Marseillaise mémorable à l’entrée de son génie français. Face à Liverpool, l’ennemi éternel, Canto commence par distiller une passe dé aux petits oignons à Butt avant de prendre la responsabilité du péno de l’égalisation à 2-2 à vingt minutes de la fin. Canto Senior, présent dans les travées, aura ces mots sur son rejeton : « Dans la famille, on ne recule jamais. Comme McEnroe. Pareil. » La reconquête peut recommencer. DA

29. Et Cantona embrassa Wembley

11 mai 1996 / 29 ans


C’est le point final d’une résurrection. Une nouvelle vague sentimentale lors d’une finale de FA Cup, contre Liverpool, le 11 mai 1996. Un jour médiocre, une finale au niveau discuté. Un Andy Cole hors sujet, le dernier match pour les Reds de Ian Rush. Une prolongation qui se dessine et le temps qui s’arrête : corner de David Beckham, David James qui craque sa sortie, une collision, trois pas pour s’équilibrer, la volée, l’élégance, Cantona. Une séquence de quelques secondes à peine devant une famille en larmes dans les tribunes car, ce jour-là, Éric Cantona est définitivement redevenu le King. Le commentateur de la BBC ne se trompe pas : « La FA Cup revient à Cantona et à Manchester United. » Dans cet ordre précis, et Steve Bruce laisse Cantona grimper les 39 marches du vieux Wembley en tête. Manchester United vient de faire un doublé parfait avec la Premier League sous le bras, l’attaquant français vient de graver un petit peu plus encore la légende qui l’entoure. Mais Aimé Jacquet ne l’emmène pas au championnat d’Europe en Angleterre avec cette explication : « Je ne pense pas que Cantona puisse apporter quelque chose à l’équipe pour le moment. » MB

30. Quand Jacquet trancha

Mai 1996 / 30 ans


L'Euro 1996 se jouant en Angleterre, rien ne semble plus logique que de voir Éric Cantona mener l'attaque des Bleus. Mais Aimé Jacquet, qui avait un temps fait du King son capitaine, ne l'a plus appelé depuis qu'il s'est pris pour Jean-Claude Van Damme face à un supporter de Crystal Palace. Et non pas que le sélectionneur soit fidèle à des principes de non-violence, il croit en la force de l'esprit de groupe. Or, pendant la suspension de la star de Manchester United, l'équipe de France s'est trouvé une dynamique collective un soir de victoire en Roumanie le 11 octobre 1995. À Bucarest, Karembeu, Djorkaeff et Zidane marquent les trois buts du crucial succès français, et permettent à la France de valider sa qualif un mois plus tard contre Israël. Jacquet a tranché, il sacrifie ses stars Éric Cantona - doublé avec MU - et David Ginola - brillant avec Newcastle - pour filer les clés de la sélection à Zizou et The Snake. Probablement pour s'épargner une nouvelle non-sélection au Mondial 1998, Canto annonce sa retraite à seulement 31 ans à la fin de la saison 1996-1997. Histoire de partir au sommet. NJ

Eric 1er.

31. Cantona dégomme le Mal

1996 / 30 ans


Canto, c’est avant tout une gueule, sur le terrain comme dans la petite lucarne. Bien avant son rôle de maître de cérémonie lors des tournois en cage sur un paquebot, il y avait l’arène romaine de 1996, toujours pour l'équipementier Nike. Une éclipse solaire offre aux guerriers de la nuit, Lucifer et ses chevaliers noirs, la possession des lieux. Pour faire revenir la Lumière, une équipe d’étoiles composée de Jorge Campos, Rui Costa, Luís Figo, Patrick Kluivert, Edgar Davids, Thomas Brolin, Paolo Maldini, Ronaldo et Ian Wright vient épauler le King pour rétablir l’ordre. Un collectif ultra tourné vers l’offensive, mais peu importe. Face au public hostile, des adversaires munis de pointes en ferraille en guise de crampons et un arbitre à moitié fou, difficile de survivre. Kluivert mange un coup de pied dans le ventre, Wright un coup de boule. Dans cet excès de violence, Maldini répond par la classe : un tacle glissé, puis une longue ouverture. La combinaison entre Kluivert, Brolin et Ronaldo surpasse l’aboiement du Doberman, enchaîné par le juge de touche. Dernier rempart de l’équipe, l’ange déchu prend place dans les cages face à Cantona. Un col relevé et un « Au Revoir ! » plus tard, Cantona transperce le ventre de la créature pour laisser place au jour. 20 ans après, ce spot fait toujours son effet. AD

32. Le chef-d'œuvre de Sunderland

21 décembre 1996 / 30 ans


Les images sont gravées dans toutes les mémoires. Aujourd'hui encore, impossible de dire qui du but ou de la célébration est le plus beau. Impossible, car l'un ne va pas sans l'autre. Le combiné forme un tout à l'esthétisme incroyable, dont l'auteur ne pouvait être personne d'autre que Cantona. C'est d'ailleurs ce pion qui a forgé sa légende. Un goal qui, d'un point de vue sportif, n'a pas réellement de valeur puisqu'il contribue à une large victoire 5-0 en Fa Cup contre Sunderland en 1996, mais qui incarne parfaitement le talent et l'extravagance du Français. Sûrement la plus belle action footballistique de sa carrière. De celle qu'on apprécie en silence. FC

33. « Le ballon, c'est comme une femme, il aime les caresses »

21 décembre 1996 / 30 ans


De toutes les citations cultes - aussi appelées « cantonades » - du joueur, c’est sans doute la plus gracieuse. Où comment mettre des mots sur les plus beaux buts de l’intéressé, à commencer par ce lob majestueux, col relevé, face à Sunderland. Cantona a l’âme d’un poète, Christophe Galtier l’avait déjà remarqué à l’époque où les deux jeunes Marseillais partageaient les bancs de l’école. Celle-là n’est pas mal non plus : « La vie est toujours trop cruelle. Tout ce que nous pouvons faire, c'est essayer de passer le ballon et laisser le soleil briller. En espérant qu'il brille pour tout le monde. » FL

34. Le protégé d’Alex Ferguson

1992 - 1997 / 26 ans - 31 ans


Le 18 août 1997, Sir Alex Ferguson prend sa plume pour dire au revoir au rebelle devenu roi (pour reprendre les termes de Philippe Auclair, son biographe de référence). Extraits : « Le plus important pour moi, c’est de me souvenir à quel point tu as été un grand joueur pour Manchester United et combien je te remercie pour les services que tu m’as rendus. Je ne l’oublierai jamais et j’espère que toi non plus. (…) Éric, tu sais où me trouver si tu as besoin de moi et si, à présent, tu n’es plus l’un de mes joueurs, j’espère que tu sais que tu as un ami. » FL


35. Le début de la fin

11 mai 1997 / 30 ans


Un passage express sur le podium, le trophée de champion soulevé à la va-vite quasiment sans sourire : ce 11 mai 1997, malgré ce 4e sacre en 5 saisons, Cantona n’a pas vraiment le cœur aux célébrations. Peut-être parce que l’échec quelques jours plus tôt en demies de Champions face à Dortmund est encore en travers du gosier. Plus sûrement parce qu’au terme d’une saison très médiocre sur le plan individuel, le Marseillais sait que la fin est toute proche. MU s’est découvert d’autres stars, les Bleus filent sans lui vers le Mondial 1998. Non, le cœur n’y est plus. Beckham doit même le retenir par la manche pour qu'il figure sur la photo du titre. Le futur Spice Boy ne le sait pas encore : en fait, c’est de la scène football que le King s’apprête à se retirer. The end. DA

36. Mookie pas macaque

9 décembre 1998 / 32 ans


« Au Mexique, un jeune chimpanzé femelle assiste à la chute d'une météorite dont les radiations vont lui permettre de développer le sens de la parole. Capturée par des braconniers, elle s'échappe et finit dans le désert mexicain. Elle est recueillie par frère Benoît qui la nomme Mookie et l'élève personnellement dans l'orphelinat pour enfants dont il a la charge. Jusqu'au jour où il se rend compte du don de Mookie et la fait examiner par la mère supérieure qui veut immédiatement confier Mookie à des scientifiques. Pour éviter ça, frère Benoît demande alors de l'aide à Pablo, le seul ami en qui il a encore confiance dans la région et qui le dirige vers Antoine Capella, un boxeur français solitaire, qui prendra la route vers Mexico pour y accomplir quelques matchs professionnels. » Un film avec un singe, dont certains disent que ce ne serait pas le plus mauvais acteur du film. Et ils ne parlaient pas nécessairement de Jacques Villeret. Les gens sont méchants. SCW

37. « Le pape, je lui pisse au cul »

2001 / 35 ans


Sans aucun doute, voici un moment de télévision française qui restera dans les annales. En 2001, l’émission de Pathé Sport Côté tribune accueille sur son plateau Éric Cantona, retraité depuis quatre ans, mais toujours dans le monde du football via le beach soccer. Un univers parallèle à celui du rectangle vert, où Canto doit remettre des pendules à l’heure. Son souhait ? Rendre la monnaie de sa pièce au quotidien sportif L’Équipe, auteur dans son édition du 27 janvier 1995 de la Une titrée « Indéfendable » avec, en première page, l’image du high-kick sur un hooligan de Crystal Palace. Confronté à un débat avec Christian Ollivier (RTL) et Patrick Urbini (L’Équipe), Cantona remet la plume du journal dans son contexte. « Impardonnable, ce n’était pas le mot. C’était indéfendable. Qui n’est pas défendable ? Pardonnable, il y a les catholiques. Au XIIe ou XIIIe siècle, ils ont tués des gens et aux dernières guerres, le pape a pardonné. Je pense que pour une petite agression sur un petit supporter, on peut être pardonné. Certains gens prient, disent amen, pendant que le pape se balade en Rolex… Moi, le pape, je lui pisse au cul, comme je pisse au cul à certains journalistes. Beaucoup de journalistes, dont vous et vous (il désigne du doigt, ndlr) faites partie. » Sans vaseline, le message est passé. AD

38. L’Outremangeur

Juillet 2003 / 37 ans


L'Outremangeur, ça aurait dû être le rôle de sa vie, son Raging Bull. Celui que n'importe quel acteur attend patiemment toute une carrière, mais qui parfois ne tombe jamais. Sauf que pour Cantona, le film de Thierry Binisti est sans doute tombé un peu trop tôt. Si le King force sur la bouillabaisse afin d'incarner le personnage de ce flic marseillais obèse condamné à manger seul, le discours de L'Outremangeur est bien trop benoît pour étonner qui que ce soit, et le film déçoit public et critique à sa sortie en juillet 2003. Seule une personne sera subjuguée par la prestation de Cantona en commissaire Séléna : sa comparse Rachida Brakni, véritable âme sœur du King et devenue queen en 2007. MR

39. Cantona le cinéaste

2003 / 37 ans


En 2002, Éric Cantona a déjà amorcé sa lente mais sûre transformation de footballeur à acteur. Depuis 1995, l'ancien King de Man U a déjà joué pour Chatillez (Le Bonheur est dans le pré), Shekhar Kapur (Elizabeth), Jean Becker (Les Enfants du marais), mais aussi dans le WTFesque Mookie d'Hervé Palud. Mais Canto prend à contre-pied tout son petit monde et dégaine un... court-métrage, Apporte-moi ton amour. Cette histoire adaptée de Charles Bukowski raconte la paranoïa de Lawa Fauquet, internée en hôpital psychiatrique, face à Daniel Duval, son mari, qui la trompe avec Nadia Farès. Invité sur le plateau de Tout le monde en parle avec une dégaine de maître de plage, Cantona rétorque à un Ardisson qui souhaite comparer la folie aux frasques du King sur les terrains : « La folie, c'est beaucoup plus inquiétant que ça, que ces simples pétages de plomb. Ce sont des interrogations quotidiennes : tout le monde se pose les mêmes questions et on ne trouve pas vraiment de réponse. C'est être et se regarder être. » David Guetta et Charlotte de Turckheim écoutent religieusement. Parce que c'est avant tout la parole qui compte dans ce court-métrage de facture simple (deux unités de lieu, beaucoup de plans d'ensemble, de champ-contrechamp) qui rappelle que Cantona est plus un acteur qu'un réalisateur. D'ailleurs, à l'exception du documentaire Foot et immigration – pas vraiment le même exercice –, le Marseillais ne repassera jamais derrière la caméra. MR

40. Les publicités Bic

1995 / 29 ans & 2010 / 44 ans


Qui a réussi à faire fermer le clapet du jeune King ? Réponse : Cantona. Son frère Joël, d'abord, dans une pub pour les rasoirs Bic qui date de 1995 et où le cadet répond du tac au tac à son aîné. Éric lui-même ensuite, dans une deuxième publicité tournée 15 ans plus tard qui reprend des scènes de la première et qui oppose l' « ancien » Cantona au nouveau, pour insister sur l'aspect recyclage du produit. Mais Bic a réussi à mettre le joueur sous un jour encore plus dégradant, dans une autre pub où il casse son image d'homme dur et rebelle. Elle dure une dizaine de secondes. Beaucoup trop gênante pour la publier ici. FC

41. Le King de la plage

1997-2011 - 31 ans - 45 ans


En 1997, Éric Cantona raccroche les crampons, mais garde un ballon sous ses pieds nus. Avec Joël, son frangin, il est pris par la folie du beach soccer, dont il devient l'ambassadeur français. Rapidement nommé sélectionneur de l'équipe de France, il remporte la Coupe du monde de football de plage en 2005, à Rio. La seule au palmarès des Bleus. Canto occupera le poste jusqu'en 2011. Aujourd'hui, c'est Mickaël Pagis qui a pris la relève. À croire que le beach est un truc de mecs qui bombent le torse. Et c'est vrai que sur la plage, ça impressionne les filles. ME

42. Le body painting pour William Klein

Juin 2004 / 38 ans


Quand l’enfant terrible du foot français rencontre en 2004 le bad boy de la photographie - rendu célèbre notamment pour ses clichés de Mohamed Ali -, ça donne 3h de shooting pour un chef-d’œuvre. Cheveux mi-longs, regard perçant, Cantona marqué de la croix de Saint-Georges : « You play to fight the idea of losing. » Car Cantona le disait lui-même : « Je ne joue pas contre une équipe en particulier. Je joue pour me battre contre l'idée de perdre. » God save the King. FL

43. King of Pastis

16 juin 2008 / 42 ans


Lorsqu’en 2008, la marque 51 demande à Éric Cantona de dessiner sa nouvelle bouteille de pastaga, elle mise plus sur l’artiste marseillais que sur l’ancien footballeur. Pari réussi grâce à une composition haute en couleur, comme seul le King pouvait l’imaginer. Sur l’étiquette s’entremêlent des filets, des alliances avec les noms de Gypsis et Protis (les fondateurs de la ville de Marseille, ndlr), une voile et la Bonne Mère. Parce que « marquer un but, c’est comme pêcher un poisson » , que « le mariage, c’est aussi la liberté » et qu' « il y a plein de bateaux à Marseille, car il est important pour les Marseillais de savoir qu’ils peuvent partir même si, au final, ils ne bougent jamais » . Visiblement, ce jour-là, Canto avait bu sa toile avant de la peindre. PB

44. Looking for Éric

27 mai 2009 / 44 ans


Ken Loach est un grand du 7e art. Un réalisateur militant, toujours prêt à sauter sur un sujet sensible ou à mettre en lumière les classes populaires et leurs luttes. À la fin des années 2000, Éric Cantona est déjà un acteur aguerri, avec plus d'une dizaine de longs métrages derrière lui, parfois salués par la critique. Leur collaboration en 2009 donne l'inclassable Looking for Éric, une comédie dans laquelle Cantona joue son propre rôle et apparaît dans les hallucinations d'un facteur dépressif de Manchester pour l'aider à se reprendre en main. Le tout à grands renforts d'images d'archives, de scènes cultes et de répliques cantonesques. AD

45. Canto veut renverser le système

8 octobre 2010 / 44 ans


« La révolution, aujourd'hui, se fait dans les banques : tu vas à la banque de ton village et tu retires ton argent. Et s'il y a 20 millions de gens qui retirent leur argent, le système s'écroule. Pas d'armes, pas de sang, rien du tout, à la Spaggiari. » Le 8 octobre 2010, devant une caméra de Presse Océan, Éric Cantona se lance dans un manifeste révolutionnaire. L'homme veut renverser le système économique capitaliste, et cela plaît. Dans la foulée, des milliers d'internautes s'organisent et se rassemblent dans un groupe Facebook, en promettant de vider leurs comptes en banque le 7 décembre. Et Canto assure à Libération qu'il en sera. Seulement, à la date fatidique, il fait faux bond aux journalistes, qui l'attendent devant l'agence BNP à laquelle il avait demandé de mettre à sa disposition « une forte somme d'argent » . Son avocat précisera que Canto aura préféré se rendre dans une autre agence, « à l'écart de l'emballement médiatique » . Quant au mouvement, il est finalement très peu suivi, si l'on en croit le Crédit Agricole, qui déclare au Monde « n'avoir rien remarqué. C'est un non-évènement » . Aux dernières nouvelles, les employeurs de l'ex-King disposeraient de coordonnées bancaires pour le rémunérer. ME

46. Canto dans le Cosmos

Janvier 2011-Novembre 2012 / 45-46 ans


Pendant moins de deux ans, Éric Cantona occupe le poste de directeur sportif du Cosmos de New York, la franchise mythique qui tente de se relancer depuis la cessation de son activité en 1985. Seulement, en 2011, c'est d'une équipe inscrite dans aucune ligue que Canto s'occupe. Alors, pour faire passer le temps, il tourne des spots pour le site internet de cette équipe qui n'existe pas, en annonçant « we're back » . Mais il faudra attendre février 2013 pour que l'ancienne équipe de Pelé intègre la NASL, sorte de D2 américaine. Éric Cantona, lui, est déjà parti. ME

47. Les Mouvements du bassin

26 septembre 2012


« Hervé perd son emploi dans un zoo, car il déprime les animaux. Il devient gardien de nuit et observe le manège de son chef Michel, qui favorise la prostitution de sa propre épouse. De son côté, une jeune femme, Marion, souhaite à tout prix avoir un enfant. Elle est aidée en cela par une infirmière qui braque pour elle une banque du sperme. Hervé et Marion finissent par se croiser. » Michel est joué par Éric Cantona ; Marion par Rachida Brakni. Mais, contrairement à la plupart des autres films de HPG, Les mouvements du bassin n’est pas un film à caractère pornographique. Comme quoi. SCW

48. The Salvation

2014 / 48 ans


Avec sa gueule de renfrogné et ses sourcils qui froncent naturellement, on ne peut s'imaginer Cantona autrement qu'en mec du Sud bourru ou en malfrat. Ou les deux. Le cinéaste Kristian Levring, lui, a voulu faire les choses différemment. Peut-être parce que ce Danois a la distance suffisante pour voir le King de l'extérieur, avec un regard neuf. Résultat : Canto joue les méchants seconds couteaux dans le western The Salvation, face à des pointures telles que Mads Mikkelsen, Eva Green ou Jonathan Pryce dans cette co-production britannico-danoise tournée en Afrique du Sud. Difficile de faire le poids, surtout quand le réalisateur vous sous-exploite en vous filant quatre lignes de texte et que, de toute façon, le big boss des vilains s'appelle Jeffrey Dean Morgan (non, il ne s'agit pas de Javier Bardem). MR

49. Les larmes de Zinédine

Novembre 2014 / 48 ans


Cantona est un cocktail : « On n’est pas né que, déjà, on a une histoire. Je pense que c’est important de se construire avec toutes ses origines. » Barbe fournie avec un peu de sel dans le poivre, l’ancien attaquant français sort en novembre 2014 un documentaire autour des vagues d’immigration qui ont nourri l’histoire de l’équipe de France de foot : Foot et immigration. Cette fois, pas de poncifs, que des témoignages creusés, et notamment celui de Smaïl Zidane, père de, qui raconte son arrivée en France pour « survivre » et envoyer de l’argent à la famille restée en Kabylie. Au fil de sa vie, Smaïl travaillera même pendant dix ans sur les chantiers, et notamment celui de la construction du stade de France où, un soir de juillet 98, Zidane claqua deux coups de tête historiques : « Sur mes deux buts en finale de Coupe du monde, j’ai pensé très fort à lui. Je lui ai dit : "Purée, elle est belle l’histoire quand même…" » Et Zidane lâche une larme devant Cantona. De rebelle à doudou. MB

50. Elle et Lui

Octobre 2015 / 49 ans


Sur le terrain comme dans la vie, le King n’est guère du genre à baisser son froc. Mais ça ne l’empêche pas de se dénuder complètement en couverture du magazine Elle. En octobre dernier, Cantona se dévoile aux côtés de sa femme Rachida Brakni pour illustrer leur « 13 ans de passion » . «  On dépasse nos complexes grâce au regard de l'autre. L'autre a compris qui on était, l'autre fait en sorte qu'on gagne en confiance, qu'on puisse s'exprimer. C'est ça, le bonheur.   » Cantona que l’amour. FL

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Rédaction

Florian Lefèvre, Pierre Laurent Lemur, Maxime Brigand, Alexandre Pedro, Mathias Edwards, Nicolas Jucha, Alexandre Gonzalez, Alexandre Doskov, Dave Appadoo, Antoine Donnarieix, Mathieu Rostac, Paul Bémer


Édition

Simon Capelli-Welter


Design et coordination technique

Aina Randrianarijaona


Secrétariat de rédaction

Julie Canterranne


Crédits photo

Réactions (28)

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par mastod il y a 6 moiss
18ème de votre classement les mecs... c'est limite insultant putin!
par Franz il y a 6 moiss
Jamais compris cet engouement pour ce joueur.
Il a 2-3 grosses saisons à son actif, en étant entouré comme un porc et dans une Premier League inégale.
Rien de lourd en sélection et en France, à part des frasques.
Bref, le personnage > le footballeur
par ZizouGabor il y a 6 moiss
IL n'était même pas dans le top "S'il ne devait en rester que 100" de So Foot ...
par Franz il y a 6 moiss
Et Cantona ne participe pas pleinement au titre de Leeds, encore une légende urbaine qui tient la route en 2016.
Leeds est tout en haut du classement avant son arrivée, il est plus souvent remplaçant que titulaire et ne marque que trois buts... contre des équipes de deuxième parti de tableau
par sox75 il y a 6 moiss
Très bel hommage rendu à Cantona. Merci.

Il aura eu une carrière vraiment atypique.
par souzadeoliveira il y a 6 moiss
Parce que son parcours est mythique et bien plus beau que ce qu'aurait pu imaginer le meilleur des scénaristes.
On dit souvent que la réalité dépasse la fiction et dans le cas de Cantona c'est parfaitement le cas.

Lui le damné pour ses coups de sang dévastateurs que l'on croyait définitivement cramé pour le foot se trouve une terre d'exil à la hauteur de sa folie et de sa passion.

Rien que les deux années entre son pétage de plomb à Crystal Palace et sa demi volée en finale de la cup c'est juste une des plus belles histoires que le football ait pu nous donner de vivre, et ça les stats on s'en bat foutrement les couilles.

Ses mois de purgatoire, MU qui sombre, son retour digne des plus grandes rockstars, Canto revanchard culte jamais et au sommet de son art va permettre à MU de grignoter au fil des semaines par ses buts et ses coups de génie les 12 points de retard accumulés pour ainsi finir champion et vainqueur de la cup sur un nouveau coup d'éclat.
Une légende !!!

par Prometheus il y a 6 moiss
euh Franz, si tu sais pas, regarde les ses matchs et tous ses coachs l'admirent, va voir les décla de Sir Alex par exemple...
par Cafu crème il y a 6 moiss
Un espèce de Cassano avant l'heure, un peu barré, un jeu plutôt fantasque et jamais à sa place bien longtemps. Une ou deux saisons au top, beaucoup de promesses et au final l'ombre du champion est bien plus grande que le joueur qu'il fût.

Sa légende marketee par Nike est bien plus grande que ne l a été sa carrière.

Mais ça reste un joueur marquant du foot français de par son parcours et sa personnalité.
par Prometheus il y a 6 moiss
les mecs qui ont ecrit cet article aller tous manger un cul bande d'idiots finis. excusez ma colère mais j'ai cru que j'etais né en meme temps que cantona a cause de votre article.. relisez vous quoi nom de dieu, meme les lectures longues deviennent aussi justes que des breves a clics ?
par Franz il y a 6 moiss
@Promotheus T'inquiète pas, je les connais.
Notamment ceux en Coupe d'Europe à Galatasaray, Göteborg ou contre Dortmund aller-retour ahahaha Énorme Cantona c'est vrai.
Aujourd'hui avec internet, il se ferait tailler en miette avec ces vieux matchs pourri où il se faisait manger.
Jamais clutch, à part en Angleterre.

Et les déclarations de Ferguson, aucun intérêt pour moi. Il est pas objectif, donc ça ne m'intéresse pas (sachant que je ne dis pas qu'il a pas été important dans l'éclosion de MU durant les 90's).
par @n@tole il y a 6 moiss
Cher Franz,

Après les Verts vs le Bayern, après les Bleus contre la RFA à Séville, tu cherches à démonter les mythes...

Les mythes sont irrationnels. Et tout le monde en entretient...

Celui de l'objectivité et de la réalité unique et absolue en est un particulièrement tenace. Probablement le plus commun aujourd'hui.
par pierre ménès 2.0 il y a 6 moiss
Je viens encore de le dire récemment, Cantona sans son charisme, on s'en souviendrait comme d'une petite frappe bien prétentieuse au regard du joueur qu'il fut vraiment.

Un Anelka avant l'heure.
par Franz il y a 6 moiss
Cher @n@tole,
Libre à toi de croire les mythes, sans prendre le temps de vérifier certaines choses et de les remettre à leur place.
L'aveuglement, c'est à la portée de tout le monde. L'objectivité aussi.
Et j'men carre un peu d'être "commun". Pour dire vrai, le côté underground ou décalé, ça me gave un peu. Ça permet à certains de se donner une posture, personnellement je préfère être dans la réalité.

Ça fait bien d'aimer Cantona, Gascoigne, d'évoquer l'épopée des Verts, de valider certains joueurs obscurs, etc. C'est pas pour autant que, tout ce que l'on raconte sur eux, soit vrai.
par Cafu crème il y a 6 moiss
Perso je n ai jamais accroché au mythe Cantona. D'une part on en a fait des tartines sur le côté rebelle de la forêt qui me gonflait un peu. Quand t es rebelle tu michtonnes pas pour tout et n'importe quoi.

Deuxio grosse déception en Equipe de France.

Tertio à l'époque l'Angleterre n'était pas franchement l'épicentre du football et j ai eu plus d admiration pour Papin qui est parti tenter sa chance en Italie.

Toutes proportions gardées l'épisode Gignac au Mexique me rappelle le story telling sur Canto Roi d'Angleterre.

Enfin le Che Guevara du ballon rond, l'artiste, le poète qui se voulait footballeur et qui joue dans Mookie...Je pardonne pas^^
par @n@tole il y a 6 moiss
Cher Franz,

Pardon pour "commun", ça ne se voulait pas blessant. Le débat et ton point de vue me paraissent sincèrement intéressants.

Je suis moi-même athée, et combien de fois ai-je constaté à mon grand désarroi que le sentiment religieux ne se combat pas à coup d'arguments rationnels. Je te fiche mon billet que l'immense majorité des cathos convaincus ne croient pas à la résurrection ou à la virginité de Marie, pas comme un fait historique, peut-être comme une métaphore pour les plus acharnés.

Même si je n'ai pas vu la finale de Glasgow (cf. mon témoignage sur le grand format qui y est consacré) je suis parfaitement convaincu que le Bayern a été supérieur (plus réaliste) et que les poteaux carrés n'ont pas changé le cours du match. Je sais aussi pertinemment que la défaite de Séville n'est pas une "injustice" - les Bleus l'ont bien cherchée.

Je crois qu'au cours d'un débat rationnel n'importe qui te donnera assez vite raison. Mais la vérité subjective est ailleurs, et en l'occurrence infiniment plus importante et influente que l'autre - pour le meilleur ou le pire.

Ma femme, c'est la plus belle du monde: tu vas venir prendre ses mensurations et me raconter qu'objectivement c'est faux?

Ton souhait de "remettre les pendules à l'heure" me paraît fatalement voué à l'échec. Et pour le coup assez déconnecté du réel!
par pointardinho il y a 6 moiss
certes Canto a supplanté Cantona.

L'image de l'homme, son charisme, ses frasques, son coté lunaire, ses bons mots, ses buts ne sont pas et ne seront jamais au niveau d'un platoche, d'un Pelé, d'un zizou...

Mais à l'époque, ado, entre les ouvertures de Baggio (mon idole) et les buts, la gestuelle de Canto:

Qui ne rêvait (rêve toujours pas), de marquer un but sublime, qui fera chavirer un stade, ou bien ses copains de classe.
De bomber le torse, de regarder droit dans les yeux , ses camarades, et d’être celui qui pour un temps éternel et pourtant si fugace devient le génie, l'idole de tous.

Alors entre la grâce de Baggio, son talent...je préférais mimer canto, car il nous ressemblait : Fragile, orgueilleux, batailleur,irascible.



par Franz il y a 6 moiss
@@a@tole
Tu as sans doute raison sur le côté "fatalement voué à l'échec".
On va dire que je préfère essayer plutôt qu'abandonner ;-)
par ZizouGabor il y a 6 moiss
Franz,
ne t'en fais pas, des forumeurs comme moi, Bota67, Pablo_, Penarol Mi Amor, ElXeneize, GA92, ou encore O Alegria do Povo (désolé si j'en oublie) sommes sur la même longueur d'onde que toi et ne tombons pas dans les contes, mythes et autres storytellings du foot vu par les journaux et la FIFA.
par Junk project il y a 6 moiss
Des fulgurances de génie mais un joueur trop en dilettante qui s'est perdu dans son image de "bad boy" ayant pris le dessus sur le reste. Beaucoup de titres domestiques malgré tout mais finalement aucune coupe d'Europe ni de titres avec les bleus, ou même de parcours notables dans les compétitions européennes et internationales. A l'image d'un Zlatan qui n'a jamais pu élever le niveau d'excellence pour vraiment faire la différence dans les vrais grands rendez-vous. Quant à sa posture anti-capitaliste, c'est de l'hypocrisie totale dans la mesure où il est sans doute l'un des sportifs au monde qui a le plus "prêté" son image pour des grandes marques multinationales et participant de ce fait à l'essor dans les années 90 du tout football business. Pour moi il restera une sorte de vrai talent à moitié gâché qui n'a pas su élever son niveau de jeu (je me répète) pour devenir un tout grand, bien qu'il soit devenu une légende à Manchester. Pour résumé, dans la même case gros talent desservi par un caractère ingérable qu'un Gascoigne, un Zlatan, ou un Magico Gonzalez.

par Peñarol mi Amor il y a 6 moiss
Cher @n@tole,

Sauf ton respect, et en tant que catholique pratiquant, et croyant à la résurrection et à la virginité de Marie, je te demanderais de ne pas t'écarter du débat fort intéressant que lance ici Franz.
Laissons le religieux en dehors du football, Dieu a des choses bien plus importantes à régler, tu crois pas ? :)


On a déjà échangé tout les deux je crois. Et je pense qu'en tant qu'uruguayen vivant en France depuis prés de 15 ans maintenant, je me suis fait un avis assez concret sur le sujet.

De ce que j'ai pu en conclure, je pense qu'en Europe, vous grandissez tous, dans votre rapports au football, avec un regard biaisé et aliéné de longue date des critères médiatiques marchands, idéologiques et géopolitiques qui ont pollué votre champ culturel.
Je ne peut vous en vouloir car vous la subissez depuis votre naissance et vous plaint même de devoir subir les prochaines générations qui s'éveillent au football avec des personnages qui gangrenent la sphère médiatique footballistique, en France particulièrement (Duluc, Severac, Menes, Riolo, Appaddoo, Ghemmour... Mon Dieu !)

Et les meilleurs exemples sont ceux que tu cites la: Saint-Etienne 1976, France-Allemagne 82, Cruyff, Sacchi, Di Stefano, Cantona...

Loin de moi de penser qu'en Amérique du Sud, continent que tu connait également, nous sommes exempt de nos propres tares, surtout depuis ses 20 affreuses dernières années, mais le football a au moins pu préserver davantage son caractère de jeu au sens pur, et y est pleinement perçu et traité comme culture à part entière depuis des centenaires. Et je le dis en toute objectivité, ayant vécu la moitié de ma vie dans chacun des deux continents...

@ZizouGabor, tu me fais beaucoup trop d'honneur en me plaçant dans une liste ou figurent toi, Bota ou mon pote xeneize, c'est bien trop gentils de ta part, et je t'avoue en tout cas que tes commentaires sur le foot allemand et néerlandais sont toujours un plaisir à lire ;)
par @n@tole il y a 6 moiss
Queridísimo Peñarol,

Avec le même respect que tu me portes, je serais bien curieux de savoir quel privilège peut réclamer Dieu en l'occurrence, puisque nous parlons précisément de croire ou ne pas croire, de mythes ou pas mythes etc. Je comprends que cela puisse te déplaire, mais je serais curieux de t'entendre soutenir par des arguments rationnels que oui, la résurrection du Christ et la virginité de Marie sont des FAITS historiques.

Par ailleurs, et en passant, les 20 dernières années du continent sud-américain, notamment en Argentine, au Brésil, en Équateur, en Bolivie au Venezuela et, ¿cómo no?, en Uruguay m'ont personnellement ravies, tu ne vas quand même pas me dire que tu préférais l'ordre précédent!!!

Enfin, ce que tu dis du rapport marchand au sport est sans doute vrai (bien que pas propre à l'Europe - la fugue désespérante des meilleurs joueurs latinos pour une question de pognon en témoigne), mais ce n'était pas mon propos. Je disais juste à Franz qu'on peut ne pas CROIRE aux mythes du football - c'est mon cas - sans pour autant espérer les RECTIFIER à coups d'arguments rationnels. De même que je n'espèrerai pas te convaincre par la raison que la résurrection ou la virginité de Marie sont physiquement impossibles.

Saludos
par ZizouGabor il y a 6 moiss
@Peñarol mi Amor,

amigo, je le pense sincèrement. la preuve, ton commentaire me prouve que j'ai raison. Il y a bien une distinction importante à faire entre la culture football et la culture de la consommation footballistique.
Maintenant, cette liste n'est pas non plus "Le Cercle des Vrais Fans de Foot Disparus" (je déteste l'élitisme), mais je trouve le fait que nous ayons plusieurs centres d'intérêts ou un certain sens des priorités nous permet d'avoir du recul et un certain détachement nécessaire dans la façon dont le foot est décrit par les mass médias.
par ZizouGabor il y a 6 moiss
@n@tole,

ce que fait Franz est louable et naturel, dans le sens où ces mythes de ce sport et l'argent mis en jeu sont interdépendants, puisque dans le rapport de production capitaliste dans lequel nous vivons, le but est de créer une plus-value (de la valeur), rien de mieux que le football puisque le coeur de cible sont les enfants, par qui cette valeur se fera vite, sur le plan émotionnel (devenir fan d'un club, fan d'un joueur mi-super-héros mi-superstar des médias) et inévitablement sur le plan économique (acheter tous les ans les nouveaux maillots, fanions, écharpes et chaussures, jouer dans un club, débattre et prendre position, pour les plus ambitieux s'élever socialement en devenant pro). Rien de mieux à travers ce sport simple que fidéliser sa jeune "clientèle" à vie en construisant un simulacre de culture football à travers des mythes de clubs, joueurs et entraineurs surpuissants (oubliant de dire aux passages qu'ils sont les alliés objectifs du capital), via un plan com et marketing-pub en béton, quitte à s'éloigner de la simplicité originelle (ce n'est que du foot) en s'appuyant sur la dramaturgie naturelle d'un match.

Comme je le dis souvent, l'enjeu a tué le jeu et le football est devenu une "religion". L'avenir nous dira comment ça évoluera, car justement les mythes commencent à tomber entre la mafia FIFA et ses sociétés offshore, les douilles sur le prix d'achat final des produits, falsifications de rapports, les cas de dopage, les morts de joueurs actifs qui se multiplie sur les terrains et aux entrainements, les expulsions de population (au Brésil ou à Liverpool, rarement relogés), les morts d'ouvriers travaillant plus ou moins pour la FIFA dans certains pays où les conditions de travail et de vie sont exécrables et par extension l'exploitation des enfants, puisque l'industrie foot est lié aux multinationales du textile et autres, les matchs truqués via les sites de paris à l'échelle internationale liés aux mafias locales etc. Comme quoi la rationalité reprend naturellement le dessus, avec ou sans Franz.

Désolé pour le pavé ...
par @n@tole il y a 6 moiss
@ZizouGabor

Houla, le débat prend une dimension politique et économique que je n'attendais pas - mais finalement, quel meilleur lieu pour faire cela qu'à la suite d'un hommage à Canto?

Cela dit, la critique économique et politique du football et de l'exploitation de ses mythes par le système - stratégie dont le système ou le pouvoir ont usé et abusé dans l'histoire avec le sentiment religieux - ne remet pas en cause ce que je dis.

Je dis juste qu'à mon âge vénérable, j'en viens à penser qu'on ne détruira pas ces mythes à coups d'argumentation rationnelle et d'appels aux "faits". Au contraire, je me demande si la méthode n'est pas contreproductive.

Oui l'État français s'est sans doute renforcé autour des mythes vert de Glasgow, bleu de Séville et Black Blanc Beur de St-Denis, mais non tu ne démonteras pas ces mythes - ni la nostalgie qu'ils suscitent et encore moins le sentiment collectif duquel ils se nourrissent - en rétablissant LA vérité (qui, soit dit en passant, est elle-même si souvent difficile à cerner et si rarement univalente).

Pardon à mon tour pour le pavé, mais on sait bien que sous les pavés...
par ZizouGabor il y a 6 moiss
@n@tole,

je comprends ce que tu veux dire, puisque ces mythes sont des marqueurs de temps et qu'on ne pourra pas les retirer de notre conscience, individuelle ou collective, quoi qu'il puisse se passer... Néanmoins, derrière la mythologie se cache souvent une face cachée assez dure que le temps déconstruit naturellement.

Je prends l'exemple du miracle de Berne de 1954, quand la RFA, moribonde depuis 1945 et la fin de la guerre, remporte le mondial devant les tueurs à gages hongrois, relançant derrière le renouveau politique, économique et identitaire de l'Allemagne de l'Ouest et une victoire de du bloc de l'Ouest capitaliste sur le le bloc de l'Est communiste.
Hors, on sait aujourd'hui que les joueurs allemands étaient tous archi dopés à la pervitine et au captagon, provoquant d'ailleurs la jaunisse qui toucha certains champions du monde en 1954. Une enquête menée en octobre 1954 a démontré que la majorité des joueurs avaient soufferts de troubles hépatiques après la finale. Richard Herrmann meurt en 1962 d'une cirrhose, conséquence d'une hépatite C contractée peu après la victoire à Berne. De même, le décès de Werner Liebrich peut être interprété comme corollaire d'un ictère consécutif à la finale 54.

En sachant ça, du coup ça permet inévitablement de relativiser sur le foot pro. En fait, tout ce que je dis, c'est qu'il faut laisser le temps au temps et que parfois c'est bien d'avoir une "piqûre de rappel", idéaliser le foot ne mène à rien, car la réalité du sport professionnel n'est pas très joyeux.
par Peñarol mi Amor il y a 6 moiss
Désolé de répondre aussi tard les gars, et en espérant que vous repasserez rapidement. En m'excusant également pour le probable pavé que je vais écrire.

@n@tole (c'est super chiant à écrire, tu l'a fait exprès ou quoi ?):

Tu me pose des questions bien trop intime, et je risquerais de tomber dans le prosélytisme si je te répondais, et la n'est pas mon but...

Ce que je voulais te dire, c'est que, selon moi, le football est une création humaine beaucoup trop simple pour faire appel et la remettre dans les mains de Dieu. Si tu savais comment les revendications, célébrations ou signes religieux que peuvent faire les brésiliens ou les algériens par exemple m’agacent au plus haut point. Je trouve sa d'un ridicule absolu, voire même blasphématoire...

Je ne crois pas aux mythes dans le football, pour répondre à ta question, et c'est pour cela que j'essaye toujours d'apporter des arguments rationnels au Story-teling des différents médias européen. Vais te dire un truc, lorsque je suis arrivée en France, tout le Monde voyait Canto comme un crack extraordinaire, il avait pris sa retraite depuis 4 ans, et moi je le connaissait pas. La Première League n'était pas diffusé en Uruguay. Mais à chaque fois que je demandais à mes nouveau potes en France en quoi il était extraordinaire, on me rapportait toujours la même chose: Coup de pied dans la tronche d'un supporter, conférence de presse "mythique", gros caractère, célébrations arrogante, positions anti-capitalistes (quand on a joué dans le club le plus capitaliste du Monde...hum !).

Bref, que des choses qui ne m'intéressent pas le moins du Monde dans mon rapport que j'ai au football et ma vision que j'ai de ce sport. Alors je me suis intéressé à Canto, j'ai revu une vingtaine de ses matchs, à Manchester et en Equipe de France. Le gars avait un talent certains, c'est sur, mais pas au point de provoquer toutes ses masturbations médiatiques. Un peu de bon sens voyons !

Et ce que j'ai dit par rapport au marchandage du sport n'est plus propre à l'Europe, tu as malheureusement raison, mais cela n'a rien à voir avec l'exode massif des joueurs sudams post arrêt Bosman.

M'étant éveillé footballistique-ment et ayant vécu en Uruguay jusqu'en 2002, j'ai moi-même senti un mauvais virage arriver en Amérique du sud. C'était à la fin des années 90, l'Uruguay et l'Argentine passaient tout à coup dans une idéologie néolibérale et néoconservatrice totalement expérimentale, la superficialité était devenu le maitre mot, et tout s'était mis à tourner autour des joueurs de foot, ce qui m'avait énormément attristé à l'époque, jusqu'à ce que j'arrive en France et me rend compte que cette vision individualiste du foot était ici la norme...

La crise de 2001 à fort heureusement permit au football rio-platense de ne pas totalement prendre ce virage, même si cette période a laissé de très mauvaises traces en son sein (un journal comme Olé! était une référence dans ma jeunesse, regarde ce qu'il est devenu aujourd'hui...).


@ZizouGabor,

Bien évidemment, je déteste moi aussi l'élitisme, et tes deux postes en réponse à 0@n@tole sont particulièrement brillant et rejoignent pleinement ce que j'ai dit précédemment. Le football est devenu une religion, alors qu'il n'est à la base qu'un simple jeu. C'est pourquoi je ne mélange jamais les deux personnellement et parviens encore à prendre ce fameux recul qui fait tant défaut à beaucoup aujourd'hui...

D'ailleurs, le "miracle de Berne" que tu évoque est loin d’être le seul cas "louche" que veut nous vendre la FIFA.

A ce titre, heureusement qu'il existe encore des ex-footballeurs qui savent se servir de leur cerveau et cracher un peu dans la soupe, comme Emmanuel Petit par exemple. Vous avez vu le jugement de morale immonde qu'en a fait So Foot dans son top 100 français ?

par Polo11 il y a 6 moiss
Même pas un petit passage sur la série (d'excellents) documentaires "looking for ..." ?

par lehibou il y a 1 mois
Blanc arrive à Nîmes l'année suivante.
Donc Vercruysse, Ayache, et un Canto qui a pas joué d'un an, on peut pas vraiment parler d'un casting à la expendables...