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Qu'est ce que signifie vraiment « l'aura » ?

La popularisation du mot « aura », vieux de sa racine latine et réutilisé à foison par la Gen Z, ne fait pas exception dans le milieu du foot. Ce compliment ultime, devenu quantifiable et adressé à un tas de comportements aussi différents que réellement marquants, a été propulsé dans le vocabulaire commun par les jeux vidéo et les réseaux sociaux.
« AURA ». C’est par ce mot, en majuscule, que le club chilien de Colo Colo a annoncé la signature de Vozinha, gardien cap-verdien devenu star pendant la Coupe du monde. L’ironie du sort continue pour celui qui avait 24 ans à la création d’Instagram et 30 à celle de TikTok : il est désormais représenté par un mot ultra-prisé par la Gen Z, repris par celles d’au-dessus. Quatre lettres qui cherchent à vouloir tout dire en ne disant presque rien, aux multiples facettes et interprétations. Présentes un peu partout sur les réseaux sociaux, elles se sont également immiscées au sein de la sphère footballistique, friande de nouveaux compliments à donner aux génies du ballon rond.
Aura-t-elle été l’éloge du moment ?
Lors de la présentation de Zinédine Zidane en tant que nouveau sélectionneur, L’Équipe écrivait que le double Z était « nimbé d’une aura qui semble éternelle », tandis que le quotidien espagnol AS, par le journaliste français Frédéric Hermel, évoquait son « aura de capitaine de l’équipe de France ». ESPN, pendant la Coupe du monde, surfait sur la popularité de l’aura en publiant deux vidéos de Kylian Mbappé, entrant simplement sur le terrain et suivi par ses coéquipiers, légendées : « AURA ».
Sorte d’éloge ultime fait à une personne, le mot utilisé pour décrire cette auréole qui n’appartient pas toujours au monde des terriens a toujours existé, mais son usage est récemment devenu viral. « L’aura c’est quand on gagne en prestance, dans nos manières d’agir ou de parler. Quand c’est stylé, on gagne en aura, quand on « flop », on perd de l’aura justement », explique un étudiant en Seine-Saint-Denis à l’université Sorbonne Paris Nord dans le podcast « Apprends les bails ! » sur le parlé des jeunes. « C’est la considération que les autres peuvent avoir de nous, en fonction des mots qu’on utilise ou de notre comportement : c’est une sorte de légitimité qui se construit », atteste un autre. L’aura, dans sa forme surutilisée comme Pedri en fin de saison 2020-2021, serait donc un alliage entre rhétorique bien sentie et comportement valorisé donc. Mais quelle différence faire avec le charisme ?
Étymologiquement, il y a une dimension un peu mystique à l’aura, qu’on peut retrouver dans les jeux vidéo.
La nuance du mot – identique à sa racine latine « aura », qui veut dire air en mouvement, brise, masse d’air agité – se situe dans son caractère surnaturel. « Étymologiquement, il y a une dimension un peu mystique à l’aura, qu’on peut retrouver dans les jeux vidéo, explique Julien Barret, linguiste qui a réalisé le podcast dans le 93 et qui analyse la rhétorique actuelle. Cette idée de puissance un peu paranormale, métaphysique, magique, avec une sorte de vent ou de lumière qui fait gonfler une sorte de draperie, des déités, des divinités de l’air : c’est ça qu’on retrouve. »
Quand la prestance devient quantifiable
La version new look de l’aura garde donc ses codes étymologiques tout en s’adaptant à la période actuelle, celle des jeux vidéo et des réseaux sociaux notamment. C’est pour ces raisons que cette notion se quantifie : on gagne en points d’aura ou on en perd, à la façon des points de vie dans un Street Fighter. « +1000 aura », « -1000 aura », dans un sens ou dans l’autre en fonction de si vous vous êtes ridiculisés, ou si vous avez marqué les esprits et imposé le respect, parfois sans avoir dit un mot. C’est dans ce deuxième cas que le capitaine Kylian Mbappé et le nouveau commandant de bord Zinédine Zidane sont targués de l’avoir, cette aura. Puisque l’aura se quantifie, les termes « aura farming » et « aura farmer » renvoient également à sa popularisation par le milieu des gamers, suggérant qu’on peut la cultiver, à l’instar de Farming Simulator ou de Minecraft.
La raison de la popularité de ce mot tient aussi à l’internationalisation facile, étant le même en français qu’en anglais, qu’en espagnol, qu’en allemand ou qu’en portugais. Ce qui favorise sa dimension désormais générique, voire fourre-tout : il peut être associé à l’auteur d’un « Popopopopopopopololooo… » suivi d’un « Olé ! » à Roland-Garros. En un mot, quatre lettres, on a tout dit : que la prestance qui émane de la personne concernée dure le temps d’un TikTok ou d’une vie entière. « On est dans un style télégraphique, un langage qui est un mélange d’écrit et d’oral qui pourrait être un commentaire de réseaux sociaux, observe Julien Barret. Le mot, à la manière d’une interjection ou d’une phrase avec un seul mot, se suffirait à lui-même. Il n’y aurait même plus besoin de conjuguer, de rédiger, de concevoir une phrase entière. » Aura.
Le PSG a un nouveau défenseurPar Nathan Beaufils





















































