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Les footballeurs ont-ils le droit d’aller en boîte de nuit ?

Blessé après France-Turquie, Kylian Mbappé s’est attiré les foudres des médias espagnols après sa sortie dans une boîte de nuit parisienne la semaine dernière. Quel impact peut avoir une telle soirée sur un joueur blessé et les virées nocturnes sont-elles le vrai danger pour les footballeurs aujourd’hui ?
La semaine dernière a été marquée par les révélations de Mediapart sur les propos antisémites de Jordan Bardella, les blocus de milliers de lycées en France et quand même un peu par les matchs des Bleus, avec le retour de Zinédine Zidane et de sa bande au Stade de France. Sans le capitaine Kylian Mbappé, qui n’a pas besoin d’être sur le terrain pour faire parler de lui. L’attaquant a miraculeusement réussi à trouver une place dans le flux médiatique en se rendant… en boîte de nuit. Au Boum Boum, dans le 8e arrondissement de Paris, à une cinquantaine de kilomètres du château de Clairefontaine et plus loin encore de Madrid, où il était rentré pour se remettre de sa blessure. Il n’en fallait pas plus pour voir les médias s’en emparer, dans l’Hexagone comme en Espagne, dont El Chiringuito où des chroniqueurs ont pesté à l’idée de voir la star madrilène sortir la nuit plutôt que de se reposer pour revenir en forme après la trêve. À raison ?
« Une nuit ne changera rien »
Le débat est éternel et il a concerné des tas de joueurs, même les plus glorieux. Surtout les plus glorieux. Ils étaient moins scrutés à l’époque où les réseaux sociaux n’existaient pas pour permettre d’avoir des nouvelles en temps réel, mais la question de savoir si la performance au très haut niveau et les sorties arrosées peuvent cohabiter a toujours été centrale. « Évidemment, en tant que professionnel du corps, j’aimerais voir tous mes joueurs dormir à 22 heures pour se réveiller 10 heures plus tard, mais dans le cas d’un joueur blessé, comme l’est Mbappé, une sortie nocturne n’aura strictement aucun impact sur son retour à la compétition, assure Xavier Frezza, préparateur physique de plusieurs sportifs de haut niveau, dont des footballeurs. Une nuit ne changera rien, il faudrait plutôt s’alarmer si on le voyait sortir à l’avant-veille d’un match ou bien plus régulièrement. Mbappé était en phase de convalescence, de repos physique et d’inactivité après sa blessure. Il ne pouvait pas s’entraîner, de toute manière, ne pouvait pas jouer, et n’était pas encore au stade d’entamer son processus de réathlétisation. »
D’autant plus qu’il y a sortie en boîte de nuit et… nuit entière passée en boîte de nuit. Autrement dit, classer les sorties nocturnes des footeux dans une même catégorie est un énorme non-sens, tant les conséquences peuvent être différentes selon les caractéristiques de la soirée passée. Se coucher tard en collectionnant les jus de pomme n’a pas vraiment le même impact que chez celui qui sirotera des verres de GinTo. « L’alcool, c’est le risque principal, note-t-il. Il faut bien comprendre qu’une dose de 0,5 gramme d’alcool dans le sang ne part pas tout de suite et altérera les réflexes sportifs du joueur lors des prochains jours. Pour le joueur blessé, le muscle ne pourra pas tourner à son plein régime de récupération en journée, étant donné que le corps s’occupera surtout d’éliminer l’alcool. » Reste maintenant à savoir si Mbappé est plutôt team diabolo-fraise ou vodka-Red Bull.
Les écrans, le vrai danger de la nuit ?
Une autre question, maintenant : le débat ne serait-il pas totalement déplacé ? Doit-on vraiment s’offusquer de voir un joueur blessé se changer les idées le temps d’une soirée ? D’un point de vue plus humaniste, on pourrait presque se féliciter de voir quelques joueurs oser continuer à profiter d’une vie calquée sur un calendrier footballistique au rythme démentiel. D’autant plus dans un contexte d’émergence du footballeur Gen Z, qui ne déroge pas à la règle d’une jeunesse qui se rend moins en boîte de nuit qu’avant. Xavier Frezza l’affirme : il côtoie aujourd’hui des jeunes footballeurs qui « ne sortent plus, ou du moins d’une manière beaucoup plus modérée et réfléchie que leurs prédécesseurs ». Moins d’attrait et aussi plus de prévention. « Les clubs ont mis en place de nombreuses veilles de sensibilisation au sujet des sorties nocturnes », explique Xavier Frezza.
Au point de se dire que les pépins physiques pourraient diminuer grâce à des nuits plus paisibles ? Pas trop vite ! Une vie nocturne agitée ne veut pas forcément dire alcool, soirées disco et fiesta. Loin de là. De nombreux jeunes, chez les footballeurs et dans la société en général, sont touchés par une autre addiction (qui concerne aussi les plus vieux) : celle aux écrans. « De nombreux sportifs ratent leur nuit, non pas à cause d’une soirée passée en boîte, mais d’heures passées devant leur téléphone et les réseaux sociaux, confirme Xavier Frezza. Et dans le contexte d’un joueur blessé, déjà fragilisé mentalement par son manque de jeu, une soirée passée avec les copains sera beaucoup plus réparatrice que de rester seul devant des lumières bleues. » Au téléphone, le professionnel affirme côtoyer des « joueurs de 25 ans dans une boucle anxiogène et totalement crevés par leurs nuits blanches passées devant leur écran ». Heureusement pour Kylian Mbappé, les paparazzis n’ont pas encore réussi à s’incruster dans son lit.
La nature de la blessure de Kylian Mbappé est connuePar Arsène Belgodère - Soria






















































