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Et si le pointard était un geste de génie ?

Le pointard est au football ce que la roulette est au baby-foot ou une note fausse à une partition de piano. En gros, un geste qui sonne faux et qu’on déteste voir sur un terrain de foot. Mais si ce geste souffre d’une mauvaise réputation, c'est certainement de manière injuste.
Ce dimanche 6 août, alors que Marseille galère contre le Paris FC, Emerson Palmieri tente le diable : marquer en claquant un pointard. Résultat ? Une frappe rectiligne, un poteau accroché et un rendu visuel de joueur qui ne sait pas jouer au football. Derrière ce geste aux antipodes de la finesse d’une frappe enroulée ou de la rareté d’un extérieur du pied réussi, voire de l’autorité d’un plat du pied, c’est tout un pan de la société foot qui est prêt à se révolter dès qu’un joueur a l’indélicatesse de frapper la balle du bout de ses crampons et met en jeu ses cinq doigts de pied. Mais si le pointard n’était-il pas évalué à sa juste valeur ?
Un geste spontané et de « buteur »
En plein cafouillage, impossible de s’appliquer à enrouler une frappe ou de tenter un exter’ d’artiste. Le pointard arrive souvent en seule solution pour marquer un but. Bafétimbi Gomis, panthère préférée de Saint-Étienne, Lyon et Marseille, se rappelle que le « pointard est avant tout un geste très utile pour tromper le gardien. Quand tu as un ballon qui retombe sur toi dans un corner et que tu es dans la surface, tu cherches à vite enchaîner pour tromper le gardien. Et le pointard est le geste à faire dans cette situation. » Un geste qui, d’autant plus, « demande moins de préparation que les autres types de frappe », rempile Gomis. Une aubaine donc, pour tromper les gardiens, plus habitués à visualiser les joueurs préparer leurs frappasses.
Je ne me souviens pas des plus de 300 buts que j’ai mis en carrière, mais je me rappelle les quelques pointus que j’ai marqués.
Si les supporters du dimanche n’aiment pas ce geste, eux, les buteurs, vont jusqu’à le plébisciter. Le joueur aux 358 buts en carrière l’assure : « J’étais particulièrement fier des quelques buts que j’avais marqués du bout du pied. Ça n’est vraiment pas un geste facile, car tu ne l’utilises que quand tu es en galère, dans la surface de réparation. Pour être honnête, je l’ai souvent travaillé à l’entraînement et les formateurs au poste d’attaquant que j’ai eus, issus d’une génération de renards de surface, Gérard Baticle et Sonny Anderson, m’ont souvent préparé à la pratique du geste. Je ne me souviens pas des plus de 300 buts que j’ai mis en carrière, mais je me rappelle les quelques pointus que j’ai marqués, comme l’un lors d’un triplé contre Marseille », rempile Gomis. D’autant plus que faire la fine bouche est contre-nature pour un buteur. Son rôle est de marquer : pourquoi s’entêterait-il à ne vouloir marquer que du genou ou du plat du pied ? « On doit faire gagner l’équipe. Tant que l’on marque, on est content », martèle La Panthère.
Chez le cousin du futsal, autre récit, même conclusion
Dans la galaxie du football, le foot à onze n’est pas la seule discipline. Parmi la grande panoplie des sports de pied-ballon, le futsal trône en institution des râteaux, des dribbles et de la qualité technique, mais aussi… du pointard. Un geste dans la norme de ce foot de gymnase, et que l’on observe tous les week-ends dans les salles « Léo Lagrange » de France. Kevin Ramirez, Zizou du futsal français, fait l’éloge d’un type de frappe « qui fait avant tout mal au gros orteil », s’amuse-t-il. Les joueurs qui l’utilisaient le plus, et souvent le mieux, se rappelle Ramirez, « étaient Ricardinho et Falcao, les deux plus grands joueurs de l’histoire de la discipline ».
C’est vraiment un geste compliqué car, comme souvent dans le futsal, tu dois tout déclencher en deux secondes.
Outre cette sanctuarisation d’un geste supposément moche, Ramirez partage le constat de Bafétimbi Gomis : le pointard lui est fondamentalement utile. « C’est vraiment un geste compliqué car, comme souvent dans le futsal, reprend le joueur, tu dois tout déclencher en deux secondes. Tu es à dix mètres des cages, et tu dois composer avec des espaces très limités. Essaie de frapper en enveloppant ta balle, tu n’as pas de grandes chances de réussir. Donc si tu vas voir un match de futsal, tu tomberas forcément sur ce geste. »
Finalement, ces explications témoignent bien de toute la spécificité du pointard : bien qu’il ne soit pas le geste le plus difficile à réaliser, son exécution demande une très grande qualité d’exécution et, donc, de coordination physique. Prérequis du bon footballeur, n’est-ce pas ?
En peinture, on parle « d’art brut »
On en revient donc à une contradiction esthétique : le pointard a beau être un geste de bon joueur de foot, le voir plus beau qu’il ne l’est serait fondamentalement hypocrite. Vraiment ? Louis Verret, peintre dont la passion du foot l’amène à représenter sur ses toiles des joueurs de foot, se risque à qualifier le geste de « poétique » et pense que le supporter de foot ne trouve pas le geste moche mais trop proche « de ce que tout le monde peut faire ». Donc moins ancré « dans la logique artistique d’une enroulée ou d’un autre geste technique ».
« Le pointard s’associe au mouvement de l’art brut, décrypte le peintre. Un art qui est à la base de la création artistique, un art sauvage et que tout le monde peut faire selon son inspiration et son bon vouloir. L’art brutal est fait par un boucher, un poissonnier, un postier qui finit sa journée de travail, se retrouve à sa table pour faire son art. Au stylo BIC, au crayon, peu importe. » Et c’est finalement là que l’on retrouve toute la subtilité du pointard : un geste inné, inspiré et spontané, à l’image de ce courant d’art, mais qui reste ancré dans une réalité atteignable. Tout le monde peut se saisir d’une balle et la taper avec ses doigts de pied. Reste maintenant l’issue : le rendu sera-t-il beau ? Le but, à l’image d’une œuvre au stylo-plume réussie, rendra ce geste iconique, tandis que toute autre issue nous laissera penser que le joueur est une chèvre. Ou que le peintre est mauvais.
Une supportrice dénonce une agression sexuelle au VélodromePar Arsène Belgodère-Soria
Tous propos recueillis par ABS.





















































