- International
- Allemagne
Allemagne : le patriotisme sans filtre de Klopp

Avec la Nationalmannschaft, Jürgen Klopp entend se réapproprier la fierté nationale aux dépens de l’extrême droite. Un signal clair qu’il a lancé en amont de la campagne de la Ligue des nations et ce, alors que l’AfD multiplie les scores fleuves dans les scrutins régionaux. Un vent nouveau souffle sur l’Allemagne, où seul le football semble capable de retransformer le patriotisme en un concept positif et inclusif.
Comme Hansi Flick après Joachim Löw et comme Julian Nagelsmann après Hansi Flick, Jürgen Klopp a une mission : jeter les bases d’une nouvelle Nationalmannschaft qui devra faire oublier les échecs répétés de la mouture précédente. Au moment d’annoncer sa liste pour le début de la campagne de Ligue des nations, lors de laquelle l’Allemagne affrontera les Pays-Bas, la Grèce (deux fois) et la Serbie, le nouveau Bundestrainer a provoqué un électrochoc en annonçant non pas un, mais deux groupes, soit un total de 44 joueurs, dont 16 débutants aux profils complètement hétérogènes, à l’image de Felix Keidel qui évolue avec le promu Elversberg, ou Mika Baur (Celtic) qui n’a jamais joué en Bundesliga.
Tout part d’une casquette
Voilà pour le sportif, mais ce qui est avant tout ressorti de cette conférence de presse longue de plus d’une heure, c’est cette réponse en lien en apparence anodine sur la casquette arborée par Klopp au pupitre : noire, affichant l’ancien logo de la marque Adidas aux couleurs du drapeau allemand et assortie du slogan : « 1 sur 83 millions. » Une référence à la théorie des 60 millions de sélectionneurs bien connue en France et adaptée à la population d’outre-Rhin.
J’aimerais qu’on se réapproprie le drapeau national et que quand il flotte au vent, on ne se dise pas que c’est quelque chose de négatif.
Habitué à tourner dans des spots publicitaires à gogo, Klopp avait prévu son coup marketing et distribué un exemplaire de son accessoire préféré à tous les journalistes présents, avant de préciser que l’objet n’était pas destiné à la vente grand public. Puis, sur un ton plus sérieux, il a rebondi sur le lien entre le medium et le message. Un lien forcément politique et l’intéressé ne s’est pas caché derrière son petit doit pour l’évoquer : « J’aimerais qu’on se réapproprie le drapeau national et que quand il flotte au vent, on ne se dise pas que c’est quelque chose de négatif. Au contraire : je voudrais que ça donne le sentiment d’être heureux, d’être né d’avoir grandi ou de s’être installé et de vivre dans un pays merveilleux. »
Faire avec ce qu’on est et ce qu’on a
Quelques jours plus tôt, le parti d’extrême droite Alternative für Deutschland (AfD) remportait de façon historique un scrutin régional dans le Land de Saxe-Anhalt. En recueillant 44% des suffrages exprimés, l’extrême droite n’a jamais été aussi proche d’accéder au pouvoir depuis le temps des nazis. Une semaine plus tard, les élections qui se sont tenues dans le Land du Mecklembourg-Poméranie-occidentale et à Berlin ont confirmé cette tendance, mais sans que l’AfD n’obtienne de scores aussi conséquents.
Dans un pays où, hormis pendant la parenthèse du « conte de fées d’été » du Mondial 2006, s’afficher ouvertement avec les couleurs schwarz-rot-gold (noir-rouge-or) a souvent été associé au brun de l’extrême droite, Jürgen Klopp a posé un geste fort : se réapproprier un symbole national pour en faire un marqueur d’unité, de diversité et de rassemblement, plutôt que de division et de repli sur soi. Tout ça, à l’image de sa Nationalmannschaft, dont les représentants n’ont jamais autant été d’origines aussi diverses : « Pour faire cette liste, je n’ai pas regardé ce que nous n’avons pas, mais ce que nous avons », philosophe Klopp, sans prétendre « que c’est comme ça qu’on résoudra tous les problèmes de l’Allemagne », mais en suggérant que « de temps en temps, jeter un œil à ce qui est positif plutôt que le contraire, c’est une manière de voir qui est tout à fait valable pour beaucoup de gens ».
Remettre le patriotisme au milieu du village
Il est vrai qu’en son temps, Julian Nagelsmann avait, à plusieurs reprises, évoqué son ambition de resserrer les liens entre la population allemande et son équipe nationale, mais jamais en « posant » les termes aussi clairement que son successeur : « Je ne veux pas laisser la fierté nationale aux mauvaises personnes », a-t-il ainsi tranché, avant d’ajouter ne pas savoir « si on peut encore employer cette expression. Certains préfèrent parler de ‘patriotisme positif’ ? Allez-y, volontiers ! »
En Allemagne, son message a été (presque) unanimement salué, tout au plus lui a-t-on reproché de ne pas citer nommément l’AfD. L’intéressé ne se formalisera sûrement pas outre mesure des critiques extrasportives. Comme il l’a d’ailleurs rappelé : « J’espère qu’à l’avenir, les conférences de presse ne tourneront pas trop autour de la politique car je ne suis pas un expert en la matière, je m’y intéresse juste comme la plupart des gens. » La plupart des gens s’intéressent aussi au football et Klopp sait bien que c’est précisément dans ce domaine qu’on lui demandera de répondre présent.
Un des patrons du foot allemand charge Gianni InfantinoPar Julien Duez
















































