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Le Stade rennais et l'éternelle quête de la saison hors normes

Par Clément Gavard, à Rennes
6' 6 minutes
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Le Stade rennais et l'éternelle quête de la saison hors normes

Face au PSG ce dimanche soir au Roazhon Park, le Stade rennais lance sa 70e saison dans l'élite, la 33e d'affilée, confirmant un peu plus son statut d'habitué de la cour des grands. Après 125 ans d'histoire, le club breton est pourtant toujours dans l'attente d'une saison hors-normes en Ligue 1.

Pour la 70e fois de son histoire, le Stade rennais va débuter ce dimanche, chez lui au Roazhon Park après une affaire de pelouse, une saison au sein de la première division française. Cette phrase ressemble à une anecdote sans grand intérêt, un délire d’archiviste collectionnant les vieux journaux, mais cela raconte quelque chose du club breton et de sa place dans le championnat de France. Seul l’OM compte plus de temps passé dans l’élite (77 saisons) et Rennes rejoint donc cette année un autre monument, l’AS Saint-Etienne, tout en haut de la liste des habitués de celle qu’on appelait à l’époque la D1.

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Le SRFC va même lancer sa 33e saison d’affilée à ce niveau, pour être plus contemporain, une série en cours le plaçant derrière le PSG et l’OL parmi ceux qui ont leur rond de serviette dans la cour des grands de l’Hexagone. Un grand le Stade rennais, vraiment ? La question ne s’est en vérité jamais posée, tant le club rouge et noir s’est imposé comme la référence en France de l’outsider finissant toujours par décevoir.

En 125 ans d’existence et 69 saisons passées en Ligue 1, les Bretons n’ont jamais été sacrés champions. Au classement des historiques du championnat, il faut descendre jusqu’à Metz, 12e avec 65 saisons, pour trouver un club n’ayant jamais coiffé la couronne (foutue année 1998, diront les Grenats). Pire encore, Rennes n’a jamais réussi à décrocher un podium sur une saison complète. Une anomalie devant devenir une obsession pour que le club breton ne soit plus un simple abonné fidèle à l’élite.

2019-2021, une période extraordinaire à sa manière

Sans remonter à l’époque du SC Fives, de Sète ou du CO Roubaix-Tourcoing, en haut de l’affiche dans les années 30, le SRFC n’a pas réussi à casser cette image au 21e siècle, la période la plus florissante de son histoire. Monaco, le PSG, Lyon, Nantes, Lille, Lens, Auxerre, Bordeaux, Toulouse, Montpellier, Brest ou Nice, tous sont parvenus au moins une fois à se hisser dans le top 3 sur 34 ou 38 journées depuis le bug de l’An 2000. Dans les faits, Rennes a également connu un podium, en 2019-2020, lors d’une saison à 28 matchs à cause de la pandémie. L’équipe alors entraînée par Julien Stéphan avait attendu le 11 août et un but tardif de Lucas Ocampos contre Wolverhampton en quarts de finale de C3 pour que sa présence en phase de poules de Ligue des champions soit actée. Plus tard, dans des stades tristement vides, les Rennais boucleront cette première aventure par un nul (contre Krasnodar) et cinq défaites.

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Il ne faut pas voir tout en noir, il y a bien plus malheureux que les supporters rennais sur la dernière décennie. Le club breton a vécu des saisons extraordinaires à leurs manière et il retrouve la Coupe d’Europe cette saison après deux années ratées (sept fois européen en dix ans, quand même). Dans les mémoires, il y a 2019 pour les joies provoquées par les joutes européennes à Séville ou contre Arsenal et surtout la Coupe de France remportée contre le PSG, un trophée que le peuple rennais n’attendait plus après trop de désillusions au Stade de France. Il y a aussi la cuvée 2021-2022, avec une quatrième place frustrante et un record de points (66, battu l’année d’après avec 68) au bout d’une saison spectaculaire dans le jeu sous Bruno Genesio (101 buts marqués toutes compétitions confondues). Ce n’est pas rien, mais sur cette période dorée à l’échelle rennaise, un podium n’aurait pas été de trop quand on voit que Lens a été deux fois dauphin (2023 et 2026) et que Brest a vécu une saison hors normes après laquelle courent encore les Rennais en championnat.

Des graines à planter et le travail d’un club tout entier

Il n’est pas question de se réveiller un matin et de crier sur les toits que le Stade rennais s’est soudainement dit qu’il allait pouvoir se mêler à la course au titre — ce serait une folie à l’ère d’un PSG richissime et double champion d’Europe — ou se poser sur le podium. Cela ne marche pas comme ça dans le foot. Dans l’auditorium flambant neuf de la Piverdière, dont l’inauguration du centre d’entraînement rénové est prévue le 2 octobre, Franck Haise a donné des pistes. « La première chose, c’est le fait que tout un club ait envie d’aller dans la même direction et de le faire de façon durable, a répondu l’entraîneur d’un RCL 2e de L1 à un point de Paris en 2023 et qui a retrouvé un club plus aligné qu’avant son arrivée. Il y a aussi cette mentalité d’être compétiteur jusqu’au bout des ongles tout le temps. Pour pouvoir être 1er ou 2e, il ne faut pas être régulier, il faut être d’une extrême régularité. Pour reprendre l’exemple de Lens, qui n’était pas forcément attendu, je trouve qu’ils ont eu une mentalité exceptionnelle. Quand on a ça, on optimise tout le reste et c’est un vrai challenge. »

Pour pouvoir être 1er ou 2e, il ne faut pas être régulier, il faut être d’une extrême régularité.

Franck Haise

Pendant l’été, le technicien rennais ironisait sur les ambitions du club (« Il faut qu’on soit champions ! »), tout en répétant qu’il ne fallait pas se fixer de limites. « Pourquoi pas viser le top 1, continuait-il ce vendredi. Faire mieux que 6, c’est 5, 4, 3, 2, 1… Mon seul objectif, c’est que l’équipe progresse dans le jeu, que le niveau ne baisse pas quand je change cinq joueurs, que l’ambiance de travail dans le club et sur le terrain soit bonne. Et surtout, quand on va perdre un match, que ce ne soit pas la fin du monde. Ce que je veux, c’est me battre. » Dans la foulée, Valentin Rongier a parlé de « planètes qui doivent s’aligner pour faire quelque chose de grand » et de son envie de « gagner un titre, je n’ai jamais eu cette chance dans ma carrière et je serai ravi d’en gagner un ici ». Ce sont des petites graines à planter, des mots, et ils n’ont rien de présomptueux : ce club a manqué, parfois, de se dire qu’il pouvait être à sa place plus haut au classement, sans que ce ne soit un gros mot. L’époque de la blague « qu’est-ce qui est rouge et noir et qui descend » est révolue depuis longtemps et ce n’est pas oublier d’où l’on vient que de rêver d’aller tout là-haut.

En mai dernier, dans les couloirs du Vélodrome, les Rennais à s’être présentés en zone mixte après la défaite contre l’OM (3-1) n’avaient pas trop laissé l’impression dans leurs discours qu’ils étaient passés à côté de quelque chose d’historique : en s’imposant à Marseille, le SRFC aurait pourtant terminé à la 3e place après les faux-pas de Lille et de Lyon. Les fameux « si » marchent aussi pour les autres, c’est vrai, mais le club breton a tout ou presque pour vivre ce moment. Un actionnariat local et très solide (la famille Pinault, présente depuis 1998), des moyens importants même s’ils s’accompagnent du besoin de vendre chaque année, un centre de formation internationalement réputé, un stade plein, un centre d’entraînement à la pointe et quelques limites structurelles, bien sûr, pour ne pas écrire que tout est parfait. « Je crois que Rennes mérite une plus grande exposition nationale et médiatique », disait cette semaine Nicolas de Tavernost, nouveau président du conseil d’administration, dans Ouest-France.  Une place à gagner sur le terrain et dans les mémoires, avec en fond une certaine exigence : le meilleur du Stade rennais doit être à venir.

Ligue 1 : plus on a de flous, plus on rit

Par Clément Gavard, à Rennes

Tous propos recueillis par CG, sauf mentions

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