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Michael Olise : une de ratée, 67 millions d'enchantés

À deux doigts d'inscrire un but d'anthologie face à la Suède, Michael Olise a construit des souvenirs à vie pour les fans qui étaient au stade ou devant leur téléviseur. Au cours un instant suspendu, il a laissé au spectateur le choix de considérer son geste comme raté ou réussi. Une pièce tombée sur la tranche, dont la rareté se suffit à elle-même.
Lorsqu’on joue à pile ou face, il y a généralement deux options : la pièce retombe sur pile ou la pièce retombe sur face. C’est soit noir, soit blanc. Dans 99,99% des cas. Mais il reste en fait une option, celle qui n’arrive jamais normalement : la pièce retombe sur la tranche. Ce genre d’exception que l’on retient pour l’éternité, qu’on raconte à ses potes à chaque pièce relancée en l’air, à chaque pari réglé à pile ou face. On le retient plus que les parties gagnées, plus que les défaites, même celles qui coûtent cher. On s’en rappelle parce qu’elles sont exceptionnelles et restent finalement un instant suspendu.
Côté tranche
Michael Olise est de cette trempe. C’est une pièce, une belle pièce. Un écu de forte valeur, un joli sesterce, un Louis d’or. Parfois, souvent, il tombe du bon côté, disons pile. Ça, c’est quand il donne deux passes décisives parfaites à Kylian Mbappé et Bradley Barcola. Parfois, rarement, il tombe sur face. Ça c’est quand il manque le cadre ou perd un ballon dangereux. Ces piles et ces faces devraient eux aussi atteindre les 100%. Désormais, ils tombent lui aussi en deçà du parfait équilibre. Face à la Suède, Michael Olise est tombé sur la tranche.
Il y a d’abord ce ballon contré, qui monte haut, très haut, telle une pièce jetée en l’air par un pouce très puissant. Puis il y a la redescente, au cours de laquelle la pièce percute un coin de table. C’est le pied gauche de Michael Olise. À l’entrée de la surface, la nouvelle coqueluche du foot tente un improbable ciseau qui, là encore, n’a semble-t-il que deux options : la tribune ou le fond du but.
Sauf que voilà, en se fracassant sur le poteau de Jacob Widell Zetterstrom, la pièce est tombée sur la tranche. Elle est tombée dans un océan de regrets autant qu’elle s’est conférée un bout d’éternité. Pourquoi se souvenir de ce poteau plutôt que de celui de Kylian Mbappé quelques instants plus tôt ? Comment oublier un tel geste en phase finale de Coupe du monde. Entre frustration et… fierté ?
Le poteau et la pierre
Il y a Rabiot, qui se fige, penché sur le côté, pour ne manquer aucune miette de cet instant suspendu, ceux qui suivent l’action comme Dembélé, qui manque ensuite le cadre, ou ceux comme Kylian Mbappé et Bradley Barcola, qui ne se prennent la tête dans les bras qu’une fois le ballon sorti. Et puis il y a Olise lui-même, resté au sol après son geste, qui se tient la tête à deux mains, les fesses par terre. Car il y a de ça aussi. Comment aurait-il réagi ? Lui le stoïque, l’impassible, celui qui ne célèbre presque pas ses buts. Aurait-il résisté à la tentation de faire quatre tours de terrain, de retirer son maillot au cours d’une célébration folle ? Tant de questions restées sur la tranche.

Et puis il y a nous. Simples mortels, simples spectateurs. Dans un moment de béatitude, à se demander s’il faut célébrer ou pleurer, se réjouir d’avoir observé un tel geste, ou se lamenter d’avoir manqué de vivre le but d’une vie ?Avec un tel but, James Rodriguez, et sa volée démentielle contre l’Uruguay, aurait certainement perdu son titre officieux de but du 21e siècle, tout autant que Maxi Rodriguez aurait pu tomber de son piédestal ou que les pétards de Diego Forlan auraient été ringardisés. Le chauvinisme parle, forcément, mais à ce petit jeu-là, justement, laissons le trancher.
Happy DD to youPar Julien Faure













































