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John Patrick : « Être au Real Madrid à 9 ans ne garantit pas d’y arriver »

Propos recueillis par Suzanne Wanègue, à Reims
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John Patrick : «<span style="font-size:50%">&nbsp;</span>Être au Real Madrid à 9 ans ne garantit pas d’y arriver »

Passé par la formation du Real Madrid, lancé chez les pros à Getafe et désormais installé à Reims, John Patrick a grandi en Espagne avec l’Irlande au cœur. Le milieu de 23 ans revient sur ses premiers rêves, son choix de sélection et son départ pour la France, où il veut désormais aider le Stade de Reims à retrouver la Ligue 1.

Un Irlandais qui choisit le foot plutôt que le rugby, c’est plutôt rare. Quand as-tu tapé dans le cuir pour la première fois ? 

C’est venu de mon père, qui a toujours beaucoup aimé le football. À la maison, ça faisait partie du quotidien : il regardait beaucoup de matchs et y jouait. J’étais petit, mais j’avais à peu près toujours un ballon à portée de main, et puis à l’école, avec mes amis, on jouait dès qu’on en avait l’occasion.

À 9 ans, tu intègres le Real Madrid. Ça a dû être une expérience exceptionnelle pour toi, qui as grandi dans la ville…

C’est un privilège d’être là-bas parce que tout ce qu’ils ont est de très haut niveau : l’attention qu’on t’accorde, les conseils qu’on te donne, la façon dont on t’aide à progresser, ou encore le nombre de personnes qui s’occupent de toi dès ton plus jeune âge. Sur le plan personnel, ça te fait aussi prendre conscience qu’être dans une équipe comme celle-là, c’est bénéficier d’une multitude d’avantages que tu n’as pas ailleurs et qu’il faut en profiter. J’y ai rencontré de très bons entraîneurs, mais pas les plus connus, car j’étais très jeune, et je ne suis pas resté très longtemps non plus (John Patrick est resté à La Fábrica de 2012 à 2014, NDLR). Mais c’était un vrai bonheur d’être au même endroit que toutes mes idoles.

Tu pouvais les approcher facilement ?

Pas vraiment. C’est un peu difficile parce que les pros ont leur propre espace, ils sont un peu à l’écart. Mais on peut quand même les croiser quand ils ont des enfants, et s’ils ont le même âge que toi, tu peux les voir dans les tribunes ou sur le parking, ou quand ils arrivent ou partent de l’entraînement. J’ai pu saluer Cristiano Ronaldo, une fois !

À 7, 8 ou 9 ans, jouer au Real, c’est faire partie des meilleurs jeunes de Madrid. Mais à 19 ou 20 ans, tu es en concurrence avec les meilleurs jeunes du monde. Si tu évolues encore au Real à cet âge-là, forcément, ça t’ouvre beaucoup de portes.

John Patrick

Les gars qui étaient avec toi là-bas, ils en sont où aujourd’hui ?

Je crois qu’il n’en reste plus aucun dans le monde professionnel. Quand on est tout petit et qu’on est au Real Madrid, à 7, 8 ou 9 ans, il reste encore un très long chemin à parcourir avant d’atteindre le football professionnel. Être au Real Madrid à cet âge-là ne garantit pas à 100 % d’y arriver. Ensuite, plus on monte dans la hiérarchie, plus le club se sert de ses recruteurs internationaux pour chercher des jeunes du Brésil ou de pays européens. À 7, 8 ou 9 ans, jouer au Real, c’est faire partie des meilleurs jeunes de Madrid. Mais à 19 ou 20 ans, tu es en concurrence avec les meilleurs jeunes du monde. Si tu évolues encore au Real à cet âge-là, forcément, ça t’ouvre beaucoup de portes.

Que retiens-tu de ces années à la Casa Blanca ?

Ce qui ressort le plus, c’est le jeu avec le ballon, parce que dès le plus jeune âge, ils mettent vraiment l’accent sur cet aspect-là. Je me souviens aussi avoir passé de très bons moments avec mes coéquipiers lors des tournois qui étaient, disons-le, des compétitions importantes où s’affrontaient toujours de bonnes équipes. Y participer, c’était vivre dans une ambiance footballistique très forte. C’est une façon particulière de vivre le football très jeune que peu de gens ont la chance d’atteindre. Ça a été difficile de partir, parce que jouer pour le club de ses rêves procure toujours une sensation extraordinaire. Sur le plan personnel et pour sa carrière, il faut parfois prendre des décisions qui sont un peu pénibles, même si l’on sait qu’à long terme, elles seront bénéfiques.

 

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Pendant ton enfance, tu as beaucoup voyagé entre l’Espagne et l’Irlande, notamment pour rendre visite à tes grands-parents.

L’Espagne est le pays où je suis né et où j’ai toujours vécu. Ma langue maternelle est l’espagnol, c’est celle dans laquelle je communique le mieux et je dirais que ma culture est presque entièrement espagnole. Je partais toujours en vacances en Irlande pour rendre visite à mes grands-parents paternels : on y allait pour Noël mais aussi quelques fois l’été, et j’ai toujours de bons souvenirs des moments que j’ai passés là-bas. Mon grand-père aimait aussi beaucoup le football et je montais souvent sur le terrain du village pour m’entraîner avec lui, car il aimait me voir jouer et, comme on ne se voyait pas beaucoup pendant l’année, il adorait toujours aller jouer au football avec moi.

 

Mes premiers souvenirs en sélection, ce sont les mots de mon grand-père et la fierté de pouvoir lui faire plaisir en portant le maillot irlandais.

John Patrick

Tu es né en Espagne, ton père est irlandais et ta mère franco-camerounaise : pourquoi as-tu choisi de représenter l’Irlande ?

Mon grand-père avait un rêve et, depuis que j’étais tout petit, il adorait me dire que si un jour, nous y parvenions ou si j’avais la chance de pouvoir jouer avec l’Irlande, il adorerait me voir jouer avec le maillot de l’Irlande. Mes premiers souvenirs en sélection, ce sont ses mots, et la fierté de pouvoir lui faire plaisir en portant le maillot irlandais.

Selon toi, que manque-t-il aux Boys in Green pour franchir un cap et s’avérer plus redoutables ?

Dans le football européen, il y a des équipes nationales très fortes comme l’Espagne, l’Angleterre, la France, l’Allemagne dont il est très difficile d’atteindre le niveau. Ces dernières années, on fait vraiment beaucoup de progrès, on doit se battre lors des prochains tournois pour décrocher une place, puis voir si on peut progresser davantage. En Irlande, la culture du football est différente, ce n’est pas comme dans les pays que j’ai évoqués : là-bas, dès le plus jeune âge, il y a énormément d’enfants qui s’inscrivent au football, qui jouent au football en classe et après l’école. Il y en a beaucoup plus qui ne pensent qu’à jouer au football.

Après sept belles années à Getafe, tu rejoins le Stade de Reims en janvier 2025. Pas trop dur de s’adapter à ta nouvelle vie dans la Marne ?

J’aime bien cette ville : il ne fait pas trop chaud, c’est parfois appréciable. Elle est plus petite que Madrid et il y a moins de monde, mais c’est aussi une ville très calme où on mange très bien. Reims, c’est comme une autre maison. Ces derniers temps, je deviens vraiment accro au tennis et ici, il y a beaucoup de courts. J’en fais souvent avec mes amis, et avec ma famille quand elle vient. Je suis quelqu’un qui adore faire du sport ou ressentir un peu d’adrénaline quand je pratique des activités. Par exemple, j’aime beaucoup le karting, même si je n’y suis pas allé souvent. Avec ma famille, on profite aussi de la proximité avec la Belgique et avec Paris pour explorer de nouveaux coins.

La cuisine, ce n’est pas mon truc, je n’y arrive pas. Je prépare les plats les plus simples ou alors je fais frire n’importe quoi !

John Patrick, cordon-bleu

Justement, comment as-tu vécu l’éloignement familial ?

Ça a été un peu dur, parce qu’on passe du fait de pouvoir les voir tous les jours à entamer une nouvelle étape un peu plus seul, mais ça fait partie de la vie. On doit tous suivre notre propre chemin à un moment donné. L’une des choses les plus difficiles pour moi a été la cuisine. (Sourire.) J’essaie toujours de m’améliorer et de faire de mon mieux : ce n’est pas mon truc, je n’y arrive pas. Je prépare les plats les plus simples possibles : des œufs, des pâtes, du riz, des choses très basiques, ou alors je fais frire n’importe quoi, c’est un peu plus facile !

 

Côté terrain, qu’est-ce qui t’a le plus marqué en arrivant en France ?

C’est un jeu beaucoup plus physique et dynamique, dans la mesure où il y a beaucoup plus d’actions de transition, où le ballon n’est pas toujours bien en place. En Espagne, l’attaque est plus lente, tout le monde doit être à sa place alors qu’en France, quand les joueurs partent à l’attaque, ils y vont à fond, et ils sont très rapides, ce dont les équipes tirent parti. Ça m’oblige à changer un peu ma façon de jouer, car finalement, il faut s’adapter au championnat, à ses coéquipiers, qui sont sûrement eux aussi dans ce championnat depuis plus longtemps et connaissent plus ou moins le rythme ou la philosophie de jeu qui y règne. C’est une bonne chose, car plus on dispose de ressources pour jouer au football, plus on est un joueur complet.

Repartons fin mai 2025, courte période durant laquelle le Stade de Reims a disputé une finale de Coupe de France face au PSG avant de connaître la relégation en Ligue 2 au profit du FC Metz.

C’était une semaine assez folle avec, d’un côté, la récompense de disputer une finale de Coupe de France et, de l’autre, la conscience que nous jouions notre maintien. On a effectivement dû faire quelques concessions. Pas vraiment « faire l’impasse » à proprement parler, mais on a bien senti que disputer trois matchs en six jours était physiquement bien plus difficile pour le corps que si on avait joué uniquement les matchs de relégation en Ligue 2 ou que si on avait disputé uniquement la finale de la Coupe. Le dernier match a été le plus stressant. Avec du travail, des efforts et en sachant que nous avons tous le même objectif, si on parvient à ancrer cette idée au sein de l’équipe, on peut retrouver notre force mentale.

Aujourd’hui, comment sens-tu l’équipe vis-à-vis de l’objectif de remonter en Ligue 1 ?

On est une jeune équipe, et lors de ces premiers matchs, on a eu un peu de mal à faire preuve de plus d’intelligence quand il ne reste que peu de temps à jouer et qu’on mène au score. Il y a eu quelques matchs où nous avons concédé l’égalisation en fin de match ou où nous avons connu quelques difficultés. Et il faut aussi savoir que lorsque nous avons des occasions, nous devons marquer le plus de buts possible pour creuser l’écart au maximum. Cette jeunesse apporte énormément d’enthousiasme, énormément d’efforts, une grande envie de se battre lors des matchs, beaucoup d’intensité.

Reims est la seule équipe invaincue en Ligue 2. Comment expliquer cette performance ?

Notre entraîneur actuel (Nicolas Usaï) est excellent. Il aime beaucoup l’intensité et nous met énormément de pression, surtout sur le plan physique, car il veut que l’équipe coure. On a des joueurs très jeunes capables de tenir les 90 minutes et qui ont beaucoup d’envie. Mais au-delà de la course, il veut qu’on joue en profondeur pour arriver le plus vite possible devant le but adverse, et qu’on marque le plus possible. Il n’y a pas de secret, on vise la victoire à chaque match.

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