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Trévor Clévenot, maître des pieds et des mains

Par Enzo Leanni
7' 7 minutes
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Trévor Clévenot, maître des pieds et des mains

Double champion olympique (2021 et 2024), Trévor Clévenot est maintenant l’un des grands frères de l’équipe de France de volley, avec qui il dispute actuellement l’Euro, rare compétition qui lui résiste. Bien avant ça, il brillait dans les équipes jeunes du FC Nantes et des Girondins de Bordeaux.

Pas besoin de télescope pour remarquer Sirius, l’étoile la plus brillante du ciel dont l’éclat illumine les nuits les plus noires. Au bord des terrains de Loire-Atlantique, il y a près de 20 ans, c’est un éclat « jaune et vert pétant » qui a marqué l’esprit de Théo Bachelier. À l’époque, il est gardien des benjamins de l’USSA Vertou, mais se surprend à n’avoir d’yeux que pour l’un des jeunes défenseurs centraux du FC Nantes. « Il était toujours le plus grand de tous les joueurs, on le reconnaissait de loin, remet celui qui le rejoindra au sein du centre de préformation des Canaris. Il était hors normes, déjà développé physiquement, large d’épaules, élancé. » Un physique de volleyeur, en somme. Aujourd’hui vice-capitaine de l’équipe de France de volley au mètre 99, Trévor Clévenot ne s’était pourtant pas trompé de sport durant son enfance tant il impressionnait lors de ces tournois départementaux.

Je faisais du beach-volley l’été depuis tout petit et, le reste de l’année, je jouais au foot. J’adorais vraiment les deux, j’avais des qualités dans les deux.

Trévor Clévenot

Fils d’un ancien international de volley, Alain, le gamin a d’abord opté pour un ballon moins flottant, un filet qu’il fallait obligatoirement toucher et une pelouse à la tonte irrégulière. « Je faisais du beach-volley l’été depuis tout petit et, le reste de l’année, je jouais au foot, explique Trévor Clévenot, en marge de l’Euro actuellement disputé par les Bleus. J’adorais vraiment les deux, j’avais des qualités dans les deux. » À 10 ans, il était aussi classé « 30 ou 15/5 » au tennis et représentait donc l’archétype de l’ado surdoué dans tous les sports qui rend dingues de jalousie tous ses petits camarades. Le foot lui a pourtant apporté les meilleurs moments de cohésion de son enfance et a longtemps été son activité favorite.

Kem’s avec Valentin Rongier

Au sein d’une génération 1994 nantaise talentueuse, qui atteindra les demi-finales de Gambardella en 2012, il fait son trou aux côtés de Valentin Rongier, Abdoulaye Touré et Jawad Boukabous, jamais passé professionnel, mais considéré par tous les observateurs de l’époque comme LE vrai crack. Si Clévenot reste humble, assurant n’être « ni ridicule ni vraiment très fort », Théo Bachelier a des souvenirs bien plus élogieux : « Il dépassait tout le monde, en hauteur et en largeur. Malgré ça, on le remarquait pour son aisance, il était déjà assez délié, il était très bon avec ses pieds. Il jouait derrière, bien évidemment. » Sur petit terrain, le jeune gardien pouvait d’ailleurs être rassuré par le nombre de duels remportés par son coéquipier.

« Vous vous êtes déjà pris une bonne tarte dans la gueule ? »
« Vous vous êtes déjà pris une bonne tarte dans la gueule ? »

Malgré son physique de colosse, le central des catégories jeunes du FCN n’en fait jamais trop sur comme en dehors du terrain. Vingt ans et deux médailles d’or olympiques plus tard, ce sont justement les moments loin du rectangle vert qui restent en tête : « On faisait des tournois internationaux, on partait en minibus, on était un groupe de potes. On avait 10 ans, c’était la régalade. On était contents d’être ensemble, on jouait bien, les parents s’entendaient bien. » Avant d’affronter les meilleurs joueurs européens du même âge, rien de mieux qu’une bonne partie de kem’s, forcément remportée par Rongier à l’époque et toujours saupoudrée d’un zeste de triche. « On passait notre temps à discuter, à se découvrir, à se faire chier ensemble. Forcément, ça a créé des liens amicaux. Val’ et Trévor ont commencé très tôt ensemble au FC Nantes, ils ont un peu grandi ensemble, dans le noyau dur de la génération 94. Leurs parents s‘entendaient très bien, ils se voyaient en dehors du foot », indique Bachelier, tandis que Clévenot confirme être toujours en contact avec l’actuel milieu du Stade rennais. Sans rancune.

Trévor était l’un des premiers à favoriser l’intégration des nouveaux, c’est quelqu’un avec qui on avait envie de passer du temps. Dans cette génération humaine exceptionnelle, Trévor était un top mec.

Théo Bachelier, ancien coéquipier

S’il a le prénom d’un méchant de GTA et qu’il distribue des gifles aux pauvres ballons multicolores de volley, Trévor Clévenot n’a rien d’un ours. En août 2024, au terme d’un tournoi olympique terminé avec le titre de meilleur réceptionneur-attaquant, il s’est distingué en offrant sa médaille d’or à Timothée Carle, 13e joueur du groupe et resté sur le banc toute la compétition. Un geste qui n’étonne pas Théo Bachelier : « Trévor était l’un des premiers à favoriser l’intégration des nouveaux, c’est quelqu’un avec qui on avait envie de passer du temps. Ses parents aussi, ils étaient très accessibles, très humbles, toujours prêts à aider. Dans cette génération humaine exceptionnelle, Trévor était un top mec. »

Désillusion et révélation bordelaises

À 13 ans, il suit sa famille en région bordelaise et se voit contraindre de quitter son club de toujours. Suffisamment bon pour se faire une place au sein de la préformation des Girondins de Bordeaux, le jeune défenseur voit sa passion pour le football prendre un coup : « Mes années à Nantes étaient vraiment top. Je n’en garde que des bons souvenirs. Ça s’est dégradé quand je suis passé à Bordeaux. » À l’âge où les portes du centre de formation d’un des plus grands clubs français semblent si proches, mais que les places y sont chères, certains n’hésitent pas à mettre des bâtons dans les roues du copain d’à côté. « L’ambiance s’est vraiment dégradée entre joueurs et même avec les éducateurs la deuxième année, rejoue Clévenot. Il y avait de la concurrence au sein de la même équipe, ce n’était pas sain. Il y avait vraiment un état d’esprit individualiste dans un sport co, personne ne se sacrifiait pour l’autre, c’est triste. Ça m’a fait faire un pas en arrière. » Malheureusement pour une potentielle carrière de footballeur, heureusement pour l’équipe de France de volley. Chez les Bleus, il a notamment pu partager son expérience avec Julien Lyneel, ancien du centre de formation de Montpellier aux côtés de Rémy Cabella, Younès Belhanda et Benjamin Stambouli, avec un constat similaire.

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Poussé par l’un de ses frères licencié à l’AS Saint-Jean-d’Illac, dont le papa était alors président, Trévor met les pieds sur le parquet et retrouve une atmosphère lui rappelant ses années plus au nord. « À Nantes, il y avait vraiment un droit à l’erreur, ce n’était pas grave de se tromper. À Bordeaux, c’était formaté, il fallait toujours respecter les plans, tu ne pouvais pas t’exprimer comme tu voulais, on était beaucoup limité. J’ai trouvé cette liberté tout de suite au volley. Dans un cadre d’entraînement, ils me laissaient m’exprimer et j’apprenais énormément de choses », souligne-t-il. Sous les ordres de Benoît Ognier, Clévenot apprend les rudiments de son nouveau sport, découvre le plaisir de la répétition des tâches et s’intègre dans un collectif où il n’est plus si impressionnant physiquement. Au fil des années, il est devenu l’un des meilleurs réceptionneurs-attaquants du monde, s’est parfois distingué pour des réceptions du pied, mais se sert surtout de son passé de footeux pour briller lors des brésiliennes dans les vestiaires de la Team Yavbou : « L’objectif c’est de faire faire tomber le ballon à un mec pour qu’il prenne une nuquette de tout le monde. Il n’y a pas un grand niveau, mais c’est un esprit fourbe. » La bonne ambiance comme moteur, sur tous les terrains.

Zidane présent au GP d’Espagne

Par Enzo Leanni

Tous propos recueillis par EL.

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