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Ouverture générale de la chasse

Football et sanglier

Sommaire

Ce dimanche 20 septembre marquait l'ouverture de la chasse étendue à tout le territoire français. Et donc l'autorisation de tirer le gibier préféré des chasseurs du dimanche : le sanglier. Un animal et un loisir qui ont plus d'accointances avec le monde du football qu'il n'y paraît.

Reno, le sanglier footballeur


Reno vit dans un hameau en périphérie de Limoges, affiche 140 kilos sur la balance et n'a qu'une passion, le football. Autre particularité : c'est un sanglier domestique. Rencontre à l'heure du café avec un chic animal et ses maîtres.

« Comme le dit mon mari, cet animal-là, ça te fait disparaître un cadavre. Si quelqu'un descend là la nuit, mon Reno il l'attaque, il le tue et il le mange. » Sabots en plastique rose fluo aux pieds et tatouages à l'encre bleue sur les épaules, Josiane Poulain dodeline dans l'arrière-cour d'une ancienne ferme et fait les présentations avec celui qu'elle décrit comme un assassin, mais qu'elle a transformé en animal domestique. Reno, donc : un sanglier de 140 kilos ( « mon mari dit ça, mais je crois bien qu'il fait un peu plus » ), démarche nonchalante et grognement agressif, recueilli par les Poulain en 2009, un samedi de jour de chasse en Limousin. « C'est le chirurgien qui me l'a ramené, rembobine Josiane en balançant des Arlequins dans l'enclos, sans enlever le film plastique. Il l'avait trouvé à la chasse, blessé, tout petit. Moi, je pensais qu'il allait crever. Mon mari est chasseur, il me l'a dit. "Oh, il va crever." Bah non. Il a été élevé sous la cheminée, comme je fais à mes chiens. Il allait faire ses crottes et son pipi sur les journaux. » Baptisé Reno « parce que j'aime bien l'acteur Jean Reno, et parce qu'ils se ressemblent » , le petit sanglier a depuis tenté de défoncer la porte du salon et cessé de porter les enfants sur son dos : il a grandi. « On prend un bâton quand on y va maintenant, témoigne Josiane en caressant pourtant le groin de l'animal à travers le grillage. Il ne veut pas nous faire de mal, mais il aime jouer ou alors il croit qu'on a à manger dans nos poches. S'il "machine" sa tête comme ça, c'est vite fait : ses défenses, c'est des lames de rasoir. Et il a ses moments de folie. Il tourne en rond comme ça, il jappe. "Bou-hou-houho", qu'il fait. "T'es un peu fou toi aussi dans ta tête", je lui dis. Quand il est comme ça, personne ne peut l'arrêter, pendant 15 ou 30 minutes, il court partout et finit par se jeter dans sa piscine pour se refroidir le sang. Sinon il est mignon. »

« Sinon il est mignon »

Dormir, manger, jouer au foot, manger, dormir


Malgré les coups de folie, Josiane regarde toujours son bébé avec les yeux de l'amour. « Tu as vu ce qu'il est beau, et son poil lisse, dit celle qui parle beaucoup de son mari, plus encore de son sanglier. J'adore le brosser, je le coiffe avec une étrille. Il veut bien que j'lui caresse sa gueule, son dos tout ça, mais l'endroit que j'ai envie de toucher, c'est les oreilles bien sûr, car c'est le seul endroit qui est doux. Il me laisse un peu, mais après il commence à me faire "rhhhhhhh". Alors là, j'ai compris, j'arrête. » Car quand Reno s'énerve, mieux vaut lever les jambes : par inadvertance ou par colère inopinée, Reno a transformé la partie du jardin qui lui est réservée en no man's land. Des blocs de ciment fracturés à coups de défenses, de la boue, des trous béants et, au milieu, des dizaines de cadavres : des ballons de foot. Avant d'être un des seuls sangliers domestiques de France, « le » Reno est en effet d'abord un joueur de ballon. « Tout ce qui est un peu rond, il s'amuse avec. Des balles de tennis, des bouteilles vides, un bidon. Il joue tout le temps au football. » Devant son double album photo ouvert sur la table en bois de la cuisine, alors que le mari parle bicyclette ( « T'as regardé le tour d'Espagne ? Qu'est-ce que c'est beau, ce tour » ), Josiane déroule les souvenirs de jeu. Reno avec un ballon de foot. Reno en plein match. Reno et le joga bonito. « Son geste préféré, c'est de prendre le ballon comme ça avec son groin, le balancer en l'air, courir derrière et le rattraper. Après il recommence. » « Il a longtemps joué avec les enfants, poursuit-elle. Les gosses jouaient au ballon, et lui, il courait derrière, il allait le chercher. Maintenant, il ne peut plus jouer avec. Mon petit-fils qui a 8 ans, je lui dis : "N'y va pas, si jamais il veut te tarabouler, on sait jamais." L'autre jour, il a fait tomber sa balle de tennis, on l'a jamais retrouvée. Reno a dû la manger. »

Avec l'âge est effectivement venu l'appétit. Bananes, gâteaux, BN, tartes aux fruits, rats, croquettes, pain et confiture d'abricot au petit dej', nouilles, dates, noisettes, poissons, œufs tous les soirs, pattes de poules, le sanglier avale tout. Josiane confesse : Reno est moins agile qu'avant. Et préfère désormais avaler les balles que jongler avec. « Il en a bien mangé plus d'une vingtaine. Oooooh oui. Le premier ballon qu'on avait acheté, on l'avait pris en cuir. Et après, on a acheté des similis à 4-5 euros chez Décathlon, mais il les a eues quand même. J'en rachetais à chaque fois, il fallait bien qu'il joue avec quelque chose. Et après, quand je l'ai raconté à mon mari, il m'a dit "Oh, je vais boire du pinard en cubi." Donc, maintenant, il joue avec des cubis. C'est un joueur, ah ça oui. En même temps, il a que ça à faire. » Vrai. Dormir, manger, jouer au foot, manger, dormir : le quotidien d'un joueur de foot est aussi celui de Reno, qui s'en accommode en grognant et qui sèche parfois, lui aussi, l'entraînement. « Monsieur ne veut pas jouer tous les jours, défend Josiane, en brossant le crin de la bête. Il y a des jours où tu as envie de jouer au foot et des autres non. Quand le temps est mou comme ça, le Reno, il aime pas trop. »

4 ans d'illégalité


La romance entre Josiane et son sanglier a pourtant bien failli prendre fin en septembre 2013. Élever une bête de 140 kilos qui dévore des cadavres est en effet prohibé par le code pénal et, après quatre ans de vie dans l'illégalité, Josiane et Gérard Poulain se sont fait moucharder. « Un sacré con, celui qui a fait ça, vrombit la maîtresse de l'animal. Mais on savait bien qu'un jour ou l'autre, un jaloux nous dénoncerait. » Heureusement pour Josiane, dans cette France où l'on tutoie à la troisième personne ( « il veut un autre café ? » ) et où l'on parle des « fédéraux » , il y a une loi au-dessus de celles de la République : la loi des notables de province. « Quand les fédéraux sont venus, ils étaient quatre, plus un flic. Mais j'ai pas eu de problèmes, parce que celui qui a trouvé Reno, c'est le chirurgien, quelqu'un de très connu à Limoges. Quand je l'ai dit aux fédéraux, ils m'ont regardé et m'ont dit : "Oh, ça n'ira pas loin cette histoire." » Le temps de le baguer à l'oreille. « Maintenant, on est légal. » Manière de parler : un sanglier vivant entre 25 et 30 ans, Josiane et Gérard ne sont pas près de voir cet enfant encombrant quitter la maison. « C'est vrai qu'on pourrait penser que c'est un peu un cadeau empoisonné, reconnaît Josiane. Mon mari, il va plus en vacances. Mais il aime ça, il s'assoit sur une chaise, son cochon pas loin de lui. Et il regarde les oiseaux. »

Par Pierre Boisson

« Le premier ballon qu'on avait acheté, on l'avait pris en cuir. Et après, on a acheté des similis à 4-5 euros chez Décathlon, mais il les a mangés quand même. Maintenant, il joue avec des cubis. »


Josiane

Pascal Olmeta : « J'ai choisi le sanglier comme emblème de mon association qui vient en aide aux enfants malades »

On a pas la même race, mais on a la même passion.
Culte dans les stades depuis son passage à l'OM et à Lyon, à la télé depuis sa victoire dans La Ferme Célébrités, Pascal Olmeta est également devenu une légende des Internets depuis sa photo en une de Sanglier Passion. Un coup de projecteur pas usurpé, tant l'homme maîtrise l'art de la chasse. Attention, puriste.


Vous savez que votre une en couverture de Sanglier Passion en 2012 a fait le tour du web au point de devenir culte ?
Cela s'est passé au domaine de Murtoli (Corse du Sud). On m'avait posté dans un trou de muraille, avec le photographe, pour avoir un peu plus de chance de tirer un sanglier. C'est ce qu'il s'est passé. Donc le sanglier qui pose à mes côtés sur la couverture, c'est bien moi qui l'ai abattu. C'est réel. On était dans un endroit superbe. Je suis fier d'avoir été choisi pour faire la couverture de ce magazine, parce que je suis chasseur depuis toujours. Je ne m'en suis jamais caché, contrairement à certains hommes politiques qui n'osent pas dire qu'ils chassent. Je suis fier d'être chasseur, fier que mon père m'ait inculqué l'amour de la chasse et fier de respecter la nature. Si on trouve des saloperies que les autres laissent, on essaie de les ramasser. De même qu'on ramasse nos douilles. Que ceux qui sont contre la chasse m'expliquent pourquoi ils sont contre. Et qu'ils soient les premiers à nettoyer la nature, ce serait la meilleure des choses. La chasse, ce n'est pas de l'assassinat. Les chasseurs ne sont pas là pour tuer coûte que coûte. Les chasseurs respectent la nature, et emmerdent tous ceux qui pensent le contraire.

Olmeta sur la couverture du magazine « Sanglier passion »

Vous avez également eu une brève carrière de mannequin pour vêtements de chasse.
J'ai posé pendant quatre ou cinq ans pour les vêtements Verney-Carron, à Saint-Étienne, à côté de la fabrique d'armes. Je leur offrais mon image, et en contrepartie, ils reversaient des royalties à mon association. Par la suite, on s'est associé avec des rugbymen, comme Denis Avril, qui est un grand chasseur. C'était super agréable à faire, parce que c'était avant tout une histoire d'amitié.

Comment avez-vous été initié à l'art de la chasse ?
J'étais tout gamin. À cinq ans, mon père m'emmenait déjà à la chasse. Je viens d'une famille de cinq enfants élevés au milieu des chiens de chasse, la passion a fait le reste. Mon grand frère qui vit à Paris n'a jamais aimé ça, tandis que mon cadet chasse le sanglier comme moi. Moi, je fais pareil à mon tour : mon petit, qui a dix ans, il vient à la chasse avec moi depuis déjà trois ans. Je lui montre comment s'en sortir. Je lui explique qu'on ne tire pas pour le plaisir de tuer, mais pour manger l'animal qu'on prélève.

Quelles qualités la chasse requiert-elle ?
La passion. Quand tu as été sportif de haut niveau, tu recherches la sérénité, la tranquillité, la bonne ambiance et la vérité. En Corse, on a la chance de pouvoir chasser pratiquement où l'on veut. Alors que sur le continent, les terrains sont privés, tu ne peux pas chasser sur n'importe quelles communes... Il faut toujours montrer patte blanche pour pouvoir se promener avec un fusil. En Corse, si tu respectes les propriétaires, qui pour la plupart ont des animaux, en refermant bien les barrières derrière toi, tout se passe bien. Lors de la migration des pigeons, et surtout des grives, il y a pas mal de gens du continent qui viennent tirer chez nous. Ce qu'il faudrait, c'est qu'ils fassent comme nous. Sinon, on se retrouve avec des animaux en divagation.

Vous ne chassez que le sanglier ?
Non. Je chasse aussi la plume. Le canard, le pigeon... Et puis j'attends avec impatience octobre, pour la passée des migrateurs dans nos montagnes. Je me déplace pas mal, je suis invité dans quelques chasses par des amis. Mais ça reste mon gibier favori, ça oui. Je l'ai choisi comme emblème de mon association qui vient en aide aux enfants malades, « Un sourire, un espoir pour la vie » . Parce que le sanglier s'en sort. Il est malin, vicieux, costaud. Il a toutes les chances de se faufiler au travers des postes, et devant les chiens. C'est une chasse particulière, un moment privilégié.

Quelle est la particularité du sanglier corse, par rapport à celui du continent ?
C'est la même chose que pour les footballeurs. Quand tu viens en Corse, tu te moules dans l'équipe. Sur le continent, le sanglier n'évolue pas en montagnes, c'est souvent plat. Le sanglier corse a la particularité de manger des châtaignes et des glands, et d'être deux fois plus puissant, puisqu'il est toujours exposé à la chaleur. Lorsqu'il est en pleine période de glands, il est en altitude. Le gland a comme particularité de réchauffer le corps de l'animal, ce qui le rend virulent, alors il recherche la fraîcheur. C'est pour cela que jusqu'en décembre, les sangliers se tiennent en montagne, le plus haut possible. En décembre et janvier, on trouve de gros sangliers plus bas, parce que ne trouvant plus de glands en altitude, ils descendent pour trouver des racines. Et ça, il n'y a que les chasseurs confirmés qui le savent.

Quel est votre moment préféré, lors d'une partie de chasse ?
C'est un tout. C'est la musique des chasseurs et des chiens. C'est avant, pendant le café. C'est après, même si tu n'as pas tué, avec le régal de préparer tes grillades, ou de raconter ce que tu as fait tout au long de l'année. On peut être footballeur ou éboueur, il n'y a plus de différence lorsqu'il s'agit de refaire le monde autour d'une viande.

Qu'est-ce que vous appelez exactement « la musique des chasseurs » ?
C'est quand t'as des gens qui parlent en langue corse, d'autres qui viennent du continent, et que tous les accents se mélangent. Ça n'arrête pas de parler. L'ambiance est toujours joyeuse, ça chambre... Le chasseur se doit d'avoir le sourire. Et celui qui n'est pas dans cet esprit est vite exclu. Finalement, c'est un peu la même ambiance que dans un vestiaire de foot, et c'est ce qui me plaît.

Vous chassez avec quel type de fusil ?
J'utilise toujours une carabine Verney-Carron de calibre 270, ça me suffit. Je l'ai depuis pratiquement toujours. Avant, je chassais avec un calibre 12, de la chevrotine. Mais c'est un peu démodé. À la carabine, le tir est plus sportif, plus fin. Je l'amène partout où je vais. Bon, pour prendre l'avion, il faut quand même faire une demande spéciale auprès d'Air France.


Vous possédez vos propres chiens de chasse ?
Non, je n'ai que des chiens de maison. Pour chasser, je peux compter sur mon ami Jean-Yves, de Sartène. Il possède une quinzaine de chiens. Des cursinus, des beagles... Le meilleur moment de la chasse, c'est lorsque les chiens sont lâchés. Tu les entends courir pendant toute la matinée, mon ami qui est derrière essaie de les parer pour ne pas qu'ils sautent la battue, ou de les rattraper, parce que s'ils passent de l'autre côté, c'est fini. Ça, c'est super.

Quel est votre poste préféré, à la chasse ?
Numéro 1 ! Gardien de but ! Pour parer tout ce qui passe. Plus sérieusement, personne n'a un poste bien défini, cela change à chaque fois. On te dit : « Aujourd'hui, tu te mets là. » Mais le plus important, c'est la sécurité, toujours faire attention à la distance de tir. Après, il y a des postes plus agréables que d'autres, comme la coulée. C'est le passage qu'emprunte le sanglier habituellement, quand il déguerpit après avoir entendu les chiens. Donc se poster là, c'est avantageux, car il y passe huit fois sur dix, même si ce n'est pas forcément confortable, car très étroit et humide. Mais comme le sanglier est très malin, sur le continent, on peut aussi se retrouver à chasser au-dessus d'une autoroute. Quand le sanglier est pris dans un entonnoir, rien ne l'empêche de sauter par-dessus la route. Là, le problème, c'est les chiens. Ils partent en meute derrière, et il y a beaucoup de cas où des groupes ont perdu des bêtes.

Vous avez souvenir d'une chasse particulièrement mémorable ?
Il y a cette fois où je me suis fait attaquer par un ours, en Turquie. Je n'avais pas tiré de toute la semaine, et le dernier jour, je croyais apercevoir le plus gros sanglier de tout le séjour. Et puis non, c'était un ours. Il s'est senti bloqué entre les chasseurs et les traqueurs, et il a eu la bonne idée de m'attaquer. Il était en pleine descente, alors que j'étais face à la montagne, donc il était sur le cul. Plus il descendait, plus il accélérait, plus il gueulait. Ma chance, c'est que j'avais un petit arbre devant moi. C'est ce qui m'a sauvé. Je lui ai mis deux balles dans le poitrail, ça a dû lui éteindre la lumière, et il est tombé dans un fossé.

Comment vous avez fait pour le confondre avec un sanglier ?
Il était à 300 mètres, il avançait sur ses quatre pattes. Quand je me suis rendu compte de sa taille, je me suis dit que c'était « un attila » (le sus scrofa attila est une sous-espèce de sanglier vivant dans les forêts turques, et pouvant peser jusqu'à 300 kilos, ndlr). Quand il s'est levé pour renifler les présences, j'ai vu que c'était un gros nounours. Je me suis dit : « Bon, il va se casser. » Mais non, il a préféré foncer droit sur moi. Il faut savoir que quand un ours a peur, il attaque.

Vous chassez régulièrement en Turquie ?
Oui, parce que c'est là qu'on a la chance de croiser les plus gros sangliers. Dans une bande, il y a toujours un gros attila. On y va en octobre-novembre, leur période de rut, depuis plus de huit ans. Mais là, avec ce qu'il se passe, on ne peut plus trop se déplacer avec nos armes. On y retournera quand ce sera plus calme.

Un attila

Durant votre carrière, vous avez joué avec d'autres chasseurs ?
Ah, oui ! Pratiquement dans tous les clubs où j'ai évolué, surtout chez les Sudistes. Pardo, Canto... Et Papin, qui chassait la plume, parce qu'il avait des labradors. On s'est aussi retrouvé en Sologne, pour chasser le sanglier. Mais quand tu es footballeur, tu n'as pas le temps de chasser. Tu chasses après. Je me rappelle d'une chasse avec Pardo et Canto, dans le Var. J'étais jeune et con. Je me suis approché pour leur faire une blague, ils ne m'ont pas entendu, et j'ai tiré au petit plomb au-dessus de leurs têtes. Ils ont été surpris, ils se sont presque jetés à terre. La connerie, c'est que parmi tous les petits plombs, t'en as toujours un qui peut partir plus bas. Ce sont des choses à ne pas faire, mais quand t'es en bonne compagnie, que tu te marres tout le temps... Aujourd'hui encore, à chaque fois qu'on se voit, on en reparle. Aujourd'hui, j'aimerais chasser avec Ibra. Si vous pouvez vous en charger, faites-lui savoir que je l'invite à chasser en Corse, même si je sais que ce ne sera pas évident pour lui de trouver le temps.

Vous connaissez des gens qui chassent le sanglier à la dague ?
Chez nous, cela ne se fait plus. Mais sur le continent, ça se pratique encore. Les chiens bloquent le sanglier, et les gars le finissent à la dague. Mais bon, je ne vois pas l'intérêt, ça reste dangereux. Chacun voit sa chasse comme il le veut, mais je trouve ça dommage.

C'est une pratique un peu barbare, non ?
Non, parce qu'il faut y aller, quoi. Il faut y aller.

Tous propos recueillis par Mathias Edwards

« En Turquie, je n'avais pas tiré de toute la semaine, et le dernier jour, je croyais apercevoir le plus gros sanglier de tout le séjour. Et puis non, c'était un ours. »


Pascal Olmeta

Coups de pied de groin


C'est l'un des drames du foot amateur, qui fait le bonheur des dépêches de la PQR. Tous les ans, diverses pelouses de terrains municipaux situés non loin de zones boisées ont droit à la visite inopinée de marcassins. Qui ont la fâcheuse tendance à ne pas nettoyer leur boxon en partant.

« À force, j'ai fini par lui donner un nom. Pour moi, il s'appelle Groin-Groin. Mais attention, faut pas croire que j'ai de l'affection pour lui ! En fait, j'en ai plutôt marre. » Gaël Favre, chef d'équipe en charge des travaux publics de la commune d'Arbaz, située dans le canton suisse francophone du Valais, à une petite dizaine de bornes au nord de Sion, en a plus qu'assez de ce squatteur « du genre têtu » qui se permet de mettre un bazar monstrueux et de partir sans ranger. Sauf que Groin-Groin est un sanglier. Un solitaire dont la passion est de saccager la nuit les espaces verts municipaux, avec un lieu de prédilection : le terrain de football sur lequel évolue habituellement le club local de l'US Ayent-Arbaz. « Il est venu quatre fois, rien qu'au mois d'août. Toujours un vendredi. Pourquoi ce jour en particulier ? On se pose la question, mais j'ai peut-être une explication : c'est le jour de la tonte du gazon, ça remue les vers, il doit les sentir » , ose le spécialiste en BTP. Car Groin-Groin le sanglier têtu ne retourne pas une pelouse pour le simple plaisir d'imiter un première-ligne de rugby, il le fait pour se nourrir. « Les beaux vers blancs, il adore ça, paraît-il, poursuit Gaël Favre. Mais ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi maintenant ? Un collègue qui a 26 ans de métier m'a affirmé qu'il n'avait jamais vu la pelouse aussi massacrée. »

Neuf matchs de reportés


Dans le jargon, on dit alors du sanglier qu'il « mulote » , enfonçant son groin allongé – qui n'est pas surnommé « butoir » pour rien – dans la terre à la recherche de lombrics et de loches pour se sustenter. L'estomac plein, l'animal retourne piquer son roupillon dans la forêt voisine, laissant les gardiens de stade constater les dégâts une fois le jour levé. « Remotter ne suffit pas toujours, il faut replanter de la pelouse, prévient Gaël Favre. Le temps que le gazon repousse, les joueurs du club s'entraînent sur les terrains des communes voisines. Heureusement qu'il y a de l'entraide. »

Chaque année, des Ardennes à la Sologne, en passant par la Bourgogne ou le Limousin, des tas de clubs issus de la France d'en bas du football doivent composer avec ces gorets sauvages et hirsutes, qui seraient entre un et deux millions rien qu'en France, qui les contraignent à chambouler leurs plans, voire leur calendrier. L'une des communes les plus récemment touchées s'appelle Munster, dans le Haut-Rhin. Le carnage a eu lieu à la mi-août. « Un matin, on a découvert que 30 à 40 % du terrain principal avait été labouré, raconte le secrétaire de l'AS Munster, Freddy Florence. Ils étaient plusieurs dans le coup, c'est sûr. Bilan : il a fallu reporter les matchs de nos trois équipes seniors, au moins jusque mi-septembre. Ça fait minimum neuf matchs concernés, on a dû prévenir la Ligue. » Une petite enquête a été menée et il n'a pas fallu longtemps pour comprendre comment ces satanés fouisseurs s'y sont pris pour envahir le lieu des habituels exploits de ce club, dont l'équipe première évolue en PH. « Une partie du grillage alentour a été retournée. On l'a renforcé, mais combien de temps cela va-t-il tenir ? Mystère. »

Une pelouse détruite par des sangliers

« Plus une pelouse est belle, plus elle est exposée aux sangliers »


Clôturer l'enceinte sportive, c'est aussi la méthode employée par les dirigeants du FC Saint-Laurent-d'Arce/Saint-Gervais, en Gironde, pour que le terrain d'honneur ne soit plus attaqué. « Depuis trois ans, on subit, on rebouche les trous, c'est fatigant, souffle Ali Souda, le président. Alors, récemment, on a acheté du grillage pour entourer le terrain, au niveau de la main courante. On a tout fait nous-mêmes pour réduire les coûts. » Il a tout de même fallu débourser 1 300 euros, un moindre mal par rapport aux 7 000 que réclament les PME locales pour s'acquitter de la tâche. « La société de chasse locale organise pourtant régulièrement des battues, 41 sangliers ont été abattus lors de la dernière saison, mais le terrain est sur leur passage de prédilection. On a remarqué qu'ils attaquaient surtout quand il pleut, car la terre est molle et les vers ressortent » , note le dirigeant. Seulement, les parties de chasse n'empêchent pas le charcutage des rectangles verts, ni même n'en ralentissent la cadence. Le fait est qu'il y a aujourd'hui plus de terrains labourés par les bêtes qu'il y a dix ans. La raison ? « À force, je me suis renseigné, précise Ali Souda. Autrefois, les jardiniers avaient le droit d'utiliser un répulsif pour traiter la pelouse et tuer les vers. Mais il était nocif, et la pratique est donc devenue interdite. Bon, c'est bien quand même, hein. Je ne suis pas écolo, mais je ne suis pas un massacreur non plus. » Là est tout le paradoxe de la chose : la présence de vers sur une pelouse, c'est le signe qu'elle est en bonne santé. « Donc plus elle est belle et plus elle est exposée aux sangliers » , enchaîne Pascal Furlaud, adjoint aux sports d'Atur, commune de Dordogne récemment sinistrée. Au-delà du coût engendré, les conséquences pour le club sont également sportives. « La dernière attaque a retourné un bon tiers du terrain, il a fallu semer à nouveau du gazon tellement les trous étaient énormes. Il y en a pour un mois, un mois et demi. Donc le temps que ça repousse, l'équipe va jouer tous ses matchs à l'extérieur. » Voilà pour le court terme. Pour le moyen, l'élu s'avoue impuissant à trouver des solutions durables : « On installe des clôtures électriques, mais ça ne suffit pas. On ne va pas abattre tous les sangliers de la région… Des battues administratives sont régulièrement organisées, à la demande des agriculteurs surtout, pour qui c'est un vrai problème. Celui du club de foot reste secondaire. » Chaque année, les dégâts causés par les sangliers entraînent entre deux et trois millions d'euros à verser aux agriculteurs en guise d'indemnisation, pendant qu'un demi-million de bêtes sont abattues annuellement, soit quatre fois plus qu'il y a vingt ans.

La nouvelle rassurante, c'est que l'universalité du foot se révèle une fois de plus dans ce cas précis : les amateurs ne sont pas les seuls à morfler. En 2012, le terrain d'entraînement de Saint-Étienne, situé à L'Étrat, avait aussi eu affaire à un invité surprise ( « Un supporter de 120 kg s'en est pris à notre terrain d'entraînement » , avait commenté Christophe Galtier en conférence de presse). Mais c'est le FC Nantes qui est le plus habitué à la visite des cochons sauvages. « Ça fait bien dix ans que ça dure, l'hiver le plus souvent, constate Pascal Robin de la société Sporting Sols, en charge de l'entretien des terrains de La Jonelière, le fameux centre d'entraînement et de formation des Canaris. Un ou deux sangliers peuvent te saccager 20 à 30 m². Mais quand t'en à dix à débarquer, ça peut aller jusqu'à 200 m² de terrain à replaquer ! Et comme le centre fait 16 à 17 hectares, c'est compliqué de tout clôturer… Une fois qu'ils ont mangé toutes les châtaignes et les glands qu'ils ont pu trouver, ils viennent ici. On les aperçoit parfois de loin. » Et il s'avère difficile de les chasser au fusil, « La Jonelière est proche de la ville, ce serait trop dangereux » . Plus encore qu'une frappe non cadrée d'Ismaël Bangoura.

Par Régis Delanoë

« On a remarqué qu'ils attaquaient le terrain surtout quand il pleut, car la terre est molle et les vers ressortent. »


Ali Souda, président du FC Saint-Laurent-d'Arce/Saint-Gervais

Frédéric Nihous : « La poussée d'adrénaline qui monte quand on approche d'un gibier ou quand on a une occasion, c'est la même »





Président de Chasse, pêche, nature et traditions et Conseiller régional d'Aquitaine, Frédéric Nihous est également un grand amateur de football. Sans surprise, il s'agit d'un sport où ‘c'était mieux avant'. Mais ça peut se comprendre quand on est fan du RC Lens.

On vous dit grand supporter du RC Lens. Quel est votre rapport au football ?
Le rapport qu'on entretient avec ce sport est de toute façon personnel au départ : on recherche des émotions, des images. Le foot, c'est lié à des tranches de vie. On se souvient toujours de grands matchs, de grandes équipes, de grandes émotions au stade, même trente ans après. En ce qui me concerne, c'est une passion de dingue, tout simplement. Je suis à la fois supporter et spectateur. Je regarde trois à quatre rencontres par semaine. Ce qui ne plaît pas forcément à ma femme… Ma passion pour le RC Lens remonte à l'enfance. En fait, il y a eu deux événements précurseurs. Le premier, c'était en 1977. Un voisin de mes parents m'avait emmené à Bollaert pour Lens-Lazio, en Coupe UEFA. C'était ma première fois au stade, Didier Six et compagnie. J'ai eu une révélation pour le Racing à partir de ce jour-là. On avait gagné 6-0, je m'en rappellerai toute ma vie. Ensuite, mon premier match à la télé en couleur, l'année suivante : France-Italie lors de la Coupe du monde en Argentine. Suite à ça, j'ai essayé d'aller au stade le plus souvent possible. Plus âgé, je me suis abonné à Bollaert et j'y allais à tous les matchs.

Vous êtes quel genre de supporters ?
Au stade ou devant la télévision, je vis mon match comme un dingue. Plus jeune, je chantais Les Corons et la Marseillaise lensoise. J'allais dans le kop avec l'uniforme : le maillot, l'écharpe et tout le reste. Pour moi et mes amis, le foot commençait le samedi à midi. Ensuite, il y avait la rencontre, et la fête se poursuivait après. Et quand on tapait les gros comme l'OM ou le Lille de l'époque lors des derbys, c'était quelque chose. Nos week-ends, c'était football le samedi et chasse le dimanche. Devant la télé, pareil. Je me souviens de poussées d'adrénaline dingues. Le but de Giresse contre l'Allemagne en 82, par exemple : j'ai bondi du fauteuil, j'ai tapé dans le lustre qui est tombé et a pulvérisé la table. Ma mère a hurlé, alors que mon père m'a défendu en justifiant mon attitude parce qu'il y avait but ! Bon, après, j'ai pleuré le reste de la nuit. C'est marrant parce qu'on pourrait plutôt se rappeler de 1998, mais dans la conscience collective française du foot, l'acte fondateur, c'est Séville. Bon, pour Lens, 1998, c'est au-dessus de tout. L'année du titre, on était irrésistibles.

Bollaert, ça vous évoque quoi ?
Bollaert, c'est pas un stade de spectateurs. C'est un stade de supporters qui vivent le match. Le Mondial 98, c'était quelque chose de très fort. On a vu jouer les champions du monde, quand même ! Plus largement, le foot dégage des émotions que l'on ne retrouve pas dans les autres sports. Même si certains jugent cette passion un peu tribale ou extrême, on retrouve des codes de la société dedans. On retrouve aussi des identités régionales, géographiques. Un côté identitaire qui est illustré par les drapeaux qui flottent. Parfois, c'est l'instinct primaire qui ressort dans certains regroupements de supporters. On voit les côtés les plus bas de l'humain. J'étais à Lens quand il y a eu le problème des hooligans allemands et les émeutes en 98 (lors d'Allemagne-Yougoslavie, des hooligans avaient agressé un gendarme, ndlr).

Voir le Racing jouer ses matchs à domicile au Stade de la Licorne, ça a dû vous chagriner…
Je vous avoue que je ne suis pas allé au stade depuis longtemps. Mais même si j'habitais encore dans le Nord, je ne serais pas allé à la Licorne. Lens, c'est Bollaert, et c'est tout. Un club, c'est un stade. On ne va pas voir l'OM ailleurs qu'au Vélodrome ou le PSG ailleurs qu'au Parc. Qu'il y ait des travaux ou pas, le Racing, ça reste Bollaert.

Quel est votre regard sur le foot d'aujourd'hui ? On imagine que pour vous c'était mieux avant.
Il y a quinze ou vingt ans, les joueurs se donnaient plus pour leur équipe. Ils étaient plus attachés au club. À Lens, quand vous regardiez un gars comme Robbie Slater (milieu gauche australien du début des années 90, ndlr), vous saviez que le maillot représentait quelque chose. Les mecs ne venaient pas juste prendre le chèque, ils finissaient les matchs carpette. C'est ce qu'on leur demandait. À Lens, tu peux perdre, mais il faut avoir mouillé le maillot. Le foot est devenu une machine à cash. L'avantage pour les passionnés comme moi, c'est qu'on peut tomber sur un match espagnol ou anglais sans souci, car il y a du football à la télévision tous les jours, au grand dam de mon épouse. Celui qui aime peut se faire plaisir. De même, je ne devrais pas le dire en tant que Lensois, mais c'est vrai qu'on prend du plaisir à regarder une équipe comme celle du Paris Saint-Germain. Mais là, ça devient puant. Le mercato ne ressemble plus à rien. Les gars s'entraînent avec un club, ils disent qu'ils sont contents d'être là en conférence de presse et deux jours plus tard, on apprend qu'ils signent à Tataouine. C'est n'importe quoi. Il y a trop de fric. Il n'y a plus d'égalité. Si en France, on avait le droit de faire comme le Barça ou le Real, même Lens pourrait jouer la Ligue des champions et la gagner tous les ans. Le premier gars qui fait un bon match, les Anglais débarquent et l'achètent à prix d'or. Avant, les mecs devaient faire plusieurs belles saisons pour intéresser les autres clubs, ne serait-ce que pour un transfert franco-français. Maintenant, il suffit de faire trois ou quatre bons matchs et on t'annonce à Tottenham. Et puis il y a ce débat pitoyable entre la LFP et la FFF… Il y a tellement de pognon en jeu que le réflexe normal des présidents de clubs, c'est de s'assurer des rentrées financières. Ils ont tous le regard tourné vers des ligues fermées. Que les équipes soient bonnes ou pas, du moment qu'elles ont de l'argent, elles pourront participer. Mais avec un système pareil, il n'y a pas d'émulation du sport. L'émulation, c'est le bon qui gagne et le mauvais qui dégage, qu'il possède du fric ou pas.
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Ça ne joue pas sur l'intérêt que vous y portez ?
Les joueurs qui veulent s'en mettre un maximum dans les poches, ça ne me choque pas. Ceux qui sont critiquables, ce sont ceux qui leur proposent des sommes pareilles. C'est indécent. Quel est l'intérêt du type qui joue en France, mis à part l'argent, de partir dans une équipe qui ne gagne rien ? Moi, ça ne me gêne pas, mais ce qui serait bien, c'est que les joueurs aient l'honnêteté de dire qu'ils s'en vont pour la tune. Il y a des de types qui ont disparu comme ça. La moitié des joueurs qui sont partis à Newcastle, on ne sait plus où ils sont. Après, tant qu'il y aura du jeu sur le terrain, des beaux gestes, des Zidane, des Waddle, des Wallemme, les regards resteront portés sur le rectangle vert. Dès que l'arbitre siffle le début de la rencontre, on oublie les à-côtés et on regarde une heure et demie de foot.

C'est quoi votre regard d'homme politique sur le foot ?
L'arrêt Bosman a tout foutu en l'air. J'estime qu'on devrait obliger les jeunes qu'on a formés à rester jusqu'à 23 ans, et les contraindre à disputer un minimum de matchs avec leur club formateur. En parallèle, on pourrait avoir un quota de joueurs nationaux dans les équipes. Mais on n'a plus le droit, encore une connerie de l'Europe.

Est-ce qu'il y a une vision sportive chez Chasse, pêche, nature et traditions ?
Le sport populaire, c'est la base. Il y a un sport professionnel qui se doit d'être la vitrine, mais qui doit uniquement vivre sur des fonds privés. Nous prônons un soutien envers tous les sports, et ce, dans tous les territoires. Malheureusement aujourd'hui, on voit que les gros clubs drainent tous les jeunes vers eux. Résultat : les clubs de village sont vides. On a l'impression qu'il n'y a plus de place pour les petits. On l'a vu l'an passé avec le cas Luzenac. Les sponsors partent tous vers le club phare, en général, de l'agglomération.

L'affaire Luzenac a profondément touché CPNT ?
Oui. C'est dégueulasse, cette histoire. Une équipe qui obtient sportivement sa montée doit avoir le droit de monter, point barre. Luzenac, c'est le même débat qui se joue entre la LFP et la FFF sur le système montées/descentes. Là, c'est un peu le club bouseux qui vient emmerder les grosses armadas de la ville. C'est la même chose qu'en politique et la gestion territoriale avec la politique des villages ou des territoires ruraux qui sont abandonnés par les grands sites urbains. On l'a vu avec la dernière réforme territoriale. On retrouve les mêmes problèmes.

Que pensez-vous du rachat de certains clubs comme le PSG ou Manchester City par des milliardaires ?
Les gars sont responsables, c'est leur argent. En tant que politique, je ne pense pas que ce soit le rôle des collectivités d'aller financer des sports pros. On est plutôt là pour aider les amateurs et les jeunes, qui sont le vivier du monde professionnel. Je préfère qu'on mette l'argent public là-dedans. Que certaines collectivités versent des subventions à des clubs qui génèrent des millions, je trouve cela dégueulasse. D'autant plus qu'il y a des sports à côté qui restent confidentiels et qui galèrent pour se payer un tatami, un cercle de lutte ou trois raquettes aux gamins. Il faut que chacun reste dans son domaine.

Comment avez-vous vécu l'épisode Hafiz Mammadov à Lens ?
Mal. Ça a franchement été la grande guignolade. C'est le revers de la médaille par rapport à ce que je viens de vous dire. Si vous avez un gars sérieux qui arrive avec son argent, qui gère de manière rationnelle et optimale le club, ça marche. Quand vous avez un gars qui vient et qui fait n'importe quoi, c'est la galère… Manque de pot, c'est tombé sur Lens. On ignore pas mal de choses dans cette histoire et je me demande si on en saura plus un jour. C'est toute une ville qui est pénalisée et un club qui est flingué. Dans ce cas de figure particulier, on aurait pu s'attendre à une intervention des pouvoirs publics à l'échelle nationale. Au départ, c'était une relation commerciale normale, mais vu le chemin que cela a fini par emprunter, je pense que la diplomatie française aurait mieux fait d'intervenir. C'est un naufrage lamentable.

Quels sont les points communs entre la chasse et le foot ?
La passion, l'amitié, le partage. Il y a le même côté festif et traditionnel, couplé à l'attachement au territoire. Il y a également cette poussée d'adrénaline qui monte quand on approche d'un gibier ou quand il y a une occasion lors du match. Même si du côté de la chasse, il y a la mort que l'on donne et qui n'existe pas dans le foot. Mis à part sur certains tacles ! Mais niveau émotion, ça se rapproche.

Qui ferait un bon sanglier parmi les footballeurs ?
L'image de celui qui fonce, je dirais Ribéry. Comme le sanglier, il avance tout droit et ne fait pas d'écart. Mais il est costaud.

Quelle est la différence entre un bon et un mauvais footballeur ?
Un bon footballeur, c'est un mec qui se met carpette à la fin du match. Le mauvais est celui qui ne pense qu'au fric et qui joue les danseuses.

Propos recueillis par Florian Cadu et Lhadi Messaouden


« On ne va pas se priver de dire "Oui, on veut faire du business", mais il interagira avec l'aspect sportif. »


Gilles Dubois, président délégué du CSSA

Un prince à Sedan



Depuis près d'un an et demi désormais, les frères Dubois, propriétaires du club de Sedan, négocient avec des émissaires saoudiens pour un probable investissement du prince Fahad chez les Sangliers. Une folie. Mais pas si insensé que ça lorsque l'on regarde de plus près la complexité du projet qui est en gestation dans les Ardennes.

Le prince Fahad a la moustache fine, le bouc taillé. Dans son costume sombre, le rejeton de la famille royale saoudienne prend le micro face au parterre de journalistes réunis pour l'occasion. Grandes manœuvres industrielles ? Contrat pharaonique signé avec l'état français pour des Rafale ? Non, le prince n'est pas à Paris pour y dépenser des milliards, mais bien à Sedan, commune d'environ 20 000 habitants. Depuis quelques mois, Marc et Gilles Dubois, repreneurs du CSSA, négocient en effet avec le fortuné dans le but de lui faire investir quelques billes dans le club. Face au micro, Fahad annonce : « Rien n'est impossible. Nous sommes ici pour que les supporters soient fiers et que l'équipe ait sa place en Ligue 1 et dans les compétitions internationales. » Des paroles lourdes de sens pour les supporters des Sangliers, qui ont encaissé avec difficulté la chute de leur équipe jusqu'en CFA 2 en raison d'une liquidation judiciaire. Dès lors, l'espoir est permis. Même si une question demeure : mais que vient faire un richissime saoudien au milieu des Ardennes ?

La perspective d'une Sedan Academy


Pour comprendre l'intérêt saoudien pour le club ardennais, il faut remonter trois ans en arrière. Fin 2012, le CSSA et son historique président Urano voient leurs comptes plonger. Trop de dettes, trop peu d'investisseurs. Dans les coulisses, la reprise de l'institution sedanaise est donc dans les tuyaux, le contact déjà établi avec les Saoudiens. Toutefois, le jugement reléguant le CSSA met fin aux discussions. Une coupure passagère. Alors que les frères Dubois se décident à investir dans le club pour lui éviter la mort, l'idée est simple : réactiver la piste, afin de ne pas assumer seuls la charge financière inhérente à la vie des Sangliers. « Deux mois avant la reprise réelle, j'avais fait l'audit du club, et j'avais dit à mon frère qu'on n'y allait pas, car la situation était trop compliquée. Puis le fils d'un ami de mon père, que j'avais perdu de vue, m'a contacté pour me dire qu'il était en contact avec des émissaires saoudiens qui étaient intéressés pour investir. Il m'a dit que c'était compliqué, que tout ça n'allait pas se faire en cinq minutes, mais comme on avait analysé les comptes, il m'a fait comprendre qu'on était les seuls à pouvoir y aller pour éviter la mort du club. Et c'est ce qu'il s'est passé. Le fait de connaître l'intérêt des Saoudiens m'a poussé dans ma décision de me lancer » , explique Marc Dubois, dont les deniers proviennent de la société Aplus qu'il dirige. Simplement, le seul enjeu sportif ne peut suffire à attirer le prince. Alors, en coulisses, les frères Dubois s'activent pour proposer une offre plus à même de séduire ces rois du pétrole. Car en réalité, le partenariat ne concerne pas uniquement le football.

Outre la reprise du club, Marc et Gilles Dubois souhaitent multiplier les échanges avec le prince Fahad à travers divers projets financiers. Au programme, l'installation d'un centre de santé sur une partie du château de Montvilliers (compris dans les actifs du club), le développement de certaines activités de santé, dans lesquelles la société Aplus est spécialisée, en Arabie saoudite, mais aussi la participation éventuelle des industriels locaux regroupés dans le groupe Club Ardennes Export. Ceux-ci, grâce à l'entremise et au financement des Saoudiens, sont appelés à exporter leurs compétences dans différents pays (Sénégal, Maroc, Algérie). « Il pouvait y avoir un intérêt économique au-delà du simple aspect sportif, détaille Marc Dubois. Il y a notamment la formation, avec des centres en Arabie saoudite labélisés "Sedan Academy". Mon objectif est également de nouer un réseau économique autour du club et des partenaires. Il y a aussi la construction d'un centre d'entraînement et de formation, ici, à Sedan. Et puis, un projet touristique avec l'amélioration du bien-être tant chez les sportifs que dans le monde de l'entreprise, qui pourrait comprendre un complexe hôtelier. Le prince vient pour partager des projets. Venir acheter un club de CFA 2, ça n'a aucun sens, il faut qu'il y ait un attrait économique en plus. » Et lorsque l'on pointe les risques de collusions affaires sportives/affaires privées, Gilles Dubois joue la carte de la franchise : « Aujourd'hui, on ne peut pas nous faire de procès du style "Vous allez faire du foncier, de l'immobilier sur un truc comme ça." Ça a dû germer. Mais il faut savoir ce qu'ils veulent, s'ils veulent voir le club plus haut ou non. Les collectivités sont exsangues, il y a un manque pour nous, les entreprises sont à la rue. Ou bien un financier va mettre du fric chaque année, ou alors c'est fini. L'ère des mécènes, c'est terminé. On ne va pas se priver de dire "Oui, on veut faire du business", mais il interagira avec l'aspect sportif. Par exemple, chez eux, ils ont des gros problèmes d'obésité. Là-bas, les gamins sont énormes, parce qu'ils n'ont pas d'activité, ils bouffent sans arrêt. L'idée, c'est de leur dire "Nous, on a des méthodes pour vous traiter tout ça. Et à travers la galaxie de ce qu'on fait, il y a un club de foot." » Certes. Mais alors concrètement, combien d'argent pour le CSSA ? Si les Dubois se refusent à parler chiffres, une enveloppe de 50 millions a été évoquée par le prince. Seulement, celle-ci englobe tous les projets, y compris fonciers, envisagés par le deal. Bien loin du projet qatari au PSG, l'ambition se veut donc plus modeste. Surtout, il tarde à se concrétiser.

« Les gens ont du mal à comprendre l'envergure du projet »


Neuf mois après la première prise de contact, et alors que les parties semblent d'accord sur tous les aspects, la finalisation tarde toujours à se réaliser. À cela, plusieurs raisons. La première, et non des moindres, fut pour le moins imprévue : le décès du roi saoudien, Abdallah ben Abdelaziz Al Saoud, survenu le 23 janvier dernier. S'en est suivie alors une période de deuil au pays, pendant laquelle les négociations avec les Sedanais furent mises de côté. Mais sans être abandonnées. Loin de là, même, comme le souligne Marc Dubois : « Quelques mois après la sortie du deuil de leur roi, ils m'ont invité à Riyad. Là-bas, on a signé un protocole d'accord entre nous qui balaie tous les aspects de notre partenariat. » Là se situe le second frein : la complexité du projet. Loin de revêtir un simple enjeu sportif, l'investissement saoudien englobe un projet beaucoup plus vaste à la dimension économique conséquente. Et donc forcément, les choses sont plus longues à étudier. Et à signer. Marc Dubois : « Les gens ont du mal à comprendre l'envergure du projet. Si on "dealait" seulement sur du foot, cela se ferait beaucoup plus rapidement, mais là il y a les accords sur la pérennité du projet de Montvilliers, avec les permis de construire, et je vous en passe. Il faut du temps pour emprunter tous les chemins escarpés sur lesquels on doit passer quand on monte un projet en France. Ce sont autant de facteurs qui peuvent retarder un projet de un ou deux ans, en somme. »

Un prince occupé


Finalement, rien d'anormal à voir les accords définitifs traîner en longueur. Après tout, l'interlocuteur des frères Dubois est un homme chargé, il va de soi que le CSSA n'est pas sa priorité, comme l'indique le patron de Aplus : « Le prince a des responsabilités informelles gouvernementales, il est très proche du pouvoir, même s'il n'a pas de mission officielle. Son père vient d'être nommé ambassadeur en Jordanie, son oncle aux États-Unis ; bref, il mène ses activités, donc les choses prennent plus de temps, c'est logique. » Sûr de son arrangement, Marc Dubois ne se prend donc pas plus la tête que ça. En bon businessman, il sait que les affaires ne se concluent jamais en un jour, qui plus est celles susceptibles de changer la face d'une région, tant en matière d'emploi que de visibilité et de notoriété. Même si, bien entendu, il serait préférable d'avoir une date butoir assez proche, désormais : « Il faudrait que l'on sorte ça avant la fin de l'année civile. Pour qu'au mercato d'hiver, on ait les moyens d'une politique ambitieuse pour la fin de championnat, pour accrocher la montée dès cette année. Si on signe le partenariat en décembre, on sera affûté et armé jusqu'aux dents en juillet prochain. » Le football français est prévenu, les Sangliers vont bientôt sortir les défenses.

Par Raphaël Gaftarnik et Gaspard Manet

« Ribéry ferait un bon sanglier, il avance tout droit et ne fait pas d'écart. »


Frédéric Nihous

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Rédaction

Pierre Boisson, Florian Cadu, Régis Delanoë, Mathias Edwards, Raphaël Gaftarnik, Gaspard Manet, Lhadi Messaouden


Édition

Marc Hervez


Design et coordination technique

Aina Randrianarijaona


Secrétariat de rédaction

Julie Canterranne


Crédits photo

Réactions (8)

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par DarkPass' il y a 1 an
Je ne marche toujours pas SoFoot, le fameux Pierre Boisson et son article de Noel sur Reno sont trop beaux, trop gros pour etre sérieux.
par Two-Face il y a 1 an
Vous avez des news de Reno, le sanglier footballeur?
par Thouvenel Ballon d'Or il y a 1 an
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Putain je savais que j'aurais pas du prendre le dernier mojito vendredi soir
par marcassin il y a 1 an
Un article sur papa! Merci Sofoot
par pointardinho il y a 1 an
Olmeta président :)

par contre un article avec Nihous concernant le sanglier, nous sommes bien au plus profond des sous bois,sombre et crade.
par FolkTheWorld il y a 1 an
La couverture collector d'Olmeta !!!
par zoto il y a 1 an
Allez sedan
par sequane77 il y a 1 an
Pas très ouvert l' OLMETA. Je pense avoir le droit de croire que c'est un peu chaud de vivre à coté de keums armés jusqu' aux dents. Je me suis déjà fait chauffer par un mec carabine à l' épaule, ça met un peu mal à l' aise, d' autant que le type s' était juste trompé de personne.
Il la joue amoureux de la nature mais je peux vous dire que dans mon coin de Jura ,ils ramassent pas les douilles et les cannettes 50cl non plus d'ailleurs, en tous cas, pas tous. Je crois aussi qu' une personne qui schlasse un animal banalise la violence de l' acte, j' ai par exemple travailler pour Bigard et les mecs qui font les tueries ne considèrent même plus les vaches comme des êtres vivants. Pour moi c'est pareil quand tu plantes un sanglier pendant que ton chien lui bouffe les oreilles la bête encore vivante.
Dresser des chiens à la violence, je trouve ça limite aussi, que ça soit un chien de chasse ou un chien d' attaque. Les chiens de terrier qu' on laisse massacrer des renards juste pour leur donner le gout du sang. J' ai des chiens depuis tout petit et je vois pas ou est l' amour de ton compagnon quand tu le laisse enfermer dans une cage toute l' année. Et je n' ai pas de haine particulière pour les chassous, ils sont clairement utiles, notamment aux agriculteurs mais la remise en question, c'est bon pour tout le monde: sérieux, il faut des burnes pour planter un sanglier donc ce n'est pas quelque chose de condamnable ?