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France - Allemagne

Demi-finale de Coupe du monde

Jeudi 8 juillet 1982, Seville (Espagne)

Et à la fin, les Allemands...

Le drame et la passion, ou comment 120 minutes, et un peu plus, ont fait rentrer un match dans la memoire collective.

Cherif Ghemmour, avec Ali Farhat et Gilles François

Les nuls en foot sont naturellement insensibles à ressentir l'accablement véritable de la défaite. Mauvais ils sont, mauvais ils restent. Au pire ils sont déçus, mais pas mortifiés. Seuls les bons éprouvent vraiment les affres de l'échec au point de « haïr » la défaite. Avant Séville 82, le foot français respirait pépère sa nullité franchouille. Juste invité parfois à des « presque » succès sans lendemains. Une virée en touriste en Suède qui finit sur le podium en 1958 et une finale de C1 1976 perdue à Glasgow et qui se clôt par une descente victorieuse des Champs-Élysées. Pas si mal, hein ! Et puis le 8 juillet 1982, l'équipe de France de Michel & Michel perdit face à l'Allemagne en demi-finale de Coupe du monde… Une souffrance atroce. Tenace. Injuste, aussi. La défaite, enfin ! La vraie. Celle qui fait grandir. Celle qui révélait surtout que le football français était désormais devenu bon et qu'il méritait de briller à nouveau et de « gagner » . C'est cet authentique sale goût de la défaite de Séville 82 qui pava les succès futurs du football français mûri aux supplices de Littbarski, Rummenigge, Fischer et Hrubesch. Récit de cette défaite fondatrice…
Derrière: Trésor, Ettori, Janvion, Amoros, Bossis, Tigana. Devant: Rocheteau, Genghini, Giresse, Platini, Siz.

« Aucun film au monde, aucune pièce
ne saurait transmettre autant de
courants contradictoires, autant d'émotions
que la demi-finale perdue de Séville. »


Michel Platini

La fiche du match

RFA – France

3 -3 (5-4, tab)
Le 8 juillet 1982
Séville, Espagne
Stade Ramon Sánchez Pizjuán
Arbitre : Charles Corver
Buts RFA : Littbarski (17e), Rummenigge (102e), Fischer (108e)
Buts France : Platini (27e), Trésor (92e), Giresse (98e)


Des matchs qui comptent

Après la demi-finale de 1986 (la « vraie » revanche de 1982) Franz Beckenbauer déclarera : « Cette équipe [de France] ne sait pas battre l'Allemagne. » Pas faux. Mais ce que le « Kaiser » oublie volontairement, c'est que la RFA de 1958, alors championne du monde en titre, ne finira même pas sur le podium lors du Mondial suédois, battue par une équipe de France hyper offensive (23 buts en 7 matchs) et un Just Fontaine en feu (un quadruplé pour finir à 13 unités, record sur un tournoi). Alors oui, l'Allemagne a privé la France de deux finales de Coupe du monde dans les années 80, mais lors des matchs amicaux, l'équipe tricolore (comme ils disent aujourd'hui encore en Germanie) a battu tous les États teutons depuis le XXe siècle, que ce soit le Reich allemand, la RFA ou l'Allemagne telle que nous la connaissons aujourd'hui. Bilan total pour le moment : 11 victoires françaises, 9 victoires allemandes, 5 nuls. Si la « Grande Nation » (oui, oui, la France est appelée comme ça là-bas) aime les matchs qui comptent pour du beurre, l'Allemagne aime se taper le cul de la crémière. Pour mieux se faire fesser ensuite.AF

Ces Allemands qui n'abandonnent jamais


Horst Hrubesch saute haut. Très haut. Il monte au ciel… HH rabat de la tête en retrait un centre de Littbarski sur Fischer qui, d'un retourné acrobatique, fige Ettori sur la ligne. Le ballon fouette les filets: 3-3 ! L'Allemagne vient de faire son retard alors qu'elle était menée 3-1. Une remontée proverbiale que tous ses adversaires redoutent depuis 1954. En finale de Coupe du monde 54, les Allemands avaient fini par battre 3-2 les merveilleux Hongrois de Puskás bien partis pour l'emporter (2-0 à la 8e minute)… On joue la deuxième mi-temps de la prolongation de ce RFA-France et après deux heures de jeu ces Allemands 1982 sautent haut, courent vite, tirent fort. Ils sont sur tous les ballons et font reculer des petits Français devenus pareils à des Juniors. Leur endurance légendaire rappelle au Bleus que si le football est bien un jeu, que les Tricolores ont magnifié sur cette pelouse de Séville, il est avant tout un sport. Un sport qui se gagne donc aussi avec des qualités physiques élémentaires. Car l'Allemagne est une grande nation de sport. Pas la France. Ou du moins pas encore. Une autre vérité plus subtile qui balaie la caricature du footballeur allemand bourrin et costaud, c'est que cette RFA 1982 sait bien jouer au ballon quand elle le veut. Depuis 1954 au moins, elle a toujours pu compter sur des vraies individualités très techniques (Littbarski, Breitner, Rummenigge, Hansi Müller, en l'occurrence à Séville) et elle a souvent su déployer un jeu offensif et bien construit. Lors de cette demi-finale de Mundial 82, on a pu préférer le ballet parfois sublime prodigué par le Carré Magique des Giresse-Platini-Tigana-Genghini. Certes… Mais les périodes de domination allemande ont fait déferler vers le but d'Ettori des vagues blanches magnifiquement orchestrées. Le jeu français est plus stylé, confinant même parfois à un état de grâce qu'on ne retrouve que chez les Brésiliens inspirés. Mais, une fois de plus, la puissance germanique sait aussi s'accommoder d'une fluidité remarquable dans la circulation du ballon qui a abouti à trois jolis buts. Et puisque le football est avant tout un sport, il exige un mental à toute épreuve. Or « le » mental est une marque brevetée made in Germany depuis 1954, lui aussi : le footballeur allemand y croit toujours, n'abandonne jamais. Même donnée perdante, même menée au score, même réduite à dix ou quasiment (Beckenbauer le bras en écharpe au Mundial 1970), dans la touffeur de Mexico ou dans le frigo moscovite, l'Allemagne n'est jamais battue tant que l'arbitre n'a pas sifflé la fin de la partie.

En 1982, le footballeur français traîne sa lose… Un vieux fatalisme sportif dans lequel la nation s'est toujours complu. Nous sommes la France des glorieux vaincus : Poulidor, Jazy ou les Verts de Glasgow 76, pour faire vite. Plus globalement, le Français traîne un complexe évident avec l'Allemagne qui, elle, gagne sur tous les tableaux : en sport, en économie et à la guerre. Les revers de 1870, 1914 et 1940 resurgiront en retour de refoulé au soir du 8 juillet, du fait de la défaite et de l'agression de Schumacher sur Battiston. Jamais le mot « Boche » ne fut prononcé publiquement, mais les Français le pensèrent très fort… Même la symbolique des « gabarits » le démontra : la puissance allemande c'était l'immense Hrubesch et le p'tit Giresse, pareils à l'immense Kohl et le p'tit Mitterrand, voire pareils aussi à Bismarck-Thiers (le Prussien était un géant, le Versaillais était un nabot)… C'est pour tous ces motifs qui ont forgé le solide caractère allemand que la plupart des acteurs français de la Nuit de Séville reconnaîtront tacitement avec le temps la supériorité de leur adversaire. De Marius Trésor en 1998 ( «  Je me suis rendu compte qu'on avait joué comme des cons, à 3-1  » ), à Patrick Battiston ( «  On n'aurait peut-être pas dû pratiquer un football champagne à 3-1 » ) et à Michel Platini en 2012 ( «  Les Allemands, c'est dur de les battre ! C'était du 50-50… Ils ont gagné à la loyale, à part ce c… de gardien de but allemand » ). En 2012 Hrubesch, craqueur de Bleus, se fera lapidaire : « Je n'avais pas de pitié pour eux. Nous n'étions pas responsables. Ils n'avaient qu'à s'en prendre à eux-mêmes. » Difficile, en effet, pour le football allemand de compatir au malheur français… Sans doute parce que la RFA avait elle aussi subi des « injustices » dans le passé : interdite de Coupe du monde 1950 pour cause de Seconde Guerre mondiale, une finale d'Euro 1976 perdue aux tirs au but, une finale de Mondial 1966 perdue sur un but anglais litigieux et surtout, une demi-finale mexicaine en 1970 perdue 4-3 en prolongation contre l'Italie ultra dominée. C'est d'ailleurs cet Italie-RFA qui demeure pour le monde entier et pour les Allemands le «  match du siècle  » . Pas la nuit de Séville (appelée « Nacht von Sevilla » , pour les Allemands).

En France, l'intensité dramatique « live » a figé durablement le souvenir de ce match exceptionnel. D'ailleurs, on a rebaptisé ce RFA-France «  France-Allemagne 82 » … Parce que c'était la première fois que l'équipe de France de foot jouait tard et en prime time en compétition officielle (21 heures). Ses cinq matchs précédents de ce Mundial espagnol avaient été disputés l'après-midi. Parce que ce RFA-France s'est déroulé un jeudi soir, un jour de semaine inhabituel, au lieu des traditionnels jours de matchs (mercredi, samedi ou dimanche). Le vendredi matin, au réveil, la Français étaient alors déphasés. D'autant plus qu'en se rendant aux kiosques L'Équipe avait titré à la Une : « FABULEUX ! » À l'époque, la rédac n'avait pas eu le temps de boucler son édition du lendemain avant la fin du match… Autre épisode hallucinatoire : juste après la Coupe du monde, un immense panneau 4 x 3 sur le périph' de la Défense afficha la photo sublime en noir et blanc des Bleus alignés héroïques et simplement légendée « Francement, merci  » . Comme si les Bleus avaient « gagné » … Outre son scénario extraordinaire, la dilatation du temps rendit également ce match totalement mythique. Commencé à la lumière du jour, il s'acheva « au bout de la nuit » , lui conférant ainsi une aura surnaturelle au passage du jour à la noirceur et de la victoire à la défaite. Mais ce rite initiatique douloureux fera grandir le foot hexagonal : c'est grâce à Séville 82 que la France remportera un « fabuleux » Euro 1984…
Derrière: Breitner, Stielike, Schumacher, Briegel, Fischer, B. Forster. Devant : Kaltz, Littbarski, K. Forster, Dremmler, Magath

« Je n'avais pas de pitié pour eux.
Nous n'étions pas responsables.
Ils n'avaient qu'à s'en prendre
à eux-mêmes. »


Horst Hrubesch

La nuit de Séville


Jeudi 8 juillet 1982. Le match RFA-France va bientôt débuter au Stade Sánchez Pizjuán de Séville. Il fait encore jour et la température étouffante est de 33°, c'est pourquoi on avait programmé la rencontre à 21 heures, horaire plutôt tardif et typiquement espagnol. Banalité d'époque, la marque de clopes Winston s'affiche en panneaux publicitaires autour de la pelouse ! Après tout, Trésor, Platini ou Breitner fument comme des pompiers… Les Allemands sont en blanc. La tunique albâtre frappée de l'aigle noir ravive toujours la terreur blanche qu'a longtemps inspirée la Nationalmannschaft.
J. Derwall

Jupp Derwall

Ancien joueur du Fortuna Düsseldorf, il est devenu sélectionneur de la RFA en 1978, avec qui il gagne l'Euro deux ans plus tard, avant d'échouer en finale du Mundial 82. Champion de Turquie avec Galatasaray en 1987, il a même laissé son nom au stade d'entraînement du club turc. Il est décédé en 2007.

H. Hrubesch

Horst Hrubesch

Entré en jeu à la 73e, le « Monstre de la tête» n'a certes pas marqué face à la France, mais il a offert une passe décisive à Klaus Fischer pour le 3-3. De la tête, bien entendu. Outre le football, l'ancien attaquant du HSV a une grande passion: la pêche. Il a même écrit un livre sur ses expériences. Etrange pourtant qu'il s'agisse de pêche à la ligne, lui qui adorait faire trembler les filets…

K. Rummenigge

Karl-Heinz Rummenigge

Entré en jeu au début de la prolongation, c'est lui qui va réorganiser son équipe et changer le match. L'actuel membre du directoire du Bayen Munich marquera cinq minutes après son entrée le but du 3-2, entamant la remuntada germanique.

H. Schumacher

Harald Schumacher

Plus de trois décennies après l'incident, il reste l'ennemi public numéro un en France. L'homme qui a failli créer la crise diplomatique la plus importante entre la France et l'Allemagne depuis la Seconde Guerre mondiale. Plutôt que Michael, c'est bel et bien ce Schumacher-là que les Français auraient voulu voir dans le coma. Cela aurait été un juste retour de karma.

K. Forster

Karl-Heinz Forster

L'ancien joueur de l'OM a demandé pardon au peuple algérien pour le « match de la honte» entre l'Allemagne et l'Autriche dans ce Mundial 82. L'accord entre les deux sélections avait entraîné la qualif des teutons aux dépends des fennecs. Une équipe de gagneurs, cette RFA 82.

U. Stielike

Ulrich Stielike

Pas le joueur allemand le plus connu, mais il impose le respect: passé par Mönchengladbach et le Real, « Uli» est l'un des rares joueurs à avoir disputé finale de C1, de C2 et de C3 + la finale d'un Euro + la finale de la Coupe du monde. A Madrid, plus que Netzer, Breitner ou autre Özil, c'est lui l'Allemand qui marquera le plus le club, élu quatre ans de suite « Meilleur étranger» de la liga, la dernière fois en 1982. Un statut qu'il n'honorera pas à Séville, puisqu'il foirera son tir au but.

B. Forster

Benrd Forster

Bernard Forestier, le frère de Charles-Henri, n'est pas le plus connu des deux, mais tout comme son frère, il était dur sur l'homme. Dur sur l'animal, aussi. Un jour, Bernd et Karlheinz ont eu la bonne idée de vouloir chevaucher un porcelet dans leur village. Le porcelet est mort. Ils ont pleuré, et n'ont pas voulu manger sa viande. Comme quoi, les bouchers ont un coeur qui bat.

M. Kaltz

Manfred Kaltz

Tout comme Stielike (et Rainer Bonhof), Manfred Kaltz a disputé toutes les finales possibles. Il a également marqué la Bundesliga de son empreinte: il en est le meilleur buteur sur pénalty (53), le 2ème joueur qui y a disputé le plus de matchs (581), et celui qui a inscrit le plus de csc (6). Mais si « Manni » est connu pour une chose, ce sont ses centres. Comme dirait son partenaire de Hambourg Horst Hrubesch: « Manni, centre en banane - Moi tête - But!»

W. Dremmler

Wolfgang Dremmler

Wolfgang n'a connu que deux clubs dans sa vie: l'Eintracht Braunschweig époque Jägermeister, puis le Bayern Munich en passe de devenir Rekordmeister. Il s'est surtout fait un super copain dans la vie: Paul Breitner, qu'il a rencontré à l'Eintracht. C'est grâce à ce dernier qu'il s'imposera au Bayern. Il y est toujours d'ailleurs, à la tête du centre de formation

H. Briegel

Hans-Peter Briegel

Avant d'arpenter les terrain de Bundesliga avec le 1.FC Kaiserslautern, il a commencé dans l'athlé (Saut en longueur, triple saut et pentatlhon moderne). Pas toujours tendre avec ces adversaires comme l'indique son surnom : « Die Walz aus der Pfalz », qu'on pourrait traduire par « Le rouleau compresseur du Palatinat». Un poète.
GF

P. Breitner

Paul Breitner

Un homme dont les frappes ne restaient pas dans son pied gauche et qui n'avait pas sa langue dans sa poche. S'il ne s'était pas brouillé avec Franz beckenbauer, nul doute que Paul Breitner aurait eu un palmarès plus étoffé. Mais Paul est un esprit libre. Personne ne peut lui barrer la route. Un génie et une grande gueule en même temps.
AF

F. Magath

Felix Magath

De nos jours, d'aucuns connaissent l'entraîneur et ses méthodes de psychopathe. Quand il était joueur, et bien c'était pareil: Felix était terrible. Ce fils de GI, élevé par des nonnes, n'avait pas son pareil pour diriger ses troupes. Soit pour obtenir la tête de son entraîneur et isoler la star de l'équipe (en l'occurence, Kevin Keegan à son arrivée à Hambourg), soit pour guide ses gars et remporter une Ligue des Champions (en 83, face à la Juve de Platini). Intraitable.

P. Littbarski

Pierre Littbarski

Pierre Littbarski n'avait rien de commun avec ses compatriotes: déjà, il était petit (1,68m) et en plus, c'était un formidable dribbleur. Les fans du RC Paris ont pu l'admirer une saison, une pause entre ses piges pour son club de toujours: le 1.FC Cologne. Par la suite, il s'exilera au Japon, où il rencontrera la femme de sa vie, et où il est toujours une idole. « Litti», qu'on l'appelle au pays du Soleil Levant.

K. Fischer

Klaus Fischer

108ème minute du match: centre de Littbarski, Hrubesch fait l'hélicoptère et trouve Fischer, qui trompe Jean-Luc Ettori. Cette RFA qui ne lâche jamais rien l'a fait: elle a réussi à égaliser à 3-3. Ce but symbolique sera même élu « but de l'année 1982» en Allemagne. Pour l'attaquant du FC Schalke 04, ce n'est qu'un retourné comme les autres dans sa carrière de buteur, lui qui facture 268 buts en championnat, soit le deuxième meilleur total derrière Gerd Müller.

M. Hidalgo

Michel Hidalgo

Michel est né dans le nord de la France, d'un père ouvrier-métallurgiste, d'origine espagnole, et d'une mère qui également donné le jour à Serge, son frère jumeau. C'est avec lui que Michel apprend le football, d'abord en Normandie puis en Mayenne suite à la guerre. Michel jouera ailier droit, au Havre, à Reims puis Monaco. Il connaîtra même une sélection en équipe de France. Comme Franck Jurietti.

P. Battiston

Patrick Battiston

« [Avec Schumacher], nous nous sommes rencontrés quand nous n'avons pas eu le choix. Il y a eu une rencontre de réconciliation avant le France-Allemagne qui s'est joué à Strasbourg, une autre à Bordeaux quand il était entraîneur des gardiens au Bayern - mais nous ne serons jamais amis». Tout est dit.

C. Lopez

Christian Lopez

Moustachu né en Algérie, il a passé plus de dix ans à Saint-Etienne. Entré en jeu pour remplacer Battiston après sa rencontre frontale avec Schumacher, il était le 7e tireur sur la liste de la séance de tirs au but. C'est donc lui qui devait tirer après Bossis si la série avait continué. On attend toujours.

J. Tigana

Jean Tigana

Bien avant Gennaro Gattuso, bien avant Ray Parlour, l'homme aux trois poumons, c'était lui. Et en plus d'être endurant, il était très technique. Dommage que son parcours d'entraîneur (Lyon, Monaco, Fulham, Besiktas, Bordeaux, Shanghaï) fut moins cohérent que son parcours de joueur

J. Ettori

Jean-Luc Ettori

JLE possédait le record de matchs en division 1, avant qu'il ne soit battu par un autre gardien, Mickaël Landreau. Vie de merde.

M. Bossis

Maxime Bossis

Dernier tireur français de cette séance de tirs au but (la première de l'histoire en demi-finale de coupe du monde), le grand Max foire sa tentative, et voit Hrubesch réussir la sienne. Auteur d'une belle carrière en club et en bleu,le Vendéen prendra sa retraite de joueur avec la faillite du Matra Racing en 1989. Il sera aussi consultant pour Orange Sport jusqu'en 2012. Un homme qui sent bien les coups, donc.

M. Trésor

Marius Trésor

« Je suis un enfant des îles / Je suis né sous le soleil / Du côté de Pointe-à-Pitre / La vie a un goût de miel / J'ai quitté la Guadeloupe / Pour aller à Ajaccio / Mon coeur n'avait plus de doute / La Corse est un pays chaud ».
Sacré Marius. Quelle magie.

M. Platini

Michel Platini

Idole de Nancy et de Saint-Etienne, capocanonniere de la Juventus et de l'EDF, puis patron de l'UEFA, le roi Michel est le numero un. Maître incontesté des coups de pieds arrêtés, il envoie son pote Battiston au casse-pipe à la 57e. Un match complet.

D. Rocheteau

Dominique Rocheteau

Ne parlez pas des Allemands à Dominique Rocheteau: pour lui, l'Allemagne, c'est ce pays de mèche avec les poteaux carrés de Glasgow et des rêves de finale de Coupe du monde brisés par des mecs froids comme la pierre malgré les chaleurs de Séville et de Guadalajara.

M. Amoros

Manuel Amoros

Capable de jouer indifféremment latéral gauche ou droit (il était d'ailleurs aligné à droite pour ses 29 premiers matchs en Bleu, jusqu'à celui-ci...), Manu fera surtout preuve d'une grosse paire en transformant son pénalty. Il finira capitaine des Bleus à 27 reprises.

G. Janvion

Gérard Janvion

Gérard avait une vie tranquille. Latéral droit à Saint-Etienne, international français, pépère. Et puis Patrick Battiston est venu chambouler sa vie: d'abord en club, puis en sélection. Mais Gérard ne s'est pas laissé abattre, et a fait ses matchs à gauche, puis dans l'axe. Après sa carrière, le Martiniquais fera admirer sa polyvalence en bossant dans différents DOM, comme la Réunion. Et la Martinique, bien sûr.

B. Genghini

Bernard Genghini

L'un des 4 du « carré magique» de 1982. Souvent dans l'ombre de Michel Platini, il présente quand même un beau palmarès avec les bleus. L'Alsacien moustachu s'est installé en fin de carrière à Sochaux pour servir de couteau suisse (recruteur, directeur sportif, entraîneur adjoint). Sans grand succès pour l'instant.

A. Giresse

Alain Giresse

Cette frappe poteau rentrant et ce mètre 63 qui court fêter le but du 3-1 les poings serrés, assurément l'une des images les plus connues du sport français. A tel point qu'Alain Giresse sera élu « Champions des champions» cette année-là par un fameux grand quotidien sportif français, et finira 2ème du Ballon d'Or, derrière Paolo Rossi. Petit, mais costaud.

D. Six

Didier Six

Maline, la France avait envoyé un espion en Allemagne. Un espion nommé Didier Six, chargé d'espionner la RFA depuis Stuttgart. Une mission commencée un an avant cette fameuse rencontre. L'opération s'avèrera être un échec, et Six quittera le sud de l'Allemagne un an après. Et puis pour qu'on l'emmerde plus, il s'exilera quelques années plus tard en Turquie, où il se fera appeler Dündar Siz.

Monsieur l'arbitre



Charles Corver
né le 16 janvier 1936 à Leyde, Pays-Bas.
Ancien arbitre international.


L'arbitre hollandais de la rencontre a officié dans deux Coupes du monde et deux championnats d'Europe. Il a créé la polémique en n'intervenant pas après la faute du gardien allemand. Il avouera bien des années plus tard ne pas avoir vu la faute de Schumacher. Dans le civil, il travaillait pour Heineken. Un signe ?
GF
Avant le match, Franz Beckenbauer a imprudemment lancé les hostilités. Dans Bild, le Kaiser a rencardé les joueurs de Jupp Derwall, entraîneur de la RFA à Séville : « Il faut être dur, très dur. Les joueurs français ont horreur du jeu physique. Il faut tirer de loin et les attaquer sur le côté gauche. » Des propos discutables mais tellement vrais : la Mannshaft jouera dur, au point de neutraliser Genghini et de bousiller Battiston.

« Jouez comme vous savez le faire. Eclatez-vous, amusez-vous! » Michel Hidalgo
Et ce fut bien du côté gauche que vinrent les deux buts allemands en prolongation (3-2, puis 3-3)… Au Mundial mexicain 1986, Beckenbauer devenu sélectionneur de la RFA achèvera d'agonir sèchement les petits Français d'une pique sévère après une autre demi-finale victorieuse contre les Bleus (2-0) : « Cette équipe ne sait pas battre l'Allemagne.  » Sur la pelouse de Sánchez Pizjuán, certains remarquent déjà le comportement pour le moins nerveux du gardien allemand, Harald Schumacher. Il racontera qu'arrivé au stade, il s'était aperçu qu'il avait oublié son maillot à l'intérieur du bus : « Le bleu ciel, celui qui me portait chance et que j'enfilais toujours. J'ai mis quelques minutes à m'en remettre, j'étais décontenancé, tendu.  » . Dans son autobiographie, Coup de sifflet (ed. Anpfiff, 1987), Harald avait lâché une véritable bombe en dénonçant la pratique du dopage en Bundesliga, notamment la prise d'éphédrine par ses coéquipiers du FC Cologne. Il révéla même que l'équipe de RFA recourait à des substances illicites au Mundial 82. À quoi Harald carburait-il à Séville ?... Avant cette demi-finale l'Allemagne est le favori, au vu de son parcours plus difficile (Angleterre et Espagne, 0-0 et 2-1) que celui de la France. Les Bleus avaient vaincu assez facilement l'Autriche 1-0 et l'Irlande du Nord 4-1 au deuxième tour. La Mannschaft expérimentée est également une habituée du dernier carré des grandes compètes internationales. Pas la France. Mieux (ou pire) : ce 8 juillet 1982, la RFA est championne d'Europe 1980, invaincue depuis quatre ans contre une équipe européenne. Le foot français a déjà oublié que dix-huit mois plus tôt, en novembre 1980, la RFA avait dézingué les Bleus 4-1 à Hanovre. Une tempête traumatisante, un tsunami inarrêtable qui avait détruit les Bleus de Platini.

De Hanovre 80 à Séville 82, ce sont pratiquement les mêmes 22 joueurs qui vont s'affronter, avec un incontestable avantage psychologique en faveur des Allemands. Mais, coup de chance pour la France : à Séville, la Mannschaft est orpheline de son génial « box to box player  » , Bernd Schuster, bourreau des Bleus à Hanovre. Contre toute attente, Schuster, star révélée de l'Euro 80, vient de claquer la porte de la sélection à vingt et un ans ! Il ne jouera plus pour son pays et éteindra la perspective qu'avec lui la Mannschaft aurait sans problème cannibalisé les années 80. Autre absence de taille côté allemand, le terrible attaquant Karl-Heinz Rummenigge. Au coup d'envoi, il est blessé à la cuisse mais il est susceptible d'entrer en cours de partie. L'excellent Hambourgeois Felix Magath pallie son absence mais sans le talent de « Kalle » , élu meilleur footballeur européen (Ballon d'or 1980 et 1981). Les absences de Schuster et de Rummennige rééquilibreront ce RFA-France qui penche toutefois encore du côté allemand. « À cette époque, l'Allemagne, même quand tu la domines dans le jeu, c'est elle qui gagne à la fin. J'avais ça en tête » , avouera plus tard Marius Trésor… L'équipe de France affiche déjà le visage métissé qu'on lui connaîtra par la suite. C'est la République assimilatrice, renforcée de ses cousines latines, de par ses gars de l'ex-Empire colonial des DOM-TOM : les « Italiens » Platini et Genghini, les « Espagnols » Hidalgo, Amoros, les Pieds-Noirs d'Algérie Lopez et Larios (remplaçants au coup d'envoi), les Antillais Trésor et Janvion, et Tigana, l'Africain du Mali. Black, Blanc et presque Beur si le cœur du regretté Omar Sahnoun ne l'avait pas lâché, en 1980. Hidalgo prône l'offensive avec son « carré magique » , une formule géniale inventée contre l'Irlande du Nord : trois n°10 inspirés (Platini, Genghini et Giresse) + un 8 tout aussi créatif (Tigana) = quatre meneurs de jeu ! À l'inverse du discours agressif de Kaizer Franz à la Mannschaft, le romantique Hidalgo exalte la noblesse du jeu : «  Jouez comme vous savez le faire. Eclatez-vous, amusez-vous !  »
Duel Janvion-Rummenigge dans la surface, pendant les prolongations

« Je me suis rendu compte qu'on avait joué
comme des cons, à 3-1. »


Marius Trésor

La 57e minute


Le match débute avec d'emblée une forte pression offensive allemande, façon Blitzkrieg : les Bleus reculent sous les coups de boutoir de l'increvable Breitner passé avec le temps milieu de terrain. Ils subissent aussi les raids ultra rapides du génial lutin Pierre Littbarski. Le premier quart d'heure rappelle dangereusement Hanovre 1980… Très tôt, Littbarski avait expédié une mine sur coup franc qui avait fracassé la barre d'Ettori. Et c'est ce diablotin qui ouvre le score à la 18e minute d'une balle traçante reprise d'un renvoi d'Ettori. Après ce gros temps fort ponctué d'un but l'Allemagne baisse d'un ton au moment où les Bleus de Platoche, fidèles à leurs mauvaises habitudes de commencer leurs matchs moderato, décident de se reprendre. Et ça ne traîne pas ! Sur un coup franc indirect joué dans la boîte, Bernd Förster ceinture Rocheteau dans la surface sur une remise de la tête de Platini. L'arbitre néerlandais, Charles Corver, siffle un penalty logique. « Michel » égalise à la 27e d'une frappe rasante au poteau gauche, prenant Schumacher à contre-pied : 1-1, on respire enfin ! Mais la chaleur est étouffante. Briegel, Bossis, Trésor, Kaltz, Janvion, et Amoros jouent déjà bas baissés. Les maillots sortent des shorts… À partir de cette égalisation la France va soudainement se mettre à dérouler avec un niveau technique prodigieux. Le Carré magique est en place, ça joue fluide et fastoche, tout en exter, la tête levée. Tactiquement, c'est du football total : les défenseurs Trésor, Bossis (voire Lopez en seconde période) se retrouvent souvent à combiner aux 16 mètres adverses ! Un bémol contrariant : Didier Six, qui joue pourtant à Stuttgart, rate tout. Il a été préféré au solide Soler, irréprochable jusqu'alors. Sans Rummenigge, la Mannschaft, déjà étonnamment fatiguée, bafouille son football. L'ambiance est française avec les bandas du Sud-Ouest qui jouent dans une tribune fréquentée par Lino Ventura, Julien Clerc, Francis Weber, Claude Bez, Francis Cabrel, Marie-José Nat. La mi-temps survient sur un 1-1 plus que rassurant.

« Il faut être dur, très dur. Les joueurs français ont horreur du jeu physique. » Franz Beckenbauer
En seconde période la nuit est tombée sur Sánchez Pizjuán et d'entrée les Bleus repartent à l'assaut. Dominique Rocheteau marque même un but mais il est refusé pour une faute peu évidente sur Bernd Förster (48e). La RFA subit, recule, s'énerve et joue de plus en plus dur. Schumacher et Stielike sèchent Six et Forster casse Rocheteau. Dominique, incertain jusqu'au coup d'envoi à la suite de sa blessure au genou contractée face à l'Irlande du Nord, n'est déjà pas à 100 %… À la 50e, Bernard Genghini, touché à la cheville en fin de première mi-temps sur une charge vicelarde du capitaine et défenseur Manfred Kaltz cède sa place à Patrick Battiston. Patrick est arrière latéral mais replacé pour la circonstance au milieu. Car Michel Hidalgo ne dispose plus de milieux sur le banc, vu qu'il en a aligné quatre sur le terrain ! Ses deux demis costauds et virils, le Stéphanois Jean-François Larios ( « fâché » avec Platini) et le Bordelais René Girard ne figurent pas sur la feuille de match : ils sont en tribunes… Au moins, Battiston a du jus. Mais pour Hidalgo, c'est un remplacement subi et non le choix d'un coaching effectué dans la sérénité. Les Bleus déroulent et à la 57e « Michel » délivre du côté droit une ouverture royale vers Battiston lancé plein axe. Battiston se présente seul face à Schumacher. Entré dans la surface, il a le temps de reprendre le ballon de demi volée. La balle passe de peu à côté… Fallait pas rater ça ! Mais juste avant de tirer, il s'est pris un tampon ultra violent de Schumacher, un coup de hanche en extension qu'il se prend en pleine poire !

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Battiston gît au sol, inanimé. Son agresseur moustachu au regard halluciné rumine un chewing-gum, les mâchoires crispées, attendant poings sur les hanches de reprendre le jeu… Battiston le Lorrain est évacué sur civière et l'arbitre Corver siffle un 6 mètres ! Pas de jaune, pas de rouge, pas de péno… Hidalgo remplace alors Battiston par Christian Lopez, un défenseur axial. Or, c'est son dernier changement : à l'époque on n'a droit qu'à deux remplacements. Lopez entre sans savoir à quel poste évoluer ! Il apostrophe Platoche : « Je joue où, Michel ?  » Platini : « Au milieu, tu joues au milieu ! » N'importe quoi ! Janvion, rapide et plus apte à jouer demi, aurait du monter d'un cran et laisser son pote Christian faire la paire axiale avec Marius comme ils l'avaient déjà fait autrefois… Le jeu reprend et les Bleus un temps choqués par la sortie de Patrick dominent toujours : « La sortie de Battiston a décuplé nos forces. Cette agression nous a surmotivés. Avant, nous étions onze. Après, nous sommes 50 millions. On ne touchait plus terre ! » , se souvient Ettori. À la 89e, le jeune latéral gauche Manu Amoros (20 ans tout juste) pénètre dans le camp adverse et bazarde de 30 mètres un missile plongeant qui va s'écraser sur la transversale de Schumacher, battu. Fin du temps règlementaire (1-1). Il va falloir jouer la prolongation.

Patrick Battiston : « Ce n'était pas gratuit »



Lors de ce match, vous entrez à la 50e minute. En tant que milieu de terrain…
C'est un poste que je connaissais, puisque je l'avais occupé quand j'étais jeune. On retrouve ses sensations, ses habitudes, assez rapidement. Je rentre, je me sens bien…
Et là, vous jouez à peine huit minutes jusqu'au choc avec Schumacher. Depuis, il y a un avant et un après Séville 1982.
Le regard d'une partie des gens, par la suite, est motivé par ce qui m'est arrivé en 1982. Les gens qui connaissent le football savent. Et pour ceux qui ne connaissent pas, c'est quelque chose qui a marqué les esprits, ce choc avec Schumacher.
Comment avez-vous géré ce traumatisme ?
Le soir tard, je suis retourné à l'hôtel. J'avais certes perdu connaissance mais on ne m'a pas gardé en observation à l'hôpital. Comme j'étais quand même bien sonné, j'ai essayé de dîner, mais je n'ai pas pu parce que je ne tenais pas. Je suis donc allé me coucher, et Michel (Platini), Bernard (Lacombe) ou « Gigi » (Giresse), sont venus dans me demander de venir passer la soirée avec eux, et essayer d'évacuer cette frustration. Mais j'étais trop faible et mal en point !
Vous devenez un héros national…
Comme nous avons perdu, les gens ont ressenti ça comme de la frustration et une injustice notoire et flagrante. Il y a eu une assimilation (avec la guerre de 1939-1945, ndlr) qui a largement dépassé le cadre du football. Mais bon, il faut savoir raison garder, même si pendant un certain temps, il y a eu des réactions assez hostiles envers les Allemands.
Est-ce qu'on peut pardonner tant au joueur qu'à l'arbitre ?
Je ne me pose pas du tout la question comme ça… J'ai ma petite idée, parce que je pense que ce n'était pas gratuit, mais pour le reste, on ne peut pas déterminer ce qu'il y a dans la tête des gens à l'instant précis, mais ce serait analyser les choses sans résultat. Il faut passer à autre chose. Il suffit de revoir l'action pour savoir exactement ce qu'il en est…
Vous aviez par la suite revu Schumacher…
Pour être tranquille, il fallait le faire !

Propos recueillis par Laurent Brun, en juillet 2012.


Harald Schumacher : « J'ai pensé au ballon »




Qu'est-ce qui vous est passé par la tête quand vous avez foncé sur Battiston ?
(Silence) Je n'ai pas pensé à Battiston, j'ai pensé au ballon. Quand on joue dans les buts, celui qui arrive vers vous n'est pas intéressant, que ce soit Battiston, Platini ou Franz Beckenbauer, on ne voit que la balle. Et je voulais ce ballon!
Êtes-vous conscient que l'action sur Battiston est l'acte le plus grave pour les relations franco-allemandes depuis la Seconde Guerre mondiale ?
Si vous le dites... Ce n'est pas mon avis. Me comparer à ça, me mettre sur le même plan que la Deuxième Guerre mondiale, c'est particulièrement grossier de votre part.
Vous ne l'avez donc pas vécu comme ça ?
(Très ferme) Non !
Comment est-ce que vous l'avez vécu ?
Mais je l'ai déjà dit des milliers de fois, et Patrick l'a confirmé, d'ailleurs: si cette balle revenait de la même façon, je devrais y aller exactement de la même façon... Parce que j'étais sûr d'avoir la balle. Ce qui s'est passé ensuite, je le regrette, et c'est pour cela que j'ai présenté mes excuses à Patrick. Mais je ne me suis jamais excusé d'avoir voulu avoir le ballon ! Des choses comme ça arrivent dans le foot.
Selon vous, les Français exagèrent quand ils vous prennent pour l'Antéchrist ?
Mais les Français ne me voient pas comme ça, je ne suis pas l'Antéchrist ! Je suis allé en France ensuite, je suis passé à la télé, j'ai dit que
je regrettais, et les Français m'ont cru alors je ne sais pas d'où vous tenez vos informations...
Vous en avez marre qu'on vous en parle ?
Ça fait partie de mon histoire, mais c'est dommage que les gens ne me parlent jamais d'autre chose. La plupart ne me posent que des questions sur cette action, mais Schumacher, ce n'est pas qu'une action en vingt années de carrière professionnelle...

Propos extraits du So Foot #37 et recueillis par Magali Birnbaum et PK, restranscrits par JNH


Initiales « HH »

« La sortie de Battiston a décuplé nos forces. Cette agression nous a surmotivés. Avant, nous étions onze. Après, nous sommes 50 millions. » Jean-Luc Ettori
Et cette prolongation débute en fanfare ! Sur un coup franc indirect botté côté droit par Giresse, Trésor échappe à son vis a vis Hrubesch et décoche une volée limpide qui crève le plafond des buts de Schumacher (2-1, 92e). La légende dictera la suite à travers les commentaires de Thierry Roland et Jean-Michel Larqué quand Six déboule côté gauche sur une transmission de Platini : « En retrait pour Giresse ! En retrait pour Giresse !... Ouiiiiii ! But d'Alan Giresse ! » Prodigieux : 3-1 à la 99e. « Gigi » en pleine exultation primale agite frénétiquement les bras au ciel : il vient d'envoyer les Bleus en finale, croit-on. Mais immédiatement, Rummenigge entré à la 97e reprend à lui tout seul les choses en main et la France prend soudain peur. Les Allemands passent à quatre attaquants (Rummenigge, Fischer, Hrubesch, Littbarski) et actionnent leur redoutable rouleau compresseur. Une contre-attaque tabassante s'actionne sur une première faute de Forster sur Giresse non sifflée puis sur une deuxième faute sur Platini. Elle aboutit côté gauche avec un centre de Littbarski pour « Kalle » qui se jette à terre pour planter de la pointe du soulier. L'Allemagne a vite réduit le score à la 103e (2-3). Un but qui plombe illico la bande à Platoche. La Terrible Allemagne (celle de Hanovre) étale son ombre blanche sur Sánchez Pizjuán. Capitaine de la RFA, Rummenigge motivait toujours ses troupes en langage très basique : « Maintenant, il faut nous battre avec la mentalité allemande. Tout donner, tout mettre dans la bataille afin d'écraser l'adversaire. » Dont acte : Hrubesch monte aux cieux et rabat pour Fischer qui égalise d'un magnifique retourné-ciseau à la 108e (3-3). Les Bleus accusent le coup. Leurs visages ont vieilli d'un coup quand ceux des Allemands ont rajeuni sous l'effet euphorisant de l'entrée de Karl-Heinz Rummennige… Fin de la prolongation. Pour la première fois en Coupe du monde, une qualification va se disputer aux tirs au but. Mais le combat a changé d'âme, comme l'explique Hrubesch : «  Avant la séance, je vois dans les yeux de nos adversaires que nous avons gagné. Pour nous, c'était une chance. Pour eux, c'était une corvée  » . Pas faux, Horst : les Bleus romantiques n'avaient même pas prévu avant le match qui devrait tirer les pénos en cas de tirs au but ! D'ailleurs, côté Français, ça ne se bouscule pas… Trésor refuse, Six aussi. Bossis ne veut pas être dans les cinq premiers tireurs...
Stielike et Littbarsky ne veulent pas voir ça!
Et c'est parti ! Giresse, impressionné par Schumacher au point de lui tourner le dos avant de s'élancer, est le premier joueur à tirer… Réussi ! Manfred Kaltz lui répond. Parfaitement détaché en mâchonnant son chewing-gum, Manuel Amoros prend deux pas d'élan et, tranquillos, troue la lucarne de Schumacher. Le bon vieux Breitner transforme à son tour comme une routine : 2-2, égalité parfaite. Rocheteau inscrit le troisième tir français. C'est au tour de Stielike… Ettori repousse la frappe trop molle balancée à mi-hauteur ! Stielike s'effondre et se recroqueville à genoux. Et pendant que le réalisateur de la télévision espagnole est encore fixé sur Stielike, en larmes dans les bras de Littbarski, l'impensable se produit : une clameur indique que Six vient d'échouer à son tour. Didier s'écroule comme Stielike avant lui. Une image rare au ralenti révèle que Six s'est trop précipité et a botté à mi-hauteur sans assez de conviction. Faute de volontaires, Hidalgo l'avait quand même désigné mais Didier n'avait accepté qu'en étant le cinquième tireur : contre sa volonté, donc, Didier s'était exécuté. Or, un changement d'ordre soudain lui fit tirer le quatrième, Platini devenant de facto l'ultime tireur ! Le bon Marius n'a jamais vraiment pardonné à Didier son empressement coupable ( « À côté, ce qu'a fait Ginola contre la Bulgarie en 1993, ce n'est rien ! » ). Ce à quoi Platini conclura, lui, avec raison : « Personne ne reprochera à un joueur de manquer un tir au but. Il n'y a que ceux qui les tirent qui les ratent. » Littbarski ne faiblit pas et remet les deux équipes à égalité (3-3). Viennent ensuite les deux cracks : Platini marque en changeant de côté (il tire à droite, après son péno frappé à gauche en première mi-temps) et Rummenigge transforme aussi avec une précision de tueur d'élite (4-4). Arrive alors le grand Max, sublime tout au long de cette demie qui n'en finit plus. Mais on n' y croit pas. On sent bien que les pénos, c'est pas son truc… Un tir mou. Raté ! Sa frappe mort-née est repoussée sans mal par Schumacher. Bossis échoue à 23h41… Balle de match pour l'Allemagne. Horst Hrubesch a tout du bourreau médiéval venu asséner le coup de grâce sans attendre : deux pas d'élan et but ! Le blond immense aux initiales létales « HH » bondit, extatique, les bras levés. Le regard halluciné de Schumacher et les bonds de Hrubesch resteront gravés à jamais dans la mémoire collective de la France du foot… Thierry Roland rend l'antenne. Mais le micro encore ouvert laisse entendre la voix lointaine de Jean-Michel Larqué en détresse : «  Allô Paris ?... Allô Paris ? »
CG

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Rédaction

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