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Retour sur la suprématie européenne de Liverpool, Aston Villa et Nottingham Forest

77-82 : Great Great Britain

1977-1982, quand les Anglais dominaient l'Europe...

Sommaire

Entre 1977 et 1985, c'est simple, les clubs anglais ont tout raflé en Coupe des clubs champions européens. Un premier back to back pour Liverpool en 77 et 78, un autre back to back, plus surprenant encore, pour Nottingham Forest en 79 et 80. Puis Liverpool reprend son titre en 81, Aston Villa lui chipe en 82, avant que les Reds ne le reprennent définitivement en 1982, avant que tout ça ne se finisse dans le sang du Heysel en 1985, et que les clubs anglais ne soient suspendus...

La playlist « Angleterre 77-82 »


Mais d'abord, c'est où Aston Villa sur la carte ?

Jimmy Rimmer, le gardien. Connaît pas… Cowans, Evans, Swain : on connaît pas non plus… Dennis Mortimer, le capitaine ? Inconnu au bataillon… McNaught, Morley, Bremner, Williams. Pffff… Gary Shaw et Peter Withe en attaque. Bof, non. On voit pas trop... Mais comment ces gars d'Aston Villa se sont retrouvés en finale de C1 ? Liverpool, OK, on connaissait. Donc leurs trois victoires en C1 77-78-81, c'était concevable. Mais Nottingham Forest ? Des inconnus, ces gars-là, sauf Peter Shilton. Et ils ont pourtant gagné aussi la C1 deux fois de suite en 79 et 80 ! Et là, en 82, c'est Aston Villa qui se retrouve en finale de Coupe d'Europe des clubs champions, (ancien nom de la C1 devenue Ligue des champions en 1992) avec un sixième succès anglais d'affilée à suivre… Et puis d'abord, c'est où Aston Villa sur la carte ? Aston Villa, on les connaissait de vue, en lisant parfois le classement du championnat anglais. Ils avaient fini champions d'Angleterre 1981… On n'avait pas trop fait gaffe à leur parcours européen parce qu'on s'était dit vers les quarts que l'édition 1982, ce serait pour le Bayern. Et justement ! C'est contre le Bayern qu'Aston Villa jouera demain soir au stade de Feyenoord, à Rotterdam. Et là, la plaisanterie anglaise s'arrêtera pour de bon. Parce qu'avec Breitner, Dieter Hoeness, Dremmler, Augenthaler et Rummenigge (Ballon d'or 80 et 81), les Aston Villa vont dérouiller. Le Bayern, c'est trois C1 en 74-75-76. Bien sûr, ils ont laissé filer le titre, et Hambourg va être champion d'Allemagne 82. Alors raison de plus pour Breitner et cie d'avoir encore plus les crocs à Rotterdam. Aston Villa est 10e du championnat anglais. Largués, les p'tits Aston ! Et puis ces cons, ils ont changé d'entraîneur en cours de saison ! En février le coach Ron Saunders (c'est qui ?) s'était barré, et c'est son assistant qui a pris sa place pour finir la saison. Tony Barton qu'il s'appelle. Punaise ! Mais d'où y sort aussi celui-là ? Vivement demain, qu'on en finisse avec ces Rosbifs !… Et on est demain. Mercredi 26 mai 1982, 20 h 30. Fait beau, chaud, moite. Il fait encore jour. Bayern en tout rouge, Aston Villa en tout blanc. D'habitude, les gars de Birmingham (c'est où Birmingham ?) jouent en maillot grenat et bleu ciel, short blanc : les Claret and Blue… Le stade est plein, et l'arbitre est français, monsieur ! Georges Konrath, un de nos meilleurs sifflets. Aston débute pas trop mal, sans se laisser impressionner. Mais on joue à peine la 10e minute que le gardien anglais, Jimmy Rimmer, demande à sortir. Pas de pot : c'est un des rares joueurs d'expérience de Villa. Il est alors remplacé par un grand nigaud de 22 ans, Nigel Spink. La dernière fois que ce réserviste a joué en D1, c'était contre Nottingham Forest (1-2), deux ans et demi plus tôt, en 1979 ! C'est donc sur ce « maillon faible » que le Bayern va appuyer…
Jolie coupe

Hooliganisme : les Anglais débarquent !


Les années 77-82 permettent au Vieux Continent de découvrir « massivement » un phénomène so british : le hooliganisme.



22 avril 1981 à Munich, demi-finale retour de Champions. Liverpool se meurt sous la crise, on n'y danse plus guère la northern soul, et Maggie vient d'arriver au pouvoir, sonnant la fin de la récré de l'État providence. Le mythique kop est une légende déjà respectée dans le monde entier, mais les légendes ne donnent pas de travail. Pourtant, le club possède une équipe en or. Et des fans haïs de tous, « ceux qu'on appelle les maudits » écrira même Philippe Broussard dans Génération supporters. Les Scousers aiment se différencier de leurs homologues du « Sud » , on leur attribuera même d'avoir inventé le look casual (à voir : le film Away days sur une firme du Tranmere Rovers F.C.). Et donc de nourrir une certaine affection pour le pillage des magasins dès que la possibilité leur sera offerte de poser un pied sur le continent.

Bien que longtemps moins craints ou connus que leurs rivaux des clubs de Londres, la France les avait déjà néanmoins découverts lors d'un déplacement à Saint-Étienne le 2 mars 1977. C'est donc quatre ans plus tard au tour de la Bavière de s'apercevoir que les bagarreurs ne se recrutent pas qu'à Manchester ou dans l'East-End. Le match ne manque pas de panache, ou en tout cas de fighting spirit. Face à la bande de Karl-Heinz Rummenigge et Paul Breitner, les gars de Kenny Daglish arrachent un 1-1 inespéré qualificatif pour la finale. Toutefois, ce suspense avec sa « fin heureuse » n'a pas suffi à calmer les ardeurs des Scallies. Des bagarres éclatent en ville, la police allemande ne fait pas dans le détail : vingt-cinq Anglais sont arrêtés. Le début d'une réputation un peu plus sale pour Liverpool. La finale au Parc des Princes contre le Real de Madrid à Paris va la confirmer dès le 27 mai, avec cette fois-ci un coté nettement plus porté sur les courses gratuites et la redistribution des richesses des enseignes de la Ville Lumière. Et puis ce sera le Heysel en 1985…
Par Nicolas Ksiss-Martov
Chronique du film Awaydays de Pat Holden – 2009

Top 10 : les victimes du foot anglais (1/3)

Le principe même de l'hégémonie, c'est de bouffer la part des autres. Dans ce domaine, les clubs anglais se sont particulièrement goinfrés entre 1977 et 1982. Tour d'horizon des plus illustres victimes de la perfide Albion.

1 - AS Saint-Étienne (1977)
Liverpool contre Saint-Étienne en quarts de finale de la Coupe des clubs champions 1977, c'est le tenant de la Coupe UEFA contre le vice-champion d'Europe en titre. Distancée en championnat par Nantes, la locomotive du football français est armée pour remporter le trophée perdu l'année d'avant à cause des maudits poteaux carrés. Malgré son expérience européenne, malgré la frappe de Bathenay, et probablement à cause de l'absence de Piazza, suspendu à Anfield, Saint-Étienne sort pourtant prématurément. Le début de la légende liverpuldienne, le début de la fin pour les Stéphanois.

2 - Borussia Mönchengladbach (1977, 1978)
Façonnés par Hennes Weisweiler, puis magnifiés par Udo Lattek à partir de 1975, les Poulains (die Föhlen) sont probablement la plus belle victime du football anglais. Inspirés, offensifs, infatigables - d'où leur surnom - les Rhénans croquent les années 70 à pleines dents : cinq championnats, une Coupe d'Allemagne et deux Coupes de l'UEFA. Mais aucune Coupe des clubs champions, en grande partie à cause de Liverpool, qui bat la bande à Berti Vogts en finale 1977, puis en demi-finale 1978. En 1973 déjà, les Reds avaient privé Weisweiler du titre en Coupe UEFA.

3 - Bayern Munich (1982)
Le football anglais ne s'est pas contenté de tuer dans l'œuf de potentiels rivaux comme M'Gladbach ou Saint-Étienne. En finale 1982, c'est le Bayern Munich et ses trois titres en C1 qui croient croquer Aston Villa. Certes, Franz Beckenbauer est parti faire tourner la planche à billets à New York et à Hambourg, mais les Bavarois restent une terreur avec Hoeness, Rummenigge ou encore Breitner. Au final, les Allemands subissent la plus grosse déception de leur histoire, un peu plus d'un an après avoir chuté aux portes de la finale contre le Liverpool de Bob Paisley...

« We invented football, did we not ? »

Ah ! L'Angleterre et les coupes d'Europe… Encore une impayable histoire de « splendide isolement » typically british. Du fait de leur incurable complexe de supériorité autoproclamée en matière de ballon rond ( « We invented football, did we not ? » ), les Anglais ont TOUJOURS snobé les compétitions internationales, de clubs et de sélections. Du moins au départ… Albion a zappé la Coupe du monde FIFA jusqu'en 1950 où elle s'est fait honteusement sortir au premier tour par les USA (0-1). Battue deux fois en 1953 par la Hongrie (3-6 à Wembley, sacrilège ! Puis à Budapest 1-7), l'Angleterre récupéra artificiellement et perfidement « sa » couronne mondiale un certain 13 décembre 1954 quand Wolverhampton battit en amical le Honved de Puskás (3-2). Le meilleur club anglais battait le meilleur club hongrois donc, voilà : Angleterre championne du monde ! Ne riez pas : c'est ce que le Daily Mail afficha à sa une au lendemain de la rencontre ( « Wolverhampton champions du monde » , en fait). Ce match au sommet inspira à Gabriel Hanot, rédacteur en chef de L'Équipe et fondateur de France Football, l'idée de créer une Coupe d'Europe des clubs l'année suivante, en 1955-1956. Pour cette première édition, les clubs étaient invités. Réaction anglaise ? Refus tout net d'y participer. On ne se mélangeait pas à la plèbe, vu qu'on était champions du monde. Et puis cette Coupe d'Europe, c'était encore une idée des Froggies… Du coup, la puissante FA (Fédé anglaise) interdit tout bonnement à Chelsea d'y participer pour ne pas concurrencer le championnat d'Angleterre (sic), alors que les Blues avaient accepté l'invitation… Mais la saison suivante, Albion céda et autorisa ses clubs à disputer la Coupe des clubs champions (Manchester United en 56-57). Détail : à la création en 1960 du Championnat d'Europe des nations (le futur Euro), l'Angleterre refusa d'y participer (comme les autres nations britanniques, l'Italie et la RFA)… avant de changer d'avis lors de l'édition 1964 ! Les vrais débuts de l'aventure européenne des clubs anglais naquirent dans le drame avec la catastrophe aérienne de Munich en février 1958 qui décima les Busby Babes de MU (huit tués, dont le prometteur Duncan Edwards). On raconte que ce Manchester qui montait en puissance aurait pu enrayer la série victorieuse du Real Madrid (5 C1 de 1956 à 1960), ou du moins qu'il aurait pu dominer le foot continental au début des sixties. Qui sait ?... En tout cas, il faudra attendre dix ans de galères et d'essais infructueux avant de voir un club anglais remporter la « Coupe aux hautes épaules » (les Anglais l'appellent « the high-shouldered cup » ). Un an après les satanés Irlando-Écossais du Celtic Glasgow (2-1 contre l'Inter en 1967), c'était le MU des survivants de Munich 58, Matt Busby et Bobby Charlton, qui s'offrit dans la douleur le titre européen à Wembley (4-1 a.p contre le grand Benfica d'Eusébio). Cette année-là, les Red Devils possédaient avec George Best le meilleur joueur du monde, ça aide… On croyait l'Angleterre bien partie pour rattraper son retard sur les nations latines. Que dalle ! Il faudrait attendre neuf ans et Liverpool 77 pour voir l'Union Jack flotter à nouveau sur l'épreuve reine continentale.
Les joueurs de Liverpool se marrent apr�s leur victoire contre Saint-�tienne (1977)

Top 10 : les victimes du foot anglais (2/3)

4 - Hambourg SV (1980)
« Le football est simple. Vingt-deux joueurs courent après un ballon pendant 90 minutes, et à la fin, c'est l'Allemagne qui gagne. » La phrase de Gary Lineker n'a jamais sonné aussi faux qu'au début des années 1980. Après M'Gladbach et avant le Bayern Munich, c'est Hambourg qui perd sa finale européenne en 1980, contre le Nottingham Forest de Brian Clough. Pourtant, l'équipe de Felix Magath avait cherché à se prémunir en s'offrant la star de Liverpool Kevin Keegan en 1977… Dirigé par le légendaire Branko Zebec, Hambourg devra patienter trois ans pour soulever le trophée.

5 - RSC Anderlecht (1982)
Dans les années 70-80, Anderlecht connaît sa période européenne : deux Coupes UEFA en 1970 et 1983, deux Coupes des coupes en 1976 et 1978. Le trophée ultime ? L'équipe de Tomislav Ivić l'entraperçoit en 1981-1982, avec pour joueurs cadres Broos, Olsen ou encore Vercauteren. Sur leur route, les Bruxellois épinglent la Juventus de Zoff, Bettega et Rossi, puis l'Étoile rouge de Petrović et Sestić. Mais en demi-finale, un seul petit but suffit à Aston Villa pour empêcher Anderlecht d'être le premier club belge à remporter la C1 (0-1, 0-0), comme le FC Bruges face à Liverpool en finale 1978...

6 - Real Madrid (1981)
Dominateur sans partage des premières Coupes d'Europe, le Real Madrid s'avance contre Liverpool pour la finale de C1 1981 avec le statut de triple champion d'Espagne en titre. Dirigée par Vujadin Boškov, le futur guide de la grande Sampdoria, la Casa Blanca s'appuie sur son attaquant vedette Santillana et quelques futurs grands entraîneurs : Del Bosque, Camacho, Stielike. Pas suffisant face aux Reds qui s'imposent en fin de match grâce à Alan Kennedy et réalisent la passe de trois au Parc des Princes.

« Jamais ils ne laisseront un club anglais gagner la Coupe d'Europe »

Un mélange de malchance, de truqueries, de présomption et de lacunes technico-tactiques vis-à-vis du continent peut expliquer la stérilité anglaise en C1, MU 68 excepté. Outre son peu d'ouverture sur le monde et la catastrophe aérienne de Munich, le foot anglais partait bizarrement sur de mauvaises bases paranoïaques. En demies de C1 64-65, Liverpool, vainqueur 3-1 à l'aller contre l'Inter, s'inclina 0-3 au retour dans des circonstances demeurées louches pour le peuple red (but de Ian St-John refusé). Bill Shankly accusa l'UEFA : « They are never going to let a British team win the European Cup » ( « Jamais ils ne laisseront un club anglais gagner la Coupe d'Europe » ). En 65-66, un très bon MU se fit surprendre en demies par le Partizan Belgrade (0-2 et 1-0). Mais la méga baffe anglaise, c'est Liverpool qui se la prit l'année suivante au 2e tour en octobre 66 : un sec 1-5 à Amsterdam, face au petit Ajax ! Le légendaire Shankly mit cette défaite sur le compte du faible éclairage du stade (pas faux) et sur le jeu « très défensif » hollandais (sic). Promettant l'enfer aux Ajacides à Anfield Road, le jeune Johan Cruijff le moucha d'un joli doublé (2-2). En 1969, MU céda de peu en demies face au futur vainqueur, le Milan AC (0-2 et 1-0). Idem pour le grand Leeds, écarté en demies par le Celtic (0-1 et 1-2). En 1973, ce fut encore en demies que Derby County plia face à la Juve (1-3 puis 1-0). Le coach anglais, un certain Brian Clough, furax, stigmatisa l'arbitrage (pas faux) et s'en prit aux journalistes transalpins, qu'il snoba vertement : « No cheating bastards do I talk to. I will not talk to any cheating bastards ! » Pas besoin de traduire… Brian les humilia encore plus en daubant sur le « courage italien » pendant la Seconde Guerre mondiale ! Enfin, il y eut la finale controversée de 1975 : Leeds ultra dominateur perdit 0-2 face à un bon Bayern, certes, mais fut privé d'un but de Lorimer sur hors-jeu limite et surtout de deux pénos, dont un que Beckenbauer reconnut valide après-match. Les supporters de Leeds, outrés, firent de très gros dégâts au Parc des Princes avant de se fritter sévère avec nos braves képis… Triste bilan des clubs anglais en coupes d'Europe à ce moment-là ? Non. D'abord parce qu'en C1, ils parvenaient souvent aux demies, et qu'après la grande période latine (Real Madrid, Benfica, les deux Milan, de 1956 à 1966), il y eut l'illustre séquence Ajax-Bayern pendant six ans (deux fois trois titres chacun de 1971 à 1976) qui ne laissa aucune chance à la concurrence. Et puis ce sont dans les deux autres coupes d'Europe, la Coupe de l'UEFA (ex-Coupe des villes de foires), la C3, ainsi qu'en Coupe des vainqueurs de coupes, la C2, que les succès répétés tracèrent la montée en puissance des clubs anglais en C1. Le premier titre continental fut inauguré en C2 par Tottenham (1963), suivi de West Ham (1965), Man City (1970), puis Chelsea (1971). En C3, Leeds (1968), Newcastle (1969), Arsenal (1970) et Leeds encore (1971) remportèrent la Coupe des villes de foires, avant de laisser Tottenham, puis Liverpool remporter la nouvelle Coupe de l'UEFA (1972 puis 1973).



Liverpool, deux visages tactiquement différents

La victoire en C3 de Liverpool en 73 est souvent considérée en Angleterre comme l'étape capitale vers la domination anglaise à venir en Coupe des clubs champions. Symboliquement, c'est le premier trophée continental des Reds, après la finale perdue en C2 1965 face à Dortmund (1-2 a.p). Une défaite traumatisante, au même titre que le 1-5 subi face à l'Ajax. Dans les deux cas, Bill Shankly avait retenu la leçon « continentale » . En 65, le foot d'attaque anglais et dominateur du LFC (Liverpool FC) avait été battu en brèche par le style rapiat tout en contres mortels de Dortmund. Quant à la claque d'Amsterdam, elle poussa Bill à « copier » ce jeu de passes très élaboré de Rinus Michels qui avait eu raison du jeu trop british isolationniste de ses Reds. C'est ainsi qu'en finale de la C3 1973 contre le terrible Mönchengladbach de Heynckes et Vogts, Liverpool présenta deux visages résolument différents. À l'aller, à Anfield, Liverpool usa du bon vieux kick and rush fait de ballons aériens dans la boîte : on joue sur l'immense Toshack qui oriente en déviation de la tête vers le petit Keegan. Le génial diablotin rouge conclut de la tête aussi bien qu'en reprise de volée. Résultat : un 3-0 sec pour Lilly Pool ! Petit miracle : l'immense Ray Clemence stoppa un penalty de Heynckes… Au retour, changement de peau. Face à la puissance offensive revancharde des Fohlen ( « les Poulains » , surnom des joueurs de M'Gladbach), Liverpool joua un peu contre-nature, bridant volontairement son foot de conquête pour une gestion plus rationnelle de l'espace et du temps. « The holding action » , comme le qualifia le Times, qui consistait à « gérer » avec sang-froid en faisant tourner le ballon, tout en contenant l'adversaire. Un truc quasi inédit dans le foot anglais ! Mais payant. Face au super M'Gladbach seventies naissant, Liverpool ne perdit « que » 0-2 et conquit enfin l'Europe. Symboliquement, ce fut aussi un aboutissement pour le bon vieux Shankly, l'ancien international écossais et le père du Liverpool moderne, l'homme aux trois titres de champions (1964, 1966, 1973) et aux deux Cups, en 1964 et en 1974. C'est d'ailleurs sur ce succès en FA Cup 74 que Bill Shankly démissionna, à la surprise générale du peuple red. Comme Sir Alex avec Moyes à MU, il suggéra au board du LFC le nom de son successeur, Bob Paisley... Bob qui ?



Bob et Bill, et la Boot Room de Liverpool

Bob Paisley était pensionnaire de la légendaire « Boot Room » . La Boot Room, ou « boîte à chaussures » , c'est le lieu sacré où s'est patiemment élaboré le style du Grand Liverpool des années 60 aux années 80 ! Cette petite pièce au mobilier très sommaire nichée dans le stade d'Anfield où on remisait les godasses fut investie par Bill Shankly à son arrivée au LFC en 1959. Désireux de travailler de très près avec les membres de son staff (Bill était socialiste, votait Labour), il les réunissait autour d'un bon vieux whisky pour « parler ballon » . Ils étaient cinq chevaliers autour de la Table ronde (carrée, en fait) : Bill Shankly, Reuben Bennett, Tom Sanders et les deux futurs coachs des Reds Bob Paisley et Joe Fagan. Autant le dire tout de suite, c'est Bob Paisley qui conquerrait le premier le Graal de la C1, en 1977… Parce qu'il était tout simplement le meilleur tacticien de la bande, sûrement l'inspirateur du jeu à deux visages du Liverpool moderne, à la fois très british et très continental. Même si c'est bien Shankly qui mit en place les entraînements avec ballon, basés sur la vitesse et les transmissions au cours des célèbres mini-parties en cinq contre cinq. Paisley, Fagan et Bennett s'éclataient, eux, à améliorer les méthodes de Bill… En 1974, Bob Paisley a 55 ans et il a une totale légitimité « red » en tant qu'ancien défenseur de Liverpool, son unique club (1939-1954, champion en 1947). Sa bonhommie masque un caractère de fer commun aux « vrais gars du Nord » , comme les vantera Sir Alex Ferguson. Fils de mineur pauvre, puis mineur lui-même à l'adolescence, il a fait la guerre 39-45 en participant à la campagne d'Italie. Alors à Bob, on ne la lui fait pas : malgré son empathie légendaire pour ses joueurs, il bannit toute pleurniche et melon qui enfle ! Outre sa science tactique supérieure à celle de Shankly ( «  » , dixit Ian Callaghan, Red historique, 1965-1980), Bob a une vision stratégique du jeu stupéfiante. « En l'espace de dix minutes de visualisation d'un match, il pouvait analyser dans le moindre détail les forces et faiblesses des deux équipes en présence » , révéla son pote et assistant Tom Saunders. Bob est aussi un as du recrutement, capable de repérer les « nobodies » qui deviendront les futurs cracks d'Anfield. C'est aussi un sorcier guérisseur ! En plus de son petit diplôme de médecine décroché en autodidacte après sa carrière, il a le don de diagnostiquer les maux de ses joueurs d'un simple regard… Ses méthodes de récupération (douches tardives d'après-match) épargneront à ses Reds les blessures. Enfin, nourri de son passé de joueur, il saura toujours gérer son groupe de 1974 à 1982, et notamment les remplaçants, frustrés de ne pas jouer. Bob savait trouver les mots justes, lui qui avait contribué à qualifier Liverpool pour la finale de la FA Cup 1950 contre Everton (2-0, un but), mais qui fut privé de cette première finale des Reds à Wembley contre Arsenal (0-2)…

« À la passion, Paisley avait ajouté la patience »

Sa première saison 1974-75 au LFC faillit être fatale à Bob Paisley : trois éliminations précoces en FA Cup, League Cup et C2, plus un début de championnat raté accumulèrent les doutes quant à sa capacité à bien assumer le job. Kevin Keegan publia alors un article pour défendre son boss contre les critiques sournoises des fans et des journalistes. Heureusement, une dernière ligne droite impressionnante mena Liverpool à la 2e place à deux points du champion, Derby County. La machine red était lancée ! En 75-76, l'avisé Paisley recruta Phil Neal et Joey Jones en défense, Terry Mc Dermott au milieu ainsi que Jimmy Case, issu de la réserve. Mais la géniale trouvaille de Bob fut de convertir l'attaquant Ray Kennedy en milieu offensif et créateur. En attaque, Paisley introduisit le rouquin David Fairclough, jeune fusée élancée bientôt baptisée « Super Sub » (l'expression est née avec lui), en remplacement de Toshack ou Steve Heighway. La campagne 1975-76 fut un nouveau marathon où Liverpool était engagé sur quatre fronts. La fin de championnat fut épique, car il fallut attendre le dernier match à Wolverhampton pour espérer dépasser Queens Park Rangers, leader avec un point d'avance et ayant terminé tous ses matchs. Problème… Le défi contre les Wolves tombait entre la finale aller-retour de C3 contre Bruges ! À l'époque, jouer l'Europe, c'était se projeter dans l'inconnu : tirage intégral, longs déplacements continentaux chez des « petits » clubs souvent redoutables, dans des petits stades coupe-gorge avec public chauffé à blanc et arbitrage un peu « influencé » , notamment derrière le Rideau de fer… C'est lors de cette campagne européenne que Paisley perfectionna l'approche plus « continentale » de son équipe. Par rapport au style de Shankly, on disait « qu'à la passion, Paisley avait ajouté la patience » . En demie aller au Nou Camp, face au redoutable Barça de Johan Cruijff, Liverpool signa une prestation mémorable. Grâce au génial Paisley, racontera Phil Neal : « Bob nous expliqua qu'il fallait calmer les ardeurs du Barça en procédant à un maximum de passes. Si nous les empêchions d'avoir une seule chance de marquer en première mi-temps, l'anxiété des fans adverses gagnerait les joueurs barcelonais. Nous avons joué de la sorte et cela fonctionna comme dans un rêve. » La paire télépathique Keegan-Toshack trouva la faille à la 13e minute : sur un une-deux, l'immense Gallois mina du gauche : 1-0 ! Liverpool domina ensuite toute la rencontre et préserva son avantage. Un club anglais parvenait à gérer à l'italienne ! À Anfield, le nul (1-1) qualifia les Reds pour une finale face à Bruges qui s'engagea fort mal. À l'aller, menés à dom 0-2 dès la 12e, Paisley changea ses plans à la pause en sortant Toshack pour Case, et Keegan passa en pointe. Kennedy, Case et Keegan sur péno renversèrent la vapeur : 3-2 ! Au retour, les Rouges combinèrent à nouveau une maîtrise du jeu collectif toute continentale avec une polyvalence tactique consommée, troquant leur 4-4-2 habituel pour un 4-3-3 ! Un coup franc vicelard égalisateur de Keegan sacra les siens pour la deuxième fois de leur histoire en C3 (1-1). Paisley, élu manager de l'année, avait égalé le plus grand exploit de Shankly : un doublé européen et national. Car entre-temps, à Molineux, les Reds envoyèrent les pauvres Wolves en D2 sur un joli 3-1 qui leur offrit un 9e titre de champions d'Angleterre.

Finale Liverpool - Mönchengladbach 1977

Youtube
Un peu de monde pour ce Liverpool - Saint-�tienne

Top 10 : les victimes du foot anglais (3/3)

7 - Malmö FF (1979)
Nottingham Forest empêche Malmö et la Suède de remporter sa première C1 en 1979. Les Scandinaves, tous originaires de Malmö et coachés par l'Anglais Bob Houghton, dominent la scène nationale (cinq championnats et cinq coupes en une décennie) et comme Forest, ils sont les invités surprises de cette finale. Problème, ils jouent le match de leur vie sans trois titulaires blessés (Larsson, Andersson, Tapper) et adoptent la tactique défensive de Bruges en 1978. Le seul but de ce morne match est signé Trevor Francis, recruté en cours de saison et novice au niveau continental...

8 - Aberdeen (1980)
Novembre 1980 à Anfield, Liverpool, décidé à reconquérir la C1, affronte Aberdeen, nouveau rival du traditionnel Old Firm Celtic-Rangers. Entraîné par Alex Ferguson, les Dons prennent l'eau (0-4), mais retiennent la leçon. Par la suite, ils remportent deux championnats, quatre Cup et une League Cup tout en réussissant l'exploit de s'adjuger la Coupe des coupes en 1983 en scalpant le Bayern Munich et le Real Madrid. Les héros de l'époque : Jim Leighton dans les bois, William F. Miller et Alex McLeish en défense, et surtout la star Gordon Strachan.

9 - Le communisme (1977-1982)
Si la Guerre froide s'était décidée sur un terrain, les clubs anglais auraient rendu de fiers services au bloc de l'Ouest. Entre 1977 et 1982, toutes les équipes à l'est du rideau de fer ou presque succombent contre les Anglais : Dinamo Dresde (8es de finale 78), Argeș Pitești (8es de finale 1980), Dynamo de Berlin (¼ de finale 1980, 8es de finale 1982), CSKA Sofia (¼ de finale 81) et même le Dynamo Kiev (¼ de finale 82). Seuls les Géorgiens du Dinamo Tbilissi s'en sortent indemnes en 1980 face à Liverpool, quand le CSKA Sofia s'est vengé deux fois contre Nottingham (1981), puis Liverpool (1982).

10 - Liverpool (1978)
De toute la période d'hégémonie anglaise, la plus grande victime restera finalement anglaise elle-même avec le Liverpool de Bob Paisley, alors double champion d'Europe en titre au moment de se faire sortir dès le premier tour de C1 79 par Nottingham Forest. Un intérim de deux saisons qui voit Forest remporter les deux seules C1 de son histoire, avant que les Reds ne reprennent leur marche triomphale en 1981, le temps de céder le relais à Aston Villa...

Par Nicolas Jucha

« Allez les Rouges ! »


À l'orée de la grandiose saison, 1976-77 Paisley convainc « King Kev » Keegan, très sollicité en Europe, de rester encore un an sur la Mersey. Le 4-4-2 de légende alignera cette saison-là Ray Clemence et son back four (Neal, Smith et Hugues dans l'axe, Jones), un milieu polyvalent (Case, Callaghan, Mc Dermott, Kennedy) et, devant, la paire Keegan-Heighway. En cette nouvelle saison marathon, un Liverpool conquérant pliera le championnat en mars avec une attaque de feu et une défense de fer. En Coupe d'Europe, les quarts lui offrent Saint-Étienne, alors terreur continentale, mais grâce aux valeurs de respect de l'adversaire de Paisley, les Reds passent l'obstacle. À l'aller, privés de Keegan, ils s'inclinent 0-1 dans le Chaudron sur un but de Bathenay… Au retour, sans Piazza, suspendu, les Verts contiennent les Rouges malgré un but de Keegan dès la 1re minute. Mieux ! Bathenay égalise d'une frappe divine des 35 mètres (1-1, 51e). Liverpool est alors éliminé… Mais Anfield galvanise les siens, et Kennedy plante le but du 2-1. À dix minutes de la fin, coaching avisé de Paisley qui sort Toshack pour Fairclough en lui glissant : « Fiche-moi le camp d'ici et obtiens-nous quelque chose. Regarde si tu peux renverser la vapeur. » Et le rouquin de s'échapper sur l'aile gauche pour aller battre Ćurković : 3-1 à la 84e, Anfield est en fusion ! Dans la mémoire du peuple red, ce Liverpool-Sainté 77 demeure sans doute encore le match le plus mémorable de l'histoire du club, car c'est celui qui a tout déclenché dans son aventure en C1. Par respect pour les supporters verts et leur culture prolétaire commune, les fans des Reds ont repris leur slogan en français : « Allez les Rouges » ! La marche sur Rome (lieu de la finale) se poursuit en demies avec une qualif sans pitié face au FC Zurich (3-0 et 3-1). Et nous voilà au samedi 21 mai 77, jour de la finale de la Cup à Wembley. Le LFC affronte MU, quatre jours avant la grande finale de C1 face à M'Gladbach. United l'emporte 2-1… Les Reds, qui ont tout donné, sont dévastés. Mais en rentrant à Liverpool en train, le moral remonte en flèche. Ainsi, le mercredi 25 mai quand ils pénètrent dans le Stade Olimpico de Rome avant d'affronter les terribles Allemands, les Scousers perdent leurs derniers doutes à la vue des tribunes rougies par 35 000 fans. Terry Mc Dermott n'en revient pas : « Une heure avant le match, on est allés sur le terrain, et à la vue de cette marée rouge, on a tous pensé "Jésus Christ, comment pourrait-on perdre avec tous ces fans ?" Et, évidemment, nous n'avons pas perdu. » Exact ! Ce Liverpool est trop fort. Après un tir sur le poteau de Bonhoff à la 20e, les Reds vont déployer leur jeu à deux tons (continental et british). Continental : le une-deux plein axe à terre sur le but de Mc Dermott (1-0, 27e), et ensuite, on fait tourner sur toute la largeur. On casse le rythme en possession lente. Ce qui fit dire à Tommy Smith : « Ce soir-là, nous ne sommes pas devenus une équipe continentale, mais on jouait comme une équipe continentale » . En deuxième mi-temps, Simonsen égalise, puis l'immense Clemence gagne en duel face à Stielike… Mais une tête canon de Smith sur corner tiré par Heighway rappelle que les Anglais seventies sont bien les maîtres des airs (2-1), avant qu'un péno de Neal obtenu par Keegan ne scelle le triomphe des Reds (3-1). Ils l'ont fait ! Hugues lève enfin le trophée au ciel, et Paisley se laisse aller à la nostalgie : « C'est la seconde fois que je bats les Allemands ici. La première fois, c'était en 1944. Je conduisais un tank à travers Rome qu'on venait de libérer. » C'était aussi le dernier match de King Kev, en partance pour le HSV Hambourg…

Liverpool - Bruges 1978

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« Tout le monde voulait épingler le champion d'Europe »

… Le Hambourg qui subit la dure loi des Reds en finale de Supercoupe d'Europe en décembre 77 ! Après le 1-1 en Allemagne, il est démoli 6-0 à Anfield ! À la fin du match, Kevin donne l'accolade à son successeur, Kenny Dalglish, un des buteurs de la soirée. En 77-78, le flair légendaire du visionnaire Paisley lui fait piocher trois internationaux écossais : l'intraitable Alan Hansen (21 ans) en défense centrale, le génial Graeme Souness au milieu (arrivé en janvier 78) et une terreur de 26 ans venue du Celtic, Dalglish… Des renforts extras ! Sauf que… En cette nouvelle saison, « tout le monde voulait épingler le champion d'Europe » , se souvient coach Paisley. Son assistant Ronnie Moran hallucine : « J'ai vu des joueurs d'équipes adverses devenir complètement hystériques après avoir gagné un match de Ligue contre nous. J'ai même vu un président sabler le champagne pour rien de plus qu'une simple victoire de routine ! » Welcome back in England, les Scousers ! Autre imprévu : Nottingham Forest, arrivé tout droit de D2. Drivés par le vieux renard Brian Clough, les autres « Rouges » mettent le championnat KO d'entrée (Liverpool finira deuxième) et achèvent par un doublé tabasseur avec l'ajout de la Coupe de la Ligue (1-0 face au LFC !).

Liverpool fait alors son affaire de la C1 en trucidant le Dynamo Dresde (5-1, 1-2), puis le Benfica en quarts (2-1 à la Luz, 4-1 à Anfield). En demies, les Reds retrouvent leurs meilleurs ennemis de Mönchengladbach… Au Bökelbergstadion, David Johnson inscrit un but « anglais » (de la tête), celui du 1-2. À Anfield, Lilly pool enfonce pour la troisième fois le pauvre Borussia. Comme d'hab, grâce à sa double lame tactique, british & continentale, incarnée par l'immense Ray Kennedy, actif sur les trois pions : une tête canon (1-0), puis « la classique anglaise » : remise de la tête pour la volée de Dalglish (2-0), et enfin passe décisive « à terre » à Case qui frappe sous la barre (3-0). Le peuple red migrera à nouveau à Wembley pour la finale de C1 du 10 mai 78 contre Bruges. Problème : les Belges se contentent de bétonner au cours d'une des finales les plus moches de la C1. Après la pause, Souness trouve enfin la faille à la 65e : à l'entrée de la surface, il amortit de la poitrine et glisse sur le côté droit vers Dalglish qui, d'un amour de pichenette, lobe un Jensen jusque-là imbattable : le ballon s'en va mourir dans le petit filet opposé… Wembley rugit ! À 1-0 Liverpool tient sa deuxième higher shouldered cup ! Tommy Smith achèvera les Belges pour leur non-jeu ultra défensif : « C'était une stratégie pathétique. Vous ne pouvez jamais rien gagner en jouant ainsi » .
Kevin Keegan place sa t�te

Anfield, son kop, ses chants et ses slogans punks

En 77-78, le doublé retentissant de Liverpool en Ligue des champions s'accompagne de l'irruption tellurique de la punk music. Suivant la hype british des sixties avec les Beatles, Stones, Kinks et l'Angleterre championne du monde 66, la culture foot & rock anglaise déferle en plus grand. En 77-78, Lilly Pool triomphe dans les stades comme les Sex Pistols, Clash, Jam, Damned cartonnent dans les charts. L'Union Jack est partout, bientôt adopté et adapté dans tous les stades d'Europe ! Cette fascination foot-rock fantasmée pousse les fans de foot du monde entier à adopter dès lors un club de cœur anglais. Le doublé en C1 77-78 des Reds a été l'aboutissement de la montée en puissance des clubs d'Albion, d'abord rafleurs de nombreuses C2 et C3 au début des seventies. Et puis l'Angleterre raffole des coupes (FA Cup, League Cup, Charity Shield) et des déplacements pour les finales au « Temple » du Wembley Stadium. Du coup, dans les seventies, le foot anglais a tout simplement annexé les Coupes d'Europe ! Et émotionnellement, Liverpool a frappé très fort... D'abord avec son kit complet rouge sang revêtu pour sa première participation en C1 64-65, parce que le démoniaque Shankly voulait terroriser l'adversaire ! Et puis il y a la Red Army, cohortes médiévales de supporters bariolés, fidèles jusqu'en Enfer avec leurs oriflammes à damier rouge et blanc. Il y a aussi Anfield, son kop et sa houle de vagues humaines, ses chants ininterrompus et ses slogans ( « We shall not be moved ! » ) pareils aux hymnes punks de l'époque gueulés bien fort (No Future ! des Pistols, White riot ! de Clash ou In the city ! des Jam). Et puis il y a You'll never walk alone chanté religieusement en début et fin de matchs sous une marée d'écharpes écarlates tendues bien haut. Comment résister à cette pyrotechnie de bruit et de fureur ? Depuis Azincourt (1415), on sait l'Anglais batailleur. Dans les années 70, les footballeurs anglais sont increvables, disputant à la fois un championnat à 22 équipes sans trêve hivernale, deux coupes nationales (avec replays), plus les matchs européens ou en sélections nationales pour certains. Les Anglais jouent tout le temps, ce qui expliquera l'homogénéité de leurs collectifs soudés. Autre spécificité avantageuse : l'apport des joueurs celtes, écossais, gallois et irlandais, notamment dans les clubs du Nord de l'Angleterre et des Midlands (berceau historique du foot anglais). Ces Celtes, c'est le fighting spirit, le « facteur plus » du foot anglais. Une vieille tradition copiée sur l'armée anglaise (British Army) et ses fameux Welsh Guards, son Royal Irish Regiment ou sa Scottish Division. Après MU 68 (Best, Brennan, Dunne, Crerand), le Liverpool seventies a aussi pu triompher en Europe grâce à ce mix anglo-celtique, alliant technique et bravoure : Dalglish, Souness, Hansen (Écosse), Heighway (Éire), Joey Jones, Toshak (Galles)…


C'est qui ces nouveaux « Rouges » ?

En 1978, le foot punk s'appelle Nottingham Forest ! Déjà tombeur des Reds en Angleterre en championnat, Notts Forest les tabasse à nouveau en septembre 78 au premier tour de C1 (2-0, 0-0). Coup de tonnerre dans le ciel européen : c'est qui ces nouveaux « Rouges » ? « Forest » , c'est d'abord Brian Clough et Peter Taylor, le coach et son assistant, aussi abrasifs que la paire Strummer-Jones de Clash… Clough, 43 ans, est un vrai « gars du Nord » , fils de prolo, socialiste, alcoolo, magouilleur et la « plus grande gueule » du foot anglais (il se surnomme lui-même Old big head !).

Nottingham Forest Road to First European Cup

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Il s'est distingué à la tête de Derby County qu'il a pris en D2 en 67 et qu'il a mené au titre en 1972. Une première inouïe pour ce petit club. « Cloughie » ne respecte rien, ni personne, incendiant la FA, les journalistes idiots, les supporters infidèles, les illustres Matt Busby et sir Alf Ramsey, et surtout le grand Leeds de Don Revie ( « tricheurs » , « casseurs » , « ils mériteraient une grosse amende pour leur jeu dégueulasse et une descende directe en D2 » !). C'est pourtant à Leeds United qu'il débarque en juillet 74 ! Son premier speech braquera d'entrée les joueurs : « Vous pouvez jeter à la poubelle toutes vos médailles parce qu'elles ont été salement gagnées » … Dans ce contexte pourri qu'il a lui-même installé, Clough tiendra exactement 44 jours, viré le 12 septembre 74 après un début de saison calamiteux. En janvier 1975, il part coacher le petit Nottingham Forest, 13e de D2. En juillet 76, son vieux compère Peter Taylor le rejoint et Nottingham va décoller aussitôt : Forest accède à la D1 en 77 et remporte le doublé League Cup et championnat en 78 ! Notts Forest étire alors une invincibilité en championnat de 42 matchs de novembre 77 à décembre 78. Un record qu'Arsenal battra en août 2004. Forest possède une redoutable légion celtique, écossaise surtout : Burns en défense, le capitaine Mc Govern (le roc du milieu), Robertson (ailier gauche anguille) et les attaquants O'Hare et Archie Gemmill (le but Trainspotting contre les Pays-Bas au Mundial 78, c'est lui). L'infatigable milieu Martin O'Neil est natif d'Irlande du Nord, et l'excellent latéral droit Viv Anderson, anglo-jamaïcain, est à l'époque l'un des rares joueurs blacks de First Division. Clough est allé pécho l'immense Peter Shilton, gardien des Three Lions, et Taylor a signé un inconnu, l'attaquant Garry Birtles à Long Eaton United (en D5) pour 2000 livres ! Birtles fera la paire en attaque avec l'intrépide Woodcock dans un 4-4-2 salement british. Old big head est plus un meneur d'homme qu'un maître du tableau noir, capable de tirer 800 % de ses gars, comme le rappelle son taulier axial Larry Lloyd : « J'ai joué pour Shankly et Paisley, mais Cloughie était le meilleur. Shankly était un génie, mais Cloughie a réussi avec des clubs plus modestes. Je n'ai pas appris de leçon tactique de sa part, mais comme manager, il était au-dessus. Il nous rendait invincibles : à chaque fois qu'on entrait sur le terrain, on pensait grave qu'on gagnerait. » Ceci dit, Clough n'était pas un gros bourrin anglais. Comme le Liverpool de Paisley, il savait lui aussi alterner le kick & rush et le jeu continental : « Jouez balle à terre et dans les pieds, clamait-il à ses gars. Si Dieu avait voulu qu'on joue dans les nuages, on y aurait quand même joué sur une pelouse. » Cloughie passait peu de temps sur les terrains d'entraînement. Il compensait par un charisme terrifiant qui glaçait parfois ses gars et carburait à la rancune tenace née de l'élimination jamais digérée de Derby County par la Juve en C1 73…

Nottingham Forest - Malmö 1979

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« La clef de la préparation, c'est la relaxation. »

Le 11 avril 79, quand, en demie aller de C1 contre Cologne, Notts Forest est très vite mené 0-2 au City Ground, on se dit que ces Anglais-là vont vite retourner à leur anonymat. Sauf que… Forest se réveille et, malgré un terrain pourri, revient aux fondamentaux britanniques : on centre beaucoup devant le but adverse, on saute les lignes pour des duels aériens dans la surface ou bien on joue à terre en écartant bien sur les côtés. La claque ! C'est rapide, intense, les attaquants savent dribbler, les latéraux montent (surtout Viv Anderson). C'est tactiquement au point, Bowyer passant de défenseur à meneur de jeu… Grâce à Birtles, Bowyer et Robertson, Notts Forest mène 3-2 (dont deux buts de la tête), mais se fait remonter 3-3. Mauvais résultat ? Non, car au retour, les Rouges gèrent parfaitement, et une tête de Bowyer (1-0) enverra les siens en finale. Incroyable ! Encore un club anglais en finale… Le 30 mai 79, pendant le déplacement en car au Stade Olympique de Munich où se joue la finale contre Malmö, Brian Clough encourage ses gars… à boire des bières ! « Il faisait toujours ce genre de choses, se souvient Birtles. La veille de la finale de League Cup contre Southampton, en mars, on était tous bourrés à l'hôtel ! Lager, Guinness, champagne : on avait tout ce qu'on voulait à boire. Gemmill préférait aller se coucher, mais Cloughie a insisté pour qu'il se murge aussi ! Le lendemain, on était menés 1-0 à la mi-temps, mais une fois qu'on avait dessaoulé, on a gagné la coupe 3-2 ! » Alcoolo chronique, Cloughie professait sobrement : « La clef de la préparation, c'est la relaxation. » Et bingo ! Son Nottingham Forest sera champion d'Europe 79 en battant un Malmö opiniâtre, mais limité (1-0). But 100 % british de la tête de Trevor Francis sur un centre de Robertson à la 45e. Francis ? Une énième trouvaille géniale de la paire Clough-Taylor, partis choper ce buteur prêté au Detroit Express (USA)… En mai 79, Forest perd son titre de champion face à Liverpool de deux points ! Paisley vs Clough, Reds contre Rouges : le foot anglais de club n'a jamais plané aussi haut depuis qu'il a fait de l'Europe son jardin. Alors même si Liverpool se fait surprendre au 1er tour de C1 80 par Tbilissi (2-1 et 0-3), ses « collègues » des East-Midlands vont encore dominer l'Europe. En janvier-février 80, Forest décroche d'abord la Supercoupe d'Europe 1979 en battant le Barça 1-0 et 1-1 sur une tête–but du défenseur Burns.



Car à Nottingham, même les défenseurs marquent (Lloyd, Needham, Anderson) ! Forest parviendra ensuite encore en finale de C1 80 contre le Hambourg de Keegan, Kaltz et Magath. Les Allemands partent favoris ? Old big head va alors faire la petite différence… Brian passe de son 4-4-2 habituel à un 4-3-3 pour exploiter toute la largeur de champ de ses attaquants Robertson, Birtles en 9 et Martin O'Neal. Et ça marche ! Sur une perforation à terre et plein axe, un une-deux Birtles-Robertson permet à l'Écossais de marquer l'unique but de la partie (1-0). Shilton accomplira une parade phénoménale et, sous la pression allemande, l'équipe fera le reste : discipline collective, réduction des espaces et sorties de balles à terre. De la pure maîtrise continentale… Forest est encore champion d'Europe. Et de quatre pour Albion !

Nottingham Forest - Hambourg 1980

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Mais qui donc arrêtera ces foutus clubs anglais ?

Et les Three Lions ? Pas terrible… La dynamique Liverpool-Forest ne profitera pas vraiment à la sélection à l'Euro 80. D'abord, l'absence aux Coupes du monde 1974 et 1978 a provoqué un décrochage rédhibitoire de l'Angleterre au plus haut niveau international. Et puis les talentueux joueurs celtiques (surtout écossais) ne sont pas sélectionnables… Enfin, la FA a « raté » Brian Clough, meilleur coach du Royaume. En 1977, les fédérastes l'auditionneront bien, mais ils lui préféreront l'insipide Ron Greenwood. Par un effet de vases communiquant, les clubs ont pris le pas sur la sélection, les supporters se dévouant plus pour leurs clubs que pour l'équipe nationale. À l'heure du thatchérisme (Clough déteste Miss Maggy !), la crise économique terrible atomise la société anglaise. Faute de projet collectif, la jeunesse sombre dans une sécession tribaliste : on célèbre au sein de son clan les succès de son club de cœur et/ou de son groupe de rock favori… En 1980-81, Liverpool, tabassé par la crise (20 % de chômage), ne vibre plus que pour ses Reds. Mais faute d'argent, Anfield ne fait plus le plein, même en Coupe d'Europe. Les supporters sont devenus plus durs, le National Front (FN local) grimpe et le hooliganisme prend de l'ampleur. Avant la finale de C1 81 au Parc des Princes, les violentes échauffourées provoquées par les fans des Reds rappelleront le saccage du Parc par les supporters de Leeds en 1975… Sportivement, Lilly Pool a taillé sa route en C1 avec efficacité, prenant le relais de Nottingham qui a giclé au 1er tour face au CSKA Sofia (0-1 et 0-1). En décembre 80, Forest a même perdu « sa » Supercoupe d'Europe contre Valence (1-1 et 0-1). Signes avant-coureurs du déclin british ? Car les Reds rament comme jamais en championnat (ils finiront 5es en mai 81). Mais ils se remobilisent pour éliminer le Bayern en demies. Après un âpre 0-0 à Anfield, l'immense Ray Kennedy trouvera la faille d'une reprise impitoyable (0-1, 83e). Les Mersey Boys résisteront au blitz allemand, malgré un but tardif de Rummenigge (1-1). Le 27 mai 81, la finale très fermée et très agressive face à un Real Madrid favori tournera une fois de plus à l'avantage des Anglais, monstres absolus de compétitivité. À la 81e, l'autre Kennedy, Alan, signe une percée mémorable avant d'expédier un missile du gauche dans le petit filet opposé du pauvre Rodríguez ! David Johnson qui attendait un centre d'Alan, parti célébrer son but face aux 15 000 Liverpudliens hystériques, l'étreint en lui glissant avec le sourire : « T'es qu'un sale bouffeur de gazon égoïste » . Et de cinq pour Albion ! Mais qui donc arrêtera ces foutus clubs anglais ?

Alan Kennedey contre Madrid en finale de la Champions 1981

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Churchill ne renonce jamais…

Étrangement, Liverpool et Notts Forest ne s'imposent pas en Coupe intercontinentale. Lilly Pool zappe l'édition de 77, puis celle de 78. Forest fait aussi impasse en 1979, puis perd lors de l'édition 80 à Tokyo (0-1 face au Nacional de Montevideo). Les Reds s'inclinent ensuite sèchement 0-3 en 81 contre le Flamengo de Super Zico. Événement plus triste encore, le 29 septembre sir Bill Shankly rend l'âme… En C1 82, Liverpool s'arrête net en quarts, foudroyé par le CSKA à Sofia. Mais c'est l'autre représentant anglais, Aston Villa, qui parvient en finale ! Clairement, on sent bien que ces « Villans » venus des West Midlands n'ont pas l'épaisseur de Liverpool et de Nottingham. C'est ce que doivent encore penser les Munichois du Bayern à Rotterdam quand Nigel Spink remplace Jimmy Rimmer dans les buts à la 10e. Sauf que… Le gardien de la réserve arrête tout ! En trente secondes, il sauve les siens sur une frappe vicieuse de Durnberger, puis sur un tir de Rummenigge. Quand il semble battu, un coéquipier le supplée miraculeusement : le dos d'Evans repousse une reprise de Mathy, Swain sauve sur la ligne une tête d'Augenthaler. Dieter Hoeness, lui, bouffe la feuille sur une reprise fastoche totalement dévissée ! Et si le Bayern avait laissé passer sa chance ? Villa tient bon et peut compter sur sa légion écossaise défensive (Mc Naught, Evans, Des Bremner) et, comme Liverpool et Forest, les Villans défendent très bien et ils maîtrisent aussi bien le jeu continental que le jeu insulaire. Tactiquement, cette équipe polymorphe sait déployer un système modulable, alternant le 4-3-3 et le 4-4-2. Et leurs supporters ! L'Union Jack au vent, leurs chants ne cessent pas. Même au plus dur de la domination munichoise. Churchill ne renonce jamais… À la 66e minute, le commentateur de la BBC, le célèbre Brian Moore, écrit l'histoire : « Shaw… Williams, prepared to venture down the left… There's a good ball in for Tony Morley. Oh, it must be and it is ! It's Peter Withe ! » Cette description de l'action du but vainqueur de Withe est déployée depuis sur une longue banderole installée dans la tribune Nord de Villa Park. Aston Villa est champion (1-0) ! Et de six pour Albion qui dépasse symboliquement les cinq C1 d'affilée du Real (1956-1960)… Imbattables Anglais, encore vainqueurs en foot et en rock music ! Car en 1982, les artistes et groupes de Birmingham cartonnent dans tous les styles : Steel Pulse, Musical Youth, the Beat, Duran Duran et Dexys Midnight Runners (le tubesque Come on Eileen sort en juin 82). On croit alors à l'été 82 que l'Angleterre enfin qualifiée pour la Coupe du monde va tout casser en Espagne. Mais non ! Privée du shaman Brian Clough, elle gâchera une belle génération qui tombera invaincue au deuxième tour (deux nuls contre RFA et Espagne)… Le succès d'Aston Villa prolongera l'hégémonie anglaise (C1 84 pour Liverpool) après l'échec des clubs anglais en C1 1983. Hélas aussi, le Villa 82 et l'envahissement de terrain en plein match de ses supporters en demie retour à Anderlecht annonçaient déjà le Liverpool maudit du Heysel 85. Une tragédie accompagnée du bannissement pour cinq ans des clubs anglais en coupes d'Europe qui brisera net l'incroyable idylle d'Albion et de la coupe « aux hautes épaules » …
par Chérif Ghemmour

Bayern Munich - Aston Villa en 82

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Garry Birtles : « Je ne sais pas combien de Coupes d'Europe on aurait pu gagner sans boire »


Arrivé à Nottingham Forest en 1976, Garry Birtles (58 ans) a été de la magnifique épopée du club anglais, double champion d'Europe en 1979 et 1980. Trente-cinq ans après, l'ancien attaquant anglais reste marqué par l'immense Brian Clough et son adjoint Peter Taylor.



En 1976, vous jouiez à Long Eaton United, en Midland Football League. Comment avez-vous atterri à Nottingham Forest en D2 ?
Peter Taylor est venu me voir à un match de qualification pour la FA Cup et m'a donné un mois d'essai à Forest. Sur le coup, j'ai été surpris. J'avais déjà fait un essai à Villa quand j'avais 15 ans, ça n'avait pas marché, donc je pensais que j'avais laissé passer ma chance. Mais j'ai été pris. C'est Peter Taylor qui me voulait dans l'équipe, il a vu quelque chose en moi. Je lui en suis reconnaissant. J'ai d'abord joué en réserve. Je suis arrivé en tant qu'attaquant, mais ils me faisaient jouer au milieu. Ça ne me plaisait pas, mais j'ai quand même marqué quelques buts. J'ai eu ma chance avec les A au début de la saison suivante. Steve Elliott n'était pas du tout en réussite, il touchait les poteaux, mais il ne réussissait pas à marquer. J'ai fait mes débuts contre Arsenal. Trois jours après, j'ai joué et marqué contre Liverpool en Coupe d'Europe, puis j'ai joué contre Manchester United le samedi suivant.
Quelle était votre relation avec coach Clough ?
Très, très bonne. Je ne peux pas le remercier assez. C'était juste génial d'aller s'entraîner tous les jours. Clough et Taylor étaient différents des autres. Tu ne savais jamais ce qui allait se passer d'un jour sur l'autre à l'entraînement. L'ambiance était excellente. On travaillait en permanence avec la balle, en une ou deux touches. On s'éclatait. Demandez à n'importe quel joueur, il préfère s'entraîner avec le ballon plutôt que de courir. Et c'est ce qu'on faisait.
La veille de la finale de Coupe d'Europe contre Malmö en 1979, il a encouragé toute l'équipe à boire des bières. C'était aussi ça, le style Clough ?
Oui, il faisait toujours ça. Cette année-là, avant la Coupe d'Europe, on a passé une semaine en Espagne. On jouait au tennis, on buvait... On ne s'est pas entraînés pendant trois jours ! Brian voulait juste nous enlever un peu de pression. Il était très bon pour ça. On ne jouait pas bourrés, on ne buvait pas les jours de match, mais on buvait la nuit d'avant, ce qui étonnait beaucoup de gens. C'était comme ça à l'époque. Je ne sais pas combien de Coupes d'Europe on aurait pu gagner sans boire !
Toujours avant la finale contre Malmö, il vous a demandé de vous raser. Pourquoi ?
C'était ma première finale. Brian s'est aperçu que j'étais très nerveux. Je ne me rasais jamais avant un match. J'avais juste une barbe de trois jours, mais Brian est venu me voir et m'a envoyé me raser à l'étage. J'ai utilisé son rasoir et l'après-rasage du gardien Chris Woods. Il voulait juste me faire penser à autre chose, pour que je me calme. Je n'avais pas compris sur le coup, mais je le sais maintenant. On peut dire que ça a marché.
Beaucoup considèrent que Brian Clough était un leader charismatique, mais qu'il n'était pas un grand tacticien. Qu'en pensez-vous ?
Vous avez raison en ce qui concerne son charisme. Personne ne pouvait rivaliser avec lui à ce niveau-là. En revanche, je ne suis pas d'accord sur le fait que ce n'était pas un bon tacticien. C'est sans doute le premier coach qui a utilisé le 4-5-1. Quand on a disputé notre seconde finale contre Hambourg, on jouait en 4-4-2. À cette époque, tout le monde jouait en 4-4-2. J'étais devant avec Gary Mills. Mais pendant le premier quart d'heure, on s'est fait totalement manger. Alors Brian a décidé de faire descendre Gary Mills d'un cran pour passer à un milieu à cinq, me laissant seul devant. On a gagné 1-0. Voir quelque chose comme ça aussi tôt dans le match et s'adapter, si ça ce n'est pas être un tacticien...
En 1977, Forest jouait en D2. Un an plus tard, vous étiez champions d'Angleterre, et l'année suivante, vous remportiez la Coupe d'Europe. C'est quoi le secret ?
Un journaliste sportif allemand a écrit « Nottingham Forest est de loin la meilleure équipe à avoir gagné la Coupe d'Europe » . Grâce à la manière, à l'ascension rapide du club... Aujourd'hui, ça serait impossible. C'est comme si, en Angleterre, Huddersfield était promu, remportait la Premier League, puis deux Ligues des champions. C'est ce qu'a fait Brian Clough. C'est juste incroyable. Mais il ne faut pas oublier Peter Taylor et les joueurs qui étaient excellents. On avait acheté Peter Shilton, Trevor Francis... John Robertson est le meilleur joueur avec lequel j'ai évolué. Il y avait aussi Larry Lloyd, Kenny Burns, des hommes de caractère. On savait qu'ils feraient le job.
À cette époque, il y avait 22 clubs en championnat, pas de trêve hivernale, les coupes nationales, l'Europe, les rencontres internationales... Comment faisiez-vous pour gérer ce marathon de matchs ?
Tout simplement parce qu'on aimait jouer au football. C'était mieux que de s'entraîner. J'ai disputé 138 matchs en deux saisons, entre 1978 et 1980. En plus, à l'époque, les terrains anglais étaient très lourds, pas comme aujourd'hui. Mais c'était génial, être payé pour faire quelque chose que tu adores.
Au-delà de Forest, comment expliquez-vous la domination des clubs anglais entre 1977 et 1982 ?
Six ans au sommet... On avait les meilleurs joueurs, les meilleurs entraîneurs. L'Angleterre a révélé des coachs exceptionnels, Bill Shankly, Bob Paisley... Et, encore une fois, il y avait de grands joueurs avec le bon caractère. C'est très important d'avoir des joueurs de caractère dans un vestiaire. Liverpool les a eus, nous aussi, Aston Villa une année. Il faut choisir les bons joueurs, pas toujours les plus talentueux, mais ceux qui ont les meilleurs caractères, qui vont se fondre dans le collectif.
Le football anglais se baladait au niveau des clubs, mais l'équipe nationale n'avait aucun résultat. Comment expliquez-vous ce paradoxe ?
Parce qu'ils n'ont pas donné le poste de sélectionneur à Brian Clough quand ils en ont eu la possibilité. Vous pouvez demander à n'importe quel supporter anglais, qui aurait dû avoir le poste à ce moment-là. Tout le monde vous répondra Brian Clough et Peter Taylor. Ils ont réalisé le meilleur entretien, mais la FA avait trop peur de Brian et Peter. Enfin, surtout de Brian. Ils craignaient qu'il prenne tout en main, ce qu'il aurait fait. S'il avait été sélectionneur, je suis persuadé que l'Angleterre aurait remporté un titre.
Par Quentin Moynet
Peter Shilton, Trevor Francis et une Coupe d'Europe des clubs champions

Dominique Bathenay : « Si on passait Liverpool, on pouvait aller au bout »


En mars 1977, au cours de la confrontation épique entre l'AS Saint-Étienne et Liverpool, Dominique Bathenay a marqué à l'aller (1-0) et au retour (1-3, une frappe météorique de légende). Les années ont passé, les regrets affleurent encore…





Votre confrontation avec Liverpool en 1977, c'était un véritable choc entre deux prétendants ?
On était finalistes l'année passée, peut-être légèrement favoris face à un Liverpool qui commençait à pointer son nez au niveau européen. C'était un match équilibré, même si on avait quelques soucis d'effectif. On avait un statut à défendre.
Au match aller, il y a eu un combat intense, et une victoire 1-0 pour les Verts. Vous vous étiez dit avoir fait le plus dur ?
Non, car grâce à notre culture européenne, on connaissait l'importance des matchs retour, comment on pouvait retourner des situations. Ce match aller aurait pu basculer d'un côté comme de l'autre, donc on savait que le retour serait compliqué, même si on avait pris une petite option.
C'était votre première à Anfield. Quelles étaient vos impressions ?
J'ai trouvé cela beau, mais on avait la chance à Saint-Étienne d'avoir un stade qui ressemblait à ce qui existait en Angleterre. L'ambiance, les chants, c'était beau, mais on n'était pas surpris par tout cela, car on vivait un peu la même chose à Saint-Étienne.
Le public a-t-il fait pencher la balance pour les Reds lors de ce match retour ?
Cela joue, nous, on le vivait à Saint-Étienne, donc forcément ils le vivaient aussi à Anfield. Un kop qui pousse, qui met la pression sur le gardien, sur les défenseurs, c'est sûr que cela joue. Quand l'équipe est en difficulté, le public la galvanise. Pour l'équipe visiteuse, c'est dur de résister à tout cela, il faut vite mettre fin à cette passion en mettant un ou deux buts.
Quand vous avez envoyé une mine sous la barre, vous vous êtes dit que c'était bon ?
Oui, inconsciemment, on avait marqué à l'extérieur, on s'est dit que cela allait les calmer. Le stade s'est éteint un petit moment. On pensait avoir pris une option sur la qualification. Quand ils marquent le deuxième but, tout est relancé. À ce moment-là, on savait qu'on allait être en danger, même si on avait repris la maîtrise du jeu au moment d'encaisser ce but. Ce but aurait pu être évité, mais dans le foot, tous les buts pourraient être évités...
Qu'est-ce qui a fait la différence sur les deux matchs ?
On avait deux-trois absents, dont Oswaldo Piazza absent au match retour. Il était une pièce maîtresse dans notre défense, mais aussi dans notre vestiaire, il avait une place à part, la capacité d'entraîner tout le monde. Et puis il y avait aussi l'avènement de deux-trois joueurs à Liverpool comme Kevin Keegan. À l'époque, on ne s'est même pas dit que cette équipe allait marcher sur l'Europe et écrire l'histoire, on n'avait pas été impressionnés plus que cela. La différence avec nous était infime.
Ce match à Anfield, c'est un bon ou mauvais souvenir aujourd'hui ?
Un mauvais ! D'abord parce qu'on avait l'équipe pour se qualifier, on aurait pu le faire et je n'ai pas senti Liverpool supérieur à nous. On était deux équipes très proches l'une de l'autre. Saint-Étienne en 1977 avait le potentiel pour remporter la Coupe d'Europe. En demi-finales, Liverpool a affronté le FC Zurich, une équipe à notre portée. Si on passait Liverpool, on pouvait espérer aller au bout.
Par Nicolas Jucha

Liverpool - Saint-Étienne, mars 1977, 3-1

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Peter Taylor, dans l'ombre de Brian Clough


Brian Clough restera à jamais l'entraîneur qui a fait de Derby County une équipe de standing européen dans les années 70 avant de faire de Nottingham Forest un double champion d'Europe à l'orée des années 80. Un exploit impossible sans le bras droit de la plus grande gueule qu'ait connue le foot anglais : le discret Peter Taylor.



En France, Laurent Blanc et Jean-Louis Gasset ont popularisé la théorie de l'entraîneur bis : un adjoint tellement complémentaire qu'il est plus qu'un assistant, mais un supplément de matière grise, voire de testostérone. En Angleterre, cette notion a pris tout son sens dans les années 1970 avec Brian Howard Clough et son acolyte Peter Taylor. Deux opposés très complémentaires : le premier a été un buteur talentueux brisé en plein envol, le second un modeste gardien avec 15 ans de longévité dans les seconde et troisième divisions. Le premier est devenu un entraîneur fort en gueule, impulsif, attiré par la lumière des médias et capable de galvaniser ses joueurs, quand le second, discret et réservé, a fait profiter le premier de son regard technique acéré et de son caractère réfléchi. De son binôme, Brian Clough a dit un jour : « Je ne suis pas équipé pour manager avec réussite sans Peter Taylor » , osant la métaphore pour explication : « Je suis la vitrine du magasin, lui c'est la marchandise » .

« Peter, ce sont mes yeux et mon cerveau, mais moi j'ai l'estomac et la paire de couilles » Brian Clough
La meilleure preuve des dires de Clough ? Son parcours. Là où Taylor l'accompagne, le mythique coach réalise des miracles : à Derby County (montée en Premier Division, titre de champion 1972, demi-finale de C1 73) ou encore à Nottingham, où le duo réalise son chef-d'œuvre avec le combo montée en Première Division 77 + titre de champion 78 + double victoire en C1 79 et 80. Quand Taylor fait bande à part, Clough se plante à Leeds en 1974, où il prend la succession de son meilleur ennemi Don Revie et se fait débarquer en 44 jours. Sans son alter ego, Clough ne remporte finalement que deux League Cups de plus avec Nottingham en 1989 et 1990.

Pour définir le couple Clough-Taylor, il faut parler d'amitié passionnelle : née dans le vestiaire de Middlesbrough où ils ont tous les deux joué, la relation Clough-Taylor les a emmenés sur les bancs anglais dès 1965 à Hartlepool, où le premier prend le second comme adjoint. Ensemble, les deux compagnons de bitures légendaires connaissent exploits, puis galères - une démission « forcée » de Derby County en 1973-1974 -, puis une première séparation quand Clough opte pour Leeds. Les deux hommes se retrouvent en 1976 pour préparer leur chef-d'œuvre avec Nottingham. Plusieurs fois mise à mal à cause de leurs différences salariales ou d'une autobiographie où Taylor évoque Clough, la relation se brise en 1983 lorsque l'ancien numéro 2 dirige alors Derby County, et profite des vacances de Clough pour faire signer un joueur de Forest, John Robertson. Les deux hommes ne se parleront plus jamais, mais après la mort de Peter en 1990, Brian lui rendra hommage dans une autobiographie publiée en 1994 : « Un jour, tu m'as dit : "Quand tu te seras débarrassé de moi, il n'y aura plus autant de rires dans ta vie." Tu avais raison. » À Derby, l'importance équivalente de Clough et Taylor a été immortalisée à l'entrée du Pride Park Stadium, où les deux hommes bénéficient d'une statue commune. Dans le livre 44 jours, l'écrivain David Pearce résumait la relation Clough-Taylor en faisant dire au premier « Peter, ce sont mes yeux et mon cerveau, mais moi j'ai l'estomac et la paire de couilles » .

Par Nicolas Jucha. Propos de Brian Clough extraits du Guardian
Clemence et Shilton en �quipe d'Angleterre pour la Coupe du monde 1982

« Shilton est au-dessus de Clemence sur tous les aspects du poste de gardien. »


Brian Clough

Le clash Clemence / Shilton


Il fut un temps où l'Angleterre ne savait plus que faire de ses talentueux gardiens, un temps où, vainqueur de la Coupe du monde 1966, Gordon Banks apparaissait à l'orée des années 70 comme un millésime que la perfide Albion ne goûterait plus de sitôt. Pourtant, quand celui qui « arrêta un but » du Roi Pelé dût se retirer suite à la perte d'un œil dans un accident de voiture, ils étaient deux monstres prêts à prendre la relève : Peter Shilton, alors gardien de Leicester, et Ray Clemence, nouveau titulaire à Liverpool. Le début d'une amicale rivalité, transposée au football de club en 1977 lorsque le premier nommé signe à Nottingham et s'apprête à sortir les Reds de la Coupe des champions un an plus tard.


Ecoutez le « tube  » de Shilton et Clemence


Shilton, Clemence, deux joueurs totalement différents : l'un massif, l'autre svelte, l'un travailleur acharné, l'autre plus décontracté, l'un scotché à sa ligne de but, l'autre plus prompt à jouer les libéros, l'un voyageur, l'autre homme de presque un seul club... Un point commun ? Leurs palmarès hors norme. Pour Peter Shilton, deux Coupes des champions et un championnat avec Nottingham Forest, ainsi que les records personnels : nombre de sélections (125), nombre de matchs pros disputés (1390) et longévité (30 ans de carrière). Pour Ray Clemence, les honneurs collectifs avec le grand Liverpool, soit trois Coupes des champions, deux Coupes UEFA, cinq championnats, une Cup et une League Cup, panoplie qu'il a complétée à Tottenham d'une autre Coupe UEFA et d'une autre Cup.

Paradoxalement, au pic de leur rivalité pour la place de titulaire en équipe d'Angleterre, les Three Lions connaissent une période de disette : non-qualification pour les Mondiaux 1974 et 1978 ainsi que l'Euro 1976, éliminations précoces aux Euro 1980 et Mondial 1982. À l'opposé des succès européens de Liverpool et Forest qui, de 1977 à 1981, se partagent la C1. Les différents sélectionneurs de l'époque hésitent, parfois tranchent, comme Don Revie qui, en 1975, fait de Clemence son titulaire et pousse Shilton à prendre sa retraite internationale... l'espace de trois mois en 1976. En 1977, un an après avoir refusé Manchester United, Shilton rejoint le Forest de Brian Clough et pousse Ron Greenwood à réinstaurer l'alternance avec Clemence en équipe nationale. Alors que les observateurs critiquent le boss des Lions, Brian Clough fait du lobbying pour son protégé : « Shilton est au-dessus de Clemence sur tous les aspects du poste, c'est la plus grande insulte envers Shilton que d'alterner les deux. » Avant l'Euro 80, les deux hommes enregistrent un disque avant que Greenwood ne fasse jouer le premier match à Clemence, le second à Shilton, puis le troisième de nouveau à Clemence pour une élimination prématurée de l'Angleterre. Comme si la rivalité, aussi saine soit-elle, avait affaibli l'Angleterre au lieu de la renforcer.

En 1982, Greenwood tranche en faveur de Shilton, mais l'Angleterre se fait tout de même sortir avant les demi-finales sans avoir perdu un match. La balance a définitivement penché en faveur du gardien de Forest, le nouveau sélectionneur Bobby Robson en faisant son titulaire, ce qui pousse Clemence à tirer sa révérence en 1984. Shilton, qui ne joue plus dans un club de stature européenne, va néanmoins garder les bois anglais jusqu'à la Coupe du monde 1990, qu'il conclut sur une boulette permettant à Roberto Baggio de marquer en match de classement. Tout un symbole de la suprématie de Shilton sur Clemence : la chance d'avoir été dans le camp de Nottingham plutôt que celui de Liverpool en 1978. Et la chance d'avoir fait oublier cette boulette de 1973 contre la Pologne qu'on lui a injustement reprochée (en voulant « réussir l'arrêt parfait » , il s'est troué et a annihilé les espoirs de Mondial anglais), quand Clemence, lui, n'a pas su capitaliser sur ses exploits déterminants - comme ce duel crucial face à Stielike en finale de C1 1977 - pour s'imposer comme le numéro un anglais de l'époque.

Par Nicolas Jucha
But de Phil Neal contre la Roma en 1984

« Il m'a souvent dit
qu'il était meilleur que moi
dans les buts !
 »


Ray Clemence, à propos de Phil Neal

Phil Neal, l'âme de Liverpool


Kenny Dalglish, Ray Clemence, David Fairclough, Terry Mc Dermott, les héros du FC Liverpool sont nombreux. Mais aucun n'a autant marqué l'histoire des Reds que son arrière droit Phil Neal, seul joueur présent lors des cinq premières finales européennes liverpuldiennes.



Pour ceux qui ne connaissent pas son nom, une présentation basique s'impose : Phil Neal, arrière droit du grand Liverpool, c'est huit championnats d'Angleterre, quatre Coupes des clubs champions, une Coupe de l'UEFA ou encore quatre Coupes de la Ligue en onze ans de présence sur les bords de la Mersey. Débarqué en 1974 en provenance de Northampton, Neal est la première recrue de Bob Paisley. La petite histoire veut que l'entraîneur liverpuldien ait emmené un dirigeant, Sidney Reaks, pour lui montrer « un super latéral droit » , mais lors du match en question, le gardien de Northampton se blesse, et Neal passe 70 minutes aux cages. Ce qui n'empêche pas les Reds de signer le défenseur et de le lancer quelques jours plus tard dans le derby contre Everton.

Les nerfs bien accrochés, Neal termine la saison comme latéral gauche pour dépanner, avant de s'imposer à droite et d'enchaîner les records, comme celui du nombre consécutif de matchs disputés, 417 toutes compétitions confondues entre le 23 octobre 1976 et le 24 septembre 1983. Une blessure contre Manchester United interrompt sa série l'espace de trois rencontres avant qu'il ne remette le couvert pour 127 oppositions. Le tout en ayant joué plusieurs fois contre l'avis des médecins, avec orteils, doigts ou pommettes fracturés... Un dur au mal pour certains, un passionné selon l'intéressé : « Je n'ai pas manqué qu'un seul entraînement durant toutes ces années. Chaque jour, j'avais le sourire. »

Inoxydable, incassable et surtout talentueux, Phil Neal brille avec les Reds - 59 buts en 650 matchs -, mais aussi en sélection où il est le second arrière droit le plus capé d'Angleterre (50 sélections, 5 buts), derrière Gary Neville. Son meilleur pote au club, le gardien Ray Clemence, décrivait l'apport de Neal en 1977 : « Il ajoute une dimension supplémentaire grâce à sa capacité à déborder. Il a une grande connaissance des autres joueurs, car il a assumé plein de postes différents à Northampton. Il m'a même souvent dit qu'il était meilleur que moi dans les buts ! » L'histoire de Liverpool et Phil Neal sera composée de beaucoup de hauts, d'un traumatisme (le drame du Heysel en 1985) et d'une fin indigne de sa légende. En 1985, il croit hériter du poste de manager laissé vacant par Joe Fagan, mais c'est finalement Kenny Dalglish qui devient entraîneur-joueur. Plus proche de la fin que du début, Neal perd progressivement sa place et accepte le poste d'entraîneur-joueur à Bolton en 1986, qu'il occupe six ans avant de devenir l'adjoint de Graham Taylor en sélection nationale anglaise. Phil Neal restera for ever le tireur de penalty de la finale de C1 1977 (3-1) : « J'avais 50 mètres à faire jusqu'au point de péno et je me remémore surtout de Cally (Ian Callaghan), qui a joué un million de matchs pour ce club, me disant, les mains en prière : "Come on Nealy, please !" » Prière exaucée…

Par Nicolas Jucha
Rédaction

Chérif Ghemmour, avec Quentin Moynet, Nicolas Jucha et Nicolas Ksiss-Martov


Édition

Gilles François et Simon Capelli-Welter


Design et coordination technique

Gilles François


Secrétariat de rédaction

Julie Canterranne


Crédits photo

Réactions (14)

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par Thouvenel Ballon d'Or il y a 1 an
Quel bel article, merci merci merci!gros boulot bravo!
L'interview de Garry Birtles / Nottingham est mythique!!!
La photo d'Anfield est elle aussi incroyable avec les gens à 50cm des cages
par Faustino Asprilla il y a 1 an
Voila un article qui va enfin remettre les choses dans leur contexte et vraiment expliquer les choses a tous les neo-hipsters de ce forum comme Anfield_Road, Sid LFC etc... qui ont decouvert Liverppol en 2013.
par kevick il y a 1 an
La photo d'Anfield est dingue.
par Juventine7 il y a 1 an
C'est beau à pleurer, merci sf <3
La partie sur forrest est magnifique !
par ederrihno il y a 1 an
Merci pour ce superbe article qui m'a replongé dans des souvenirs d'enfance. A l'époque je découvrais l'histoire des coupes d'europe à travers les comptes rendus de match lus dans France Football ou dans l'année du football. Il y'avait peu de matchs diffusés à la télé, du coup on se souvient mieux de certaines équipes comme les terribles reds de liverpool
par Jemincruste1 il y a 1 an
Le Kop d'Anfield...

Superbe article, qui retranscrit bien l'effervescence dans laquelle la planète Grande-Bretagne était alors plongée.

Juste une petite remarque sur la playlist, j'aurais plutôt mis "Disorder" des Joy Division, plus symbolique de l'état d'esprit de l'époque ! Et j'aurais aussi ajouté "Ceremony" de New Order tiens ;)
par ajde59 il y a 1 an
du très beau boulot les gars ! Et puis cette playlist en lisant le dossier c'est priceless !!!
Et puis quelle putain* d'époque, entre les succès des clubs anglais niveau football, l'apogée des hools, de la musique et de la culture british sur fond de crise sociale (la crise de l'industrie, la grève des mineurs, l'arrivée de maggy et les malouines tous ça....)

BRAVO
par ced the red il y a 1 an
Article sympa sur la période dorée du foot (anglais prioritairement) quand la C1 était jouée par les équipes vainqueurs de leur championnat , bien loin du foot business, quand les joueurs préféraient courir sur un terrain plutôt que de montrer leur abdos ou leurs tatouages .

par ZizouGabor il y a 1 an
Bravo pour ce dossier. Et il y a une chose que vous n'avez pas dites, c'est que si Aston Villa n'avait pas été champion d'Angleterre 1981 et vainqueur de la C1 en 82, l'équipe d'Ipswich Town de Bobby Robson aurait très probablement fait un parcours similaire tant cette équipe était balèze (demandez aux supporters de St-Etienne !). Leur seul défaut était leur effectif réduit et donc un banc limité, élément fatal qui leur a fait perdre les titres en 1981 et 1982 à cause des dernières parties de saison ratés.
par ingoldale il y a 1 an
C'était une domination anglaise pas Britannique.
par aberdeen fc il y a 1 an
bravo pour vos articles...c'était jouissif(!) à lire..que de souvenirs(même s'ils remontent à partir de 82).c'est toujours un bonheur de se replonger dans le football d'avant bosman.cela me rappelle une phrase de raymond goethals,entraineur d'anderlecht,à la suite d'une victoire à metz("le football français et belge,c'est le jour et la nuit")de mémoire.
par Keuja il y a 1 an
Bonjour,
C'est un bien beau dossier que vous nous avez proposé là, merci !
Super interview, notamment.

Du SF comme on l'aime.
par feverpitch il y a 1 an
merci pour ce super dossier, souvenir de jeunesse et très à propos car je finis le bouquin "Rouge ou mort" 'Red or dead" ca sonne mieux quand meme, de David peace. 800 pages sur Shankly et Liverpool. le bouquin est un brin répétitif et je conseille plutot le "44 jours" du meme auteur sur Brian Clough...et toujours "Carton jaune" de Nick Hornby.
Souvenir perso, j'étais en aout 79 en voyage linguistique à Nottingham..le prof sympa nous avait emmenés voir le match de reprise, un Nottingham/Birmingham 2/1 dans le kop. L'équipe avait fait un tour d'honneur avec la C1 pour la présenter au public. La tribune du kop était un vieux truc couvert avec plancher en bois, tout le monde debout bien sur et une petite rambarde ridicule pour délimiter une zone dite tribune enfant où on est allé...l'entrée devait etre à 1 ou 2 livres......putain c'était la préhistoire!!!
par feverpitch il y a 1 an
pardon aout 80 pour etre précis, à mon age 1 an de plus ou de moins...