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FC Nantes 1995

Les canaris de Coco

Sommaire

Le stade de la Beaujoire Louis-Fonteneau s'encanaille. Dans les salons, les danseuses brésiliennes et les longues tables de banquet avec nappes en papier sont prêtes. Oui, une semaine plus tôt, le FC Nantes était allé chercher à Furiani un match nul et un point synonyme de titre. Un titre de champion de France, le 7e de l'histoire du club, qu'il étrenne donc le 27 mai 1995 face à l'AS Cannes par une victoire 2-1. Il y a 20 ans tout rond, la bande de Coco Suaudeau célébrait dans son 44 une saison de haute voltige, invaincue pendant 32 rencontres consécutives (record à battre), avec le PSG de Luis Fernandez en victime préférée, un Reynald Pedros pour la seconde année consécutive meilleur passeur de D1, Patrice Loko meilleur buteur, Nicolas Ouédec en embuscade, Japhet N'Doram en meneur de jeu lunaire, Claude Makelele en ailier droit et le fougueux Christian Karembeu derrière. Racheté en 1992 par un mec en chapeau, Guy Scherrer, qui fait des BN, ce FC Nantes alors au bord du dépôt de bilan réduit la voilure et fait confiance par défaut à ses jeunes pousses. Qui arriveront à pleine maturité, de façon spectaculaire, lors de cette saison 1994-1995. Le plus beau des fantômes du club nantais. Peut-être la plus belle page de son histoire surtout.
Coco, t'as le look

« La simplicité,
c'est le génie
 »


Jean-Claude "Coco" Suaudeau

Top but #10

Patrice Loko
31 mai 1995
38e journée
Nantes/Lyon (1-1)

Dernière journée. Il faut que Patrice finisse en beauté. L'attaquant nantais termine par une talonnade de malin devant les 5mètres50 lyonnais à Gerland. Loko ajoute ainsi du panache à une saison qui n'en manquait déjà pas, et à son titre de meilleur buteur de cette D1 1994-1995. 22 buts au total. Du travail très bien fait.

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Retour vers le futur du jeu à la nantaise


Deux décennies plus tard, le jeu à la nantaise a été vendu partout dans le monde comme une sauce au goût séduisant et à l'image de marque impeccable, sans que sa recette soit toujours respectée. Confondue et mélangée avec la barcelonaise, la brésilienne et le football total entre raccourcis et ignorance, comme si toutes les formes de beau jeu se valaient, la nantaise n'avait pourtant besoin de personne pour exister. Aujourd'hui, une analyse des matchs de l'équipe de Suaudeau permet de revoir les Canaris à travers les concepts du football de 2015.

Il suffit de revoir quelques morceaux de la saison des records pour capter l'identité de jeu impulsée par Coco Suaudeau. Une recette faite de « jeu sans contrôle » , de « l'utilisation du plat du pied » et d'une idée : « la simplicité, c'est le génie » . Une recette qui considère la passe comme « l'unité fondamentale » et n'exclut pas « la solution individuelle » , mais préfère louer l'impact de ces légendaires « passes camouflées » . Une identité de jeu qui, encore aujourd'hui, nage dans l'imaginaire de tous les amoureux du football français : parce qu'un jeu qui oscille entre une prise de risque inouïe et une simplicité effarante tient plutôt du tour de magie que du football. Un football instinctif difficile à définir, presque trop simple, comme le raconte Japhet N'Doram. « Pour moi, au début ce n'était que des mots. Le football, je l'ai toujours conçu comme ça : jeu collectif, proposer la solution, ne toucher qu'une fois la balle pour accélérer, tout le monde a le droit de marquer, de défendre aussi. Donc pour moi, le jeu à la nantaise, c'est un peu le jeu que je connaissais tout gamin. » Un jeu de gamins joué dans la cour des grands.
Karembeu contre le PSG �poque maillot �toil�

« Techniquement
on était loin du compte,
il fallait qu'on surprenne
 »


Christian Karembeu

Top but #9

Christian Karembeu
19 mai 1995
36e journée
Nantes/Bastia (2-2)

Prénom numéro 1 crié par Suaudeau depuis son banc, Christian n'avait pas trop le droit de sortir à l'instinct. Et pourtant, à Furiani, Christian gagne d'abord son duel à la semelle, vers le rond central, s'appuie ensuite sur Nicolas Ouédec, qui lance la fusée calédonienne. Christian double la feinte de frappe et Bruno Valencony se couche pour rien. Karembeu regarde tomber, ouvre le pied et le score. Nantes sera sacré champion au terme de la rencontre.

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Top but #8

Reynald Pedros
5 mai 1995
35e journée
Nantes/Monaco (3-3)

Pas nécessairement la spécialité de la saison, ce Nantes toujours en mouvement a tout de même su profiter de quelques coups de pied arrêtés. Pour le cinquième et dernier but de sa saison, Reynald Pedros fait faux-bond à son statut de meilleur passeur du championnat et s'amuse encore d'un Stéphane Porato définitivement pas à l'aise à La Beaujoire. Coup franc enroulé, haut et au deuxième poteau. En lucarne en fait.

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Des idées dans la tête et de l'explosivité dans les jambes


D'où vient ce jeu, alors ? De certaines idées, évidemment, mais avant tout des joueurs qui les font vivre. Comme toujours. Cette question rappelle les mots de Marcelo Bielsa au sujet de la surprise des Chiliens devant le beau jeu pratiqué par leur sélection : « Ils (les joueurs) étaient là avant moi. Personne ne peut stimuler des conditions qui n'existent pas et personne n'active des potentiels que l'être humain n'a pas. » Coco Suaudeau avait peut-être des airs de sorcier, mais pour reprendre Nabokov, il n'a pas inventé la neige en Afrique : « On a mis en place ce jeu-là parce que je n'avais jamais vu des joueurs aussi explosifs. Attention les yeux, parce que ça pétait. » Le pressing de Loko et Ouédec, Pedros qui fait accélérer tout ce qui passe par le côté gauche, Makelele qui dynamite le côté droit à ce poste de carrilero, à la Matuidi ou Ramires, mais avec le look de Shawn Kemp, parce que les années 1990. Et enfin une explosivité qui naissait dans les pieds de Christian Karembeu. Que ce soit dans l'axe ou à droite, mais toujours en défense, celui qui portait le numéro 10 était toujours prêt au démarrage. Une base de départ explosive et peu technique, finalement. « Techniquement, on était loin du compte, il fallait qu'on surprenne. Alors, on allait à mille à l'heure. » Mais il ne s'agit pas de foncer. L'objectif, c'est une idée de jeu qui « soit d'ensemble et réfléchie » .

Mouvement, appels et prise de risque comme Bielsa


José Arribas aimait parler de « vivacité » et de « rythme » . Pour servir l'explosivité des siens, Suaudeau reprend l'idée et l'affine : « Le mouvement, c'est la base du jeu nantais. » Les équipes de 2015, elles, peuvent généralement se dessiner sur plusieurs étages : l'organisation, l'élaboration, la création et enfin la finition. L'élaboration, surtout, est symbolisée par ces milieux constructeurs qui sont souvent devenus les propriétaires de l'identité de jeu de leur équipe : Modrić et Kroos à Madrid, Matić et Cesc à Chelsea, Pirlo à la Juve, sans parler de Xavi au Barça. Rien de tout cela chez les Canaris : un seul milieu central (Ferri ou Cauet) dans un système qui ressemble parfois à un 4-1-4-1 ou un 4-1-3-2. « Un jeu irrationnel, mais sans qu'on se casse la gueule » , disait Coco. Autour de ce milieu, tout n'est que vertige et jeu vers l'avant : Coco sautait les étapes. « J'entends dire que l'important, c'est l'organisation de l'équipe. Mais le plus important, c'est comment on va l'animer. » L'élaboration est remplacée par l'explosivité des défenseurs balle aux pieds, « comme ça on ne sait jamais d'où ça vient » , et la création est remplacée par le mouvement. Karembeu relance et monte, monte, monte jusqu'à la surface adverse. Chaque passe vers l'avant est accompagnée d'une course verticale folle pour proposer un appel. Et si ça semble aussi envoûtant, c'est parce que c'est irrationnel : comment couvrir tous ces appels ?

Il faut toujours revenir à la nature des joueurs pour comprendre leur interprétation du jeu. Les courses de Karembeu, Makelele et Loko, les ballons de Cauet et Pedros, le jeu entre les lignes de Ouédec. Il faut imaginer un PSG avec trois Matuidi, deux Pastore et Loko en pointe, jouant toujours en l'air dans un orchestre de déviations en une touche de balle. Alors que la vitesse de jeu a été multipliée en 2015, encore aujourd'hui Nantes donne l'impression que le ballon brûle. Un jeu nettoyé des feintes et des conduites de balle dans le camp adverse. Nantes perd un nombre incalculable de ballons sur des tentatives improbables de déviations de la tête en pleine course, mais Nantes joue vite et simple. Aujourd'hui, cette confiance aveugle envers le jeu sur les côtés fait forcément penser aux idées de Marcelo Bielsa. Étude, travail, efforts et répétitions de gammes pour arriver à une maîtrise pointue d'un projet fou. Le jeu à la nantaise, ce sont des types qui courent dans le vide les uns pour les autres, mais sans la possession.
Loko, Pedros, Ouedec. Bisou d'amour

... il faut imaginer un PSG avec trois Matuidi et deux Pastore ...

Top but #7 : N'Doram (Nantes/Monaco)

Japhet N'Doram
5 mai 1995
35e journée
Nantes/Monaco (3-3)

Stéphane Porato porte peut-être les chaussettes hautes comme Sonny Anderson, le carré comme Caroline Fourest et bientôt Cachou dans son cœur, il ne peut rien face à ce nouveau lob piqué à 20 mètres de l'esthète Japhet N'Doram, destinataire en mouvement d'une percée foutraque de Christian Karembeu.

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Top but #6 : N'Doram (PSG/Nantes)

Japhet N'Doram
11 janvier 1995
23e journée
PSG/Nantes (0-3)

Encore une construction d'action d'école. Ferri dit « Féfé » est bloqué et repart de l'autre côté, jusqu'au gardien. Le ballon progresse de gauche à droite, de droite à gauche. Le ballon semble perdu pour les Canaris dans la surface, mais Loko s'arrache encore sur Cobos, dévie pour N'Doram, qui, en reculant, pique sa balle aux 18 mètres pour lober un Bernard Lama avancé. Considéré par Japhet himself comme son plus beau but sous les couleurs nantaises.


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« Quatre-cinq passes » pour conquérir le terrain comme Mourinho


Le style est-il démontré par les buts ou par ce qui les entoure ? Lors de sa première saison, le PSG de Blanc jouait avec le ballon, mais marquait sur des actions rapides, les rushs de Zlatan, et sur coup de pied arrêté. Le Barça de Luis Enrique a 68% de possession de balle en moyenne en Liga, mais marque énormément de buts sur des éclairs. À regarder les buts de la bande à Coco, le style ne fait pas de zigzag : le football pratiqué par les Nantais était direct, rapide, très souvent en contre. Et c'est ici que l'héritage du jeu à la nantaise s'est peut-être perdu : un peu du fait des années Denoueix par la suite, un peu à cause du manque de succès marketing de l'idéologie du mouvement, et enfin beaucoup par raccourci historique. Mais en 1994-95, les plus belles actions des Canaris ne rappellent ni le Barça, ni l'Espagne, mais plutôt le meilleur Real de Mourinho ou le Borussia de Klopp. « Généralement en quatre-cinq échanges, on est capables non pas de mettre hors de position l'adversaire, mais de trouver une position de frappe. » Le fameux « quatre-cinq passes » , toujours. Lors de la 5e journée du championnat 1994-95, le PSG mené par Luis Fernandez et interprété par Weah, Ginola et Valdo vient à Nantes pour ne pas prendre de risque. Les Parisiens attaquent avec trois joueurs, mais mettent le paquet sur les coups de pied arrêtés. À la 19e minute, le PSG est donc désorganisé lorsque Karembeu dégage au loin un corner. Touche. Cauet ramasse et lance aussitôt. Loko. Pedros. Loko. L'histoire est née sur un contre éclair.

Contre ce PSG, par ailleurs, Nantes choisit d'abandonner le ballon une fois l'ouverture du score acquise. On utilise les airs plutôt que le sol. Cette semaine dans L'Équipe, Suaudeau lâche même que « parfois on donnait délibérément la balle à l'adversaire » . En octobre 1994, Coco avait accepté d'analyser un Nantes-Strasbourg pour Téléfoot. Et il avait lâché cette phrase lourde de sens : « On a l'espace devant nous. Tu vois, ça repart. » Si le mot « repartir » n'est plus utilisé aujourd'hui, il est un symbole en Italie : la ripartenza est le mot utilisé pour désigner une contre-attaque. Loin du Barça de la possession, Nantes jouait un football direct, rapide, spectaculaire, celui du meilleur Mourinho. Même si ça n'empêche pas Loko et Ouédec de mourir en pressant. Un football dont l'objectif était bien de conquérir le terrain, mais pas de façon progressive : « En allant vers l'avant, on pousse l'adversaire vers l'arrière, et il se découvre des espaces. » Le FC Nantes faisait défendre l'adversaire en reculant. Et ça ne servait à rien d'essayer de le presser, puisque le ballon n'était pas contrôlé.
Suaudeau look� comme jamais

« Garder le ballon
le plus longtemps possible,
c'est une maladie
du jeu d'aujourd'hui
 »


Jean-Claude "Coco" Suaudeau

Top but #5

Patrice Loko
11 janvier 1995
23e journée
PSG/Nantes (0-3)

Jocelyn Gourvennec y a consacré son mémoire de fin d'études à la fac de Rennes : les déplacements de Patrice Loko et Nicolas Ouédec. Cela aurait pu servir à José Cobos, trompé par le groove de Patrice Loko, sur un modèle d'appel/contre-appel. Terminant par un crochet sur Lama et une frappe dans le but vide, l'attaquant nantais ouvre le score d'une rencontre cauchemardesque pour les Parisiens : carton rouge précoce de Daniel Bravo et un « tarif maison » appliqué sans respect à l'extérieur par les Nantais. 0-3. Le PSG dit définitivement au revoir au titre.

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La possession, « une maladie du jeu d'aujourd'hui »


Pourtant, le jeu à la nantaise a toujours respiré un air ibérique, du moins dans les médias. En 1992, le quotidien catalan Mundo Deportivo publie un article affirmant que le Nantes de Suaudeau « copie poste pour poste le Barça de Cruijff » . Mais l'éloge ne plaît pas forcément à Suaudeau, qui dira du Nantes de Denoueix : « Lui, sa priorité, c'est d'avoir le ballon, et de le garder le plus longtemps possible. Ça, c'est une maladie du jeu d'aujourd'hui, selon moi. C'est pour cela que le jeu devient emmerdant. (…) Je lui ai dit : "C'est ton problème, c'est plus le mien, mais tu sais que j'en ai marre de te voir faire ces passes-là." » Contre l'AS Monaco des techniciens Djorkaeff, Petit et Scifo, lors de la 35e journée (3-3), à l'époque où Henry est sur le banc ( « vous voyez, celui entre Ikpeba et Puel, il joue pour l'équipe de France junior » ), Nantes donne l'impression de jouer à mille à l'heure, et donc de se débarrasser rapidement de la possession. Le jeu à la nantaise est né, puis s'est évaporé. Il est revenu, sous diverses formes, mais ce n'était plus jamais le même. Il était là, mais il n'existait plus. « Nos passes ne sont pas très différentes de la majorité de celles des autres équipes, néanmoins elles sont faites d'après un principe que l'on garde pour nous… (Large sourire) Mais je ne veux pas trop en dire » , lâchait Suaudeau en octobre 94 dans Téléfoot. Un autre monde, une autre époque, mais les mêmes frissons. Une énième preuve que le beau jeu et le jeu offensif peuvent naître, mourir et renaître sous une infinité de formes différentes. Parce que le jeu à la nantaise rendait surtout hommage à la complexité et la richesse du football en le simplifiant.

Par Markus Kaufmann

Top but #4

Claude Makelele
28 octobre 1994
15e journée
Nantes/Strasbourg (3-0)

Il faut un peu de réussite dans une saison pour être champion. Reynald Pedros, au corner, joue rapidement pour le Makelele offensif période nantaise. Claude, dans le coin de la surface de réparation strasbourgeoise, centre n'importe comment, en une touche, mais attrape finalement la lucarne opposée d'Alexander Vencel, fâché avec la mode ce soir-là. 3-0, le fameux « tarif maison » à la Beaujoire.

Top but #3

Patrice Loko
10 septembre 1994
8e journée
Martigues/Nantes (3-3)

Il a parfois été reproché à Coco Suaudeau d'être donneur de leçons. « Il savait mieux que tout le monde, concède Patrice Loko. Malheureusement pour les autres, il disait vrai. » Cas pratique contre Martigues. Eddy Capron passe dans la verticalité sur Cauet dans l'entrejeu, qui dévie pour Ouédec. L'avant-centre amorce un jeu à quatre insaisissable. En quatre touches de balle, une feinte de corps et quatre déplacements, Karembeu, N'Doram, Ouédec et Loko - le buteur - récitent une leçon d'attaque placée, pour finalement marquer.

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Good Guy


Derrière Coco Suaudeau, derrière Loko, Ouédec, Pedros, N'Doram ou Karembeu, l'ombre d'un homme planait. Celle de Guy Scherrer, patron qui n'aimait pas le foot, mais qui l'a respecté plus que tout au monde l'espace de quatre ans et demi, lorsqu'il était président du FC Nantes Atlantique. Un homme qui faisait le tour des tribunes de La Beaujoire toutes les deux semaines, mais qui n'y a plus mis les pieds depuis bientôt vingt ans.



Une fois, seulement, le football a fait pleurer Guy Scherrer. Nous sommes le 27 mai 1995 et le FC Nantes Atlantique termine son dernier match à domicile de la saison lorsque les 34 210 spectateurs quittent les tribunes de La Beaujoire pour en envahir la pelouse. Depuis une semaine, ils savent que leur club est champion de France et il est temps de fêter ça. « Vingt ans après, je serais bien incapable de vous donner le score ni même l'adversaire de ce match » , avoue aujourd'hui celui qui à l'époque observait la scène les yeux rouges. Tout supporter nantais connaît pourtant la réponse : victoire 2-1, contre Cannes, buts de N'Doram et Karembeu. Mais Guy Scherrer n'est pas un supporter comme un autre. Les trophées, les lignes au palmarès, les victoires n'étaient pas son objectif. « Ce qui m'a fait pleurer, ce n'était pas d'avoir gagné le titre, c'était de voir la joie des supporters et des joueurs, explique-t-il. Savoir s'ils allaient être champions ne m'a jamais intéressé. Si les joueurs s'amusaient et que les spectateurs étaient contents, j'étais satisfait. J'ai une conviction, qui appartient probablement au passé : je pense que quand on prend du plaisir, les résultats finissent par venir. » Une façon de formaliser ce qui aura guidé toute sa carrière : la notion de plaisir.

Une vision d'autant plus atypique que le football n'est pas le sport préféré de Guy Scherrer. Né en 1943 à Strasbourg, bien loin du Sud-Ouest, le président du club le plus célébré de France par les puristes du ballon rond lui préférait son homologue ovale. « Encore maintenant, je préfère le rugby, assure-t-il. Comme beaucoup de Français, j'aime bien le Stade Toulousain, et je jouais trois quarts aile en universitaire. » Dans ses belles années, le Strasbourgeois court le 100 mètres en 10"9 et saute 1,93 mètres à la hauteur, mais pas une trace de foot. « Vous auriez dû voir la tête des journalistes quand il leur disait qu'il préférait le rugby au foot, en rigole encore Jean-René Toumelin, président de l'association du FCNA à l'époque, qui a ensuite succédé à Scherrer. On essayait de lui faire comprendre qu'il ne fallait pas dire ça, mais il n'en faisait qu'à sa tête. » Guy Scherrer le dit lui-même, il a toujours été qualifié d'atypique. « Mais je n'ai jamais compris ce que ça voulait dire, précise-t-il aussitôt. Peut-être parce que je voyais dans le football un jeu. » Peut-être, aussi, parce que cette façon de faire s'est montrée d'une efficacité redoutable.

Une idée tordue


Trois ans avant le titre de 1995, le FC Nantes était tout sauf champion de France. Neuvième du championnat en 91-92, le club n'a pas passé la septième place depuis six ans. Surtout, le 9 juin 1992, il est rétrogradé administrativement en D2 par la DNCG en raison d'une dette de 60 millions de francs. Effrayés, la mairie, le conseil régional et la Chambre de commerce mettent en place une commission chargée de trouver une solution, et installent à sa tête le vice-président de la Chambre de commerce, également président de la Biscuiterie nantaise (mieux connue sous le nom de BN) : Guy Scherrer. « La solution de notre groupe de travail a consisté à créer une SAOS (société anonyme à objet sportif, ndlr) dont le capital serait constitué par l'apport du contrat des joueurs, ce qui permettait de mettre un actif important face à la dette. » Le 24 juin, Max Bouyer, président du club, présente sa démission ; le FCN devient le FCNA ; et la DNCG revient sur sa décision. Le club est sauvé sportivement, mais il a encore besoin d'un président capable de redresser la barre économiquement. « Mes petits camarades m'ont dit que comme le groupe que j'animais avait eu cette idée tordue, il fallait que je continue et que j'accepte la présidence, se souvient Guy Scherrer. Voilà comment je suis devenu président du FCNA. »

Loin d'être terminés, les ennuis ne font en fait que commencer pour le rugbyman. « Il a fallu serrer les boulons partout, confirme Scherrer. On a cédé des joueurs, comme Marcel Desailly, on a obtenu le gel des remboursements par les banques créancières du club. On a aussi eu des apports d'argent frais de gens qui voulaient aider le club. Ensuite, la dette restante, on l'a remboursée au fur et à mesure des rentrées financières grâce aux performances du club. » Au départ, pourtant, l'entraîneur Jean-Claude Suaudeau ne sait pas trop à qui il a affaire. « Il se demandait qui était ce zozo qu'il avait comme président, sourit Scherrer. Il était un peu morose parce qu'il pensait ne pas avoir un effectif à la hauteur de ses ambitions. Il estimait que son équipe était trop jeune pour être immédiatement performante. Je lui ai demandé quel était selon lui l'âge moyen d'une équipe mature et il m'a répondu que c'était 27. Alors je lui ai dit : eh bien Jean-Claude, vous avez quatre ans devant vous. » Non seulement Coco a du temps pour peindre son chef-d'œuvre, mais en plus il peut le faire sans aucune intervention de son président, qui ne met jamais les mains dans le sportif. « Mon rôle était de défendre l'esprit du club, de tracer les grandes orientations en terme de valeurs, de comportement, et veiller à ce que les uns et les autres s'y conforment » , résume Guy Scherrer.

Top but #2

Nicolas Ouédec
31 août 1994
7e journée
Nantes/Rennes (2-0)

Souvent caricaturé comme un jeu de passes à 10, le jeu à la nantaise arrive surtout très rapidement dans le camp adverse, et ne crache jamais sur une belle contre-attaque. En témoigne cette accélération de Christophe Pignol, la fixation d'un Makelele à l'époque très très haut et la finition parfaite, en taclant une demi-volée du plat du pied, de Nicolas Ouédec, capable de dégainer n'importe quel ballon dans n'importe quelle position dans et autour de la surface adverse. L'OM avait eu « Jipépé » au début des nineties, le FC Nantes a son « Gronico » , surnom affectueusement donné à Ouédec par Coco Suaudeau, depuis le centre de formation.

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But à 6'04

Top but #1

Patrice Loko
19 août 1994
5e journée
Nantes/PSG (1-0)

À la Jonelière, professionnels comme pensionnaires du centre de formation connaissent « la fosse » , ce bout de terrain de 20 mètres où le ballon n'avait pas le droit de toucher terre. Ce 19 août 1994, la Beaujoire est devenue « la Fosse » durant 8 secondes, temps récemment chronométré par Patrice Loko himself sur son canapé. Après un dégagement hasardeux au loin de Karembeu, Pedros gagne la touche. Cauet remet très vite en jeu et le ballon évite le sol : une-deux Loko/Pedros en apesanteur et une volée pour finir, extérieur du pied droit, face au meilleur gardien de but français de l'époque. 1-0. Leaders au soir de la rencontre, les Canaris ne seront jamais rattrapés.

« Il fallait qu'on me foute la paix »


Le duo de choc réussit des miracles sur le terrain, mais ce n'est pas de cela dont parle Guy Scherrer lorsqu'on l'interroge aujourd'hui. « Quand je suis arrivé, l'assistance moyenne au stade était de 8 000 personnes, et en l'espace de trois ou quatre mois, c'est monté à 20 000 » , s'enorgueillit-il. Le président ne se déplace jamais avec son équipe, mais s'offre un bain de foule au milieu des supporters à chaque rencontre à domicile. « Je voulais qu'ils comprennent que je tenais à eux » , explique-t-il. Écharpe autour du cou et chapeau sur la tête, Guy Scherrer est apprécié par tous. Parfois, même, il impressionne. « J'ai 73 ans, et je crois n'avoir jamais vu quelqu'un d'aussi intelligent que lui » , salue par exemple Jean-René Toumelin. Pas suffisant pour tenir à la tête d'un club de foot. En décembre 1996, un peu plus d'un an après le titre, Guy Scherrer met les voiles. Sa raison ? « J'avais annoncé la couleur dès que j'avais accepté la présidence : un, je ne resterais pas longtemps, et deux, il fallait qu'on me foute la paix. Qu'on me laisse faire, pose-t-il. Il se trouve qu'après le titre, un certain nombre de gens ont trouvé qu'ils auraient bien aimé partager. Je leur ai dit : si vous voulez partager, partagez entre vous, moi je m'en vais. » Jean-René Toumelin se souvient précisément du jour où Guy Scherrer l'a laissé prendre sa suite. « Un jour, nous sommes reçus par le comité directeur, composé d'Alain Garnier, Maurice Hamon et Claude Boumard, les trois hommes mis là par Jean-Marc Ayrault pour nous surveiller. Une question banale est posée et Hamon demande : "Président Scherrer, que répondez-vous ?" Magistralement, comme il savait le faire, Guy se lève et dit : "Il n'y a plus de Président Scherrer." Puis il se barre dans son bureau. Il m'a dit qu'il en avait ras le bol. Il a juste sauté sur l'occasion de faire un bon mot et il est parti comme ça. »

Guy Scherrer est ainsi. Insaisissable. Vingt ans plus tard, celui qui n'est plus jamais retourné à La Beaujoire s'étonne qu'on lui demande si ce départ a été douloureux : « Pas le moins du monde ! C'était juste une page qui se tournait. » Un an plus tôt, Scherrer avait déjà quitté son poste à la Biscuiterie nantaise. « J'ai tout arrêté en même temps, dit-il. Je commençais à m'ennuyer. » Ce qu'il a fait plus tard ? « Des caprices » , élude-t-il. Jean-René Toumelin croit savoir que son compère a travaillé un peu avec Jean-Claude Darmon, mais impossible d'en savoir plus. « Vous me permettrez de garder ça pour moi » , coupe Scherrer. Récemment, il a ouvert un blog confidentiel et, l'an dernier, il a soutenu le candidat divers droite aux municipales de sa commune, La Chapelle-sur-Erdre. Il se fait glaçant dès qu'il entend que son FCNA portait plutôt des valeurs de gauche : « Il y a des valeurs à gauche ? » Il est finalement un peu plus simple de savoir ce que Guy Scherrer a fait avant son arrivée au FCNA. Diplômé de HEC, passé par Harvard pour une formation professionnelle, il est entré à la Biscuiterie nantaise en 1969 avant de franchir les échelons : « Chef de produit, chef de groupe, directeur marketing, directeur marketing vente, directeur général et enfin président, égrène-t-il. Un parcours lambda. » Avant de prendre les rênes du FC Nantes, Guy Scherrer avait pourtant déjà révolutionné son premier secteur. « Vous avez déjà dû croiser un Choco BN avec un sourire ? Voilà. C'est moi qui ai mis le sourire sur le Choco BN. Toujours cette idée de plaisir. »

Par Thomas Pitrel, propos de Jean-René Toumelin recueillis par Victor Le Grand

Ayrault: « Le jeu à la nantaise, c'est l'histoire d'un style »





Quand avez-vous commencé à vous intéresser au football ?
Quand j'ai préparé ma candidature pour la mairie de Nantes, en 1989. Une fois en poste, je crois n'avoir manqué aucun match. J'ai considéré que le FC Nantes participait à l'imaginaire, l'histoire et l'identité nantaise. C'est l'un des plus anciens clubs du football professionnel français, créé en 1943, avec une histoire sportive remarquable, presque unique : Coupe de France, huit titres de champions de France et un record de longévité en première division avec 44 saisons consécutives (de 1963 à 2007).

Vous êtes allé dans les tribunes populaires avant d'être maire de la ville. Ensuite, vous avez dit un jour : « Maintenant, en tribune officielle, c'est moi qui lance la ola. Je trouve que c'est moche de la voir se casser au niveau de la tribune d'honneur. Le public nous regarde et il n'aime pas ça. »
Je vais vous dire mieux : j'ai toujours ma carte de supporters du groupe « Allez Nantes Canaris » ... La dernière fois que j'y suis allé, je suis allé voir ce groupe dans leur local, aux abords de La Beaujoire. J'ai payé ma carte que j'ai reçue par La Poste : « Cette carte d'adhérent est strictement personnelle et vous donne accès à l'espace supporter du stade. » La carte numéro 506, saison 2014-2015. Je suis à jour dans ma cotisation (sourire).

Comment définiriez-vous le « jeu à la nantaise » ?
Comme une sorte de ballet, de chorégraphie. C'est l'histoire d'un style. Quand on voyait les joueurs se déployer sur le terrain, il y avait comme une mise en scène, dans le collectif, la rigueur, la stratégie, mais aussi dans l'élégance du jeu. D'ailleurs, quand j'essayais de mettre autour de la table des acteurs pour un même projet, je m'amusais souvent à répéter : « Vous voyez, on pratique le jeu à la nantaise. » Bon, quand le club est descendu en Ligue 2 et qu'il a perdu ses fondamentaux, on a pas mal ironisé sur cette image…

Quel est votre meilleur souvenir de cette saison 1994-1995 ?
C'est quand nous avons su qu'ils allaient être champions, après un déplacement à Bastia (2-2), à deux journées de la fin. Nous étions à l'aéroport pour les accueillir. Tout le monde dansait, s'embrassait. C'était fou.

Vous aviez un joueur fétiche dans cette équipe ?
J'avais beaucoup de respect pour l'élégance de N'Doram, mais aussi beaucoup d'affection pour Karembeu. J'ai vu Christian s'engager dans des causes sociétales, comme la lutte contre la mucoviscidose. Je l'ai vu, en toute simplicité, venir rencontrer des élèves de ma femme dans son collège. C'est un garçon très profond, avec des valeurs. Mais je ne veux pas être injuste avec les autres… Vous aviez quand même Capron, Casagrande, Decroix, Ferri, Guyot, Le Dizet, Loko, Ouédec, Pedros, Pignol et Renou. Vous vous rendez compte des noms ? C'était génial.

Comment la ville vivait le succès du club cette année-là ?
Les gens parlaient des matchs sans y avoir mis les pieds… C'était une fierté pour les habitants, qui dépassait le cadre des amateurs de football. Il faut comprendre qu'il y a eu une époque où la ville était moins connue qu'aujourd'hui. Beaucoup de choses sont venues alimenter la réputation de la ville depuis : son renouveau économique, son ouverture sur l'Europe, etc. Mais il y a 20 ans, le club était constitutif de l'image de la ville. Quand Nantes a été champion de France en 1995, ça a été quelque chose. Moi-même, il m'est arrivé d'accompagner plusieurs fois l'équipe dans ses déplacements européens. C'était toujours une aventure. On partageait un peu la vie du groupe, des dirigeants. C'est comme ça que j'ai eu des discussions avec Jean-Claude Suaudeau.

Vous vous souvenez du jour où votre femme a demandé à Coco, dans un déplacement en avion, s'il avait recours à un psychologue pour aider les jeunes ?
(Rires) Il avait répondu avec beaucoup de spontanéité, « le psychologue, c'est moi » , ce qui avait impressionné ma femme, du reste. Il avait été très direct, fier de dire que c'était lui le patron en quelque sorte, ce qu'il était d'ailleurs. Mais c'était particulier, l'ambiance était à l'époque plus que familiale. Les joueurs étaient différents de ce qu'ils sont devenus aujourd'hui. On était loin de Knysna…

Quels rapports aviez-vous avec Suaudeau ? Il n'était pas très causant…
Nous n'avions pas de rapports particuliers. Il était très soucieux de son indépendance, de son désir de ne se consacrer qu'au club.

Avant ce titre de champion de France, on oublierait presque que trois ans plus tôt, en 1992, le club était au bord du dépôt de bilan, interdit de recrutement et contraint d'aligner une équipe de jeunes issus du centre de formation…
Comme maire, sans vouloir m'immiscer dans la gestion, j'ai pris les devants en mettant tous les partenaires autour d'une table : Chambre de commerce et de l'industrie, collectivités locales… La mairie n'a pas mis beaucoup d'argent, mais a mobilisé les acteurs pour en trouver. Nous avons évité le dépôt de bilan.

Comment pendant longtemps une ville comme Nantes, ouverte sur le monde, a-t-elle pu abriter un club si fermé, fonctionnant en vase clos ?
Il y avait une espèce de famille et de cohésion très forte dans le club. Certains jeunes joueurs trouvaient ça un peu pesant. Mais une fois qu'ils sont partis au PSG par exemple, avec des gros chèques, ils n'ont pas tous tenu le choc. Certes, la société et les mentalités ont évolué, mais les joueurs de football ont besoin d'être accompagnés.

Vous aviez dit : « Quand il s'agit de gérer une ville, il y a d'autres façons de se mouiller. »
Un politique, s'il veut garder la dignité de sa fonction, ne doit pas se laisser emporter comme cela. Moi, j'avais gardé une certaine forme de distance. C'est beaucoup plus sain. C'était de la récupération politique et un mauvais mélange des genres.

Aujourd'hui, vos rapports avec Kita se sont-ils améliorés ?
Je n'ai jamais eu de mauvais rapports avec lui. Il a souvent dit qu'il n'avait pas eu assez de soutien de la mairie. Il dit ça, et continuera à le dire. Moi, il ne me le répète plus, car je ne suis plus en situation. J'ai déjeuné avec lui récemment et cela s'est extrêmement bien passé. Je reconnais qu'il aime le football, même s'il a des défauts, comme tout le monde, et qu'il a mis beaucoup de son argent dans un club que personne ne voulait. À l'époque, pour reprendre le club à Dassault qui n'en avait que faire du football, il n'y avait personne d'autre.

Entre nous, peut-on réellement être maire de Nantes et ne pas aimer le football ? C'était le cas de votre prédécesseur, et il n'a fait qu'un mandat…
(Rires) Pour être maire, il faut aimer les gens et ce qu'ils font. Sinon vous êtes sûr de ne pas le rester longtemps. Aimer ce qu'ils font, c'est aimer la ville dans sa culture, dans son identité et son imaginaire. Donc ne pas aimer le grand club de football lié à l'histoire de la ville, ça aurait été une faute impardonnable.



Propos recueillis par Victor Le Grand


Que sont-ils devenus ?

Eddy Capron (défenseur)
Carrière post-1995 : Nantes jusqu'en 1997, puis passage chez l'ennemi rennais jusqu'en 1999, avant les Ardennes de Sedan (1999-2003) et enfin le MUC 72 pour terminer en beauté.
Depuis sa retraite : S'il a déjà coaché l'équipe de l'école des Mines, a créé un label de musique dont on n'est pas obligé de parler, il entraîne et est aujourd'hui manager général de l'AS Sautron, dont l'équipe première évolue en PH.
Gazouilli : Celui qui exerce aussi la profession de coach sportif pour particuliers à Nantes avait à l'époque un Christanval dans chaque jambe.
Dominique Casagrande (gardien de but)
Carrière post-1995 : Nantes jusqu'en 1997, Séville FC (97-98), PSG (98-2001), Saint-Étienne, (2001-2003), US Créteil-Lusitanos (2003-2004)
Depuis sa retraite : Titulaire d'un Master II en droit, économie et gestion du sport, Dom' est aujourd'hui président de Consulting Sport, propriétaire du restaurant « Le 1838 » à Nantes, actionnaire au sein du groupe Soccer5, propriétaire de plusieurs centres de foot à 5 et enfin gestionnaire du site internet Footengo (créé en 2007) spécialisé dans le foot amateur.
Gazouilli : Ceux qui l'aiment vraiment savent qu'il a rendu célèbre Cécile Siméone.
Benoît Cauet (milieu)
Carrière post-1995 : Nantes jusqu'en 1996, transfert au PSG (96-97), puis c'est la longue parenthèse italienne, avec l'Inter Milan (1997-2001), le Torino (2001-2002) et Côme (2002-2003). Saut de puce pour Bastia ensuite (2003-2004), un détour par la Bulgarie et le CSKA Sofia (2004-2005) pour terminer à Sion (2005-2006).
Depuis sa retraite : Benoît s'est plu en Italie et y fait sa vie. Il s'est d'abord occupé de la communication de l'Inter Milan, avant de commenter les matchs de Ligue 1 sur la télé Sportitalia. Il entraîne désormais les U18 de l'Internazionale. Attention, grosse cote en Italie, le Benoît.
Gazouilli : Pour toi, la seule méthode Cauet qui vaille, c'est une remise en touche rapide, contre le PSG, à La Beaujoire. Une action entrée dans l'histoire.
Éric Decroix (défenseur)
Carrière post-1995 : Nantes jusqu'en 1999, puis rapidement l'OM en 1999 avant un départ à Montpellier, jusqu'en 2002. Il finit en Belgique, à Beveren, en 2003.
Depuis sa retraite : Titulaire d'un diplôme universitaire de management sportif (2005), il a surtout fait la connaissance de Jean-Marc Guillou pour être aujourd'hui à la tête de la formation de l'académie Chonburi de ce même Guillou, en Thaïlande.
Gazouilli : La légende raconte qu'il est impossible de lui mettre des petits ponts, car Éric ne décroise jamais les jambes.
Jean-Michel Ferri (milieu)
Carrière post-1995 : Nantes jusqu'en 1998, puis un yo-yo Istanbulspor (1998), Liverpool (1998-1999), Sochaux (1999-2000).
Depuis sa retraite : S'il a entraîné dans la région lyonnaise du côté de Feyzin ou l'AS Minguettes-Vénissieux, Jean-Michel est surtout devenu négociant en vin et champagne. N'a pas quitté le terrain, en étant aujourd'hui le coach du FC Corbas.
Gazouilli : Si certains comme Pedros n'appréciaient pas particulièrement les médias, « Féfé » , lui, était plutôt client. « Il aimait bien ça Féfé ouais » selon « Gros Nico » Ouédec.
Jean-Louis Garcia (gardien de but)
Carrière post-1995 : Retraite
Depuis sa retraite : D'abord entraîneur des gardiens à Nantes jusqu'en 1998, il est ensuite passé au rang de coach principal du côté de la réserve des Girondins (99-2003), au Sporting Toulon (2003-2006), au SCO Angers (2006-2011), au RC Lens (2011-2012) et enfin à Châteauroux en 2013. Licencié en mai 2014, il est aujourd'hui à la recherche d'un club et a « des touches en National » dixit le principal intéressé.
Gazouilli : S'est ruiné au casino avec José Mourinho un soir de juin 2000 pendant l'Euro Espoirs 2000.
David Garcion (Ailier, attaquant)
Carrière post-1995 : Nantes jusqu'en 1996, une pige à Lille (1996-1997) et un retour dans l'Ouest, entre la Bretagne (Guingamp, 1997-2000) et la Normandie (Caen, 2000-2003).
Depuis sa retraite : S'il a bien eu quelques touches en National, il est appelé à se reconvertir dans le staff technique des catégories jeunes de Montpellier, mais atterrit plutôt au service commercial du groupe Nicollin qu'il n'a plus quitté depuis 10 ans. Ayant validé son diplôme d'entraîneur il y a un an, il coache aujourd'hui une petite équipe U17 de l'Avenir Castriote dans l'Hérault.
Gazouilli : Ceux qui l'aiment vraiment savent très bien qu'il a parfaitement transmis le témoin entre Reynald Pedros et Olivier Monterrubio.
Laurent Guyot (défenseur)
Carrière post-1995 : Nantes jusqu'en 1998, puis une pige à Toulouse (1998-1999) et une fin de carrière à Guingamp (1999-2002).
Depuis sa retraite : Directeur du centre de formation nantais de 2005 à 2009, il devient ensuite entraîneur chez les professionnels, d'abord à Boulogne-sur-Mer (2009-2010) puis à Sedan (2011-2013). Il quittera les Ardennes pour la DTN en 2013, y coachera les U17 jusqu'en 2014 avant de prendre l'équipe de France U16, un poste qu'il occupe toujours.
Gazouilli : En désaccord avec la direction nantaise, il laisse en 2009 au club Éric Loussouarn comme le dernier vestige de l'équipe titrée de 1995.
Christian Karembeu (défenseur)
Carrière post-1995 : Départ direct après le titre, avec un premier stop à la Sampdoria (1995-1997), une belle halte au Real Madrid (1997-2000), une saison à Middlesbrough (2000-2001), trois années à l'Olympiakos (2001-2004), une tentative au Servette (2004-2005) et sept petits matchs à Bastia pour terminer.
Depuis sa retraite : Nommé Ambassadeur de la FIFA en Océanie en 2005, Christian a multiplié les opérations de représentation. Il est aujourd'hui conseiller du président de l'Olympiakos, et a deux postes aux intitulés à rallonge : chargé de la prospection des jeunes joueurs et des relations internationales au Pirée ainsi qu'ambassadeur de « capitaines du changement » auprès de l'UEFA. Côtoie également Bernadette Chirac en tant que parrain de l'opération Pièces jaunes 2015.
Gazouilli : « Je suis véritablement née en avril 1996, l'année où j'ai rencontré Christian sur le vol Milan-Paris. » Une phrase tirée de Paris-Match et signée Adriana Sklenaríková, devenue jusqu'en 2011 Madame Karembeu. Oui, Christian était très très très fort.
Serge Le Dizet (défenseur)
Carrière post-1995 : FC Nantes jusqu'en 1998.
Depuis sa retraite : Chargé de formation au FC Nantes avec une Coupe Gambardella à la clé en 2002, entraîne l'équipe réserve puis l'équipe principale en 2005 avant d'être licencié en 2006, entraîneur de Concarneau (2008), puis retour en tant qu'adjoint à l'US Boulogne (2009). Est aujourd'hui entraîneur adjoint du SCO d'Angers, promu en Ligue 1.
Gazouilli : N'a marqué aucun but de toute sa carrière à Nantes.
Patrice Loko (attaquant)
Carrière post-1995 : PSG (1995-1998), Lorient (1998-1999), Montpellier (1999-2001), Lyon (2001), Troyes (2001-2002), Lorient ( 2002-2004), AC Ajaccio (2004)
Depuis sa retraite : À la tête d'une société d'événementiel sportif à Vannes, « Loko Sport Événements » , il organise des soirées autour des matchs de football, destinées aux chefs d'entreprises qui invitent leurs clients à passer une soirée avec eux et regarder un match.
Gazouilli : A ouvert en 2011 un « bar lounge » à Vannes, « La Bodeguita » , revendu il y a deux ans.
Éric Loussouarn (gardien de but)
Carrière post-1995 : Nantes jusqu'en 1999, avec un prêt à Châteauroux (1997-1998), avant de finir à Guingamp (1999-2002).
Depuis sa retraite : D'abord reconverti entraîneur des gardiens au FC Nantes, il crée en 2012 Loussouarn Finances, une société de conseil en gestion de patrimoine. Il n'a pas laissé le foot pour autant, Éric venant de signer pour 2 ans au FC Nantes, en tant qu'entraîneur des gardiens de but, à partir de juillet 2015.
Gazouilli : David Marraud, de sa voix grave, l'appelait « Lousse » . Ou « Loulousse »
Claude Makelele (Milieu offensif, ouais)
Carrière post-1995 : Nantes jusqu'en 1997, Marseille (97-98), Celta Vigo (98-2000), Real Madrid (2000-2003), Chelsea (2003-2008), Paris (2008-2011)
Depuis sa retraite : Conseiller de Leonardo, alors directeur sportif du PSG (2011), il passe ensuite adjoint de Carlo Ancelotti (2012) puis de Laurent Blanc (2013) dans le club de la capitale avant de voler de ses propres ailes à Bastia (2014). Un échec, car licencié en novembre 2014. Claude est aujourd'hui à la recherche d'un poste, peut-être dans le staff de Laurent Blanc. Il aurait aussi des touches en Russie ou à Nantes, en cas de départ de Der Zakarian.
Gazouilli : L'année du titre, Claude était offensif sur le terrain - Make arpentait souvent le couloir droit - mais défensif en dehors, cachant à son coach le flirt entretenu avec sa fille.
David Marraud (gardien de but)
Carrière post-1995 : Nantes jusqu'en 1996 et une dernière année à Perpignan (1996-1997).
Depuis sa retraite : Entraîneur des gardiens de buts de Nantes, puis entraîneur adjoint, avant de prendre le rôle de numéro 1, mais à Cognac en CFA2 (2008-2011). Depuis 2013, il est le directeur technique du Pôle Espoir fédéral de préformation à Castelmaurou (Toulouse).
Gazouilli : David vient de gagner un Euro. Avec les U17 français. En tant qu'entraîneur des gardiens.
Stéphane Moreau (défenseur)
Carrière post-1995 : Caen direct après le titre, jusqu'en 1998. On reste dans l'Ouest ensuite avec le Stade lavallois où il termine sa carrière en 2003.
Depuis sa retraite : Entraîneur de l'équipe réserve de Nantes en 2004, puis entraîneur des moins de 18 ans en 2008, il atteint une finale de Gambard' en 2009. Pas forcément dans les petits papiers de l'énigmatique duo Larièpe/Kita, il rejoint en 2009 le Stade lavallois pour en devenir responsable du centre de formation, un poste qu'il occupe toujours.
Gazouilli : La première occurrence « Stéphane Moreau » dans Google ne dirige pas vers Laval, mais les Antilles, avec « En ti câlin dans cou » , un beau featuring avec Steevy.
Japhet N'Doram (meneur de jeu)
Carrière post-1995 : Nantes jusqu'en 1997, pour une fin de carrière précoce, une année plus tard, à Monaco (1997-1998).
Depuis sa retraite : Recruteur et ensuite superviseur pour le Monaco de Deschamps, il fait l'erreur de remettre le pied à Nantes en plein bazar Rudi Roussillon en 2005. Directeur sportif, puis sur le banc avec Der Zakarian, Japh' s'échappe de ce merdier - est viré aussi - pour tenter l'aventure de la formation au Tchad. L'État lui construit malheureusement un centre d'entraînement sans les terrains de foot, de l'argent s'étant perdu en route. Il est aujourd'hui entraîneur des U15 de l'ES Haute-Goulaine, en Loire-Atlantique, et prendra les rênes de l'équipe première en juillet 2015.
Gazouilli : Si Japh' a gagné à Nantes le surnom de « Sorcier » , à Yaoundé, où il a succédé à George Weah, on l'appelait « le Réfugié » .
Nicolas Ouédec (attaquant)
Carrière post-1995 : Nantes jusqu'en 1996, puis départ à l'étranger à l'Espanyol Bacelone (1996-1998), un retour en France par le PSG (1998-1999), Montpellier (1999-2001), puis de nouveau l'étranger, avec La Louvière (2001-2002), les Chinois du Dalian Shide (2002) ou du Shandong Luneng (2003-2004).
Depuis sa retraite : Après quelques placements immobiliers et après avoir racheté une société de distribution de viande de Manille appartenant à la famille de sa femme, originaire des Philippines, il revient en France avec sa femme, mais sans le commerce de viande, et reprend un hôtel en proche banlieue nantaise, à Saint-Luce, en 2011.
Gazouilli : Sans un claquage à la cuisse au printemps 1996, lui faisant rater l'Euro, « Gronico » aurait pu signer à la Juve. Et serait évidemment devenu le meilleur buteur d'Europe.
Reynald Pedros (milieu offensif)
Carrière post-1995 : Nantes jusqu'à 1996, sa compagne de l'époque lui refuse Barcelone ensuite et c'est la tournée des grands ducs. Marseille, Parme, Naples, Lyon et Parme entre 1996 et 1999. Il tente la relance à Montpellier (1999-2000), Toulouse (2000-2001) et Bastia (2001-2003). Dans le nez de Gérard Gili, Reynald multiplie pendant 20 mois les essais foireux en Chine, aux Émirats arabes unis, en Israël, au Qatar, à Nîmes et se pose finalement au Sud Nivernais Imphy Décizes, en CFA2 de 2004 à 2006, avant de revenir dans le 44 à la Baule en DH (2006-2007), puis de raccrocher en janvier 2008 en D2 suisse, au FC Baulmes.
Depuis sa retraite : Alors qu'il passe depuis son époque bauloise son Brevet d'État, Pedros entame 2008 en vivant chez ses parents, se préparant pour le DEPF de juin tout en coachant le FCO Saint-Jean-de-la-Ruelle en DH. Le diplôme en poche, il passe entraîneur de Saint-Pryvé Saint-Hilaire à l'été 2009, où il connaît l'ascenseur CFA2-CFA-CFA2 en trois saisons. Est consultant sur les chaînes du groupe Canal Plus depuis.
Gazouilli : En janvier 2003, Pedros se fait « balader » par un « agent » pour un contrat et une blague d'essai en Chine. Dix ans plus tard, ce même « agent » « baladait » Adriano du côté du Havre. Adriano aurait dû se méfier.
Christophe Pignol (défenseur)
Carrière post-1995 : Nantes jusqu'en 1997, une belle escapade monégasque (1997-2000), puis la découverte du XXIe siècle au LOSC, pour une dernière saison à la fin douloureuse (2000-2001).
Depuis sa retraite : Revenu dans le Sud de la France, Christophe pige d'abord en tant que consultant pour Canal Plus et l'OM TV et, depuis 2007, s'est lancé dans le business du foot à 5, en tant que président d'honneur du Convi-Five, et co-gérant du centre de football indoor Soccerplus à Gemenos. Il préside aussi l' « Association Christophe Pignol - Combattre la Leucémie » .
Gazouilli : Une leucémie aiguë a mis un terme à la carrière de Christophe Pignol, qui s'est battu pendant plusieurs mois pour finalement laisser la maladie derrière lui.
Franck Renou (attaquant)
Carrière post-1995 : Nantes jusqu'en 1996, puis départ au LOSC (1996-1999), un passage en Suisse à Sion (1999-2001), un retour dans l'Ouest chez le Stade Brestois (2001-2002) et enfin Carquefou (2003-2004).
Depuis sa retraite : Resté dans un premier temps dans la région de Nantes, il se reconvertit dans la banque-finance. Il obtient sa licence de courtier en produits financiers d'assurance, et bosse notamment pour Tanguy Assurances jusqu'en 2009. Franck obtient ensuite un permis de séjour en Suisse en 2010, où il devient courtier immobilier indépendant. Il est aussi aujourd'hui consultant pour une banque fiduciaire avec laquelle il a le projet de développer une filière sport.
Gazouilli : Franck a créé une entreprise de gestion à Nantes qu'il a fini par radier, surchargée par les charges financières. CQFD.
Samson Siasia (attaquant)
Carrière post-1995 : Parcours hasardeux direct après le titre, avec une expatriation au Portugal chez Tirsense (1995-1996), en Arabie saoudite (Al Hilal jusqu'en 1997), un tour en Australie au Perth Glory (1997-1998) et un baroud d'honneur de deux ans en Israël, à l'Hapoel Tzafririm Holon (1998-2000).
Depuis sa retraite : Samson Siasia part d'abord coacher aux USA en 2003 avant de revenir exercer au Nigéria. En 2004, il prend en charge une génération de U20 qu'il mène à la victoire à la CAN Junior 2005, la seconde place au Mondial de la même année. Il gagne le droit d'être en plus adjoint des A jusqu'en 2007. Ensuite, il rattrape sa génération dorée chez les Espoirs, qu'il emmène jusqu'à la finale olympique à Pékin, perdue contre l'Argentine, en 2008. Propulsé brièvement coach de l'équipe A en 2010-2011, il est remercié et est retourné depuis avec les Espoirs
Gazouilli : Samson Siasia ne comprenait rien des exercices de Coco Suaudeau aux entraînements.
Derri�re : Cauet, Le Dizet, Ferri, Ouedec, Pignol, Decroix. Devant : Loko, Pedros, Karembeu, Makelele, Marraud

Elisabeth Hubert : « Coco n'est pas de droite, il est vendéen ! »




Députée de la deuxième circonscription de Loire-Atlantique et ministre de la Santé du gouvernement Juppé, Elisabeth Hubert est en 1995 une femme de droite en campagne. Sa quête ? La municipalité de Nantes. Son principal adversaire ? Jean-Marc Ayrault, le maire sortant, qui l'appelait à l'envi « Mlle Hubert » : une manière de murmurer à l'oreille de l'électorat traditionnel catholique qu'elle n'était pas mariée et n'avait pas d'enfants. Entre deux coups bas politiques, trois meetings et le titre du FC Nantes, la « Jupette » a néanmoins trouvé le temps de finir dans la piscine habillée avec les joueurs lors de l'avant-dernier match de la saison. « Heureusement, dit-elle, qu'il n'existait pas encore de téléphone portable. »

Quel grand souvenir gardez-vous de cette saison 1994-1995 ?
Oh, j'en garde un beau (sourire). Lors du dernier match de la saison à domicile, contre Cannes, les joueurs m'ont jetée dans la piscine de la Beaujoire, ou plutôt dans une barbotière, avec eux, pour fêter le titre. Mais très gentiment, dans une atmosphère tout à fait bon enfant. Donc j'ai fini trempée. Des images doivent encore exister quelque part… Je me souviens que les officiers de sécurité étaient fous. Suaudeau et Budzinsky étaient effarés de voir une ministre embarquée par les joueurs dans cette pataugeoire. J'avais juste eu le temps de retirer ma veste et mes chaussures, tout le reste est parti à l'eau. Peut-être même ma montre.

Et de cette équipe en tant que telle, quels souvenirs gardez-vous ?
Une équipe extraordinaire, jeune, dans des conditions financières difficiles. Avec Guy Scherrer aux manettes, le président de l'époque ; Suaudeau, un extraordinaire entraîneur. Dans une méthode qui était celle d'il y a 20 ans. Coco, c'est un Vendéen, hein. Un homme de valeur, de principe. Je ne suis pas certain que l'on puisse aujourd'hui conduire une équipe comme il a pu le faire autrefois. Je ne suis pas certain que les joueurs l'accepteraient. Mais je crois que ce fut la clé de la réussite, non ?

Quel rapport entreteniez-vous avec le staff et l'équipe dirigeante ?
Jean-Claude Suaudeau, je le connaissais un tout petit peu. Ce n'est pas trahir un secret que de dire que ses idées politiques étaient plus proches des miennes que celles de gauche… Mais « Coco » , comme on l'appelait, n'est pas de droite, il est vendéen !

Deux ans avant ce titre, Jacques Chirac lui-même, à l'issue de la finale de la Coupe de France PSG-Nantes (3-0), vous aurait soufflé, assis derrière vous au Parc des Princes : « Tu sais, il vaut mieux que Paris l'ait gagnée, sinon Ayrault aurait récupéré la victoire. » C'est vrai ?
Oui, c'est vrai (rires). Mais c'est assez conforme avec sa façon d'être : Jean-Marc Ayrault est quelqu'un d'assez interventionniste. C'est vrai qu'à l'époque, avec Guy Scherrer, président du club, ça allait très mal (cf. portrait de Guy Scherrer). Il y avait une forme d'interventionnisme assez forte de la ville dans le club. Une approche assez dogmatique. Ce n'est pas lui faire injure que de dire qu'en 1995, Jean-Marc Ayrault était moins social-démocrate qu'il ne l'est devenu ces dernières années. Il avait une tonalité beaucoup plus à gauche, quand même. Il était un peu plus idéologique ; comme tout le monde, il a évolué.

Deux ans avant le titre, alors que le club est au bord de la faillite, vous aviez critiqué le projet de sauvetage initié par la mairie et Jean-Marc Ayrault. Vous parliez de « colmatage pas réaliste » et de « plan bâti sur du sable » .
Je n'ai pas cru à ce nouveau replâtrage, mais je ne crois pas avoir été la seule. Compte tenu des résultats sportifs, j'ai peut-être eu tort, mais si ma mémoire est bonne, au cours d'un sondage dans un journal local, la majorité des Nantais interrogés s'était avérée fataliste et prête à voir le club descendre en D2. Je n'ai donc aucun problème à dire : chapeau, Ayrault !
...

...
Jean-Marc Ayrault, quelle était concrètement son « idéologie » , comme vous dites ?
Il se disait : « Si on aide le club, je vais pouvoir commander. » Vous savez, le sport et la culture ont toujours été des véhicules politiques extrêmement puissants. Ce sont des moments de liesse, de partage, des moments où les barrières sociales sont considérablement atténuées. Des moments où - on l'a vu en 1998, les problèmes raciaux et d'identité n'ont plus du tout la même tonalité. Et le politique est trop sensible à ces thèmes-là.

Vous aussi, vous assumez avoir parfois récupéré le succès du FC Nantes à des fins politiques ?
Ah oui, tout à fait ! J'ai pu me servir de la situation financière compliquée du FC Nantes comme un dossier lourd et sur lequel j'avais, avec d'autres, de profondes interrogations. Un dossier économique qui posait des questions sur la gestion du club par la ville, et même sur la gestion de la ville en elle-même. Aujourd'hui, qu'une ville soit de droite ou de gauche, elle porte les mêmes projets. Ce qui n'était pas le cas il y a 20 ans. À l'époque, les débats étaient plus clivants et liés à des démarches beaucoup plus dispendieuses de la gauche que le droite. Depuis, des gens de droite se sont avérés de mauvais gestionnaires. Aussi.

Dernière question, mais, entre nous, c'est Reynald Pedros qui vous a mis dans la piscine il y a 20 ans ?
Je ne sais pas… Si vous voulez une confidence, je pense que si j'avais eu une attitude revêche et réticente, ils ne l'auraient sans doute pas fait. C'était un vrai moment de bonheur, de joie partagée. En même temps, c'est de ma faute : je n'étais pas obligée de descendre dans les vestiaires non plus, hein.

Justement, Jean-Marc Ayrault, qui était alors votre principal adversaire lors de la campagne à la mairie de Nantes cette année-là, n'avait que très peu goûté la plaisanterie. Il vous avez reproché le « mélange des genres » . Il avait dit : « Quand il s'agit de gérer une ville, il y a d'autres façons plus discrètes de se mouiller » .
Vous savez, j'ai le sens de l'humour et l'oubli facile. Et je pense avoir plus de sens de l'humour que Jean-Marc Ayrault (rires). Je n'ai d'ailleurs pas le sentiment qu'ils aient eu, une seconde, la tentation de le mettre dans la piscine…

Propos recueillis par Victor Le Grand




Chasseurs de Canaris


Ils sont très peu sur le territoire français à avoir fait tomber ces Canaris de leur branche en 1994-1995. Le FC Nantes n'aura en tout et pour tout enregistré que trois défaites sur la saison domestique : une en championnat, et évidemment une en Coupe de France et une autre en Coupe de la Ligue. Retour sur ces trois faux pas et hommage à ces héros d'un soir : Bastia, FC Saint-Leu et Strasbourg. Un beau triangle.

Nantes - Mercredi 25 janvier 1995 - Coupe de la Ligue - 8e de finale - Nantes/Bastia (0-1 ap)

But : Lalanne (115e)

Le 25 janvier 1995, le SC Bastia part sans trop d'espoir face au FC Nantes. « C'était l'équipe invincible, cela nous semblait difficile de passer » se souvient Pascal Camadini. D'autant plus que d'après l'ancien milieu corse, Fred Antonetti avait décidé de faire tourner, histoire de préserver son groupe pour la lutte contre la relégation. « On y était un peu allés la fleur au fusil, mais cela nous a aidés, car on n'a pas cogité. » Contre une équipe affaiblie - N'Doram et Makelele absents, Loko sur le banc - les Bastiais opposent leur hargne à la technique des Canaris. « Mais Nantes jouait moins vite qu'à son habitude, car sans leur faire injure, les remplaçants n'avaient pas le même niveau que les titulaires. » Prends ça, Franck Renou. Au final, au bout du temps additionnel, c'est Philippe Lalanne, un joueur qui ne percera jamais chez les pros bastiais, qui donne la victoire aux siens, d'une reprise magique du gauche. Auteur du centre libérateur, Pascal Camadini est fier de lui, mais aussi philosophe : « On pensait passer à la moulinette... On aurait rejoué le match 10 fois, on l'aurait perdu à chaque fois. Mais dans le football, ce n'est pas toujours le meilleur qui gagne, et heureusement… »

Les compos :
Nantes : Loussouarn-Capron (Le Dizet 46e'), Decroix, Guyot, Pignol-Karembeu, Cauet, Garcion (Loko 55'), Pedros, Renou-Ouédec
Bastia : Biancarelli-Bernard, Leclerc, Maraval, Maroselli, Darras-Lalanne, Camadini, Faye, Flavio (Drobjnak 52'), Vandecasteele

Bondoufle - Samedi 4 février 1995 - Coupe de France - 16e de finale - FC Saint-Leu/Nantes (1-1, 4 tab 2)

Buts : Vandeputte (68e) pour Saint-Leu // Siasia (41e) pour les Nantais
Tirs au but : Thiéblemont, Lévy, Vandeputte, Marlot pour Saint-Leu // Ouédec, Renou pour Nantes (Guyot et Decroix ratent)


Le 4 février, Nantes est toujours l'équipe qui impressionne la France du foot malgré son échec en Coupe de la Ligue. Autant dire que le FC St Leu apparaît comme du simple menu fretin pour ces 16es de Coupe de France. « Le match de l'année contre l'équivalent du PSG aujourd'hui » , se souvient Fabrice Vandeputte, milieu de St Leu à l'époque, quand Philipppe Poil, le gardien, préfère parler de « cerise sur le gâteau » au cœur d'une saison difficile, « on voulait se faire plaisir » . Pour réaliser l'exploit, les Franciliens ont été conditionnés par leur entraîneur Charlie Jean, qui répète à ses joueurs qu'ils vont passer, et que même si ce n'était pas le cas, il ne ferait pas pire que l'intégralité des équipes de première division. Mais pour Poil, qui travaille aujourd'hui pour l'UNFP, la clé du match était tactique : « Je me rappelle que l'entraîneur avait demandé à Cédric Elzéard d'être au marquage individuel de Claude Makelele. C'est l'aspect tactique le plus impressionnant de ce match, car la logique aurait voulu de mettre quelqu'un en individuel sur Pedros ou Ouédec... On n'a pas vu Makelele du match. Ce type de joueurs n'a pas l'habitude d'être pris en individuel, et ce jour-là Cédric l'aurait même suivi aux toilettes. » Sans N'Doram ni Loko, les Canaris sont supérieurs dans le jeu et ouvrent le score peu avant la mi-temps par Siasia, « un coup derrière la tête » pour Poil, mais qui n'a pas forcément suscité l'abattement chez les Blancs, qui « étaient préparés à un match difficile » se souvient Vandeputte. Dans les vestiaires, Charles Jean encourage ses hommes. Si bien qu'à la 68e, Vandeputte égalise du droit, lui le gaucher. « Il a mis le seul but du pied droit de sa carrière (rires). Il le retente 100 fois, 98 vont dans les nuages et un sur le poteau » chambre le gardien, héros de la séance de tirs au but. Avant d'achever le futur champion de France, Poil se souvient que ses coéquipiers ont pris le dessus physiquement et auraient pu marquer à la fin du temps réglementaire, quand le buteur pointe la 75e minute, et la sortie de Reynald Pedros, comme « un élément qui nous a confortés » dans l'idée que l'exploit était en marche. Surtout qu'à l'égalisation, « 98% du stade est passé de notre côté » selon Philippe Poil. Le plus dingue dans l'histoire, c'est que Vandeputte, désormais formateur à Lens, revenait d'une longue blessure et ne pensait pas avoir 120 minutes dans les jambes pour son match de reprise. Après l'exploit, l'heure de la fête et de la médiatisation. Vandeputte se souvient de Miss France venue pour donner un coup d'envoi d'un match du FC St Leu, quand Philippe Poil garde en mémoire « une arrivée à l'arrache sur le plateau de Téléfoot » car les joueurs avaient oublié le rendez-vous, y compris le coach. « Il avait tellement bien fêté la victoire qu'il n'est pas venu du tout. » Le seul regret pour St Leu, c'est d'avoir dû jouer le tour suivant à Melun, car le stade de Bondoufle n'était pas disponible pour affronter Strasbourg, la troisième et dernière équipe française à avoir eu raison de Nantes cette saison-là.

Les compos :
FC Saint-Leu : Poil - Escaffre, Legrèves, Marlot, Mohamed - Elzéard (Lévy 56'), Lelong (Guyonnot (60'), Lachevin, Vandeputte - De Pina, Thiéblemont
FC Nantes : Loussouarn - Le Dizet, Decroix, Guyot, Pignol - Karembeu, Ferri, Makelele (Garcion 101'), Pedros (Renou 74') - Siasia, Ouédec

Strasbourg - Samedi 15 avril 1995 - Première Division - J33 - Strasbourg/Nantes (2-0)

Buts : Leboeuf (65e), Mostovoï (85e)

« Quand je repense à ce match, la première chose qui me revient à l'esprit, c'est l'épopée magistrale de ce FC Nantes, ce jeu de passes, avec plein de jeunes joueurs talentueux. » Aux premières loges du match historique entre Strasbourg et le FCNA, Wilfried Gohel se souvient d'une équipe alsacienne qui a su prendre l'ascendant avec beaucoup d'engagement, au point de savoir dès la pause, malgré le score de 0-0, qu'il suffisait d'insister pour gagner. Franck Leboeuf, à l'heure de jeu, puis Aleksandr Mostovoï dans les dernières minutes, se chargent de déplumer les Canaris et d'offrir une victoire référence au Racing : « Derrière, on sort un grand match en demi-finale de Coupe et on perd la finale de peu contre Paris sur une frappe sortie de nulle part de Paul Le Guen » . Avant ce match à la Meinau, le trident offensif nantais Loko-Ouédec-Pedros avait changé ses habitudes en renonçant à ses parties de poker tardives. Une erreur selon Wilfried Gohel : « Quand est pro, on se connaît, un jeune joueur ne se serait sûrement pas permis de jouer aux cartes et de fumer tard avant un match, mais quand on a de l'expérience, c'est différent. La préparation, c'est aussi des habitudes, de la superstition. C'est dur de les changer, cela peut perturber. » Puisque c'est prescrit, celui qui possède désormais le restaurant La Piazza à Cannes l'admet. Lui aussi avait une routine un peu particulière : « Je suis presque insomniaque, donc j'attendais toujours le dernier moment pour éteindre la lumière et la télévision. Et je fumais quelques clopes aussi, 2-3 qui permettaient un déstress', un apaisement, car mine de rien le footballeur est soumis à pas mal de pression. À partir du moment où ces petites habitudes ne nuisent pas à la performance… »

Les compos
Strasbourg : Vencel-Baills, Djétou, Régis, Lebœuf, Pouliquen-Garde (Thys 80'), Mostovoy, Bouafia (Gohel 33')-Gravelaine, Keller
Nantes : Casagrande-Guyot (Renou 80'), Le Dizet, Capron-Ferri-N'Doram, Pedros, Karembeu, Makelele-Ouédec, Loko

Par Nicolas Jucha

Et Nantes coula à Leverkusen




En quarts de finale de la Coupe de l'UEFA, le FC Nantes se retrouve face au Bayer Leverkusen. Un club qui déjà à l'époque compte de nombreux joueurs confirmés (Andreas Thom, Bernd Schuster, Ulf Kirsten...), mais qui a du mal à séduire les foules au-delà des bords du Rhin, et ce, malgré les succès récents, une C3 en 1988 et une Coupe d'Allemagne en 1993. Il faut dire qu'au moment de la double confrontation face au FC Nantes, c'est tout à fait justifié : d'habitude bien placé en championnat, le « Werkself » ( « onze de l'usine » Bayer) ne fait pas vraiment rêver. Deux défaites face au 1. FC Kaiserslautern et au Werder Brême lors des deux premières journées de la Rückrunde (phase retour) font stagner le Bayer à la huitième place, à une douzaine de points du Borussia Dortmund. Ce n'est donc franchement pas dans les meilleures conditions que les hommes de Dragoslav Stepanović vont affronter les Nantais, d'autant plus que Rudi Völler, revenu en Allemagne après ses escapades romaine et marseillaise, assure à ses coéquipiers que s'ils ne font pas attention, les Canaris vont leur voler dans les plumes...

Garcia, la « clé » du match

« Si Rudi a dit qu'il voulait éviter Nantes en quarts de finale, c'est qu'il les connaissait bien. Après, nous, on s'est préparés comme il fallait » , assure Ulf Kirsten, le buteur maison. « Nous avons regardé beaucoup de vidéos, et l'entraîneur nous a donné toutes les informations qu'il avait trouvées. » Et lors du match aller, au Ulrich-Haberland Stadion de Leverkusen, les joueurs du Bayer vont se trouver un « allié » inespéré : Jean-Louis Garcia. Encore et toujours, dans la mémoire collective des supporters nantais, Garcia est le capitaine de pédalo qui a entraîné une équipe à la dérive dans son sillage. À tel point que l'intéressé ne s'exprime plus sur le sujet.

Jean-Louis Garcia signe à Nantes en 91, en doublure de David Marraud, mais ne s'impose jamais comme une alternative crédible. Il traîne dans l'effectif du FC Nantes-Atlantique, voit Casagrande et Loussouarn lui passer devant et finit au chômage à l'issue de la saison 93-94. Avec l'aide des Assedic, il s'engage dans une reconversion pour être entraîneur des gardiens. Son refuge pour sa formation est tout trouvé : le FCNA. Dès lors, l'entraînement n'est plus pour lui, mais de lui. Seulement, une épidémie de blessures attaque les Nantais : David Marraud, le gardien qui fait frissonner de peur La Beaujoire à chaque intervention, est out. Casagrande prend sa place avec succès, mais George Weah a le pied lourd sur sa main. C'est donc au tour de Loussouarn d'assurer dans les buts – et Jean-Louis Garcia ressort sa licence de footballeur si besoin est. Et finalement, besoin il y aura. Pour ce qui restera l'un des pires matchs de l'histoire du FC Nantes.

Et Garcia berna

« Dans le style de jeu que nous avions, le gardien avait une importance primordiale, analyse Nicolas Ouédec. On jouait très haut pour pouvoir imposer notre jeu. On avait des joueurs très rapides au milieu. Ferri qui coupait tout. Karembeu, Pignol, Le Dizet, ça allait très vite. On pouvait se permettre de jouer haut. Et c'est vrai que Jean-Louis était un gardien plus à l'aise sur sa ligne. » Et donc pas vraiment en mesure d'aider ses coéquipiers à développer leur jeu. Il suffit de huit minutes pour sentir la déconvenue qui vient. Une frappe lointaine de Hans-Peter Lehnhoff, largement à portée des mains de Garcia, lui échappe. Dix minutes plus tard, c'est Ulf Kirsten qui double la mise, d'un but de renard. « Comme d'habitude, j'avais pris soin d'observer mes adversaires directs. Je connaissais leurs points faibles. » D'où cette inspiration sur une passe foireuse signée Pignol et une frappe qui ne laisse aucune chance au portier nantais. Néanmoins, le Bayer tarde à plier la rencontre. Kirsten et Völler ont beau s'employer, la balle ne veut pas rentrer une fois de plus. Et finalement, c'est Nantes qui finira par revenir dans la partie : Ouédec se fait découper dans la surface par Christian Wörns et se fait lui-même justice sur penalty. 2-1. Si les Nantais préservent ce score, ils pourront renverser la tendance à la Beaujoire, pense-t-on.

« Ce n'est pas logique d'avoir perdu 5-1 »

Problème : le Bayer ne se décourage pas. « Nous n'avons pas pris peur après ce but » , se rappelle Kirsten. « Nous savions que nous devions rester concentrés, et faire ce que nous savions faire de mieux : marquer des buts. » Il faut dire que si les Allemands aiment bien une chose, c'est la victoire totale, la gagne sur tous les plans : sportive, mais aussi tactique et psychologique. Et en face, les Nantais sont orgueilleux et ne connaissent plus la défaite depuis longtemps. Le directeur sportif de l'époque, Robert Budzynski, l'explique bien après le match : « Nous pensions remonter et nous sommes tombés dans la provocation intelligente de nos adversaires. » Une minute seulement après le but de Ouédec, Jean-Michel Ferri est exclu. Juste après, Patrice Loko rate le but du 2-2. Nantes vient de laisser passer sa chance. Le Bayer en profite et Paulo Sergio y va de son doublé (78e, 84e). Les Canaris se désorganisent, ajoutent la frustration et le mécontentement à la défaite. Les Allemands restent quant à eux calmes et rugueux, à l'ancienne, provoquant les Jaune et Vert s'il le faut. Le cinquième but, signé de l'inévitable Ulf Kirsten, n'est qu'une blague pour le Bayer, qui s'amuse de Nantais perdus. 5-1, la messe est dite. « Personnellement, c'est mon plus grand regret, analysera Ouédec plusieurs années plus tard. On ne doit pas perdre. La confiance est là, le jeu est là. On était trop bien. C'est pas logique d'avoir perdu 5-1. Ce n'est pas normal. » Et pourtant, ce soir-là, au Ulrich-Haberland Stadion de Leverkusen, les Canaris se font fait plumer.

Par Ali Farhat et Côme Tessier
Dominique Casagrande, chanteur de charme

Elmer Food Beat : « On a joué deux fois à la Beaujoire ! »




Avant un concert à Varades, bled coincé entre Nantes et Angers, pas si loin des terres de Jordan Veretout, Elmer Food Beat se rappelle de la belle époque nantaise. Une lampée de muscadet et c'est parti.

Quand on parle de Nantes 95, vous pensez à quoi en premier ?
Manou ( « chanteur, leader et idole » ) : On connaît tout. Je peux te dire exactement qui était champion de France cette année-là.

Tu peux me donner l'effectif en entier ?
M : J'exagère un petit peu. Mais quand même, je me souviens bien de l'équipe : à l'arrière, Le Dizet, Guyot... Dans les buts c'était qui ? Marraud ? Après, y a Karembeu, Ferri, Makelele, N'Doram. Et à l'attaque, facile, Pedros-Loko-Ouédec. Mais Marraud, il a été dans l'équipe ? C'était le gardien à l'époque ? Je ne sais plus...

Et en matière de jeu, quels souvenirs t'ont marqué ?
M : Avec Suaudeau aux manettes, il y avait un toucher de balle incroyable. J'ai particulièrement le souvenir d'un match... Enfin, de deux actions. Il y a le but de légende contre Paris, évidemment, qu'on revoit souvent. Mais je me souviens surtout d'une autre action de Loko. Il tombe dans la surface adverse et, au lieu de jouer le péno, il se relève de suite comme un chien fou pour frapper le ballon et rate le cadre. C'est l'image que je garde de cette époque, en fait. Ça jouait tout le temps, quoi qu'il arrive.

Tu allais donc au stade ?
M : On y allait tous, toute la bande ensemble, à ce moment-là. C'est qu'on était un petit peu connu – maintenant, ça marche beaucoup moins bien – et on était reçus par le club, en tribune officielle. On a même joué notre musique sur la pelouse ! Deux fois à la mi-temps : une première devant le kop des supporters, une seconde dans le rond central pour faire Du Riffifi dans la Surface (hymne composé par le groupe, ndlr), une chanson ridicule sur le FC Nantes.

Tiens, parlons de cet hymne justement. C'était une commande spécifique du club ?
Twistos (guitare) : Non non, c'est de nous. On avait fait ça pour se marrer. On s'entendait bien avec le président du club, Scherrer. C'est largement le meilleur président qu'il y ait eu au FC Nantes. On avait aussi de bonnes relations avec un autre membre du club, hyper sympa, qui était à la com...
Pat (son) : Pascal Praud ! (rires)
T : Non, un autre, dont je ne me souviens plus du nom. Bref, on s'entendait bien avec eux, c'était comme un échange, cet hymne et ces invitations. Ils offraient notre disque aux mecs des autres clubs qui venaient à la Beaujoire. Nous, on faisait un petit concert à la mi-temps. C'était super comme ça.
M : C'était le deal, tout simplement. Ils offraient un panier garni aux visiteurs avec des petits Lu, des Berlingots, des machins comme ça... Dedans, il y avait un disque d'Elmer. Nous, on avait donc des places dans le carré VIP.
T : À cette époque, on a fait un concert également dans le club-house du stade Vélodrome avec toute la mafia de l'époque. Waddle était venu chanter avec nous.

Vous en parliez dans 20 Minutes. Il avait alors dit qu'Elmer était « ce qu'il préférait en France » .
M : Oui, bon, on aime bien frimer.
T : Il a fait un super disque Waddle...
M : … Avec Basile Boli !
T : C'était une super soirée cette fois-là au Vélodrome. Il y avait tous ces mecs avec des gueules de boxeurs, la tête de travers, des mecs de la mafia locale. Une espèce de grande foire avec danseuses brésiliennes.

Vous aviez des liens de ce genre avec des joueurs du FCNA ?
M : On est devenus potes à cette époque avec plusieurs gars, oui.
T : On avait deux potes honnêtes : Le Dizet et Guyot ; et deux potes de foire, qui étaient Eydelie et Robert (au FCNA jusqu'en 91 et 92 respectivement, ndlr).
M : Et Pat' était copain avec Jean-Michel Ferri.
P : Je le suis toujours. J'ai échangé un peu avec lui l'autre jour sur Internet.
Manou : Moi, je revois toujours Guyot de temps en temps.
T : Pour ma part, c'était surtout avec Robert. Sa femme est ma voisine depuis 30 ans.

Comment était l'atmosphère dans la ville ?
T : Au niveau du foot, c'était super, la plus belle équipe qu'ait connue le championnat de France, tous les spécialistes le reconnaissent. Alors pour une ville, c'était incroyable. Si on se demande quelles sont les plus grandes équipes de l'histoire du football, le FC Nantes 94-95 est toujours dans le lot de devant. C'est ça qu'on lit et qu'on retient.

Mais alors, qui était le plus connu à l'époque : Elmer ou le FC Nantes ?
M : Sans hésiter, le FC Nantes quand même ! Il y avait ce jeu si particulier, inimitable, une façon d'appréhender le football hors du commun, même si certains en ont marre de l'entendre rabâché. On apprenait le football avec amour. Coco Suaudeau, Arribas, Denoueix, c'était quelque chose !

Par ailleurs, votre biographie sur Internet commence sur du football...
M : Soir de France-Brésil, premier essai sur scène. Le 21 juin 1986, on est montés sur scène – enfin sur un trottoir – pour la première fois. Nous, on en rajoute en disant que c'était magique d'avoir cette victoire sur le Brésil suivie d'un concert d'Elmer Food Beat. Cela fait partie de la légende. Après, le lien avec le football qu'on peut avoir, cela reste le FC Nantes avant tout. Tu vois ce que c'est : c'est le club de ta ville, tu vas les voir au stade et paf ! Je suis allé quelques fois à Saupin quand j'étais gamin. Comme c'était une bonne équipe, tu deviens un peu fier de ta ville, sans trop savoir pourquoi, ce qui crée un lien fort. Sans compter qu'on était reçus, qu'on allait aux matchs... Et que c'était vraiment une très belle époque.

Vous vous reconnaissiez dans l'aspect bande de copains qu'affichait le groupe de 95 ?
M : Bah, je sais pas si c'était une bande de copains comme nous. On a vu les premiers matchs de ce groupe, à l'époque où il y avait encore Deschamps et Desailly, qui sont partis peu de temps avant le titre. Eux deux, pour le coup, ils étaient vraiment potes, à faire tout le centre de formation ensemble. La génération suivante, ça devait être effectivement un peu pareil. Par exemple, je sais que Le Dizet et Guyot étaient très potes. Elmer, il y a un peu ça... On est entre potes.
T : Sauf que nous, on est que six – neuf avec les techniciens –, on reste une petite famille à côté. Quand on parle d'une équipe de foot, c'est vraiment autre chose : les joueurs, le staff technique, ceux qui gravitent autour. Et il reste une grande différence, c'est le côté autorité du football. Ce sont des gamins, les footballeurs, ils ont 21 ou 22 ans. Suaudeau, à mon avis, il devait veiller au grain et eux ne devaient pas faire ce qu'ils voulaient. Chez Elmer, c'est plutôt la déconne qui compte.
M : Sauf pour Twistos, il a un côté Guy Roux.
T : Et on a notre régisseur qui gronde parfois, il est pas commode.
M : C'est lui l'entraîneur, ouais.
T : Une équipe de foot comme Nantes, ça n'a tout de même rien à voir avec nous, c'est un truc de professionnels.

Vous retournez au stade aujourd'hui ?
T : Presque pas, non.
M : Rarement. C'est surtout Lolo. Lui, il n'a pas connu l'époque de 95, il était à Los Angeles. On lui dit pourtant que c'était autre chose.
T : Il pense que Der Zakarian, c'est un pédagogue.
M : Et il pense que ça joue bien en ce moment, parce qu'ils sont dixièmes. Il croit que ça y est, ça joue au football.
T : L'autre jour, il a vu quelqu'un réussir une passe : wouah ! Incroyable !

C'est dur d'aller voir le FC Nantes d'aujourd'hui quand on a connu celui d'avant ?
T : Bah ça n'a rien à voir, surtout au niveau du football pratiqué...
Lolo (qui vient d'arriver, seconde guitare et « spécialiste post-95 » ) : Et ils ne sont pas supporters, tous. T'es supporter, tu soutiens ton équipe, quel que soit le résultat. C'est le B.A.-BA du supporter. Une ville, c'est rattaché à son club ; le club, à ses supporters ; et c'est bien comme ça. Twistos, il a supporté le FC Nantes en 95 parce qu'il excellait, il jouait extrêmement bien, maintenant... J'ai suivi le FC Nantes en Ligue 2, c'est sûr que c'est pas bandant, mais ça reste mon équipe. On a l'équipe que l'on mérite ! Et en attendant, quand elle va mieux, t'es un peu plus content et de temps en temps, tu as des matchs sympas.
T : Moi, je suis supporter d'une équipe, pas d'une ville, c'est la différence. En ce moment, je supporte Lyon parce que je trouve qu'ils jouent bien. Quand Nantes jouera bien, je supporterai Nantes. Et j'ai été supporter de Lorient pendant 10 ans parce qu'à mon goût, c'était le meilleur football en France. C'est pas Suaudeau qui a inventé le football à une touche de balle et je suis pas nostalgique du tout. Je veux juste voir un beau match de foot.

Et donc Lolo, tu as raté la période de Nantes 95 ?
L : Je n'étais pas à Nantes de 90 à 97, pendant sept ans. J'étais pas là. Si j'avais été là, j'aurais suivi ça avec intérêt, bien évidemment. À l'époque, on n'avait pas Internet non plus, c'était compliqué de suivre une équipe à distance.



Propos recueillis par Côme Tessier

Chimère jaune


Si Nantes n'a jamais couru après cette génération parfaite, Montpellier a bien tenté à la fin des années 90 de ressusciter ce jeu qui avait ébloui au début de la décennie. Sans succès.

Le FC Nantes sort de nulle part. N'ayant pas de quoi se payer des « bouteilles de Vittel » , dixit Suaudeau, pour le stage d'avant-saison 1992-1993, le voici en train de rosser Montpellier, à la Beaujoire. Ce samedi 24 octobre 1992, Loulou Nicollin prend un 6-0 dans l'Ouest et remballe le nouveau président Guy Scherrer, venu offrir après la rencontre ses traditionnels petits cadeaux - en l'occurrence des stylos - aux adversaires dans les vestiaires. Mais le refus du présent ne l'empêchera pas de noter que Japhet N'Doram et Nicolas Ouédec lui ont collé un doublé, que Patrice Loko et Reynald Pedros ont complété le tableau d'affichage. Pas de présent, mais peut-être bien un futur. Marqué au fer jaune par cette complicité technique évidente, qui s'exprimera avec encore plus de constance durant la saison 1994-1995, le président de la Paillade reconstituera sept ans plus tard le quatuor devenu trio : Loko-Ouédec-Pedros (N'Doram ayant mis fin à sa carrière en 1998). Une « connerie » reconnaît après coup Nicollin dans France Football, en décembre dernier. « Nous n'avons pas été alignés une seule fois en même temps sur le terrain » regrette, amer, Reynald Pedros.

Reynald Pedros : « Je me suis trompé dans mes objectifs »


Malgré le coup de force infligé à la première division par ces Nantais durant cette saison 1994-1995 quasi parfaite, Louis Nicollin est paradoxalement le seul à avoir pensé et imaginé faire revivre la triplette infernale. Il faut dire que la machine s'est certes quelque peu grippée et séparée entre-temps. Après un exil plutôt satisfaisant à l'Espanyol Barcelone, Ouédec s'est tanké au PSG, Patrice Loko est à la relance à Lorient après une expérience contrastée et compliquée à Paris, alors que Reynald Pedros, entre Marseille, Parme, Naples et Lyon, n'arrive plus à se stabiliser depuis son départ de la Jonelière. « Jean-Louis Gasset, l'entraîneur quand je suis arrivé à Montpellier, avait pourtant prévenu qu'il ne fallait pas faire l'erreur de croire qu'il allait se repasser ce qu'il s'était passé à Nantes » se souvient Pedros.

Mais Loulou veut croire à ce projet séduisant, produit de son imagination. Une idée vaine finalement. La définition même d'une chimère. La patte gauche nantaise concède pourtant avoir couru toute sa carrière après cette quête vaine : « J'ai connu de belles et bonnes choses au tout début de ma carrière. Certains connaissent ça à la fin, autour de la trentaine. Mes années nantaises sont clairement les meilleures de ma carrière. Ensuite, à chaque transfert, j'ai recherché ces moments-là, avec d'autres clubs ok, mais en allant plus haut, comme jouer l'Europe tous les ans. Mais je voulais vivre la même chose qu'à Nantes, y trouver les mêmes trucs, avec des joueurs comme à Nantes. Je voulais trouver du plaisir, du jeu. Et je n'ai jamais trouvé. Je me suis trompé quelque part dans les objectifs que je m'étais fixés parce que je n'ai pas su, moi, m'adapter à la situation. »

Gros Nico au placard, Pedros tricard


La chimère canarie savait nourrir sa légende. Avec un jeu d'esthète, du mouvement constant, de la prise de risque, de l'exigence, un tarif maison à 3-0, des mecs qui jouent aux cartes tard les veilles de matchs en fumant des clopes et un entraîneur charismatique comme Coco Suaudeau, elle était même très belle cette chimère. « Au niveau des entraînements, c'est sûr que tout est moins bien que ceux de Coco » explique Loko. « Tu m'étonnes, t'es passé de Coco à Luis, direct, répond Ouédec. Luis et Coco, c'est tout et son contraire. Attends, quand tu l'écoutes sur RMC, tu comprends rien. Même Di Meco, il se prend la tête avec lui. Enfin bon, c'est Luis. » À Montpellier, Jean-Louis Gasset plaît bien à la clique nantaise. Patrice, qui « s'est éclaté à Paris » , mais y avait « changé son jeu » , « a beaucoup aimé Gasset » . Reynald Pedros aussi, même s'il n'a pas le temps d'en profiter, car blessé les trois premiers mois. Pour Nicolas Ouédec, arrivé une demi-saison avant tout le monde en provenance du PSG, l'affaire tourne court, car tricard sans raison du groupe à partir de la fin octobre 1999. « Il s'entraînait avec nous, mais était au placard, confirme Pedros. Il n'y avait rien à lui reprocher, il faisait son taf tous les jours, sérieusement, il était bon à l'entraînement, mais il ne jouait plus » .

Montpellier s'enlise au classement, débarque Gasset pour le « familial » Michel Mézy, qui fait porter le chapeau à la triplette nantaise, qui ne partage de toute façon « pas trop sa vision du football » dixit Pedros. La chimère éclate définitivement à deux journées de la fin où il est conseillé à 5-6 joueurs de la première d'aller finir la saison en réserve, dont Pedros, « pour aider » . « J'avais prévenu Ghislain Printant, le coach de la réserve à l'époque, que je n'avais pas envie de jouer avec la réserve et que ces matchs pouvaient plutôt servir aux gamins de la formation. Et un jour à l'entraînement, Mézy a réuni le groupe dans le vestiaire et demandé qui ne voulait pas de la réserve. Je ne me suis pas défilé. Et il y a eu confrontation. Nicollin voulait que je reste la saison suivante, pour aider le club qui descendait en Ligue 2, mais je ne pouvais pas tant que Mézy en était l'entraîneur. »

Le jeu à la nantaise en tribunes


Mais le plus triste reste sans doute que cette chimère n'ait jamais gagné la Jonelière. Point de référence du football des années 90, cette génération a plus encombré qu'encouragé les générations futures du côté de Nantes. « J'ai eu quelques échos de gens restés au club qui me disaient qu'à cette époque (en 2001, ndlr), au club, on voulait effacer la période 95, ne plus en parler » raconte Pedros. L'ailier gauche nantais comprend pourtant pourquoi l'héritage de ce titre a été dur à assumer pour les suivants : « Notre génération était unique, mais on parle du jeu à la nantaise dès qu'une nouvelle génération aligne trois passes de suite. C'est pénible, même pour eux. C'est tout de suite mal interprété. » Japhet N'Doram se demande lui encore pourquoi il est revenu à Nantes en 2005 : « J'étais tellement attaché au club que je n'ai pas vu le guet-apens. « Tu sais où tu mets les pieds ? » m'avait alerté Didier Deschamps à l'époque. » Deux ans plus tôt, Reynald Pedros croit à une main tendue de Loïc Amisse, fraîchement intronisé coach de l'équipe première, désireux de s'entourer d'anciens. « Même pas un mois avant la reprise, il m'envoie un message et me dit qu'il a changé son fusil d'épaule : il ne prend plus d'anciens. À Nantes, on n'aime pas les anciens quand ils reviennent » , juge sans détour Pedros.

Patrice Loko et Nicolas Ouédec n'ont quant à eux pas vu de perches leur être tendues. « Je me vois pas aller frapper à la porte de Kita et lui dire « Voilà, je suis Nicolas Ouédec, est-ce que t'as un poste pour moi ? » C'est pas mon éducation. » Avec les départs de Laurent Guyot et Stéphane Moreau en 2009, il ne reste ainsi à la Jonelière qu'un Éric Loussouarn pour trouver trace au club de cette équipe d'exception. Mais le FC Nantes semble bien faire le deuil de cette période désormais. Avec les descentes vers la Ligue 2 en 2007 et 2009, les suiveurs et supporters nantais se sont habitués à plus petit, moins fastueux que leurs prédécesseurs. « Le public a changé avec les descentes et remontées. Une nouvelle génération est arrivée pour soutenir le FC Nantes, conclut Pedros. Ce ne sont plus les parents rabachant à leurs enfants la génération du début des années 90. C'est important que chacun écrive son histoire sur ce club. Nous avons eu la nôtre, magnifique, celle de 1983 aussi et celle d'aujourd'hui aussi, avec des moyens et un parcours complètement différent. » Aujourd'hui, la chimère du jeu à la nantaise s'est déplacée en tribunes, avec une Beaujoire qui régale les yeux, à défaut de gros spectacle sur la pelouse depuis deux ans. L'histoire s'écrit peut-être d'abord là. Ce FC Nantes n'a de toute façon pas vraiment le choix.

Par Ronan Boscher
Rédaction

Ronan Boscher, avec Nicolas Jucha, Markus Kaufmann, Victor Le Grand, Thomas Pitrel, Theo Denmat et Gilles François


Édition

Ronan Boscher


Design et coordination technique

Gilles François


Secrétariat de rédaction

Julie Canterranne


Crédits photo

Réactions (10)

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par filgood75000 il y a 1 an
Que dire à part Fantastique dossier qui nous replonge dans une autre époque ...Merçi Markus et la bande !
n.b: c'est mon premier message sur sofoot , j'attendais juste un coup de coeur ...
par dalbyby il y a 1 an
merci so foot
par Alain Proviste il y a 1 an
Merci pour ce superbe dossier ! Je m'en souviens comme si c'était hier, pour moi la plus belle équipe française de ces 20 dernières années !
par Flamby il y a 1 an
Bravo So Foot ! L'Equipe a publié une interview intéressante (ouais ça arrive) de Coco qui parle du jeu, du mouvement, de "couverture offensive et pas uniquement défensive", de l'oeil des joueurs plus important en terme de mobilité que la technique ou le physique, bref..je me suis dit merde SoFoot ne fait rien pour Nantes 95..Bah si ! Et très beau dossier en plus. C'est pour ce genre d'article que je suis abonné au papier et que je scrute le site:)
Merci.
par ZizouGabor il y a 1 an
Quand on y pense, la saison 94-95 a été un cru exceptionnel:
- l'Ajax avec Litmanen, Overmars, Seedorf, Rijkaard & co. vainqueur de la C1
- à Dortmund, la consécration pour Matthias Sammer, le dernier libéro meneur de jeu de l'histoire du football
- Alan Shearer champion d'Angleterre avec les Blackburn Rovers, What the Fuck !
- L'éclosion de Del Piero à Turin (et malheureusement le départ de Baggio)
- L'éclosion de Raul à Madrid (et malheureusement le départ de Butragueño)
La partie tragique, c'est l'arrêt Bosman qui a conduit à la laideur du capitalisme libéral qu'est devenu le football d'aujourd'hui, où ce sport ne devient qu'un vulgaire objet de consommation. Les gens ne sont même plus choqués qu'une marque de sport créée dans les années 70 chient* sur les traditions d'un club né au début du XXe siècle. Enfin ce n'est que mon avis ...

Maintenant la grande question que les passionnés de foot se posent, est-ce qu'il est possible que le foot "à la nantaise" puisse renaitre un jour de ses cendres, avec le retour d'un Denoueix ou Coco Suaudeau par exemple ? Ou est-ce que l'uniformisation tactique du foot moderne rend cela complètement utopique ? Après tout le style Lobanovski à Kiev n'est plus, le style Shankly-Paisley à Liverpool n'est plus, le joga bonito au Brésil n'est plus, l'Ajax ne fait plus le poids, le ManUnited post-Ferguson fait peine à voir, bref faut-il encore rêver et espérer ?
par Selbycool il y a 1 an
... ben merci quoi <3 <3 <3

Pourvu qu'un jour le canari renaisse de ses cendres, parce que cette épopée reste dans ses gênes ad vitam.
par cantor0305 il y a 1 an
le bon lien pour le but de pedros contre monaco https://www.youtube.com/watch?v=CdqoeDsNfbw à 34:54
par cantor0305 il y a 1 an
"se souvient Fabrice Vandeputte, milieu de St Leu à l'époque, quand Philipppe Poil, le gardien, préfère parler de « cerise sur le gâteau »" on dirait un sketch du groland
par Jérem B il y a 1 an
Excellent boulot les gars, je suis Nantais et vous m'apprenez des choses...
par Pacoloco il y a 1 mois
Magique.
Merci pour ce beau cadeau.
Elmer Food beat, la désillusion Leverkusen, Jean-Marc Chanelet..
C'est un retour fouillé dans mon adolescence. Le FC Nantes reste un club à part dans mon coeur, uniquement au travers de cette génération.

Prix Albert Londres FC pour les auteurs !