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AS Monaco - FC Porto

Finale de la Ligue des champions

26 mai 2004, Gelsenkirchen (Allemagne)

La dernière surprise

Un accident industriel heureux… Il y a dix ans pile, les outsiders Porto et Monaco squeezaient le top du G14 en parvenant en finale d'une Ligue des champions propriété quasi exclusive des clubs continentaux les plus puissants. Un truc improbable. Une aventure irrationnelle, à la fois romantique et réaliste, qui devait beaucoup à deux jeunes entraîneurs charismatiques, José Mourinho et Didier Deschamps. 2004 fut la dernière exception en date à l'ordre économique établi. Car depuis cette finale Porto-Monaco (3-0), les « grands clubs » ont raflé à nouveau toutes les C1. Nostalgie, nostalgie...
Onze gar�ons pleins d'avenir

« Bravo, Didier ! Tu tiens une équipe qui ira en finale ! »


Guus Hiddink, après la défaite du PSV contre Monaco (2-1)

La fiche du match

AS Monaco - FC Porto (0 - 3)

Finale de la Ligue des champions 2004
Le 26 mai 2004
Gelsenkirchen, Allemagne
Arena AufSchalke
Arbitre : Kim Milton Nielsen
Buts : Carlos Alberto (39'), Deco (70') et Alenichev (75')


Florentino Pérez peut sourire. Son projet Galactiques marche à merveille : un coup franc bien centré de Figo sur Zizou a fini au fond des filets du pauvre Vítor Baía. Et 3-1 pour le Real contre ce FC Porto qui n'a fait illusion que le temps de mener 1-0 sur une tête de… de… Ah, oui !... Costinha ! C'est donc ça le Porto de José Mourinho ? Pas mal. Mais la Ligue des champions n'est pas la Coupe de l'UEFA. En ce 1er octobre 2003, dans le vieil Estádio das Antas, le Real du président Pérez signifie dès le deuxième match de poule au FC Porto de son alter ego Jorge Nuno Pinto da Costa que la caste des grands d'Europe est très restreinte en son sommet. Ah ! La Décima est désormais bien en vue, la finale étant fixée au 26 mai 2004. Ce sera sûrement face à un club italien, à l'image de la saison passée où trois équipes italiennes avaient atteint les demies de la Champions (Juve, Inter, Milan AC). Quatrième du dernier carré, le Real s'était s'incliné face à la Juventus (2-1, 1-3)… Mais ça, c'est du passé. Pour décrocher la Décima, le bon Florentino a bien fait les choses à l'été 2003. Il a recruté David Beckham, en délicatesse avec Sir Alex. Après Luís Figo (arrivé en 2000), Zidane (arrivé en 2001 pour la somme record de 77 millions d'euros) et Ronaldo (2002), Beckham sera, lui, le produit d'appel galacticos pour le marché asiatique. Fernando Morientes a été prêté un an à Monaco. Il fallait faire de la place à Ronaldo… En attaque, l'association Raúl-Ronaldo ne saute pas aux yeux. Entre Raúl et Morientes, les automatismes fonctionnaient si bien : trois Ligues des champions ensemble l'ont démontré (1998, 2000, 2002)… Florentino a viré son coach Vicente del Bosque. Question d'image : le bon gros moustachu avait bien gagné la C1 2002, mais il n'incarnait pas la modernité conquérante du projet galactique. Florentino lui a donc préféré le Portugais Carlos Queiroz, polyglotte et globe-trotter qui a bossé avec Sir Alex. Claude Makelele, lui, est parti à Chelsea. Ses revendications salariales répétées devenaient trop… « incongrues » . Des socios ont bien fait remarquer à Señor Pérez qu'au milieu, le Real est désormais déséquilibré depuis que « Maké » n'est plus là. Mais le président n'en a cure : recruter les meilleurs attaquants du monde a toujours fait la gloire de la Casa Blanca, et basta ! Avant de quitter l'Estádio das Antas, Florentino a donné rendez-vous à son cher « Pinto » à la prochaine réunion du G 14 dont le siège est à Bruxelles. Au menu, toujours : la création d'une Super Ligue européenne privée en remplacement de la Champions League. La commercialisation de la Ligue des champions et la gestion des droits TV à la place de l'UEFA seraient tellement plus rentables… Florentino Pérez voit d'un bon œil le projet confidentiel de Ligue privée, l'European Golden Cup à 26 équipes européennes, présenté en décembre 2002 par son compatriote et homme d'affaire Carlos Garcia Pardo. Avec un million d'euros par point gagné, jusqu'à 110 millions pour le vainqueur, le dernier empochant 30 millions d'euros. Florentino a fait ses comptes : son Real Madrid vainqueur de la Ligue des champions 2002 n'avait empoché que 40 millions d'euros…

AS Monaco, les hommes de Didier

Didier Deschamps
Première expérience de coach pour Deschamps à Monaco, et première réussite. La seule finale de ligue des champions d'un club français post arrêt Bosman. Par la suite, la Dèche s'habitue aux exploits : il fait remonter la Juve en Serie A avec Boumsong en défense centrale, remporte la L1 avec l'OM et parvient même à rendre sexy une équipe de France en mal d'amour. Où va s'arrêter Didier ? « Sky is the limit. »
Flavio Roma
La finale de Champions digérée, Flavio est pressenti pour devenir la doublure de Buffon dans les cages de la Nazionale. Il honore même sa première sélection en 2005. Même année, une grave blessure l'écarte des terrains. La Flav' se fait piquer sa place par Ruffier dans les bois de Monaco et signe dans la foulée au Milan AC pour devenir troisième gardien. Deux rencontres avec les Rossoneri et un retour à Monaco, Roma met fin à sa carrière dans l'anonymat le plus total.
Hugo Ibarra
L'épopée monégasque terminée, le club de la principauté ne lève pas l'option d'achat de « El Negro » jugé trop cher. Hugo fera une pige de plus, toujours sous forme de prêt, du côté de l'Espanyol Barcelone, avant de rentrer chez lui, en Argentine. Idole de la Bombonera 5 saisons durant, l'arrière droit supersonique met fin à sa carrière en 2010 à la fin d'une superbe saison sous le maillot de Boca.
Julien Rodriguez
Icône défensive de l'AS Monaco, Julien Rodriguez quitte précipitamment le navire monégasque pour s'engager avec les Glasgow Rangers pendant le mercato estival 2005. Sous les ordres de Paul Le Guen, la mayonnaise ne prend pas du côté d'Ibrox Park, où le natif de Bézier vit deux saisons compliquées avant de signer à Marseille. À l'OM, l'histoire se répète et se finit par un licenciement en 2011. Sale histoire.
Gaël Givet
Fin 2005, Gaël Givet est promis à une belle carrière du côté de l'ASM, voire en EdF. Quand Marseille lui propose un contrat à 200k mensuel en 2007, l'originaire d'Arles ne se pose pas de question et rejoint l'OM. Inexistant dans les plans d'Eric Gerets, il rejoint Blackburn pour relancer sa carrière. Raté. Givet revient en France pour aider le club de sa ville natale. Encore raté. Gaël traîne maintenant sa barbe de punk à chien du côté d'Évian.
Sébastien Squillaci (entré à la 72e)
Toto Squillaci était lui aussi promis à une belle carrière. Il rejoint Lyon pour former un tandem défensif en compagnie de Cris. 2 saisons plus tard, Sébastien signe à Séville où il ne parvient pas à trouver sa place. Présent lors des deux échecs de l'EdF en 2008 et 2010, le Toulonnais tente l'Angleterre en rejoignant Arsenal. Un flop total. Séb' essaie actuellement de tenir la baraque du côté de Bastia.
Patrice Évra
Après Monaco, Pat va se construire un palmarès à Manchester, où rien ne lui résiste. En sélection par contre, c'est plus compliqué. Bien que souvent loué par ses coéquipiers, ses bonnes perfs sont plus rares que ses écarts et ses prises de bec. Capitaine de l'EDF qui ne descend pas du bus en 2010, il est un temps exclu des bleus. Revenu ensuite au mental en sélection, profitant aussi d'une relation privilégiée avec le coach qui l'a lancé au plus haut niveau : un certain Didier Deschamps.
Édouard Cissé
Doudou Cissé avait presque réussi son pari en se faisant prêter à Monaco en 2003. En rejoignant le Beşiktaş en 2007, Édouard devient rapidement un pilier à Istanbul où il enchaîne les titres. De retour en France, le point de chute s'appelle l'OM. Cissé ne tarde pas à gagner sa place dans le milieu marseillais et réalise le triplé avant de rejoindre Auxerre pour une dernière pige. Tranquillement.
Shabani Nonda (entré à la 64e)
Le George Weah du pauvre a tout donné durant le parcours de Champions. Le Congolais s'engage avec l'AS Roma au mercato estival suivant, mais n'arrive pas à briller du côté de la capitale romaine. Revanchard, Shaba est prêté dans la foulée à Blackburn où il n'est pas conservé. Il se fait attirer par les sirènes de Galatasaray pour un dernier contrat juteux. Nonda résilie son contrat et met fin à sa carrière.
Ludovic Giuly
Capitaine monégasque, Ludo a marqué les esprits sur le Rocher et va franchir un palier en rejoignant Barcelone. Le renard de Vénissieux aura du mal au début, mais va tout de même faire le doublé (Champions + Liga) avec le Barça en 2006. Rome, Paris, Monaco encore, puis Lorient, et une poignée de buts dans chaque club, viendront boucler la boucle d'un des attaquants français les plus sous-estimés de ces 15 dernières années.
Dado Pršo (entré à la 23e)
Difficile de faire mieux que d'inscrire un quadruplé en LdC le jour de son anniversaire et d'atteindre la finale de la coupe aux grandes oreilles. Dado Pršo s'engage avec les Glasgow Rangers à la fin de son aventure monégasque pour y finir une carrière pépère. L'histoire ne nous dira sans doute jamais comment prononcer correctement le nom de la plus belle queue de cheval de L1 : « Perso » ou « Percho » ?
Jérôme Rothen
Une patte gauche incroyable pourrait qualifier Jérôme Rothen. Après avoir impressionné l'Europe entière, ce sera finalement le PSG. De mauvaises prestations et un caractère de cochon vont pourrir l'aventure parisienne de Rothen. Un passage en Écosse, en Turquie et un retour en France à Bastia et à Caen viendront conclure la carrière du blond peroxydé. « Le PSG m'a tuer. »
Andréas Zíkos
Zíkos est l'un des meilleurs joueurs de Monaco sur le prè lors de la sèche défaite des Monégasques contre Porto. Carrière discrète pour Zíkos qui n'a jamais fait de vagues en Ligue 1 comme ailleurs, d'ailleurs. Il finira sa carrière là ou elle a commencé, c'est-à-dire chez lui en terres grecques et plus précisément à l'AEK Athènes. Le type ne figurait même pas dans la liste grecque pour l'Euro 2004.
Lucas Bernardi
Lucas Bernardi a passé 7 ans à Monaco et a tout connu ou presque sur le Rocher. Milieu défensif rugueux, l'Argentin a dégainé toute sa grinta pour permettre aux Monégasques de remporter la bataille du milieu de terrain durant toutes ces années. Avant de rejoindre le Newell's Old Boys, son club formateur où il continue d'ailleurs de jouer, Bernardi « adios » au Prince, à son royaume et à la France en 2008.
Fernando Morientes
Quand le Real prête Morientes à Monaco, le club merengue pense faire une bonne affaire. Mauvaise pioche, l'Espagnol va faire un mauvais tour à son club de cœur en l'éliminant en quart de finale. Une expérience décevante à Liverpool la saison suivante, Nando retourne en Espagne se refaire la cerise du côté de Valence. Un dernier challenge avec l'OM en 2010 conclut la carrière du « Goleadore de Caceres » .

FC Porto, dragons de commando

José Mourinho
En 2004, Didier Deschamps aura eu raison d'entraîneurs réputés comme Queiroz ou Ranieri. Tout le monde en France le voyait donc venir à bout de José Mourinho, le jeune entraîneur portugais. Malheureusement, la « Desch » ne sut pas prédire qu'il avait affaire à l'entraîneur le plus doué et le plus fou de sa génération... Celui qui s'attribuerait quelques semaines plus tard le surnom de « Special One » en posant ses valises à Chelsea.
Vítor Baía
Un mythe. Vítor Baía a connu deux clubs (Porto et le Barça), mais n'a eu d'amour que pour celui du Douro, grâce auquel il a quelques années détenu le statut de joueur le plus titré de l'histoire avec 33 trophées (Ryan Giggs l'a détrôné depuis). Avant de s'offrir le scalp de l'AS Monaco, le portier célèbre pour son numéro 99 avait déjà remporté la C2, la C3 et la Supercoupe d'Europe. Gelsenkirchen aura été pour lui la cerise sur le gâteau.
Paulo Ferreira
José Mourinho a ses chouchous, mais aussi ses guerriers. Ce ne sont pas forcément les plus talentueux, sinon les plus dévoués. Paulo Ferreira était, à l'instar d'Arbeloa au Real Madrid, de cette trempe. Tactiquement intelligent, mais physiquement et techniquement dans la moyenne, il aura tout de même connu une carrière au-dessus de son talent en étant transféré à Chelsea. Au total, il aura remporté, entre autres, deux C1 et deux C3. Sacré Paulo.
Ricardo Carvalho
Avant d'être ce chauve qui étale son expérience et sa lenteur sur les terrains de Ligue 1, Ricardo Carvalho avait les cheveux longs et était l'un des meilleurs défenseurs centraux du monde. C'est à cette même époque qu'il est devenu l'un des chouchous de José Mourinho, au même titre que l'ont été plus tard Lampard, Drogba ou Materazzi. Rien que ça.
Jorge Costa
L'autre icône du peuple portista. Comme Vítor Baía, il doit tout au FC Porto et le FC Porto lui doit beaucoup de titres. Et comme son ami gardien de but, il a tenté de s'exporter (à Charlton, en Angleterre) sans trop de succès avant de rentrer au bercail pour casser des tibias et justifier son surnom de boucher. Car Jorge Costa, c'était avant tout beaucoup de testostérone, des contacts et une flopée de cartons rouges.
Nuno Valente
Nuno Vaillant. Le latéral gauche un peu rondelet n'a pas volé son nom de famille. Ami du tacle, jamais avare lorsqu'il s'agissait de mettre un bon coup d'épaule, il était aussi l'un des joueurs les plus âgés de l'équipe (29 ans). Son CV lui a permis de s'imposer en équipe nationale et de jouer en Premier League après avoir remporté la dernière édition de la Coupe intercontinentale avec Porto.
Deco (buteur à la 70e)
Rejeté de son Brésil natal, « O magico » a trouvé dans le Portugal une terre d'accueil à la hauteur de son talent. Benfica lui a fermé ses portes, mais Porto lui a donné sa chance et a fini par l'aduler. Si les supporters des Dragões le placent au niveau du légendaire Rabah Madjer, c'est que lui aussi a su répondre présent lors des grands rendez-vous. Le vice-Ballon d'or 2004 n'a jamais fui ses responsabilité. La marque des très grands.
Pedro Emanuel (entré à la 85e)
Conscient que Jorge Costa vieillissait et qu'ils ne pourraient pas retenir Ricardo Carvalho bien longtemps, le FC Porto avait recruté Pedro Emmanuel en 2002 pour assurer la relève. Et le bougre aura largement rempli son rôle. Si Porto a gardé une défense solide en attendant l'éclosion du duo Pepe-Bruno Alves quelques saisons plus tard, c'est en grande partie grâce à lui. En 2004, il aura eu pour seul rôle d'offrir une standing-ovation à Deco à Gelsenkirchen en le remplaçant à la 85e.
Maniche
Un blaze pourri pour un joueur extraordinaire. Maniche fut l'un des premiers joueurs Youtube, non pas pour ses dribbles, mais pour sa faculté à aligner des buts tous plus beaux les uns que les autres. Dans le jeu, c'était également un redoutable récupérateur et un très bon relanceur. S'il a épargné l'AS Monaco en finale, l'Olympique lyonnais et l'Olympique de Marseille avaient fait les frais de son talent ainsi que de son entente avec Deco un peu plus tôt dans la compétition.
Pedro Mendes
Avec Paulo Ferreira et Nuno Valente, Pedro Mendes était sans conteste le type le moins sexy du onze de départ qui a eu raison de l'ASM. Cela avait sans doute à voir avec son poste (milieu défensif) et sa coupe de cheveux emprunté à ce nul de Juanes. Surnommé « The Rocket Man » à Tottenham où il est parti à la fin de la saison 2003-2004, il n'a finalement connu qu'une carrière très moyenne en raison de blessures à répétition.
Costinha
Costinha aurait dû être le joueur le plus dégueulasse de ce FC Porto. Cartons jaunes et rouges, coups de coude, fautes tactiques, il avait tout du salaud qu'on aime détester. C'était le Pepe 1.0, sauf qu'il évoluait un cran au-dessus. Mais c'est aussi lui qui a éliminé Manchester United à Old Trafford dans les arrêts de jeu. Un héros, un vrai.
Derlei
Le buteur de Mourinho, venu de l'União Leiria, où le Mou avait fait ses preuves avant de s'installer à Porto. Sous la houlette de l'entraîneur portugais, il plante près de 60 pions entre 2001 et 2004. Parmi ses plus belles réalisations, on retiendra son doublé décisif à Séville contre le Celtic Glasgow lors de la finale de la Coupe du l'UEFA. Un peu plus discret à Gelsenkirchen, il avait fait très mal à l'OM lors de la phase de poules.
Benni McCarthy (entré à la 78e)
Benedict, de son vrai nom. Pas aussi doué que son homonyme Cumberbatch, le Sud-Africain a longtemps dû esquiver les balles du quartier chaud de Cape Flats, au Cap, avant de mitrailler à son tour les défenses adverses avec la précision d'un Oscar Pitorius. Au total, il inscrit 57 buts avec le FC Porto avant de faire le bonheur des Rovers de Blackburn. Loin, très loin de la violence de son pays natal.
Carlos Alberto Gomes de Jesus (buteur à la 39e)
Le disparu de la bande. Promis à un grand avenir, le premier buteur de la finale trimbalent aujourd'hui son écarteur de narines à Botafogo après une dizaine de transferts ratés. La raison de cet échec ? Avoir rejoint les Corinthians pour être convoqué avec la Seleção alors que Mourinho le voulait à Londres. Au final, Carlos Alberto a tout perdu, et a même trempé dans une affaire de dopage en 2013. Chienne de vie.
Dmitri Alenitchev (entré à la 60e, buteur à la 75e)
Buteur lors des deux finales européennes victorieuses du FC Porto. Actuel sélectionneur des -18 ans russes et joueur le plus sous-coté de cette équipe de Porto. Les supporters de l'OM doivent encore se souvenir de ce vieillard (32 ans) dont les débuts professionnels remontent à une époque où l'URSS existait encore. Ce joueur au toucher de balle soyeux qui avait permis à Porto de battre l'OM. Face à Monaco, il est entré en jeu pour poser la cerise sur le gâteau.

Monsieur l'arbitre


Kim Milton Nielsen

né le 3 août 1960 à Copenhague, Danemark.
Ancien arbitre international.

Auteur d'un finale sans fausse note, le grand arbitre danois aura vécu une belle carrière, sifflant presque partout : trois Euros et deux Coupes du monde, une finale européenne et même la Coupe d'Afrique des nations. Ingénieur informaticien dans le privé, le mec ne fait pourtant pas de calculs : c'est lui qui sort le rouge pour David Beckham lors d'Argentine – Angleterre en 1998. Pour entrer dans la légende ?
GF



La veille du 3-1 du Real à Porto, l'AS Monaco a tordu l'AEK Athènes dans la poule C (4-0). Après la victoire inaugurale de l'ASM au PSV Eindhoven (2-1), Guus Hiddink avait chaudement félicité Didier Deschamps : « Bravo, Didier ! Tu tiens une équipe qui ira en finale. » Flatté, Didier était toutefois resté mesuré. Aller en finale de Ligue des champions ? Si le bon Guus savait ! Car c'est qu'ils revenaient de très loin, et Deschamps, et l'AS Monaco… Le 28 mai 2003, la DNCG avait relégué l'ASM en L2 à cause d'un passif évalué entre 50 et 80 millions d'euros. Le club avait été sauvé le 19 juin grâce à MFI (Monaco Football Investissement), un groupe d'investisseurs monégasques proches du palais. La gestion financière désastreuse de l'ASM avait poussé l'historique président Campora en poste depuis 1975 à démissionner le 26 juin ! Il sera remplacé par Pierre Svara, au grand soulagement de coach Didier qui allait pouvoir bosser en paix. Car Campora, c'était le dernier bloc hostile qui giclait enfin, après le départ de tous les chieurs qui lui avaient pourri son groupe depuis son arrivée à Monaco au printemps 2001. DD avait eu la peau de Panucci, Gallardo, Bierhoff et surtout Simone, chouchou de Campora. Didier avait d'abord été redevable à Jean-Louis Campora de le nommer coach de Monaco juste au sortir de sa carrière pro, achevée à Valence au printemps 2001 : à 33 ans et malgré son palmarès XXL, Didier était parfaitement novice ! Mais après une première saison chaotique (Monaco finit 15e), le président de l'ASM avait souhaité le virer. Campora avait contacté discrétos Jean Fernandez, mais ce dernier avait refusé l'offre. Finalement, ce sont Jean Petit et Jean-Luc Ettori qui assisteront DD. Outre leur loyauté, les deux historiques de la maison asémiste étaient les parfaits dépositaires des valeurs du club que Didier avait un peu négligées. La saison 2002-2003 débuta encore plus mal avec les salaires de juin payés avec trois semaines de retard ! En championnat, les résultats sont moyens, Marco Simone pourrit l'ambiance à 300 000 euros par mois et avec le soutien vicelard de Campora... Après le 0-1 à Strasbourg du 22 novembre, Didier provoque une séance vidéo au cours de laquelle les langues se délient. Tout le monde « se dit les choses » ! Moment fondateur : quatre jours plus tard, Monaco bat le PSG (3-1). C'est de ce jour qu'est né le fameux 4-4-2 de l'ASM version Deschamps avec deux meneurs excentrés, Gallardo et Giuly, Rothen jouant alors milieu défensif. Didier avait flashé sur les centres au laser du gaucher Rothen qu'il avait fait venir de Troyes en janvier 2002. DD a aussi trouvé sa défense. Elle est très jeune. À gauche, Patrice Évra, arrivé à l'été 2002, a bouffé de la vache enragée en Italie (Marsala et Monza) et en L2 (Nice). Dans l'axe, Givet (20 ans), Squilacci (22 ans) et Rodríguez (24 ans) tournent pour les deux postes. Le coach sait aussi innover : Givet, défenseur axial gaucher, se retrouve parfois latéral droit ! Rodríguez résume la philosophie décisive de Deschamps en matière défensive : « DD nous a enseigné l'art de gagner et d'être efficace, davantage que l'art de défendre. » Et dire qu'à son arrivée à Monaco, Didier voulait virer Rodríguez, ainsi que Pršo ! En milieux déf', le Grec Zikos nettoie devant la défense et l'Argentin Bernardi récupère et oriente vite : il est le boss qui donne le tempo. L'ASM décolle enfin : 8 victoires et 5 nuls ! Mais Gallardo l'axial n'entre plus dans les plans de ce 4-4-2. Problème : le petit meneur argentin a été prolongé jusqu'en 2007 par Campora (DD l'a appris par la presse)... Finalement, Gallardo partira à l'été 2003. La saison s'est achevée sur une 2e place en L1 qui propulse direct Monaco en Ligue des champions (Lyon est champion 2003). Avec 26 pions, le Monégasque Shabani Nonda termine même meilleur buteur du championnat. En finale de Coupe de la Ligue, la France du foot s'est régalé du récital de l'ASM face à Sochaux (4-1). C'est le premier trophée de La Dèche en tant que coach.
Nando Morientes face � Carvalho

« Au Real, tous les jours on me rappelait que je n'étais pas un Galactique. »


Fernando Morientes
Aller en finale de Ligue des champions ? Si le bon Guus savait... Car les sollicitations de l'intersaison ont failli tout foutre en l'air. Mais captivés par le charisme de Deschamps, tout le monde est resté ! Le superbe gardien italien Flavio Roma a repoussé l'offre d'Arsenal, Évra celles de la Juve et du Barça, et Nonda n'a pas voulu aller à l'OL comme Campora l'avait arrangé. Didier fait aussi de bonnes pioches : il se fait prêter Édouard « Édu » Cissé par le PSG qui, après une expérience ratée à West Ham, a hâte de se relancer. Le défenseur argentin Hugo Ibarra est prêté par Porto. Vexé de ce prêt, Hugo arrive avec les crocs et la grinta féroce d'un triple vainqueur de la Libertadores et de l'Intercontinentale remportées avec Boca Juniors ! Le 24 août, l'ASM perd Nonda, gravement blessé au Parc contre Paris (4-2). DD pense à acheter Élber, mais le club ne veut acheter personne. L'agent de Didier, Jeannot Werth, va alors arracher le prêt d'un an de Fernando Morientes (28 ans) au Real à la dernière minute du mercato, le 31 août ! « Nando » était sur le point d'être prêté à Schalke 04… Bon Prince, le Real accepte de payer les deux tiers des 380 000 euros mensuels du buteur espagnol. L'homme aux trois C1 est arrivé le cœur lourd dans la Principauté, écarté de l'attaque du Real pour laisser la place à Ronaldo ( « Tous les jours, on me rappelait que je n'étais pas un Galactique. Le soutien ne venait que des joueurs, du vestiaire » ). Mais la franche camaraderie du groupe va vite l'acclimater à son nouveau club et réveiller son killer instinct. Outre Morientes, Didier peut aussi s'appuyer sur deux relais très sûrs : Flavio Roma, qu'il avait fait venir dès 2001 de Piacenza, et le leader d'attaque et gros ambianceur, le génial « Ludo » Giuly. Avec ses deux tauliers, la Dèche peut désormais partir à la guerre…
Rothen contre le Depor

« Le matin du match, les Espagnols étaient allés faire du shopping à Monaco !
On s'est dit qu'ils allaient manger…
 »


Jérôme Rothen,
à propos de la victoire 8-3
contre La Corogne

Pluie de buts sur le Rocher

AS Monaco - Deportivo La Corogne (8-2)
le 5 novembre 2003




Édouard Cissé revient sur une des étapes les plus folles du parcours de l'AS Monaco en 2003-2004.

Le 8-3 contre La Corogne, t'en gardes quel souvenir ?
J'ai une anecdote sur ce match. Quinze jours auparavant, on avait perdu 1-0 à la 87e et ce n'était pas mérité. Bon, c'était quand même La Corogne. Le jour du match, on croise les mecs de La Corogne, Valerón et consorts, en train de faire du shopping. On était en pleine promenade. « Ça y est, ils pensent qu'ils ont gagné, ils ne nous respectent pas ! » Je me rappelle qu'à la collation, cette anecdote était sortie. C'est monté petit à petit, alors qu'habituellement, moi ça ne me marque pas. Mais là, ça a affecté le mental de toute l'équipe, on était un peu énervés.

Et vous êtes entrés dans l'histoire lors de ce match parce que c'est devenu le plus prolifique de l'histoire de la Ligue des champions…
Oui. C'était un match très particulier parce que même quand on menait 4-1, on n'était pas sereins. Quand Diego Tristán marque, on se regarde et on se dit « Putain, 4-1, 4-2, ils peuvent revenir ! » Alors que dans n'importe quel match avec cet écart, tu peux voir venir. C'était un match tellement fou qu'on pouvait marquer à n'importe quel moment. Pas une seule fois on n'a géré. Je crois que si on avait pu en mettre 10, on en aurait mis 10, et de leur côté, c'était pareil. C'étaient des vrais beaux buts en plus. Même mon but, quand j'y repense, je me demande pourquoi j'ai besoin d'aller pousser la balle et d'aller frapper. Des soirées comme ça sont magiques.

Propos recueillis par AR


Pour sa troisième saison sur le banc monégasque, Didier Deschamps peut compter sur un groupe qui lui ressemble : des revanchards affamés de reconnaissance qui vont faire de l'Europe leur terrain de reconquêtes individuelles et collectives. Un peu comme les Verts des années 70… Et puis ce Monaco séduit. Il réinvente la traditionnelle école du beau jeu « à la monégasque » : un jeu court qui va de l'avant, sans trop de passes latérales et pratiquant plus les attaques placées que le contre. On loue le jeu des couloirs par paires, Évra/Rothen (Morientes et Pršo se régalent de leurs centres) et Givet/Giuly… Après le 2-1 au PSV et le 4-0 face à l'AEK, l'ASM se fait surprendre à La Corogne pour avoir trop respecté son adversaire (0-1). Le retour à Louis-II est une boucherie mémorable attisée par la rage azuréenne, comme le rappelle Jérôme Rothen : « Le matin du match, on a appris que les Espagnols étaient allés faire du shopping à Monaco, tranquilles ! Comme si on n'existait pas et que le match serait une formalité. On s'est dit qu'ils allaient "manger"… Et ils ont bien mangé ! » L'ASM plie La Corogne 8-3… Un coup de tonnerre dans le ciel européen ! Tout le monde ou presque a marqué : Rothen, Plašil, Cissé, Giuly et Pršo, qui signe un quadruplé pour son anniversaire. Après deux nuls en roue libre (1-1 face au PSV et 0-0 à l'AEK), les Monégasques bouclent le premier tour en tête de leur groupe (12 points) devant La Corogne (11 points). L'AS Monaco figurait pourtant dans le chapeau 4 au moment du tirage… En championnat, l'ASM entame l'année 2004 avec 10 points d'avance sur l'OL. En février, les 8es de C1 offrent au club du Rocher le Lokomotiv Moscou, son collectif redoutable et son hiver sibérien. En Russie, Monaco est surclassé et mené 2-0 à la 59e. Les Moscovites supérieurs ratent de peu le 0-3 fatal. Mais Morientes réduit le score qui va changer la donne (1-2, 69e). Au retour, l'ASM se fait peur et Pršo manque un péno en première mi-temps. Mais un énième coup du sort va favoriser Monaco : l'expulsion du meilleur Moscovite, Loskov, sévèrement sorti à la 22e. À 11 contre 10, les Rouge et Blanc passent l'obstacle grâce à une reprise rasante de Pršo (1-0, 60e). Arrive le gros morceau en quarts, le Real Madrid ! Le club que Giuly ne voulait surtout pas rencontrer… Dans le documentaire remarquable de Canal +, Le Périple rouge, narrant l'épopée européenne de l'ASM, on découvre tout le charisme de Didier Deschamps : « Jouez les coups à fond… Je vous le dis, vous allez avoir des coups à jouer, des occasions. Alors, tranquilles, les gars. Et dans les duels, faut être présent. Leur montrer qu'on est là. » La voix est douce, sereine, complice. On sent que DD est encore resté joueur, s'exprimant comme un capitaine au milieu des siens… Mais à Bernabéu, le Real un temps mené 1-0 a renversé la vapeur en seconde période grâce à ses étoiles, Pavon, Zidane, Figo et Ronaldo (4-1 à la 81e). L'affaire semble pliée… Mais Morientes réduit la marque à la 83e. Encore un but de la tête ! Côté madridiste, c'est la consternation : comment n'a-t-on pas inclus une clause de non-participation contre le Real dans le contrat de prêt de Morientes ? Casillas est atterré : « Je ne suis pas la bonne personne à qui il faut demander s'il aurait dû être autorisé à jouer contre nous, c'est le travail de la direction. Mais je suis sûr qu'ils ne pensaient pas que Madrid affronterait Monaco cette saison. » Mais même à 4-2, les Meringues devraient passer. Sauf que… À Louis-II, Beckham est suspendu, et puis le départ de Makelele fait vraiment tache : le fameux trou au milieu a transformé la défense du Real en passoire (à la fin de la saison 2004, Madrid finira 12e défense de Liga). Coach Didier galvanise les esprits de sa petite musique apaisante : « Au Real, ils sont déjà qualifiés dans leurs têtes. Ils marquent des buts, oui. Mais ils en prennent. Édu (Cissé, ndlr) a dit : "S'ils marquent, c'est fini." Non ! Rien n'est jamais fini ! » Bien dit… Mais sur le terrain, Raúl tue l'espoir à la 36e : 1-0, et 5-2 pour les Meringues sur l'ensemble des deux matchs. Le grand projet galactique va pourtant exploser juste avant la mi-temps, comme le relatera Morientes : « Après le but de Raúl, les commentateurs TV espagnols se demandaient qui serait l'adversaire du Real en demies. » Giuly égalise à la 45e+1. « C'était devenu un Real sans son imagination habituelle. Et quand le Real joue sans créativité, il y a moyen de faire quelque chose » , poursuit Nando. « Avant le math retour, je savais que mon pote Raúl avait mal à la cheville et que Ronaldo était blessé. » À la pause, Giuly apostrophe Zidane en se dirigeant vers les vestiaires : « Ho, Zizou ! Arrêtez de marquer… Laissez-nous marquer encore un but, juste 2-1. » Et là, ZZ lâche le morceau : « Mais Ludo, on est à la rue ce soir. » « Ils sont morts » , en conclut Giuly. Alors, en deuxième mi-temps, l'AS Monaco se sent pousser des ailes : Morientes marque encore de la tête ! « Nando » , le reprouvé du Real, finira meilleur buteur de l'édition 2004 avec 9 buts au compteur… Giuly achève des Galactiques hors du coup (3-1). Nouvelle sensation de l'ASM en Europe ! D'autres grosses cylindrées comme MU, la Juventus, le Milan AC et Arsenal ont aussi giclé. Chelsea est le seul « gros » d'un dernier carré inédit où figurent trois « petits budgets » : La Corogne, Porto et Monaco ! Mais c'est l'ASM qui doit se fader les Blues, avec match retour à Stamford Bridge. Encore du très lourd… À l'aller, dans sa dernière causerie d'avant-match, DD hypnotise à nouveau son groupe : « Ce soir, il faut gagner, prendre un avantage. Même un gros avantage. C'est possible. Je tenais à vous le dire, les gars : vous êtes forts. Très forts… Allez !... C'est à vous de jouer ! » Et ses gars se lèvent illico dans le doux fracas des chaises, remontés à bloc. À Louis-II, à 10 contre 11 (suite à l'expulsion honteuse de Zikos à la 51e) et sur le score défavorable de 1-1, Morientes et Nonda signent un nouvel exploit monégasque en portant la marque finale à 3-1. À Londres, menés 0-2 à la 44e, Ibarra prolonge du bras une tête sublime de Morientes (1-2, 45e +2) avant que « Nando » n'égalise à la 60e après un une-deux perforateur avec Bernardi (2-2). L'ASM est en finale ! Porto aussi.

Maniche : « La tactique n'est pas un détail »


Quels souvenirs gardes-tu de cette campagne de 2003-2004 ?
La victoire. Avec celle en Coupe de l'UEFA en 2003 et celle en Coupe intercontinentale. Ce sont des victoires qui changent une carrière, qui donnent à n'importe quel joueur une dimension internationale.

Quel était le secret de ce FC Porto, le truc en plus qui faisait que cette équipe était spéciale ?
Évidemment, l'effectif était extraordinaire. L'entraîneur était fabuleux. Mais il n'y avait pas que ça. Le vestiaire était très uni. Tout le monde a eu un rôle important à jouer, du président Pinto da Costa aux supporters qui nous suivaient partout.

Quelles étaient les têtes importantes du vestiaire du FC Porto 2003/2004 ?
On avait un très bon capitaine, Jorge Costa, qui incarnait les valeurs du FC Porto. Mais aussi notre gardien Vítor Baía, Paulinho Santos et Secretário. Évidemment, on se respectait tous, mais les plus jeunes étaient aussi les plus irrévérencieux, les farceurs de service (il rit). Tout cela faisait qu'il y avait un bon équilibre au sein du groupe Porto cette année-là.

Qui était le « leader » chez les blagueurs ? Carlos Alberto ?
(Il éclate de rire) Oui, oui, Carlos Alberto, c'était exactement la description du jeune plein de culot qui faisait n'importe quoi dans les vestiaires. Il aimait faire le clown, il voulait toujours que les autres se marrent. Il nous faisait rire à chaque entraînement, à chaque victoire.

Sur le terrain, qu'est-ce qui faisait que ce Porto était le meilleur ?
Ce qui faisait la différence, c'était qu'on se connaissait tous par cœur. Chaque joueur savait ce que l'autre allait faire et à quel moment il allait le faire. On communiquait beaucoup, même hors des entraînements. On organisait pas mal de déjeuners et de dîners en groupe, et ces détails ne sont pas anodins, puisque c'est là que le groupe s'unissait. À force de faire ce genre de choses, on se connaissait par cœur. Moi, avec Deco... parfois on ne se parlait même pas sur le terrain. On avait juste besoin d'un regard, d'un clin d'œil pour comprendre ce que l'autre allait faire.

Cette cohésion d'équipe, c'est quelque chose que Mourinho avait mis en place ?
Absolument, oui. À l'heure des matchs, il parlait peu parce que tout ce qu'il voulait nous dire, tout ce qu'il attendait de nous, nous l'avions déjà travaillé à de nombreuses reprises.

La préparation de la finale avait été différente de celle des autres matchs ? Ou Mourinho n'a rien changé ?
La finale de Gelsenkirchen a été préparée comme les autres matchs, mais avec une attention spéciale. On parle quand même d'une finale européenne. Le travail était surtout psychologique. Tout le monde donnait le FC Porto vainqueur et cela pouvait nous porter préjudice.

Quel a été le discours du Mou pendant cette semaine et avant le match ?
Dans les grands moments comme ça, les entraîneurs et les joueurs n'ont pas grand-chose à dire. Ils ne parlent pas beaucoup. Les efforts étaient concentrés sur comment on allait gérer nos émotions. Les conseils de Mourinho, c'était de nous reposer parfaitement, de favoriser la récupération musculaire autant que possible; d'éviter autant que possible de regarder la télévision et de lire les journaux. En gros, on devait rester loin de tout pour rester concentrés sur cette finale.

Tactiquement, quelles étaient les consignes ?
En championnat, on jouait plutôt en 4-3-3, mais en Ligue des champions, Mourinho nous faisait plutôt évoluer avec une ligne de quatre au milieu. Ça n'a pas changé contre Monaco. Les grands matchs se jouaient sur des détails et la tactique n'en est pas un. Les détails, ce sont la concentration, la motivation, la gestion de la pression, etc. Après, sur ce match-là, le fait d'avoir ouvert le score très tôt nous a simplifié la tâche.

Est-ce que vous voyiez en Monaco une occasion unique de gagner cette finale, dans le sens où cette équipe restait tout comme vous un cran en dessous des mastodontes européens ?
Non... L'une des raisons pour lesquelles on a battu Monaco, c'est qu'on les a toujours respectés. C'est une équipe qui avait battu le grand Real et d'autres équipes très fortes pour atteindre la finale. Nous savions que si nous respections l'adversaire, nous étions les meilleurs.

Vous avez fini par savoir pourquoi José Mourinho n'a pas fêté ce titre avec vous ?
Non, pas vraiment. Chacun fête les titres à sa manière. Il y a des personnes moins expressives que d'autres. Après, si vous me demandez si Mourinho a été heureux, évidemment, puisque c'était l'un de ses objectifs.

Un Porto-Monaco, ou un Porto 2004 a-t-il des chances de revoir le jour ?
Ça sera compliqué car il existe des équipes avec un pouvoir économique très fort. Même si en 2004, c'était déjà le cas, je pense qu'aujourd'hui, le fossé entre les clubs très riches et les autres s'est creusé, et qu'il sera très dur pour le FC Porto et pour d'autres équipes de la même envergure de gagner la Ligue des champions. Mais qui sait ce qui peut arriver...

Propos recueillis par William Pereira
Porto, Portugal. Et Monaco, France… Soient deux « petits » clubs, deux outsiders issus eux-mêmes de deux pays outsiders qui se retrouvent en finale d'une compète squattée depuis plusieurs saisons par les grands clubs du Big Three (Espagne, Italie, Angleterre). Le Bayern Munich est un cas à part : surpuissant en Bundesliga et unique club allemand compétitif en C1, il ne peut faire entrer à lui seul, à cette époque, l'Allemagne dans un éventuel Big Four. Et ce, malgré Leverkusen, finaliste malheureux de la C1 2002. La C1, c'est donc l'Italie, l'Angleterre et l'Espagne + le Bayern. Il faut d'ailleurs remonter à 1999 pour trouver en demies de C1 un club n'appartenant pas au Big Three. C'était le Dynamo Kiev, éliminé par le Bayern (3-3, 0-1). La star Andriy Shevchenko était passée la saison suivante au richissime Milan AC. Shevchenko, ou une des meilleures illustrations des dérives inégalitaires de l'arrêt Bosman (1995). Car depuis, les championnats « secondaires » (France, Pays-Bas, Ukraine, Belgique) ont progressivement été asséchés, via la fuite de tous leurs talents vers les clubs les plus riches du Big Three. En Ligue des champions, les clubs des pays de l'Est, d'Écosse et de Scandinavie s'effacent progressivement avant les 8es de finale… Malgré une C1 remportée en 1987, Porto est un club secondaire (même s'il figure au G14), issu d'un pays secondaire et ayant remporté un trophée européen secondaire (la Coupe UEFA 2003 face au Celtic, 3-2 a.p). Comme pour l'ASM, la sensation Porto est énorme en 2004. Monaco-Porto : comment a-t-on pu en arriver là ? Parce que, d'abord, les deux clubs possèdent chacun un entraîneur hors du commun. Si Deschamps possède un vécu de champion et une science tactique acquise très tôt au FC Nantes de Suaudeau, ce qui le prédestinait à la profession, le background du coach portista, José Mourinho, est aussi très éloquent… À 14 ans, le petit José bossait comme superviseur pour son père José Manuel, ex-gardien pro et international portugais, devenu coach d'União Leiria. Son daron lui refilait même 10% des primes des matchs concernés ! José, footeux moyen, joua en pro jusqu'à 23 ans en D2, avant d'intégrer l'Institut supérieur d'éducation physique afin de mieux se former au métier de coach. Assistant de Bobby Robson au Sporting Portugal, puis au Barça et ensuite de Louis van Gaal, toujours chez les Blaugrana, il devient coach numéro un au Benfica en septembre 2000. Mais il est brutalement viré le 5 décembre 2000 par le président Vilarinho. Mortifié par cet affront qu'il ne pardonnera jamais, José atterrit à União Leiria en juin 2001 jusqu'à ce que le FC Porto l'appelle en janvier 2002. De Leiria, il emmène avec lui chez les Dragões Derlei, Nuno Valente et Maciel, des gars qui vont compter. Tout comme un certain Maniche, un milieu offensif caractériel qu'il a dompté au Benfica et qu'il emmène avec lui à Porto en 2002… La carrière de José décolle à la verticale à 40 ans pile. En 2003, il décroche avec Porto un triplé historique (Coupe-championnat-C3) et il est élu meilleur coach de l'année par l'UEFA.com ! Le brun ténébreux fascine : il parle français, portugais, espagnol et anglais. Au Portugal, son charisme de gagneur exaspère et passe déjà pour de l'arrogance. Il faut dire qu'il a brisé l'axe lisboète historique du foot portugais, Sporting-Benfica. À la TV, en 2003, face aux journalistes qui doutaient de son Porto, il leur a lancé cette légendaire apostrophe féroce, du genre « nous contre le reste du monde » : « Vamos ser campeões ! » ( « Nous serons champions ! » ) en claquant la paume bien fort sur la table. Et Porto sera champion… Comme Deschamps, Mourinho a vaincu l'adversité et il a constitué un véritable commando pour bien aborder la saison 2003-2004. Les Portistas n'irradient pourtant pas au premier tour de Champions en terminant 2e avec 11 points derrière le Real (14 unités). Mais l'équipe pratique un football « scientifique » , sans faille, mais non dénué d'attrait : possession, passes redoublées, jeu en triangle, jeu court sans sauter les lignes, un bloc placé haut à la hauteur de la ligne médiane. Son équipe sait faire déjouer l'adversaire, mais tout en prenant le jeu à son compte. Le FC Porto a stupéfié l'Europe lors de la demi-finale aller de C3 2003 de toute beauté contre la Lazio (4-1). En 2003-04, José Mourinho a abandonné en cours de saison son 4-3-3 offensif de 2003 pour passer en 4-4-2 moins spectaculaire, mais qui convient aux attaquants Mc Carthy et à Carlos Alberto (le buteur-maison, Derlei, s'est blessé en décembre). Entre-temps, Mourinho a laissé son attaquant vedette de 2003, Hélder Postiga, se perdre à Tottenham… Derrière, il a construit un back five redoutable, pierre angulaire de son système. Dans l'axe, il révèle le jeune et tonique Ricardo Carvalho qui supplée à merveille la lenteur de l'expérimenté Jorge Costa, ainsi que les deux latéraux offensifs et rapides, Nuno Valente et Paulo Ferreira. Le jeu dans les couloirs est ravageur : à gauche, Nuno Valente combine avec Maniche et, à droite, Paulo Ferreira pistonne avec le Russe Aleïnitchev. On écarte l'adversaire tout en assurant la couverture mutuelle quand les latéraux montent. En clef de voûte de la défense, la sentinelle Costinha ( « Da Costa » , quand il jouait à l'AS Monaco !) complète un bloc défensif inentamable que seul le Real a fait plier en poule (1-3)… À la pointe haute de son 4-4-2 en losange figure Deco, accélérateur de particules. Ignoré au Brésil, il n'a jamais eu sa chance en Seleção : « Des joueurs comme Deco, on n'a qu'à se baisser pour en ramasser » , avait lâché l'ancien sélectionneur Carlos Parreira… Naturalisé portugais en 2003, puis sélectionné avec le Portugal, ce neuf et demi revanchard donnera tout pour Porto et pour Mourinho. Idem pour Derlei et Carlos Alberto (19 ans, arrivé de Fluminense), qui n'appartiennent pas non plus au gratin du foot brésilien. Porto, c'est un collectif au pressing constrictor, capable de changer de tactique en plein match, les yeux fermés. Après la qualif acquise en demies face à la Corogne (1-0, 0-0 à l'aller), le coach Javier Irureta est épouvanté : « Le travail collectif de cette équipe est d'une telle qualité qu'il est en effet très dur de lui marquer un but. » Et puis ce Porto rend fou ! En 8es contre MU : expulsion de Roy Keane à aller (2-1, puis 1-1 au retour). En quarts contre l'OL : expulsion d'Edmilson au retour (2-2, 2-0 à l'aller). En demies contre La Corogne : expulsion de Jorge Andrade à l'aller et expulsion de Naybet au retour !
Comme DD, Le Mou parvient à transcender ses joueurs. Infaillible pour détailler le jeu de l'adversaire, il leur raconte le match à venir, comment il va se dérouler et comment l'équipe opposée va évoluer. Et c'est exactement ce qui passe ! L'attaquant de La Corogne, Valerón, concédera, très impressionné : « Visiblement, notre jeu n'avait aucun secret pour eux. Ils nous ont bouchés tous les accès tout en nous maintenant en permanence sous pression. » De là naîtra la réputation de shaman de José Mourinho. Un shaman téméraire, en plus ! Avant le match retour contre MU, José s'est permis le sacrilège de mettre la pression sur Sir Alex : « L'argent gagné par Van Nistelrooy suffirait à payer tous les joueurs de Porto. » Le Mou avait tout simplement rendu la monnaie de sa pièce au maître d'Old Trafford : après le match aller, ce dernier avait déclaré : « Vítor Baía est un clown, et Deco et Carlos Alberto sont des filles qui ne pourraient pas jouer en Angleterre ! » Après la qualif en finale acquise à La Corogne, José prend l'humanité entière à témoin : « Aujourd'hui, j'ai démontré au monde ce que je vaux comme entraîneur » … Le 25 avril, Porto a été à nouveau sacré lors d'un championnat portugais qu'il a survolé (32 matchs, 24 victoires et une seule défaite).

Édouard Cissé : « On était une équipe d'escrocs »


Dans ta carrière, elle représente quoi, la finale de C1 Porto-Monaco ?
Cette finale, ça doit être la seule que j'ai perdue. Ça reste un grand moment parce que c'était une épopée. On était loin de penser qu'on pouvait faire ça en début de compétition.

Quand tu regardes en arrière, la différence entre Porto et Monaco ce soir-là était-elle si énorme ?
Lors de ce match, j'ai vraiment vu ce que c'était que le haut niveau, tout repose sur du détail. Au bout de dix minutes on a la possibilité de marquer, mais on ne le fait pas. Et puis, à la 39e minute de jeu, on prend un but. Et après, ça a déroulé. Ce but de la 39e, il nous a tués.

Ton regret principal, c'est donc de ne pas avoir réussi à ouvrir le score en début de rencontre quand vous en avez eu l'occasion ?
Les stats le disent, quand tu marques un but en finale, tu augmentes largement tes chances de la remporter. C'est vrai qu'après, le Milan AC a déjoué la stat, même en menant 3-0, ils ont perdu.

Tu penses que l'AS Monaco n'en avait plus sous la semelle ?
On est arrivés très éprouvés pour cette finale. On a tourné à seize, dix-sept joueurs tout au long de l'année. Le groupe n'était pas étoffé. On est restés cinq jours ensemble pour préparer le match, on a vraiment senti toute l'effervescence en France, même si on était en Allemagne. On a fait TF1, Téléfoot. On s'est rendu compte trop tôt qu'on pouvait faire quelque chose d'énorme.

As-tu connu quelque chose d'aussi fort plus tard dans ta carrière ?
Aussi fort, c'est compliqué parce que j'étais relativement jeune, j'avais vingt-cinq balais. Après, avec le temps, j'ai pris de l'âge, j'ai gagné le titre en Turquie qui était quelque chose d'énorme aussi. Et même le titre avec Marseille. Mais au niveau de la résonance dans le monde du football et en Europe, la Champions League, c'est la Champions League. C'est quelque chose de fort parce que même dix ans plus tard, on en parle encore.

Comment tu expliquerais l'épopée de Monaco cette saison-là ? C'était quoi votre moteur principal ? Pourquoi vous avez réussi cette performance ?
La cohésion, l'état d'esprit. Très tôt quand j'ai rejoint le groupe en stage, on est sortis tous ensemble et j'ai pu me rendre compte que c'était une équipe de branques. Je me suis dit « Ouah, c'est une équipe de fous ! » Mais le lendemain en revanche, à l'entraînement, les visages avaient changé. J'avais face à moi des compétiteurs, des tueurs. Voilà, ils savaient faire la part des choses. Quand on s'éclatait, on s'éclatait à fond. Quand on s'entraînait, on voulait gagner, donc on donnait tout.

Outre la finale, quel est le moment qui t'a le plus marqué ?
Contre le Real. Le match aller déjà, c'est pas mal parce que t'as la chance d'évoluer au Santiago-Bernabéu contre les Raúl, Zidane, Beckham, Roberto Carlos. À la base, on se disait « Bon allez, on se fait éliminer en quarts, ça reste pas mal » . Puis au match retour, on est menés 1-0, puis on gagne 3-1. C'est là qu'on s'est dit que c'était magique, qu'on pouvait faire quelque chose. C'est à ce moment-là qu'on a commencé à lâcher en championnat parce que c'était très difficile après de redescendre et de revenir sur terre.

Aller en finale de C1, un club français pourrait-il l'accomplir vu le contexte de nos jours ?
Après la finale, Didier est entré dans le vestiaire et il nous a dit : « Vous êtes entrés dans l'histoire ! » Sur le coup, on s'est dit qu'il nous disait ça pour atténuer notre peine. Au final, cette phrase-là est restée dans ma tête et, maintenant, j'en suis convaincu. Dix ans après, aucune autre équipe française n'est allée en finale. Je ne m'arrête pas à ça, mais c'est une anecdote qui reste. Et pour l'instant, la dernière équipe de Ligue 1 à être allée en finale de la Champions League, ben c'est une équipe d'escrocs.

Propos recueillis par Aurélien Renault

La chute de United

Manchester United - FC Porto (1-1, match aller : 1-2)
le 9 mars 2004




Maniche évoque la double confrontation entre Porto et Manchester United en huitièmes, moment fort dans cette campagne victorieuse, avec l'égalisation de Costinha à la dernière minute à Old Trafford.

Avant le match, on savait que ça serait très difficile de conserver notre léger avantage face à un mastodonte européen. Le but de Costinha n'a été possible que parce qu'on a été suffisamment fous pour y croire jusqu'au bout. On se faisait tous mutuellement confiance et on savait que quelque chose pouvait arriver ce jour-là. On n'a jamais abandonné, on a joué les coups à fond, y compris le dernier, et on a fini par marquer. Après, dans le vestiaire, ça a été un grand moment de joie, de satisfaction. Donc oui, on a fait un peu la fête à Old Trafford, comme après chaque grande victoire, mais pas plus que ça. On n'avait rien gagné à ce moment-là. C'était certes un grand moment, mais on venait simplement de passer un tour supplémentaire, ce qui nous rapprochait du titre qui était notre grand objectif. C'est pour ça qu'on a fêté la victoire sur le moment, mais que le lendemain nous avions déjà oublié parce qu'il fallait se remettre au boulot dans le but de les gagner, ces titres.

Propos recueillis par WP


Porto et Monaco en finale inédite de C1, c'est un accident de l'histoire. Il fallait tout le charisme exceptionnel de deux coachs à la gagne hors du commun, suivis aveuglément par leurs troupes revanchardes, pour parvenir à couler l'armada anglo-italo-espagnole. La chance leur a parfois souri, tel ce but décisif inscrit par Costinha à la toute fin du match d'Old Trafford (1-1). L'ASM de DD, elle, avait été reléguée en L2, puis repêchée en juin 2003… Des coups de pouce arbitraux ont un peu aidé aussi, tel le but refusé à Scholes, toujours à Manchester, pour hors-jeu imaginaire quand MU menait déjà 1-0. Et ce but du bras d'Ibarra à Stamford Bridge ! L'intuition géniale avait également inspiré le Mou désireux de quitter Porto au soir du triplé de 2003 contre le Celtic : « Reste encore une année à Porto » , lui avait conseillé Louis van Gaal, son père spirituel… Didier, lui, avait recueilli un cadeau tombé du ciel madrilène : un Morientes à la tête d'or ! Enfin, Monaco et Porto ont profité à plein de la réforme de la C1 2004 qui avait remplacé le long deuxième tour de poules par des 8es à élimination directe, « à l'ancienne » . Un changement profitable cette année-là aux petits clubs jouant le coup à fond, sans calculs, « a la muerte » . Tels Porto, Monaco et La Corogne (tombeur du Milan AC en quarts, 1-4 et 4-0)… Avant la finale du mercredi 26 mai à l'ArenA AufSchalke (Gelsenkirchen), personne ne s'étonne donc d'apprendre que Mourinho et Deschamps sont pressentis tous les deux… à Chelsea ! La Juve s'intéresse aussi à Didier et Liverpool en pince pour José. Avant même que l'ASM et Porto ne s'affrontent, le pouvoir économique des grands clubs a déjà repris le dessus ! Parti favori, Porto remportera 3-0 une finale qui se déroulera là aussi comme Mourinho l'avait annoncé à ses joueurs (un shaman, on vous dit !). Avec une pointe de condescendance, il admettra que la sortie de Giuly sur blessure aux adducteurs à la 21e minute avait été le tournant du match ( « la sortie de Giuly a tout changé » )… Mais José avait plutôt misé sur la supériorité tactique de son équipe : un but de Carlos Alberto en première période et deux contres assassins conclus par Deco et Aleïnitchev en seconde avaient plombé une ASM sans ressort. Jean-Claude Suaudeau le redoutait en observant la fin de championnat difficile des Monégasques de son cher Didier : « S'ils perdent cette mobilité, ils ne sont plus rien. Leur jeu ne se pratique qu'à partir de cette mobilité. Car ils procèdent par courses intelligentes qui leur donnent un temps d'avance sur leurs adversaires. » Fin psychologue, José Mourinho avait aussi sans doute spéculé avec raison sur la bonne vieille lose made in France. Car malgré tout le charisme de Deschamps, Monaco rata sa finale. Comme l'OM une semaine plus tôt face à Valence en finale de Coupe de l'UEFA (0-2). Et comme Sainté en C1 76, comme Bastia en C3 78, comme l'OM en C1 1991, en C3 99, comme Paris en C2 97… et comme l'AS Monaco de Wenger en C2 1992 ! Le rêve d'un printemps français 2004 avec l'ASM et l'OM en finales paraît si lointain aujourd'hui, si inaccessible à nouveau… L'épilogue de cette Champions 2004 tourna évidemment à l'avantage des grands clubs riches et Mourinho l'Imperator partit pour Chelsea, au grand dam du président Jorge Pinto da Costa ! Car son coach était sous contrat jusqu'en 2006. Mais José avait fait le tour du FC Porto et « l'affaire du sifflet doré » (corruption d'arbitres en Liga portugaise) qui commençait à mazouter Pinto da Costa lui était insupportable… Mourinho, qui emmena avec lui chez les Blues Ricardo Carvalho et Paulo Ferreira, signera dès sa première saison à Londres un doublé 2005 (championnat et Coupe de la Ligue) qui assoira définitivement sa réputation. En Angleterre, le Mou deviendra le Special One… Le FC Porto perdra aussi Deco, acheté par le Barça, et Aleïnitchev, parti à 32 ans rejoindre le Spartak Moscou. Maniche, lui, rejoindra le Dynamo Moscou en juin 2005. Porto remportera bien la Coupe intercontinentale 2004, puis 4 titres nationaux consécutifs (2006, 2007, 2008 et 2009), mais ne brillera plus jamais en Ligue des champions... Après la finale de C1 perdue et un championnat envolé peu avant (OL champion, encore), Monaco subira la même débandade fatale que Porto. Coach Deschamps resta en Principauté, mais à la tête d'une ASM déplumée : Pršo avait signé aux Glasgow Rangers dès avril, Morientes retourna au Real, Rothen rejoignit le PSG, Ibarra opta pour l'Espanyol Barcelone, « Édu » Cissé repartit au PSG et le Barça cueillit Giuly. La voie royale pour un Ludo, hélas privé d'un Euro 2004 où il aurait sûrement flambé. Après son fabuleux parcours européen générant 33 millions d'euros dans les caisses de l'ASM, DD mènera le club sur le podium la saison suivante (3e), avant de démissionner brutalement en septembre 2005. Il signera ensuite à la Juve en 2006, retombée en Serie B à cause du Moggiopoli…
Les 10 années qui suivirent ne virent plus jamais la consécration d'un club outsider, tel le Porto 2004. De 2005 à 2014, le Big Three + le Bayern raflèrent les 10 trophées : Liverpool, Barça, Milan AC, MU, Barça, Inter, Barça, Chelsea, Bayern et Real (la Décima, enfin !) L'épisode Morientes avait bien servi de leçon aux grands clubs : les clauses de non-participation contre son ancien club furent rédigées à l'encre rouge sur tous les contrats de prêt… Depuis 2004, la suprématie des grosses cylindrées continentales s'est également étendue aux places de finalistes de C1. Plus d'AS Monaco ! Seuls Dortmund ou l'Atlético Madrid, deux clubs « outsiders » (par rapport aux grands clubs historiques européens) sont parvenus en finale. Ceci dit, l'Atlético et Dortmund appartiennent quand même à ce nouveau Big Four depuis que l'Allemagne, grâce à sa Bundesliga très prospère, a rejoint la triplette Espagne-Angleterre-Italie. Mais le carnage s'est également propagé en demi-finales ! Seuls le PSV Eindhoven 2005 et Lyon 2010, issus de pays « secondaires » (France et Pays-Bas) sont parvenus dans le dernier carré. On pourrait à la rigueur citer le Villarreal 2006 et le Schalke 2011, clubs moins prestigieux que les cadors européens, mais appartenant quand même au Big Four continental. Le bilan en forme de constat des 10 dernières éditions de la C1 est donc sans appel : une élite de plus en plus resserrée squatte la compétition sans quasiment laisser de chances à des clubs outsiders (ou des pays outsiders) de pouvoir l'emporter ou même d'atteindre les demi-finales. La crise actuelle du foot italien a même laissé le champ libre aux seuls clubs espagnols et anglais + le Bayern d'en découdre entre eux ! Les effets pervers du fair-play financier ont en outre bloqué l'accès au PSG et à Manchester City à cette élite de plus en plus fermée... La Champions League se résume donc théoriquement désormais aux clubs les plus forts : Barça, Real, Chelsea et Bayern. Imaginer à nouveau une finale du type Porto-Monaco 2004 est devenu absolument impensable. Les grosses cylindrées se sont constitué des super effectifs à postes doublés (voire triplés) en s'offrant les meilleurs joueurs du monde… Pour anecdote, le G14 (devenu G 18) s'est dissous en 2009 et son projet de Ligue privée a été abandonné. Il faut dire que dans les faits, l'European Golden Cup favorable aux cadors européens s'est quand même réalisée. L'objectif du G 14-18 a donc bien été atteint : les « gros » ont gagné toutes les C1 de type UEFA depuis 2005. En 2014, la Décima a décimé toute la diversité qui faisait la richesse du foot européen et l'Europa League est devenue le terrain d'aventure de l'Europe d'en bas. Fini à jamais le Steaua Bucarest 86, le PSV Eindhoven 88, l'Étoile rouge de Belgrade 91, l'Olympique de Marseille 93, l'Ajax Amsterdam 95, le Dortmund 97 et le FC Porto 2004 ? Il faut croire. Ah ! La joie extatique de Ludo contre le Real. Et la veste trois quarts cuir de DD…
Par Chérif Ghemmour

Monaco-Porto, la victoire en 4 actes




Lorsque Didier Deschamps et José Mourinho se serrent la main devant les 53 000 spectateurs de Gelsenkirchen ce soir du 26 mai 2004, les deux hommes font face à l'Histoire. Si Mourinho est plus âgé, il n'est personne à côté du palmarès de joueur de DD. Mais si le Monaco de ce dernier a remporté une Coupe de la Ligue, il n'est rien face à la saison 2002/2003 du Porto de José : championnat, Coupe UEFA, Coupe, Supercoupe. Si Deschamps avait sa propre expérience des finales, tout l'effectif de Porto connaît la musique. Arrivés respectivement deux ans et demi et trois ans plus tôt dans leurs clubs, Mourinho et Deschamps sont tous les deux au sommet d'une conquête étourdissante. Jeunes, surprenants et conquérants. Mais il n'y a qu'une place tout là-haut.

Après avoir renversé le Real Madrid et assommé Chelsea avec deux pointes (Morientes et Pršo), Deschamps revient à son système habituel, le 4-3-3 : Morientes épaulé par Giuly et Rothen, eux-mêmes protégés par le trio Cissé-Bernardi-Zikos. Côté portugais, c'est un 4-3-1-2 qui laisse déjà entrevoir l'identité de jeu des prochaines équipes de Mourinho : une flexibilité importante, avec une formation pouvant alterner pressing haut et « repli massif » , et une concentration particulière sur la conquête des seconds ballons. Ce match est une pièce de théâtre en quatre actes. Et justement, dans le premier acte, c'est cette conquête qui fait défaut à Porto.

Dans la première partie d'une première mi-temps sans rythme, Porto perd pied dans l'axe et écarte le jeu le plus possible. Deco n'en touche pas une, Pedro Mendes et Maniche s'écartent pour aider leurs latéraux à sortir le ballon, Derlei et Carlos Alberto se transforment en ailiers après plusieurs duels perdus dans l'axe, et Porto s'en remet à des longs ballons. En face, Deschamps avait certainement l'idée de profiter du piège du hors-jeu risqué de la dernière ligne de Mourinho. À tel point que Ludovic Giuly passe le premier quart d'heure à jouer avant-centre, Morientes s'occupant des déviations à l'intérieur du jeu. Mais Vítor Baía est vigilant. Nous sommes en 2004, à quatre ans des exploits d'Aragonés, et à l'époque les passes en retrait de Paulo Ferreira pour Jorge Costa sont encore perçues comme une forme d'antijeu, et donc sifflées par tout le stade. Les gardiens ne jouent pas au sol, et la possession du ballon n'est pas une arme, mais ressemble plus à une opportunité de contre pour l'adversaire. Face à la peur de perdre le ballon dans l'axe, les longs ballons visent de plus en plus les côtés, et Giuly se replace en meneur pour tenter d'ouvrir le terrain, notamment sur un Édouard Cissé avide de passements de jambe.

Acte deux. Au bout de 22 minutes de domination inefficace, Giuly doit abandonner les siens. Deschamps fait entrer Dado Pršo, passe en 4-4-2 et donne de la place à Porto dans l'axe. C'est sans aucun doute le tournant du match. Sans l'activité énorme de son capitaine dans la profondeur – et entre les lignes – Monaco perd en spontanéité (12 positions de hors-jeu au total tout de même). Grâce à l'occupation de l'axe, Mourinho peut profiter de l'une des grandes forces de son équipe : les montées des latéraux Nuno Valente et Paulo Ferreira. C'est d'ailleurs à la suite d'un raid de ce dernier que Carlos Alberto recevra le ballon de l'ouverture du score à cinq minutes de la pause. À 19 ans, le Brésilien vit le moment le plus glorieux de sa carrière. Acte trois. Au retour des vestiaires, le match connaît sa partie la plus ouverte : les opportunités se présentent, mais personne ne bouleverse le destin. À l'heure de jeu, alors que Porto se replie (Alenichev pour Carlos Alberto), Monaco s'ouvre (Nonda pour Cissé). Les Portugais peuvent alors se replacer en équipe de contre, menée par la baguette d'un merveilleux Deco. C'est le début de l'acte quatre. Au coup de sifflet final, Mourinho déclarera que « Deschamps devait prendre des risques et il a bien fait, en faisant entrer Nonda, et on a pu tuer le match » . En cinq minutes, Deco double la mise avec le calme de celui pour qui cette scène est presque trop petite, et Alenichev, le changement du match, ajuste Flavio Roma pour le troisième coup de poignard. Monaco aura tiré sept fois sans jamais cadrer. Porto aura cadré et marqué trois fois. Deschamps redescend en bas de la montagne, José Mourinho accède au niveau supérieur.

par Markus Kaufmann
Rédaction

Chérif Ghemmour, avec Markus Kaufmann, William Pereira, Aurélien Renault, Gad Messika et Gilles François


Édition

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Design et coordination technique

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Frank Lampard, jeune, et mince

« Ce soir, il faut gagner, prendre un avantage. Même un gros avantage. C'est possible. »


Didier Deschamps à ses joueurs avant Monaco - Chelsea (3-1)

Réactions (29)

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par ezequiel il y a 2 ans
Tres bel article.
Impossible de troller dessus.
par Timmy il y a 2 ans
Ouais super article !
par ezequiel il y a 2 ans
Sinon c etait pas 4-0 le score de la finale?
par Gratte Un Dos Finnois il y a 2 ans
Cette année 2004 restera à jamais dans ma mémoire, avec Monaco en finale de C1 et l'OM en finale de C3, ces deux parcours m'ont fait vibrer. Merci SoFoot pour ce magnifique article, on retrouve la justesse d'écriture de la version papier.
par Gonner il y a 2 ans
Ca fait plaisir de pouvoir retrouver de temps en temps sur le site un article de la qualité du magazine.
par Mattnirrep il y a 2 ans
Super! Bravo
par Timmy il y a 2 ans
Non non c'était bien 3 0
par guytan il y a 2 ans
Malheureusement, cette finale laisse un goût amer après le parcours phénoménal de Monaco. J'ai vraiment eu l'impression dès la blessure de Giuly que c'était mort, la chance qui avait souri à Monaco s'était envolé. Et je pense que tout le monde a un peu pensé la même chose.

En tout cas, magnifique article.
par PhoenixLite il y a 2 ans
Au-delà de la qualité indéniable de cet article, je suis en léger désaccord avec un point de fond : la notion de "dernière surprise".
Le cas de l'Atlético l'an passé est évoqué, mais il me semble "banalisé", alors que leur présence en finale de LDC est un véritable exploit au regard de leur passé récent. Tout à fait logique vue leur saison, mais un exploit si on étend l'analyse aux quelques dernières années.

Leur progression très rapide sur 3/4 ans est exceptionnellement rare, en plus du fait qu'ils semblent réussir à se maintenir à haut niveau, contrairement à l'ASM dont il est question dans l'article, qui n'a pas su durer.

Et la on peut reboucler avec les arguments mentionner dans l'article : présence de l'Atlético dans un championnat du "Big Four", etc...

Voila, c'était juste mon petit étonnement du jour.
par Big Brother il y a 2 ans
A voir aussi Intérieur Sport "Les Yeux Rouges" sur l'épopée de l'ASM. Où l'insouciance d'une bande de potes faisait sa force, guidé par DD.
Plus que le manque de chance, c'est surtout cette prise de conscience d'être en finale de la Champion's qui amène la défaite, et ce avant le coup d'envoi.
M'enfin, super article !
par stephane91 il y a 2 ans
Cette année 2004 montre à à certains clubs que l'argent ne fait pas du tout. Cette épopée 2003-2004 avec le doublé UEFA-Champion's League est inoubliable pour tous les amoureux du foot. La défaite et l'arrogance de Madrid, la défaite du gros Chelsea, l'émergence d'une génération de joueurs exceptionelle.
par Santiago Wanderers il y a 2 ans
Magnifique article les gars.

On ne peut faire plus complet sur l'épopée européenne de Monaco!
par Monacal de fOt il y a 2 ans
Super article qui me remets 10 ans en arrière dans le canapé de mes parents avec les soirées LdC de TF1...
J'étais déjà fan de Monaco depuis presque 10 ans mais cette épopée, ce péril rouge et blanc m'a tellement donné d'émotions qu'il reste mon meilleur souvenir.
Cet article est très bien écrit, merci pour ces émotions et Daghe Munegu pour ce soir!!
par Will & Jeffrey il y a 2 ans
@ PhoenixLite : Tu ne peux pas comparer l'ASM de 2004 à l'Atletico de 2013.
Regarde simplement les effectifs :
A Monaco il y avait un mix entre jeunes joueurs et des mecs qui venaient se relancer. Il était imprévisible de les voir arriver en 1/4 de finale, alors en finale...
Putin c'était beau, je n'ai jamais autant vibré que cette année là. Merci DD !

A l'Atletico, ils avaient déjà plusieurs joueurs confirmés, déjà stars (Courtois, Godin, Koke, Arda, Diego Costa), et d'autres habitués aux joutes européennes (Juanfran, Felipe Luis, Gabi, Miranda etc...), n'oublie pas qu'ils avaient gagné 2 fois l'Europa Ligue avant.
Ils avaient déjà une expérience du haut niveau, et c'est ça qui différencie les deux épopées.
par *somagic* il y a 2 ans
le doc intérieur sport de canal sur cette épopée est magique !
des années plus tard encore des frissons de cette épopée.
il y avait pas aussi Adebayor déjà à Monaco?
j'ai un souvenir de courses improbables de ce dernier qui n'était pas encore le joueur plus physique qu'il est devenu.
par Will & Jeffrey il y a 2 ans
Si Adebayor était là, mais ce n'était que le 4e choix à l'époque derrière Morientes, Prso et Nonda.
Il était encore jeune, mais il a surtout joué l'année d'après.

Je me souviens qu'à l'époque je me disais qu'il ne serait jamais un bon joueur, une dégaine bizarre, des pieds carrés (je me souviens que Margotton à l'époque n'arrivait pas à savoir quel était son meilleur pied durant un match !), physique douteux.
Et puis tonton Arsène est passé par là...
par Arkha il y a 2 ans
Super article, merci !
par *somagic* il y a 2 ans
@ Will et Jeffrey ( et Jazz?)

Merci de ta réponse !
c'est vrai qu'il pouvait prendre de vitesse les défenseurs par une course aux enjambées irréelles mais quand arrivait la finition c'était IMPROBABLE!
il faisait passer moussiliou pour un fin finisseur.....
par JunMisugi86 il y a 2 ans
Franchement je me suis regalé avec cet article!
par parisien il y a 2 ans
Enorme article, c'est pour ça qu'on s'abonne SOFOOT (même si là c'est gratos), c'est pour des articles avec de la profondeur, comme celui-ci! j'espère le voir un jour en version papier!
par Mangeclous il y a 2 ans
Excellent article, le magazine papier sur ordinateur... Je suis lyonnais, et pourtant je pense que la madjer de Giuly contre le Real restera le but qui m'a le plus marqué dans mes souvenirs de Ligue des Champions.
par edelrik il y a 2 ans
Bon article, mais avec pas mal de fautes et d'erreur...

Exemple avec Givet -> Il est retourné en L2, pas L1, à Arles... C'est des petit détails, des erreurs de relecture, mais j'en ai noté quelques unes...
par sparthorus il y a 2 ans
Supporter du FC Porto, je me devais de regarder ce match mais j'avais un important examen de mathématiques le lendemain... J'ai regardé le match, j'ai vibré, j'ai pleuré et j'ai foiré mon examen... Mais j'étais heureux avec mon maillot Porto dans cette salle d'examen.
Somos Porto
par buju il y a 2 ans
Je me suis replongé dans mes 15 ans ... Merci SoFoot.
par ofwgkta il y a 2 ans
A jamais les derniers (petit club improbable à atteindre la finale en tapant 2 cadors en demies et quarts)! Quelle putain d'epopée, no regrets!
par Rogerio28 il y a 2 ans
par clashico il y a 2 ans
Article de malade! Merci So Foot d'avoir autant trimé pour nous offrir un article d'excellente qualité!

Quel pied cette équipe de Monaco! Les mecs m'ont fait vibrer comme un taré. Je me revois à sept ans, lors du match face au Real, mes parents me dire d'aller me coucher et sur le trajet entre le salon et ma chambre entendre Gilardi annoncer le but de Giuly, et de revenir aussitôt devant la télé.

En LDC, je n'ai jamais revu une épopée qui m'ai fait vibré depuis. C'est bien dommage. J'espère que l'ASM va faire un gros parcours cette saison (bon, c'est un rêve).

par Rogerio28 il y a 2 ans
Putain, j ai les larmes aux yeux en tant que supporter du FCP mais ts ceux qui aimment le foot comprendront
On reviendra...on a deja une belle equipe cette annee
par Fluoet il y a 1 an
Magnifique article !! En espèrant que Monaco refasse la même cette année mais... en gagnant la coupe :P