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Il y a 30 ans, le Heysel

Heysel de l'enfer

Sommaire

Il y a trois décennies, jour pour jour, la finale de Ligue des champions entre Liverpool et la Juventus accouchait de l'une des plus grandes tragédies de l'histoire du football. Du moins la plus connue : le Heysel, comme le nom du stade de Bruxelles où le sport roi a déjoué face au hooliganisme anglais. 39 morts et 454 blessés dans un mouvement de foule initié par une charge des Reds sur une petite tribune pleine de sympathisants juventini. Un cauchemar dépassant largement les frontières britanniques, belges et italiennes, dont le vieux continent du football ne s'est jamais vraiment remis. À l'image de son président, Michel Platini, buteur victorieux d'un match qui n'aurait sans doute jamais dû se jouer. Une nuit en enfer dont il convient aujourd'hui de commémorer dignement les trentes ans. Le tout à une semaine de la huitième finale de C1 disputée par la Vieille Dame, dans l'Olympiastadion de Berlin, théâtre du dernier sacre mondial de la Squadra Azzurra. Tout un symbole.
Les supporters sur la pelouse apr�s le mouvement de foule.

« Je ne peux préjuger
des décisions à venir,
mais nous ne méritons plus
de participer aux compétions
européennes
 »


Bobby Charlton
Quand le drame du Heysel inspire les artistes

L'œuvre la plus perchée

Arrête toutes les horloges, Patrick Rimoux

En 2005 la ville de Bruxelles fait appel à Patrick Rimoux, un sculpteur-lumière. « je trouvais que ce serait un sujet tout à fait intéressant de par l'émotion qu'il provoque » , explique le sculpteur. Son œuvre, « architectonique » est érigée sur l'Esplanade du stade du Roi-Baudoin. Une sculpture commémorative appelée Arrête toutes les horloges. « Elle évoque le temps. Le temps de la mémoire et non celui de l'oubli » , tient à préciser Patrick. Tous les éléments de la sculpture y sont calculés au millimètre. Du socle en granit blanc italien qui fait 1/5e d'un terrain de foot, au gnomon de treize mètres de haut qui donne à l'ensemble un aspect de cadran solaire. Deux parties sur lesquelles ont été placés 39 plots de lumière représentant les 39 victimes de la tragédie. Tout comme la stèle, composée de 39 dalles de pierre bleue belge, où est gravé un poème de William Auden : The FuneralBlues, évoquant la perte d'un être cher et rendu célèbre par le film 4 mariages et un enterrement. « Les trois nations concernées par le drame étaient représentées, commente Patrick Rimoux. Toutes les familles des victimes étaient présentes ce jour-là, et certaines m'ont même demandé une réplique à installer en Italie. Malheureusement, ça n'a pas pu être possible. »

KC
Quand le drame du Heysel inspire les artistes

L'œuvre la plus engagée

Miss Maggie, Renaud


Au lendemain du drame, Renaud trouve l'inspiration et écrit la chanson Miss Maggie, sur l'album Mistral Gagnant. Avec sa plume bien à lui, Mister Renard clame son dégoût pour les hommes, et son amour pour les femmes, exceptée Margaret Thatcher, Premier ministre britannique de l'époque. « Femme je t'aime parce que / Lorsque le sport devient la guerre / Y a pas de gonzesses, ou si peu / Dans les hordes des supporters / Ces fanatiques fous furieux / Abreuvés de haine et de bière / Déifiant les crétins en bleu / Insultant les salauds en vert / Y a pas de gonzesses hooligans / Imbéciles et meurtrières / Y en a pas, même en Grande-Bretagne / À part, bien sûr, Madame Thatcher. » Au-delà de la violence dans les stades, Renaud y dénonce surtout celle de la société anglaise sous Thatcher. En 1986, dans l'émission Effraction sur France 3, il s'explique, toujours à sa manière : « D'une femme au pouvoir, on attend peut-être une attitude plus humaine que d'un homme. Et il se trouve que si sa politique était menée par un homme dans une dictature quelconque, un État totalitaire, ce serait inacceptable. Mais venant d'une femme dirigeant une démocratie, c'est encore plus inacceptable. Et en plus, elle est moche. »

KC

Babylon's burning


Arriver en retard devant sa télé en ce 29 mai 1985 invite à un drôle de spectacle : irréel, inédit et, pour tout dire, lunaire. En lieu et place de la trentième finale de la Coupe d'Europe des clubs champions - un excitant Juventus-Liverpool -, le réalisateur propose des plans panoramiques sur les tribunes du stade du Heysel, où des spectateurs hébétés stationnent, tandis que les commentaires se limitent à un son direct, proprement incompréhensible pour qui a pris la retransmission en cours. Le match est supposé avoir commencé depuis un quart d'heure (à 20h30)… Bientôt, le binôme Larqué-Roland reprend le micro, abasourdi par l'ampleur du désastre. La litanie des morts commence. 7, 12, 16, 36, pour culminer à 39. Pas loin de 500 blessés, aussi. L'horreur vient de s'inviter au festin - en mondovision. Pas vraiment une première, y compris en Europe, puisque onze ans plus tôt, lors de la finale retour de la Coupe UEFA, les fans de Tottenham règlent leurs comptes avec ceux de Feyenoord, à l'ombre du Kuip, l'arène de Rotterdam (200 blessés, 50 arrestations). L'année suivante, les supporters de Leeds United ravalent pour pas cher le Parc des Princes (et les magasins alentour) pour la finale de la C1, contre le Bayern. Ce 29 mai 85, le grand public et le monde du football de la Vieille Europe mettent un nom sur ce que l'Angleterre connaît depuis longtemps, hooligans - avec un « S » , puisque ces mammifères-là ne marchent jamais seuls…

Kenny Dalglish pendant la finale


Socialisme digital pour les uns, cash-flow pour les autres

1985, le monde est à un carrefour. L'esprit des 70's est bien loin. La faillite des solutions collectives fait place aux aspirations individuelles. Le capitalisme mute en libéralisme. Pendant que Mikhaïl Gorbatchev entame la Perestroïka, Reagan décomplexe l'Américana de toujours en revenant aux basiques : libre-entreprise sauvage et impérialisme viril. Margaret Thatcher, elle, anticipe les mutations d'un futur monde global et attaque bille en tête tout ce qui incarne l'Angleterre d'antan : les industries vieillissantes, les syndicats, la classe ouvrière déclassée… En Italie, la mort d'Enrico Berlinguer, l'année précédente, annonce des lendemains douloureux pour le PC transalpin. Les militants d'extrême-gauche de la Botte (Prima Linea, Lotta Continua, Brigate Rosse) sont tous en prison ou en… exil. La Démocratie chrétienne reprend la main (comme toujours depuis 1945) et Berlusconi est déjà sur la photo. L'année suivante, il rachèterait le Milan AC. En France, Mitterrand a roqué – comme aux échecs - le socialisme d'hier (Mauroy) pour une social-démocratie prétendument moderne (Fabius). En 86, l'Hexagone découvre les joies florentines de la cohabitation. Pendant ce temps-là, à l'autre bout de la planète, sur la côte Ouest américaine, Steve Jobs, Paul Allen et quelques autres s'activent dans d'improbables garages pour une autre révolution. Numérique celle-là. Socialisme digital pour tous (le savoir à portée de chacun), cash-flow pour les autres…

Deux équipes en fin de règne

L'univers de la balle ronde n'échappe pas à ce gigantesque tour de manège enchanté. Les télés privées émergent partout sur le continent (Channel 4, Sky, ITV, Canal Plus, etc) et font monter les enchères concernant les droits de retransmission. Les grands tycoons de l'industrie achètent des clubs (Tapie, Berlusconi, Moretti…). Et sur le terrain, comme toujours, l'histoire du jeu est régie par des cycles. Après le Heysel, ce serait le tour du Steuea Bucarest de gagner la C1, seule équipe de l'Est à rafler le trophée, si l'on considère que la Yougoslavie (Étoile rouge de Belgrade) n'était pas un pays aligné et qu'il n'appartenait pas au Pacte de Varsovie. Puis ce sera Porto la saison d'après et enfin le PSV Eindhoven l'année suivante. Trois vainqueurs inédits à la suite, comme pour mieux illustrer ce changement d'ère. En ce soir de printemps 85, ce sont donc deux équipes en fin de règne qui vont s'affronter en finale du trophée continental le plus important. Les Bianconeri de Platini, Boniek et des quatre champions du monde de la Nazionale 82 (Rossi, Tardelli, Scirea et Gentile) restent sur trois finales de rang en Europe (C1 83 et 85, C2 84), mais sont déjà sur le déclin. Cela n'empêchera pas Cabrini, Scirea et Tardelli de compter parmi les six joueurs de l'histoire à gagner les trois coupes d'Europe (C3 1977, C2 84 et C1 85). La Vecchia Signora raflera à l'arrache le Scudetto l'année suivante, avant de connaître un long trou noir de sept ans jusqu'à une victoire libératrice en finale de la C3 93.



Pour les Reds, c'est encore pire. Cette permanence au plus haut niveau – 7e finale continentale en douze ans (cinq C1, deux C3, six victoires) - constitue presque une anomalie. En 1983, Joe Fagan a remplacé Bob Paisley et la magie n'est plus là ( « je suis trop vieux et fatigué pour ça » dit-il la veille de la finale). Un an auparavant, Liverpool s'en est à peine sorti contre la Roma (1-1, 4-2 tab) à l'Olimpico pour la première finale de la compétition à se jouer aux tirs au but. Les grognards d'hier et avant-hier (Clemence, Kennedy, Smith, Case, Keegan, Heighway…) ne sont plus là. Déjà, le Heysel se profile. La défaite, d'abord, qui ravit Everton, l'autre club de la Merseyside, champion d'Angleterre et vainqueur de la Coupe des coupes cette année-là. La honte, ensuite. Dans les arcanes du Heysel, ce 29 mai 85, sur le coup de 23h30, Bobby Charlton (Man United), le flegmatique représentant des 60's insouciantes, s'étrangle : « C'est un véritable désastre. Je suis atterré et indigné. Je ne peux préjuger des décisions à venir, mais nous ne méritons plus de participer aux compétions européennes. » Il sera entendu. Les clubs anglais sont suspendus pour cinq ans de toutes compétitions européennes, avec trois années supplémentaires pour Liverpool.

Le chant du cygne

Ce mercredi ensoleillé de mai commence par un cocktail donné par Jacques Georges, le premier président français de l'UEFA, dans une brasserie du centre de la capitale belge, dénommée… le Cygne. Dans son discours de bienvenue aux pontes du foot continental, Georges, prophétique malgré lui, lâche : « On jette une allumette à Bradford et cela fait 60 morts. Il faut absolument que la finale de ce soir se déroule de manière exemplaire. » Dix-huit jours plus tôt, un incendie dans un stade anglais de troisième division pour un Bradford-Lincoln avait fait 53 morts et 200 blessés… Dans l'après-midi, la Grand-Place de Bruxelles ressemble à la place Rouge. Les fans des Reds se livrent à leurs passe-temps favoris, écluser des cannettes et dépouiller les magasins alentour. Les Liverpuldiens sont surtout réputés pour être des voleurs à la tire de première un peu partout en Europe, avec une prédilection certaine pour les bijouteries et les boutiques de sapes. Les violences urbaines étant dévolues aux autres firms du Royaume (Chelsea, Millvall, West Ham et Man' U, principalement). Du moins jusqu'alors. En fin d'après-midi, tout le monde converge vers le Heysel. Les forces de l'ordre, la mairie de Bruxelles et l'UEFA pensent avoir bien fait les choses. Les Italiens sont à un bout du stade, les Anglais à l'opposé. Ils avaient juste oublié le bloc Z…

La chair humaine ne vaut pas cher

La colonie italienne de Belgique (Charleroi, Liège…) a pris des places dans ce funeste bloc Z, à proximité des supporters des Reds (en tribunes X et Y). La frontière entre les deux est constituée par une maigre clôture et un no man's land dérisoire. À partir de 19 heures, les deux camps échangent tout ce qui leur tombe sous la main, à commencer par des pierres de la vieille enceinte bruxelloise. À mesure que le coup d'envoi approche, la tension devient plus intense. Des fans anglais s'approchent du muret qui sépare les deux camps, avant de charger sauvagement pour réaliser ce que le hooliganisme a baptisé « une prise de tribune » . Peu coutumiers de ce genre de pratiques, les Juventini belges tentent de s'échapper par l'avant de la tribune pour accéder au terrain. Certains y parviennent, mais les autres doivent faire face à un mur qui finit par s'effondrer. Comme la police, les secours belges ne sont pas très prompts pour endiguer une catastrophe d'une telle ampleur. Le ballet des ambulances et des hélicoptères commence dans la plus grande confusion. Les joueurs des deux camps, restés aux vestiaires, ne sont informés qu'au compte-gouttes. Les journalistes ignorent pendant de longues minutes ce qui se trame vraiment tout près d'eux, même si, irrespirable, l'idée d'un drame flotte dans l'air. Bientôt, tout le monde saura. 39 morts et 454 blessés, dont la plupart le seront par suffocation ou écrasement. Une paire d'années plus tard, quatorze fans de Liverpool seront condamnés à trois ans de prison, ils n'en feront que la moitié. La chair humaine ne vaut pas cher.

... à mesure que le coup d'envoi approche, la tension devient plus intense ...

Quand le drame du Heysel inspire les artistes

L'œuvre la plus borderline

Le sketch des Nuls et de Pierre Desproges


Difficile de manier l'humour dans ce contexte-là. Mais Les Nuls, avec la complicité de Pierre Desproges qui déteste le foot (cf. son texte À mort le foot ! publié en juin 1986), ont osé. Tout commence lorsque Desproges écrit après le drame : « Pour démontrer, selon le célèbre slogan publicitaire (de la marque française 33 Export, ndlr), « qu'on peut rester actif après une bonne bière » , les supporters du match Liverpool/Juventus tuent 39 personnes et en blessent 454 sur le stade du Heysel, à Bruxelles, le 29 mai 1985. » . L'idée est aussitôt déclinée en fausse pub avec Les Nuls. La vidéo de 40 secondes montre une horde de supporters qui courent, bousculent tout le monde et hurlent en slalomant entre les cadavres qui jonchent la tribune du stade. Le Heysel, quoi. Pierre Desproges s'arrête, s'assoie sur des marches à côté de trois corps, balance le slogan de la marque de bière face caméra et ponctue le tout par un rot. Le message suivant s'affiche : « Comité de promotion de la bière : Buvez de la bière » . L'irrévérence d'une époque.

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KC

Danser sur les morts

À 20 heures, Joe Fagan et les deux capitaines, Gaetano Scirea et Phil Neal, sortent avec un mégaphone pour parler aux supporters. Des spectateurs quittent le stade, écœurés pour longtemps. La ZDF, la chaîne de télévision allemande, cesse la retransmission. Dans les coulisses, l'UEFA et les autorités belges s'activent. Il s'agit de convaincre les deux équipes de jouer. « Il faut disputer le match, car lâcher 50 000 supporters furieux et ennemis dans Bruxelles, ce serait courir un risque mortel » , assure Hervé Bruhon, le maire de la ville. À 20h30, Jacques Georges, Hans Baugerter (UEFA), Louis Wouters (président de la Fédération belge), deux généraux de gendarmerie et Delmotte, le chef de la police bruxelloise, tiennent conciliabule en liaison directe avec le Premier ministre belge, Wilfried Martens. La nouvelle tombe, le match aura bien lieu une heure plus tard, à 21h40. Liverpool veut jouer. Les Turinois hésitent. Georges et Wouters cherchent à convaincre Sordillo, le patron de la Fédé italienne. Dans les minutes suivantes, les autorités lancent un appel à la gendarmerie et rapatrient vers Bruxelles 5 000 hommes en armes pour assurer la sécurité. Le match peut commencer. Dérisoire et pathétique.

Loin de la Supercoupe d'Europe 84, jouée entre les deux clubs (victoire italienne (2-0) quelques mois plus tôt à Turin. L'histoire se souviendra de la première victoire de la Juve en Coupe d'Europe des clubs champions sur un penalty imaginaire obtenu par Boniek et transformé par Platini. La mémoire, elle, étonnamment sélective, retiendra une purge dominée par les Italiens, alors qu'en réalité, Tacconi, le portier bianconero, était l'homme du match. Et l'inconscient collectif ne pardonnera pas à Platini d'avoir « dansé sur les morts » en célébrant son but, à certains joueurs de Liverpool (Wark, Whelan, Rush, Johnson) d'avoir salué leurs fans, et aux joueurs italiens d'avoir « fêté » leur victoire par un tour d'honneur (la RAI sera terrible à ce sujet le lendemain). Un tour de déshonneur en fait, car imposé par la police belge qui profite de ce moment de confusion pour évacuer les Anglais. Le trophée, lui, sera remis en catimini dans un couloir du stade. Après le match, Giampiero Boniperti, le président de la Juventus, apostrophe les journalistes : « Pourquoi n'écrivez-vous pas plus clairement qu'il faut en finir avec les Britanniques ? Qu'ils jouent entre eux, dans leur île, qu'ils ne viennent plus empoisonner notre football. » Pas très loin de là, alors que les hélicoptères emmènent les derniers blessés, Bruce Grobelaar, le gardien de Liverpool, déambule, hagard : « Crazy, this is all crazy. »

« Le football assassiné »

Le lendemain, la presse belge demande la démission du maire de Bruxelles et du ministre de l'Intérieur. Les journaux anglais n'ont pas de mots assez durs pour stigmatiser l'attitude de leurs compatriotes, oubliant au passage que les affrontements entre tribus (Teddy boys, mods, skins ou punks) demeurent une pratique séculaire des îles britanniques. De son côté, Michel Platini déclare le surlendemain à la Gazzetta dello Sport : « Je pensais aller en Angleterre en 1986. Ce n'est plus possible maintenant. J'ai pris un terrible coup de vieux mercredi, et le football aussi. » En France, L'Équipe du 30 mai titre sur « Le football assassiné » . Il y a quelque chose de cet ordre-là. Longtemps, le sport s'est cru à l'écart, protégé par on ne sait quelle aura divine, comme s'il n'était pas le reflet du monde qui l'entoure. Le massacre des J.O de Munich en 1972 lui avait déjà prouvé le contraire, et ce mercredi 29 mai 1985, jour du match le plus couru de l'année, sonne comme l'hallali du football. Un football qui vient de perdre son innocence, tout comme l'Amérique l'avait aussi laissée derrière elle, vingt-deux ans plus tôt à Dallas, avec l'assassinat de Kennedy, et seize ans plus tard dans les attentats du World Trade Center. Les drames d'envergure sont toujours les marqueurs les plus forts de l'imaginaire collectif, et sur le Vieux Continent, tous ceux en âge de se rappeler savent ce qu'ils faisaient ce 29 mai 85, aux alentours de 21 heures.

Par Dragan Kicanović

Heysel : un drame en direct
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Terraube : « Il y avait déjà une ambiance malsaine »

Thierry Terraube, commandant de police, spécialiste de différents faits de société dont la violence dans les stades, est aussi un grand amateur de football. C'est à ce titre qu'il s'est trouvé dans la tribune Z le soir du drame du Heysel. Témoignage.

Quel est votre premier souvenir de ce 29 mai 1985 ?
J'avais 33 ans, mais j'étais comme un gamin qui allait à une fête. C'était ma première finale de Coupe d'Europe, j'y allais juste pour le plaisir. J'ai toujours été très partisan du jeu à l'anglaise et, dans le camp d'en face, il y avait quand même Platini qui jouait à la Juve. J'avais donc deux sujets de satisfaction, mais quand je suis arrivé dans Bruxelles, j'étais très mal à l'aise. Les supporters erraient. De l'alcool circulait partout. Il y avait déjà une ambiance malsaine.

Était-ce encore plus le cas à l'intérieur du stade ?
L'accueil au stade consistait seulement en mesures d'ordre public. Pas de stadiers, donc pas de convivialité. La sectorisation aussi était lamentable. Tous ces ingrédients, ce sont des choses qu'il ne faut absolument pas occulter ni oublier. La signalétique, la propreté du stade, c'est très important. Sinon, le climat est un peu électrique. Et ceux qui veulent semer le trouble n'attendent que ça. Que la braise soit là. Après, il suffit de pas grand-chose pour y mettre le feu. Parce que le Heysel, c'est quand même ça. Les Italiens dans la tribune d'en face avaient toute la travée pour eux, alors que les Britanniques n'avaient que 10 000 places. Et à côté d'eux, c'étaient des Italiens de Belgique ou des gens comme moi venant de toute l'Europe. Donc déjà il y avait peu d'espace entre les deux. Au départ, il n'y a pas eu de violence entre des groupes ultras. Dans les principes des supporters, c'était provoquer l'autre, prendre position, prendre un territoire.

À quel moment la provocation bascule dans la violence ?
Cela s'est passé tellement vite que je n'ai aucun souvenir de comment ça a exactement commencé. Cette notion de temps, elle est capitale. Le débordement se fait très vite. Je sais qu'au départ, quelques Anglais se sont trouvés par inadvertance dans la tribune Z. Et, de fait, ils sont partis d'eux-mêmes, ils ne voulaient pas rester là, ça ne les intéressait pas. Ils voulaient être avec les autres Anglais de l'autre côté (dans la tribune Y, ndlr). Il faisait chaud, et les gens avaient bu. À un moment donné, les Anglais ont commencé à bouger, à lancer des projectiles. Quand ils ont vu qu'il n'y avait aucune réaction des forces de l'ordre, que cette espèce de séparation entre les tribunes était fragile, que les gens commençaient à paniquer, et bien c'était simple : « Ils reculent, on avance, ils reculent, on avance encore. Et puis c'est parti, on va virer la tribune d'à côté ! » Je suis persuadé que ça a été leur motivation, ce côté « on a conquis un territoire » . Je suis certain que beaucoup d'entre eux, qui étaient au fin fond de la tribune Y, n'avaient pas idée que des personnes étaient décédées. Il n'y a pas vraiment eu d'affrontement. Les gens paniquent, se bousculent pour sortir des tribunes. C'est impressionnant cette vague incessante qui passe de 20 à 30, 200 ou 300 personnes…

La sécurité était-elle inadaptée ?
À ce moment-là, vous avez des services de police qui n'étaient pas préparés à gérer ce genre d'agissements. En plus, on leur a donné comme consigne d'éviter les envahissements de terrain, puisque l'UEFA les faisait payer très cher. Donc pas question de faire venir les gens sur le terrain. Et c'est après qu'ils se rendent bien compte qu'on n'est plus dans le règlement de l'UEFA, là, on est dans la survie. ../..
Les policiers belges � cheval tentent de r�organiser le chaos

« Les images [...]
montrent bien que les policiers
ne savent plus quoi faire.
 »


Thierry Terraube
Les images de la télévision suisse romande montrent bien que les policiers ne savent plus quoi faire. D'ailleurs, ils abandonnent et laissent faire les gens. Moi, j'ai été évacué côté terrain. Je suis tombé en essayant de relever mon voisin, un Italien avec qui j'avais fait connaissance dans le stade, et qui venait de recevoir un projectile sur la tête. On m'a marché dessus… Comme à l'époque, je pratiquais le sport assidûment et que je suis d'un petit gabarit, j'ai pu m'en échapper et arriver côté terrain. Avec le recul, vous culpabilisez, car vous vous en êtes sorti, vous vous demandez si vous-même, vous n'avez pas bousculé des personnes… Une fois sur le terrain, ce sont les policiers belges à cheval, il n'y en avait pas beaucoup d'ailleurs, qui nous ont mis dans les tribunes de côté, les tribunes VIP.

Fallait-il jouer le match ?
Ma réponse est claire, et c'est une réponse de personne qui a été prise dans ce contexte infernal de la panique et de la violence. Moi, quand je me suis retrouvé dans la tribune VIP, je ne souhaitais qu'une seule chose, c'est que le match se fasse. Ça peut paraître horrible avec tout ce qu'il s'est passé. Mais j'avais dans l'idée que si le match ne se faisait pas, de toute façon, les gens apprendraient qu'il y avait des morts et alors qu'est-ce qu'il serait advenu ? D'ailleurs, on a bien vu que les supporters italiens ont bougé (quand ils ont vu la tribune d'en face se vider, ndlr) et sont venus à la rencontre des Anglais... À partir de là, je suis très pragmatique. Encore une fois, je sais que ça peut paraître horrible, mais pendant que le match se faisait, le dispositif de sécurité a pu se mettre en place. Parce qu'après, il fallait penser au départ de tous ces supporters. Il fallait que la pression de la cocotte-minute retombe, et le seul moyen, c'était que la partie commence. Même si, en fait, vous regardez le match sans le regarder. À vrai dire, je ne m'en souviens absolument pas. Mais de cette espèce de terreur qui régnait, oui. Et c'est là que la notion de foule est assez affolante : dès que le match a commencé, toute la foule s'est focalisée dessus et l'excitation est retombée.

Au stade, les gens se rendaient-ils compte de ce qui s'était passé ?
On savait sans savoir. Parce que la seule chose que les organisateurs ont bien faite, c'est de ne pas annoncer que des gens étaient décédés. C'est clair que les incidents étaient visibles, puisque pendant le match, la tribune était vide. Mais à ce moment-là, tout est confus. C'est la panique parce qu'il n'y a aucune régulation par l'organisateur de l'événement, personne pour transmettre l'information. Pour les uns, c'est la torpeur, pour les autres, la terreur. Vous vous demandez ce qui vous arrive. Moi, j'ai réalisé qu'il y avait des morts parce que j'ai vu des gens avec le visage de couleur violette qui étaient sur le sol. Donc dans ma tête, ce n'était pas possible qu'ils soient encore vivants. Mais quand vous êtes là, vous êtes toujours en train d'espérer que ça ne soit pas vrai. Et vous tombez dans un gouffre. Vous êtes venu voir un spectacle, un divertissement, vous vous en faisiez une fête, et vous vivez un moment de malheur profond. Il n'y a plus de recul, quand vous êtes dedans. En tout cas, moi je n'en avais pas. C'est en lisant les journaux le lendemain, en voyant l'attitude des gens autour de moi, que je me suis rendu compte de l'envergure du drame.

Propos recueillis par Nicolas Hourcade


Le drame du Heysel
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Quand le drame du Heysel inspire les artistes

L'œuvre la plus romanesque

Dans la foule, Laurent Mauvignier

En 2006, Laurent Mauvignier écrit Dans la foule, un roman autour du drame du Heysel. Prix des lecteurs de la Fnac cette année-là, le livre retrace l'histoire de quelques personnages qui ont vécu le Heysel de l'intérieur. Jeff et Tonino les Français, Geoff et ses frères anglais, Tana et Francesco le couple de jeunes mariés italiens, et le couple belge Gabriel et Virginie. Tous se rencontrent par hasard à Bruxelles, la veille du match, pour fêter l'événement dans une tournée des pubs où l'alcool se mêle au vol de billets et autres larcins d'éméchés. Le lendemain, les voilà tous éparpillés dans le stade lorsque l'émeute éclate. Tous sauf Tana, qui manque à l'appel et qu'il faut absolument retrouver... Un roman adapté au théâtre en 2011 par Denis Podalydès, avec les élèves du Conservatoire national supérieur d'art dramatique.

KC

Le fantôme de Platini


Sur scène, Michel Platini, tête d'affiche de la tragédie du Heysel, a dû tenir son rôle devant une audience qui n'avait plus envie d'assister à la pièce. Une soirée qu'il a toujours portée comme sa croix, dans le silence le plus total.

Platini et les joueurs de la Juve soulèvent le trophée dans un couloir du stade

« You'll never walk alone. » Tu ne marcheras jamais seul, proclame l'hymne de Liverpool. Sauf Michel Platini. Depuis le 29 mai 1985, il s'est comme « sorti » lui-même de l'événement pour ne plus jamais y revenir ou partager sa peine avec les autres. Michel a fait un black-out presque total sur la tragédie, préférant éviter le sujet. Il eut une rare fois quelques mots, synonymes de plaie jamais refermée : « Oui, ça reste un moment très dur. Il y a tout un monde qui s'effrite ce jour-là. J'ai terriblement mal vécu ce drame. D'une part parce que je sais qu'il y a des gens qui sont venus me voir, moi et l'équipe, et qui sont morts dans cette tragédie. Ensuite parce qu'il y a la presse française qui a titré que j'avais dansé sur les ventres des morts. C'est horrible et injuste d'écrire cela. Merde, il y a 39 décès, avec tout ce que ça peut bien signifier pour les familles, les proches. » Michel fait allusion à plusieurs scènes de joie qualifiées après coup d'indécentes qui se sont déroulées au soir de cette finale. La première, c'est celle qu'il laisse éclater en réussissant le penalty de la victoire face à Grobbelaar (1-0, 58e) ? À l'image, on y voit plus la rage de vaincre qu'un moment de vrai bonheur épanoui… La suite exprime un même sentiment d'injustice. « Enfin, parce qu'on ne joue pas au football pour recevoir la coupe dans le vestiaire...  » Ici, Michel fait allusion à un autre reproche qu'on lui a fait : avoir laissé éclater sa joie au moment de recevoir la Coupe d'Europe. Une semaine après la tragédie, Platini niera cette joie dans Paris Match, comme il prétendra ne jamais avoir fait de tour d'honneur, ce que contredisent les images.

La mort en face

Une sorte de malédiction a isolé Michel en héros glorieux puis maudit de cette finale de C1 85. Il est à l'origine et à la conclusion du but des Juventini. C'est lui qui avait lancé son pote Boniek en profondeur, avant qu'il ne se fasse « faucher » et obtienne un penalty toujours discuté (dans ou hors de la surface ?). Son manque de retenue dans la célébration de la victoire l'isolera encore plus. Michel a toujours soutenu que, tout comme l'ensemble des joueurs de la rencontre, il avait été laissé dans l'ignorance de l'ampleur du drame. Outre la polémique médiatique culpabilisante dont il est l'objet après « la victoire » , Michel s'associe à plusieurs coéquipiers pour rendre visite à certains tifosi rescapés du drame et alités dans plusieurs hôpitaux. Une confrontation bouleversante qui le laissera sans voix, au bord des larmes, lors d'une interview inaboutie enregistrée pour Stade 2. Un début de dépression s'abat sur lui. Il demandera à l'Avvocato Agnelli de le libérer des derniers matchs de gala de fin de saison de la Juve. Permission acceptée : Michel se réfugie auprès de sa famille, en Lorraine. En foot, il avait connu toutes les défaites, des plus anecdotiques à la plus faramineuse, à Séville en 1982. Ce n'était que du sport, dont il acceptait les règles, fussent-elles parfois cruelles. Là, en 1985, au Heysel, c'était la mort en face. Dont on ne guérit jamais…

Juventus 1 - 0 Liverpool (Platini sur penalty à la 20ème minute)
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Aller sans retour

Michel Platini n'est plus jamais retourné dans le stade de Bruxelles, rebaptisé depuis Stade du Roi Baudouin. Bruxelles, si proche pourtant de sa Lorraine natale. Bruxelles, la Belgique et sa grande communauté italienne, comme en Lorraine… Michel préfère marcher seul quand on convoque le Heysel. Il usa même de son autorité en 2004 pour déplacer à Paris le match du Centenaire des Bleus qui devait avoir lieu en Belgique. C'est contre le Brésil que la France fit son jubilée… Le Variété Club de France, dont il est un des piliers, n'a jamais disputé de match de bienfaisance en référence à la tragédie du Heysel, alors que l'équipe a joué pour diverses causes, dont les victimes de Furiani. Trente ans après, on peut frémir à la vue de l'affiche officielle de l'UEFA pour cette finale 85. Elle est partagée aux couleurs des deux clubs : le rouge sang de Liverpool et les bandes blanches et noires de la Juve, comme des barreaux en fer sur lesquels se sont écrasés les tifosi turinois. Une affiche que Platini, aujourd'hui président de l'instance européenne, aimerait sûrement faire disparaître des archives.

Par Chérif Ghemmour

Platini et le drame du Heysel
Youtube
� la 56e minute, Platoche trompe Grobbelaar sur p�nalty

« La presse française a titré que j'avais dansé sur les ventres des morts »


Michel Platini
Quand le drame du Heysel inspire les artistes

L'œuvre la plus exotique

Heysel Stadion, The Savage Rose

En 1990, le très confidentiel groupe The Savage Rose sort son titre tout aussi méconnu Heysel Stadion. The Savage Rose, c'est un groupe de rock psychédélique danois un peu chelou, composé de la fratrie Koppel (Thomas, Anders, Billie), d'Annisette, leur sœur, au chant, et de quelques amis qui viennent filer un coup de main sur une poignée de titres. Un hommage un peu spécial qui prouve, une fois de plus, que l'onde de choc s'est propagée bien au-delà des frontières de l'Italie, de la Belgique et du Royaume-Uni.
A écouter sur Deezer
KC


Qu'est devenu le Heysel ?

Théâtre d'une des pires tragédies du football européen, le Heysel a sonné le glas des stades à l'ancienne. Dix ans plus tard, après sa démolition et son changement de nom, il est devenu le stade Roi-Baudouin. Plus moderne, plus sécurisé, plus fidèle aux normes européennes, il était pensé pour accueillir l'Euro 2000. Mais depuis, son utilisation rare l'a rendu obsolète.



Les poubelles qui jouxtent le stade ne servent pas à grand-chose : des dizaines de déchets style sachets de hamburger, gobelets en carton de chez McDo ou autres emballages volent quand même sur le sol du Heysel, ce quartier bruxellois dont le nom n'évoque désormais rien d'autre que l'horreur. « Il y a des pigeons, des renards, des saletés qui se promènent… le stade vieillit, lance Roger Claessens, coordinateur des grands événements au sein de l'ASBL Prosport qui gère les activités du stade Roi-Baudouin. En plus, il coûte cher à la ville. Au départ, il n'y a déjà pas eu énormément de moyens mis en place pour sa reconstruction dans les années 90 : pas de tribunes amovibles, pas de toit rétractable… » Alors désormais, entre l'entretien, la sécurité, la pelouse, etc, il y a beaucoup de monde à payer pour une enceinte qui n'est utilisée au mieux que dix à douze fois par an. « Et puis, prenez Barcelone par exemple, là-bas, le supporter est tellement fan que s'il voit un papier, il va le ramasser. Il a du respect, relance Roger. Ici, on ne le fait pas, et le stade se dégrade donc plus vite. » Au point d'être déjà obsolète vingt ans seulement après sa rénovation, comme beaucoup d'autres enceintes rénovées à l'occasion de l'Euro 2000 (Bruges, Charleroi…).

Du centenaire au Roi Baudouin

Construit en 1930 pour le centenaire de l'indépendance de la Belgique, l'ex-Heysel et actuel Roi Baudouin s'appellait à l'époque le stade du Centenaire et comprenait déjà une piste d'athlétisme. Ce n'est qu'un an plus tard que les Diables rouges inaugurent leur nouveau terrain en se faisant terrasser 1-4 par l'Angleterre. Aucune modification ne sera faite jusqu'en septembre 1994, hormis l'installation de pylônes en 1975. Aujourd'hui, quand on fait son entrée via la tribune 3, on arrive en plein centre du terrain, avec vue sur la tribune officielle et l'entrée des joueurs. À gauche, on distingue le bloc « visiteur » , « jamais fort rempli quand on rencontre Andorre » , glisse Roger. Sur la droite, c'est l'histoire qui parle, avec le successeur de l'innommable Bloc Z, sobrement appelé « Tribune 4 » . « À l'époque, il n'y avait que des places debout, sauf dans deux tribunes, précise Fabien Watteyne, collaborateur du premier échevin (adjoint au maire) de Bruxelles. À certains endroits on trouvait des barres pour s'accouder et parfois les gens s'asseyaient sur les toits. La capacité du stade s'évaluait entre 60 et 70 000 personnes, maintenant c'est maximum 50 000. »

« In Memoriam 29.05.85 »

Au bas de la Tribune 4, une stèle. Très sobre, on peut simplement y lire « In Memoriam 29.05.85 » . Sur la barrière qui la protège, une écharpe noire et blanche. « Ça arrive très souvent que des supporters amènent des fleurs » , assure Fabien. Vingt mètres plus loin, une petite salle fait office de musée du souvenir. À l'intérieur, des panneaux retraçant la journée du 29 mai 1985, ainsi qu'un reportage qui fait défiler les images du drame, avec notamment le douloureux passage du transport de corps sur des barrières Nadar (la version belge des barrières Vauban, ndlr). « Il ne faudra absolument pas en mettre pour la cérémonie » , s'exclame d'ailleurs Claessens. Car ce vendredi, il est évidemment prévu de commémorer les trentes ans de cette triste journée. Rien d'extravagant, non. Juste une simple et courte cérémonie rendant hommage aux victimes. « Heureusement, depuis ce drame, il n'y a plus rien eu de grave ici, se rassure Roger. Mais il s'est passé pas mal des choses en 30 ans !  » Au lendemain de la catastrophe, il s'agit de trouver les coupables, et l'enquête se met directement en place. Le stade est écarté de toutes compétitions européennes, et une cellule football est créée au ministère belge de l'Intérieur. La question de la sécurité devient centrale au royaume et débouche sur la Loi « football » qui régit désormais la sécurité dans les stades. « Après une petite dizaine d'années d'attente, les travaux de démolition du stade ont été également mis en place, explique Roger. Il fallait à tout prix oublier cette enceinte et ce nom. »


Rasé de près

Hormis les pylônes et l'entrée principale, qui restent donc à ce jour les seuls éléments du stade a avoir tout connu, rien n'a survécu aux bulldozers. Des tourniquets sont installés aux entrées du stade et des « radiales » , ces longues parois mêlant béton et verre qui séparent les blocs pour éviter tout mouvement de foule, ont remplacé les inutiles petits grillages. « Tout a été mis en place pour que les supporters adverses ne puissent pas entrer en contact, situe Watteyne. Et ce, même en dehors du stade où les radiales sont prolongées pour délimiter des zones entre les différents supporters. » Autres innovations : deux tours de sécurité où l'on retrouve un véritable petit commissariat avec une cellule et une salle de crise, ainsi qu'une sorte de mirador duquel on peut avoir une vue générale sur le stade. « Et sur la ville de Bruxelles, s'exclame Roger. Ainsi on sait voir quand les groupes de supporters bougent du centre-ville vers le métro histoire d'être prêt pour leur arrivée. »

« Les jours de pluie, on est trempé… »

Pour un coût total de 37 millions d'euros, le stade est donc entièrement rénové en 1995 et répond enfin aux exigences de l'UEFA. Enfin presque. « À l'origine, il n'y avait que deux étages, rapporte Claessens. Mais pour participer à l'Euro 2000, il a fallu enlever le toit, construire un troisième étage et replacer un autre toit. C'est pour ça que les jours de pluie, on est trempé quand on est en bas des tribunes : le nouveau toit ne va pas assez loin. » L'Euro 2000, justement, un des plus grands faits d'armes du stade depuis le drame, puisqu'il a attiré 50 000 personnes pour assister à la demi-finale France-Portugal (2-1). Mais quinze ans seulement après l'événement, le stade ne correspond déjà plus aux critères de sélection de l'UEFA. « Tout est beaucoup plus exigeant, déplore Fabien. C'est donc devenu impensable de se proposer pour accueillir une finale européenne. Il faudrait par exemple que les sièges soient plus hauts, que la salle de presse soit plus grande, qu'il y ait du wifi partout… » Pour remédier à ce problème et pour éviter que la capitale de l'Europe ne disparaisse de la carte du football, un nouveau stade va être construit. « Il se tiendra sur un des parkings actuels du stade Roi-Baudouin, complète Roger. L'idée est qu'il soit prêt pour accueillir l'Euro 2020. Avec au minimum un quart de finale, trois matchs de poule et peut-être le match d'ouverture. » Une nouvelle enceinte financée par un investisseur privé et qui sera ensuite louée par le Royal Sporting Club d'Anderlecht. Sans vieux pylônes, renards ni piste d'athlétisme, mais avec une stèle. Pour que personne n'oublie.

Par Émilien Hofman
La st�le en m�moire des victimes du drame, en bas de la Tribune 4 du stade du Roi Baudoin

Fabrizio Landini : « Nous sommes restés seuls pendant trente ans… »

Fabrizio Landini est membre de « l'association des familles des victimes du Heysel » , qui a revu le jour le 17 janvier dernier sous l'impulsion d'Andrea Lorentini. Il s'agit de défendre la mémoire, souvent bafouée, des 39 personnes décédées tragiquement il y a trente ans.

Qu'est-ce qui vous lie au drame du Heysel ?
Je suis le neveu de Giovacchino Landini, l'une des 39 personnes qui ont perdu la vie ce soir-là. Je me souviens parfaitement des événements, car j'avais 23 ans à l'époque. Nous avions regardé le match à la télé et nous étions très inquiets, nous n'avions pas de nouvelles. Pendant la nuit, j'ai été réveillé par des pas. Mon oncle habitait sur le palier d'en face, des journalistes italiens étaient venus nous informer qu'il faisait partie des victimes.

L'association fut créée une première fois par Otello Lorentini, pour que justice soit faite…
C'était juste après la tragédie. Otello était au Heysel et avait perdu son fils Roberto qui était médecin et s'en était d'abord tiré, avant de repartir dans la foule, dans un acte de courage pour tenter de sauver Andrea Casula, la plus jeune des victimes, âgée de 11 ans. Les deux n'ont pas survécu. Otello a alors contacté toutes les familles des victimes. Lors d'un premier procès, tout le monde a été acquitté hormis quelques hooligans anglais qui ont écopé de peines légères. Ensuite, il y a eu le recours en cassation où il n'y a pas eu de sanction exemplaire non plus. Des hooligans qui ont, pour la plupart, purgé leur peine à domicile. Le seul qui a vraiment payé, c'était le capitaine de la gendarmerie belge, en charge de la sécurité ce soir-là. L'UEFA, elle, a été tenue co-responsable, et c'est depuis qu'elle est seule responsable de ce genre de troubles que les mesures ont enfin été renforcées.

Vous avez reçu des indemnisations financières ?
Suite à la sentence, le gouvernement belge dégagea une somme d'argent qui fut ensuite répartie selon l'âge ou le travail des membres des familles des victimes. Mais au-delà des 39 morts, il y a eu plus de 400 blessés. Certains en portent encore les signes aujourd'hui, et n'ont jamais reçu un euro. Mais même un centime ou un million, de toute façon, il n'y a pas de prix pour la mort d'une personne.

L'association a été de nouveau constituée le 17 janvier 2015…
Otello est décédé il y a un an à l'âge de 89 ans, et c'est son petit-fils Andrea, le fils de Roberto, qui a repris les choses en main depuis ce mois de janvier.


Les familles des victimes parlent souvent d'omertà, pourquoi ?
Concrètement, nous sommes restés seuls pendant trente ans, car c'est très compliqué de faire face à une institution comme l'UEFA ou le gouvernement belge. Cela vaut aussi pour la Fédération italienne de football et le CONI (le CIO italien, ndlr). Ils ont oublié la tragédie du Heysel et n'assument pas.

Vous reprochez également à la Juventus de vous avoir abandonnés ?
C'est une tragédie qui fait partie de son histoire, mais c'est une chose qui, pour elle, ne doit être lue que sur les livres ou sur internet. Moins on en parle, mieux c'est. Elle n'arrive toujours pas à accepter les vérités et à les partager avec les familles. Depuis 2010 et l'avènement d'Andrea Agnelli, il y a eu une sorte d'ouverture avec une messe annuelle, il y a une stèle au musée de la Juve avec le nom des 39 morts, ainsi qu'au siège. Mais cela reste toujours une simple date du calendrier.

En Italie, cet événement est perçu, à tort, comme une tragédie juventina et non italienne.
Tout à fait, les dimensions de cette catastrophe devraient pourtant concerner le sport italien. Mais je répète, les institutions ne nous ont jamais considérés. Cette année, on a lancé une pétition pour que le numéro 39 de la Nazionale, que personne ne porte, soit symboliquement retiré. Nous n'avons pas encore eu de réponses pour le moment. Il y a toujours la sensation que cette tragédie est laissée aux oubliettes.

Contrairement aux supporters adverses avec leurs chants et banderoles contre les 39 victimes…
Malheureusement, cela arrive souvent. Depuis que l'association s'est reconstituée, elle a un avocat. À chaque évènement de ce genre, on prend position, comme lors de la demi-finale de Coupe d'Italie contre la Fiorentina à Florence. On a écrit au président Della Valle, qui, quelques jours plus tard, s'est excusé publiquement. C'est une mauvaise habitude qui fait partie de l'ignorance générale, je pense que ceux qui hurlent ces chants ne se rendent même pas compte de ce qui s'est passé. Je comprends le chambrage entre supporters, mais laissez les morts tranquilles !

La justice sportive est-elle trop laxiste ?
Disons qu'il n'y a pas eu de vraies sanctions jusqu'à maintenant. Et pourtant, on ferme des secteurs pour des chants contre les équipes adverses. Mais pour le Heysel, cela n'a pas encore été fait. Là aussi, il y a une sorte d'omertà.

Avez-vous des rapports avec le club de Liverpool ?
Non, pas du tout.

Il y a une semaine, au Juventus Stadium, les tifosi bianconeri ont rendu un vibrant hommage aux 39 victimes…
Ce fut très émouvant. Les supporters ont été les seules personnes qui ont été proches de nous. Pour la commémoration, mais également dans d'autres circonstances. Que ce soit les vieux tifosi qui étaient allés à Bruxelles ou les nouvelles générations, tous ont compris qu'ils étaient les seuls à pouvoir nous aider et ils sont également conscients que les institutions italiennes et la Juve nous ont laissés de côté.

On parle de cette commémoration, car c'est le 29 mai, et ce sont les 30 ans. Mais votre association reste active le reste de l'année ?
Exactement, la mémoire doit être « entraînée » , cela veut dire qu'il faut toujours en parler. Pas seulement le 29 mai. On a pour programme de faire d'autres rencontres et débats dans d'autres circonstances afin d'informer les gens et raconter la vérité. Mais on a également pour projet de réussir à contacter quelques ultras adverses et leur demander ce qui les poussent à hurler ces chants aussi odieux…

Propos recueillis par Valentin Pauluzzi
Plaque comm�morative install�e � Anfield Road, le stade de Liverpool

« Nous sommes restés seuls pendant trente ans »


Fabrizio Landini

Une Vieille Dame mortifiée, mais encore debout

30 ans après la tragédie du Heysel, la Juventus disputera de nouveau la finale de la coupe aux grandes oreilles. Neuf ans aussi après la rétrogradation en Serie B. Durant toutes ces années, la Vielle Dame a fortement vacillé, mais s'est accrochée à sa canne pour rester debout. Voûtée, mais debout. Et c'est le cœur à la fois lourd et apaisé qu'elle se présentera à Berlin.

Le tifo +39 lors de Juve - Napoli
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Juventus Stadium, samedi dernier, la Juve mène au score face au Napoli dans une rencontre qui lui sert surtout de préparation à la finale de Champions League. La 39e minute approche et des « ooooooh » s'élèvent des travées, dans la Curva Sud. Un tifo est en train d'être remonté par les bras de ses occupants. Le stade est debout et applaudit. « + 39. Respect » est l'énorme inscription qui couvre toute la partie basse de la tribune, tandis que juste au-dessus, est déroulée une banderole sur laquelle on peut lire : « Personne ne meurt vraiment s'il vit dans le cœur de ceux qui sont restés. Pour toujours. » Des milliers de pancartes avec le nom des victimes sont également levées vers le ciel. On se demande même si la rencontre qui est en train de se disputer ne va pas s'arrêter instantanément, tellement elle devient alors insignifiante. Les joueurs continuent de jouer à la baballe, mais le regard est rivé vers ce vibrant hommage. Le temps s'est arrêté. L'émotion envahit le stade. Trente ans n'ont pas suffi à faire le deuil de cette tragédie.

Une coupe orpheline, une tragédie qui devrait l'être


« +39 » , comme pour rappeler les « -39 » régulièrement entrevus dans les kops des stades adverses, lesquels s'amusent à vilipender des martyrs au nom de la rivalité séculaire qui les opposent à la Juventus. Des banderoles macabres, des T-shirts de mauvais goût et des chants à la gloire de cette catastrophe. Le pire répertoire de l'ultra italien qui éprouve un malin plaisir à bafouer la mémoire des victimes juventini. Et personne n'en est exempt. Cela va dans les deux sens. Le code d'honneur avec lequel ils nous bassinent n'est qu'une illusion, la tragédie du Heysel étant perçue à tort comme un événement qui ne concerne que le peuple bianconero. Parmi les 39 victimes, on trouvait pourtant trois supporters de l'Inter venus accompagner des amis pour s'offrir une belle soirée de football. Survivant, Otello Lorentini, Toscan et même supporter de la Fiorentina, avait, lui, fait le voyage avec son fils. Le comportement de la Juventus n'a fait qu'obscurcir le contexte de cette victoire. Cette coupe fut la première C1 remportée par la Vieille Dame après trois décennies d'attente, et les conditions douloureuses n'auront qu'en partie gâché la satisfaction de la direction enfin soulagée après cette longue abstinence. Les quelques festivités, parfois mal interprétées, ont jeté une fois de plus le trouble. Tous coupables. Et pourtant, nombre des joueurs de l'époque ne considèrent pas ce trophée comme le leur. C'est le cas de Paolo Rossi qui s'est exprimé ainsi dans la Repubblica : « Nous n'avons pas à être fiers de cette coupe. Nous n'aurions pas dû jouer. » Marco Tardelli, lui, fait écho aux micros de la Rai : « Je ne me rappelle pas avoir remporté la coupe ce soir-là. » Très peu acceptent de s'exprimer sur cette soirée. Le deuil n'a pas encore été fait et ne le sera jamais.

De Bruxelles à Berlin, en passant par la Serie B

Ce sera peut-être aux générations suivantes de le faire. Puisque, trente ans après, le destin a voulu que la Vieille Dame se qualifie de nouveau pour la finale de la Champions League. Un autre cercle, ouvert il y a neuf ans lors de la rétrogradation administrative du club suite au Calciopoli, se referme enfin. Une autre blessure, jamais vraiment cautérisée, qui saigne toujours, abondament même. La Vieille Dame est meurtrie. Après lui avoir soustrait 39 fils et filles, on l'a privée de ses biens les plus précieux pour des raisons qu'il est encore difficile de saisir près de neuf ans plus tard. C'est le destin de deux tragédies qui s'entrecroiseront le samedi 6 juin à Berlin. B comme Berlin, comme Bruxelles, ou comme Serie B. B comme Buffon aussi, unique rescapé de la dernière finale de la Juventus en 2003 et condottiere d'un peuple qui n'attend qu'un dernier succès pour hurler face à l'Europe entière sa juventinità ensanglantée. Et enfin B comme le boxon qui entoure régulièrement les grands événements footballistiques italiens. Si l'Angleterre a parfaitement retenu les leçons de ses tragédies, l'Italie est l'un des derniers pays d'Europe où l'on perd encore régulièrement la vie pour un match de football. Quatorze victimes entre supporters et policiers depuis la tragédie du Heysel. La folie meurtrière d'une nation qui vit toujours difficilement un sport qu'elle a pourtant souvent sublimé. À Berlin, Gigi Buffon se présentera avec les images de 2006 dans la tête, le penalty vainqueur de Grosso et surtout Cannavaro qui soulève la coupe. Mais aussi, quelques semaines plus tard, le souvenir de ce match à Rimini en guise d'ouverture du championnat de Serie B. Si la Juve s'est relevée de l'enfer du Heysel, elle ne pouvait que sortir plus forte de cette année de purgatoire. Sa place au sommet de la hiérarchie nationale aujourd'hui restaurée, il ne lui reste plus qu'à planter le drapeau blanc et noir au sommet de l'Europe. Et si le cœur de cette Europe nouvelle bat à Bruxelles, là où des innocents ont laissé le leur, c'est vers Berlin que les prières se tourneront bientôt. Samedi 6 juin, au moins 19 000 Juventini seront présents dans les travées de l'Olympiastadion pour y défier le Barça. Mais en réalité, ils seront 39 de plus. Pour l'éternité.

Par Valentin Pauluzzi
Chaque tifoso brandit le nom d'une des victimes �crit en noir sur une feuille blanche

«  « Personne ne meurt vraiment s'il demeure dans le cœur de ceux qui restent, pour toujours. »  »


Déjà paru sur SOFOOT.com

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Rédaction

Dragan Kicanovic, Nicolas Hourcade, Chérif Ghemmour, Émilien Hofman, Valentin Pauluzzi et Kevin Charnay


Édition

Paul Bemer


Design et coordination technique

Gilles François et Aina Randrianarijaona


Secrétariat de rédaction

Julie Canterranne


Crédits photo

Réactions (15)

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par harry plotteur il y a 1 an
Tout ça à cause de ces hooligans à la base .. Honte à eux .. Ya rien de plus con qu'un supporter anglais , enfin si peut être 2 supporters anglais
par kickoff il y a 1 an
Merci Sofoot pour ce super article.
Le devoir de mémoire.
par Toto Riina il y a 1 an
Merci pour ce très triste article.

par Pegasus il y a 1 an
Très bel article, merci.
par Professeur ma boulette il y a 1 an
Merci So Foot. Bon gros choc à l'époque. Totale incompréhension des faits à mon niveau. Entre mon père en mode censure "vas te coucher" alors que j'avais cours à 10h00 le lendemain et ma mère anglaise en larmes (pour un match de foot? Mais pourquoi?). j'ai quelques bribes de souvenirs de ces 15 minutes de retransmission sans son totalement irréelles. Je finis quand même par aller au pieu avec comme argument "c'est pas bien de regarder des morts à la télé". Le pire c'est le lendemain matin quand j'apprends par la radio que le match a finalement eu lieu. Du haut de mes 12 ans j'avais déjà assez de neurones pour comprendre que c'était complètement con et indécent.
par gastongaudio il y a 1 an
mimiche, cette célébration à la 20ème, je la revois encore et je ne comprends toujours pas.

par soswiss il y a 1 an
Je me rappelle très bien, trop bien cette soirée horrible.
Les images, les commentaires, les cris, les corps inertes bleus, le sang, les Italiens désespérés qui donne des signes de vie à la caméra ou qui cherche un parent ou un ami parmi les cadavres, les flics belges complètement dépassés.
Certaines chaînes avaient ensuite renoncé à diffuser le match.
Moi, j'avais regardé parce qu'à l'époque, c'était encore rare les grandes affiches à la télé et que j'ai toujours été fan des Reds.
Puis le lendemain, on était sur le terrain de foot avec les potes. On avait tous vu les mêmes images. Bien-sûr. Mais on n'a été incapables d'en parler entre nous. Et incapables de toucher le ballon ce jour-là. On avait entendu nos parents dire que le football était dérisoire face à tant de morts, qu'avoir joué le match était un scandale et on se sentait presque honteux d'avoir envie de jouer simplement et d'en retirer du plaisir. Ca a été longtemps difficile ensuite d'obtenir l'autorisation des parents pour aller voir des matches dans un stade, d'autant plus quand c'était des Britanniques en Coupe d'Europe.

Depuis, je suis allé dans pratiquement tous les stades d'Angleterre et d'Europe, j'ai même rencontré des gens qui étaient au stade pour ce match-là. Et je crois que je cherche toujours à comprendre les images que j'ai vu avec mes yeux d'enfant ce soir-là.
par TheCousCousMan il y a 1 an
Article très bien fait, Merci pour l'effort!!

Je suis toujours surpris comment ça se fait qu'il n'y a pas eu d'incidents entre Ultras de la Juve (Fighters and co) et les Reds après le match. Les Italiens ont-ils fait preuve de maturité ou c'est plutôt la police Belges qui les as contenus?
par KingMastre il y a 1 an
Des frissons... C'est ce que j'ai ressenti ce lundi de Pentecôte à Bruxelles. J'y étais avec mon épouse et mes enfants, en particulier au Heysel, pour aller visite l'Atomium.

Durant le trajet en métro, je leur ai raconté ce que j'ai vu, vécu, ce 29.05.1985 devant ma télé. A la sortie de la bouche du métro, les projecteurs du Heysel, rouillés, éteints, prêts à mourir, sont les 1ères choses que vous voyez.

En les regardant, c'est 39 morts que j'ai vu...

Des frissons... C'est ce que j'ai ressenti ce lundi de Pentecôte à Bruxelles...

par leopold-saroyan il y a 1 an
J'avais 15 ans à l'époque et ce mélange d'incompréhension et de dégoût ne s'est jamais effacé. Rien que d'entendre le nom de ce funeste stade ça me glace et je pense qu'il en est de même pour quiconque était en âge de suivre l'évènement à l'époque. Il faut dire aussi que le flux d'images à l'époque était beaucoup moindre et certaines images pouvaient vous secouer et imprimer durablement votre mémoire.


En vrac je me souviens aussi de ce sketch avec les Nuls et Desproges déambulant dans le stade la batte de baseball à la main et lâchant après un rot "on peut rester actif après une bonne bière".
par Trap il y a 1 an
Je me rappelle avoir vu le match à la télévision, de ne pas avoir réalisé vraiment, les discussions très tranchées le lendemain au travail. Un match que j'aurais préféré ne pas avoir été joué après coup. Bon dossier en tous cas So Foot, bien écrit et qui a même empêché les raclures habituelles de la ramener sur le sujet.
par tamanoir il y a 1 an
C'est un très bel article.
Mais je dois être très con car je n'arrive pas à éprouver la moindre sympathie pour Platini sur ce coup.
par anetha il y a 1 an
tres bon article, merci pour nous aider a mieux comprendre le drame et le choc qu'il en a résulté.
par Macadan's il y a 1 an
J'avais jamais vu les images de ce drame... Putain c'est insoutenable, du coup je mets pas le lien Youtube. Pour ceux qui ont le coeur accroché la vidéo c'est: "Heysel: le récit des évènements".

Franchement ça me donne envie de faire un raccourci et de haïr Liverpool.
En tout superbe article, sur un sujet pour le moins horrible.
par quisuisje il y a 1 an
Superbe article et beaucoup d'émotion.
Pour ma part, les autorités et la police Belges sont les plus responsables de la catastrophe qui est arrivé.