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Zac attaque

Ce soir, à minuit, l'Italie affronte le Japon pour le deuxième match de poule de la Coupe des confédérations. Les Azzurri vont trouver sur leur chemin une vieille connaissance, un certain Alberto Zaccheroni, ancien coach du Milan AC, de la Lazio et de la Juve.

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Au coup d'envoi de cet Italie-Japon, le compte ne sera pas en parfait équilibre. L'Italie aura un représentant en plus, mais pas sur son banc. Non, le dernier Italien du groupe sera assis (ou debout) sur le banc d'en face. De fait, depuis trois ans, le sélectionneur japonais, c'est Alberto Zaccheroni, ancien pilier des bancs de Serie A. Le coach affronte ce soir, pour la première fois de sa carrière, l'Italie, son Italie. Un rendez-vous évidemment particulier pour lui, au-delà de l'attrait sportif. Car le Zac a des choses à prouver. Pas forcément à lui-même, mais aux Italiens, qui l'ont toujours considéré comme un bon entraîneur, mais sans plus. Pourtant, et c'est là le paradoxe, il est le seul entraîneur italien de l'histoire à avoir remporté un trophée, à savoir la Coupe d'Asie, sur le banc d'une sélection nationale étrangère. Au Japon, Zaccheroni est devenu une véritable idole, celui qui va guider la sélection nippone lors du Mondial brésilien, avec la ferme intention de faire mieux qu'en 2002 et 2010, lorsqu'elle avait atteint les huitièmes de finale, meilleure performance de son histoire. Mais avant de penser à 2014, il y a ce match face à la Nazionale, qui pourrait déjà signer la fin des espoirs japonais dans cette Coupe des confédérations. Ou bien, au contraire, les relancer.

Succès au Qatar

À la veille de ce match face à l'Italie, Zaccheroni ne cache évidemment pas ses émotions. « Ce match est seulement une étape de plus sur la route du Mondial, pour le Japon. Mais pour moi, il est évident que cela représente beaucoup plus que ça » , a-t-il affirmé. Le mal du pays ? Peut-être. Le Zac a quitté l'Italie en 2010, après une expérience peu fructueuse de quelques mois à la Juventus. Une Juve qui avait terminé à la 7e position, ce qui avait contraint les dirigeants turinois à prendre des décisions (nomination sur le banc de Delneri). Zaccheroni, lui, était resté sur le carreau. En Serie A, il avait déjà tout connu. Bologne, l'Udinese, le Milan AC, la Lazio, l'Inter, le Torino, la Juve. Il était temps donc d'aller voir ailleurs, lui qui n'avait jamais entraîné ailleurs que dans son pays natal. Arrive alors l'offre du Japon, qui vient de se faire sortir en huitièmes de finale du Mondial sud-africain. Zaccheroni accepte le défi, bien conscient qu'il peut s'appuyer sur une génération talentueuse. Et les premiers matchs qu'il dispute à la tête de la sélection nippone le confirment : le Japon bat le Paraguay (son bourreau lors de la CM 2010) et l'Argentine, prouvant qu'il est capable de réaliser de belles choses.

Ces belles choses entrevues lors des matchs amicaux ne vont pas tarder à se concrétiser. En janvier 2011, soit moins de six mois après son intronisation, le Zac dispute la Coupe d'Asie des nations au Qatar. Après un faux départ (1-1 contre la Jordanie), le Japon se débarrasse de la Syrie et de l'Arabie Saoudite, pour se qualifier pour les quarts. La suite est un parcours parfait : le Japon fait tomber le Qatar (3-2), puis bat la Corée du Sud aux tirs au but en demi-finale, avant de triompher, 1-0, face à l'Australie (oui oui, l'Australie en Coupe d'Asie) en finale. Pour la quatrième fois de son histoire, le Japon est sacré champion d'Asie. La grande première, en revanche, c'est qu'un coach italien remporte un trophée international ailleurs qu'en Italie. Une belle satisfaction pour celui dont le palmarès était resté désespérément vide depuis un fou Scudetto remporté avec le Milan AC lors de la saison 1998/99.

Un tisserand qui ne sait pas tisser


Oui, car Zaccheroni, à la fin des années 90, c'était une sacrée pointure du football italien. Avec l'Udinese et son 3-4-3, il réalise des miracles, ce qui lui vaut le titre de meilleur entraîneur de Serie A 1996-97. Ses exploits l'emmènent sur le banc du Milan AC, où il va réaliser la folie de sa carrière. Deuxième de Serie A à 7 journées de la fin, à 7 points de l'invincible Lazio de Vieri et Salas, Milan enchaîne 7 victoires lors des 7 derniers tours (dont certains succès rocambolesques, comme celui obtenu contre la Sampdoria, 3-2 à la 94e minute grâce à un but contre son camp des fesses de Castellini) et passe devant la Lazio à une journée de la fin, remportant finalement le Scudetto. Zaccheroni décroche encore le titre de meilleur entraîneur, et est érigé au rang de nouveau crack des techniciens italiens. Mais la suite va être beaucoup moins heureuse. Ses relations avec Berlusconi ne sont pas bonnes (Berlu lui reproche d'être «  un tisserand qui a une bonne toile, mais qui ne sait pas tisser  » ) et le coach est viré en mars 2001. Il rebondit à la Lazio, où il ne laissera pas un grand souvenir (un derby perdu 5-1, ça laisse des traces). Idem à l'Inter, où il arrive juste avant le cycle d'or entamé par Mancini et définitivement assis par Mourinho.

Par la suite, le natif de Meldola, en Émilie-Romagne, tombe dans l'oubli. Il n'entraîne plus pendant deux ans, et revient finalement en 2006, avec une pige au Torino. Il ne reste sur le banc que six mois, avant d'être limogé. Puis trois ans d'inactivité, l'intérim à la Juve et, finalement, le Japon. Ce parcours, ce CV, Zaccheroni les aura forcément en tête ce soir, au moment où son équipe se dressera face à l'Italie, où évoluent certains de ses anciens protégés, comme Buffon, Chiellini ou Marchisio. Mais pas seulement. « Prandelli est un ami, et un collègue que j'admire beaucoup, assure le Zac. Il a amené un magnifique équilibre dans cette équipe. Ils sont superbes dans toutes les zones du terrain, et ils sont encore sur la dynamique de leur très bon Euro 2012. » Il va tout de même falloir oublier les sentiments. Après le revers subi lors du match inaugural contre le Brésil (3-0), le Japon n'a plus le droit à l'erreur. Une défaite serait éliminatoire. Une victoire, en revanche, relancerait tout. Une victoire pour l'avenir, qui passe forcément, pour Zaccheroni, par son passé. Les couloirs du temps.

Eric Maggiori
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