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Yoann Lemaire : « Les gamins ne savent pas ce que veut dire homophobie »

Dans le civil, Yoann Lemaire travaille dans une usine des Ardennes en tant qu’ouvrier de maintenance. Mais il est aussi l’un des premiers footballeurs français à avoir fait son coming-out. C’était il y a dix ans et ça lui a valu quelques ennuis. Alors Yoann a décidé de prendre des congés sans soldes et de faire un documentaire : Footballeur et homo, au cœur du tabou. Un film important.

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Comment s’est passé ton coming out ?
« Certains coéquipiers n’acceptaient pas de prendre leur douche avec un homo. En 2010, le club a carrément décidé de m’exclure en raison de mon homosexualité. »
Quand j’ai révélé mon homosexualité, à court terme ça s’est vraiment bien passé parce que mes coéquipiers étaient vraiment des potes, des gens sympas. Puis au fil des années, ça s’est compliqué avec de nouveaux joueurs. Une minorité, mais agissante, et ça a posé des soucis rapidement. Toujours ces questions de vestiaire, de douche, d’acceptation de l’autre. Certains coéquipiers n’acceptaient pas de prendre leur douche avec un homo. En 2010, le club a carrément décidé de m’exclure en raison de mon homosexualité. Vous avez plusieurs types d’homophobie entre guillemets. Vous avez la sous-jacente où le mec ne dit rien, mais n'en pense pas moins, il le dit par derrière, il va voir le coach. Et puis vous avez quelques personnes qui le disent très clairement : « Moi, je ne veux pas jouer avec le pédé, voilà. » Là, vous vous dites « waouh » ! On part de loin quand même.

Tu as subi des moqueries lors de matchs ?
Un joueur qui était au marquage sur moi par exemple. Il a passé son temps à me charger, en m’insultant : « La tarlouze, je vais te baiser, pédé, sale fiotte.  » Il insistait sur le fait qu’il voulait me baiser, donc je lui dis : « Tu vois toi aussi, donc c’est ton coming-out à ta façon quelque part. » Il n’a pas du tout aimé et puis il a levé la main et il m’a mis un coup de pied, donc c’est parti en baston. Tu te dis que c’est incroyable, on est en 2019, qu’est-ce qu’ils ont dans la tête, ces mecs-là ?



Tu penses quoi des insultes homophobes dans le football ?
« Pour les gens qui jouent au foot, on entend systématiquement des insultes homophobes. Et même moi, en tant que footballeur homo, ça m’est arrivé d’en proférer. »
Pour les gens qui jouent au foot, on en entend systématiquement. Et même moi, en tant que footballeur homo, ça m’est arrivé d’en proférer. C’est complètement con, mais c’est vrai. Quand on fait du sport, les passions irréfléchies, immodérées resurgissent. On perd 1-0, on est crevés. On vient de faire deux courses de 50 mètres, on est mauvais joueur. L’adversaire vous a mis deux crochets, vous n’en pouvez plus. Vous essayez de l’intimider bêtement et de lui dire : « Petit pédé, je vais t’attraper » et on tombe dans la connerie. Mais il faut prendre en compte le fait que quand tu joues, tu perds un peu ton cerveau, parce que t’es crevé, que tu rates toutes tes passes et à un moment tu craques. Ça, ce n’est pas bien, mais on ne pourra pas tout changer du jour au lendemain. Et puis il y a le folklore, les spectateurs qui traitent l’arbitre de pédé. Quel que soit le niveau social : vous pouvez voir un chef d’entreprise, le maire du village, un homme politique, un jeune de banlieue ou un agriculteur se lever et le dire. Il faut juste s’imaginer que ça peut toucher des gens. Et que ça peut toucher des jeunes qui vivent mal leur homosexualité.

Dans ton film, tu es allé voir des supporters lyonnais après le derby, pour leur demander pourquoi ils voulaient « enculer les Stéphanois  » . Justement, où s’arrête le folklore et où commence l’homophobie ?
C’est la grande question que je me pose. Parce que, quand on insulte un noir, qu’on pousse des cris de singe, c’est ciblé. On s’en prend à lui pour ce qu’il est. Quand on insulte l’arbitre de pédé, on ne pense pas que l’arbitre est homosexuel, c’est juste une insulte, c’est marrant. Mais quand on réfléchit cinq minutes, c’est homophobe, ça veut dire « espèce de sous-homme, de soumis » . Je pense qu’il faut qualifier les choses. Progressivement faire disparaître ces insultes.


Pourquoi le documentaire ?
Quand je jouais avec le variété club de France et Jacques Vendroux, je voyais qu’il n’y avait aucun problème, qu’on pouvait en discuter et même blaguer sur le sujet. Au niveau pro, les gens ont réfléchi à ces questions parce qu’ils savent qu’il y a des micros. Des journalistes qui vont leur tomber dessus. Ils ne disent pas : « On a joué contre des grosses tarlouzes. » Alors qu’au niveau amateur, je l’entends en permanence. Quand je rentrais dans mon petit club des Ardennes, je voyais que c’était difficile. Les gamins y entendent des discours à la con et changent de comportement. J’en veux aux politiques parce que quand un coach renvoie un mauvais message aux jeunes, ils doivent intervenir. Car c’est quand même l’argent public, les subventions, nos impôts qui financent le club. J’ai vu que ça ne s’améliorait pas, donc j’ai décidé de saouler tout le monde et de lancer le projet...

On t'a ouvert les portes, ou cela a été compliqué d’aller au bout du projet ?
« J’ai contacté plusieurs clubs de Ligue 1, mais personne ne m’a ouvert les portes. Et ce, malgré l’aide de la LFP. »
À l’exception de la LFP, du variété club de France et de quelques champions du monde 98 (Blanc, Deschamps, Karembeu, Barthez), ça a été compliqué. J’ai eu énormément de refus, des grandes stars qui m’ont dit : « Je vais le faire ton film.  » Et qui finalement n’ont jamais parlé. Et certains joueurs ont refusé de me parler et prenaient mal ma demande, vraiment mal. Quant aux clubs, que les choses soient très claires : j’ai contacté plusieurs clubs de Ligue 1, mais personne ne m’a ouvert les portes. Et ce, malgré l’aide de la LFP.



Tu as l’impression que la LFP prend les choses en main ?
La LFP et Nathalie Boy de La Tour notamment se bougent sur le sujet. On a proposé avec d’autres associations, des livrets pédagogiques pour les joueurs, des fiches actions que l’entraîneur peut lire et qui peuvent l’aider si un jour un jeune joueur vient le voir pour lui dire qu’il est homosexuel. Et notre film va être diffusé dans les clubs, l’idée c’est que tous les centres de formation de France le voient, tous les jeunes, tous les clubs de Ligue 1, Ligue 2.

Il y a tout de même une exception parmi les joueurs actuels : Antoine Griezmann.

« Je serais fier de jouer avec un homo et je ferais tout pour le soutenir. » Antoine Griezmann
Oui, Antoine Griezmann m’a dit de venir. Et je tire mon chapeau à ce garçon. Il m’a ému au plus profond. J’ai toujours rêvé, depuis que j’ai 15, 16 ans, qu'une star en parle. Mais là, Antoine Griezmann, qui vient de gagner la Coupe du monde et qui me reçoit, putain... Je lui ai demandé quelle serait sa réaction si un de ses coéquipiers annonçait son homosexualité ? Il m’a répondu : « Je serais fier de jouer avec un homo et je ferais tout pour le soutenir. » Il me parle de fierté. Quand il me dit ça en me fixant dans les yeux, je suis très ému, j’ai senti la sincérité. J’aurais rêvé de jouer avec un mec comme ça, sans parler de niveau, en parlant de comportement.

Pour toi, quel effet aurait le coming-out d’un joueur de Ligue 1 ?
Ça serait essentiel qu’un grand joueur annonce son homosexualité. Aujourd’hui, tout le monde le soutiendrait, les médias l’appuieraient, ses coéquipiers diraient qu’il est courageux. Le public aussi, je pense. J’ai fait une enquête IPSOS, 82% des Français estiment normal qu’il y ait des homosexuels dans le football. Les équipementiers le soutiendront. Le foot professionnel est mûr pour cela. C’est pour ça que ça m’énerve qu’il n’y ait pas de grands joueurs qui aient fait leur coming-out.


Dans le documentaire, il y a une séquence dans laquelle tu vas voir les gamins de Toulouse et là, on se dit qu’il y a un problème...
« Je vois ces jeunes qui jouent les durs, les caïds sur le terrain, mais dans le même temps, ils ont peur de se laver avec un homo. »
Il y a surtout une chose dans cette séquence : l’ignorance. Les gamins ne savent pas ce que veut dire homophobie. Et puis ensuite un gamin dit : «  Moi, un gay, je ne me lave pas avec. » Il y a un besoin, une nécessité absolue, d’aller les voir les gamins. Que des joueurs pros fassent un travail de sensibilisation. Un truc me fait mourir de rire : je vois ces jeunes qui jouent les durs, les caïds sur le terrain, mais dans le même temps, ils ont peur de se laver avec un homo. J’ai envie de leur dire : « Vous êtes vachement cohérents les mecs...  »

Plus de dix ans après, tu te dis que tu as bien fait de faire ton coming-out ?
Oui, mais parfois c’est dur. J’ai toujours honte parfois d’avoir cette réputation de pédé. Quand certains, comme mon ancien coach, disent que j'ai fait ça pour me faire connaître, ça me rend dingue ! Quelle est la fierté ? Aucune. Il y a des moments où, encore aujourd’hui, je me dis : « Mais pourquoi j’ai fait mon coming-out ? » Pourquoi je n’ai pas profité de mes dix années de foot en DHR, et je n’ai pas tout simplement accompli mon rêve de jouer en CFA 2 ? J’aurais fermé ma gueule, j’aurais peut-être pu y arriver. Ça a tout flingué.

Diffusion du documentaire mardi 14 mai, 23h30, sur France 2.


Propos recueillis par Arthur Jeanne Crédits photos : Groupe France Télévisions France 2
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