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Yannick Cahuzac : « Je n’ai jamais voulu faire mal à qui que ce soit »

Comme nombre de joueurs habitués aux cartons rouges, Yannick Cahuzac est, au civil, un homme charmant. Il revient sur une réputation qui accompagne sa carrière depuis un bail...

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À 14h30, l'écran plat de Yannick Cahuzac diffuse un épisode d’Hercule Poirot à une famille de peluches calée sur un long canapé sombre. Le numéro 18 du RC Lens offre du saucisson corse rincé par des cafés et une Desperados. Lui reste au jus de raisin, disciplinant son chien et son chat, qui traînent entre le salon et la cuisine. Le réfrigérateur est tapissé de dessins d’enfants maintenus par des magnets : l'un d’eux représente le milieu défensif, les bras levés, avec le slogan « Forza Cahu » . Un autre est à l’effigie de Gilles Cioni, qui a repris son brassard de capitaine à Bastia. En 2017, lors de la rétrogradation du Sporting en National 3, la Corse a perdu plus qu’une équipe de football professionnelle. Petit-fils du coach culte qui porta le club en finale de C3 en 1978, « Cahu » a lui perdu une maison, qu’il avait rejoint à quinze ans. Expression sur le terrain du foot à la Bastiaise, il tombait de son piédestal pour devenir un joueur de Ligue 1 comme un autre, tel le prince d’un empire déchu devenu simple civil en exil. Son odyssée, il la raconte façon session chez le psy, entre larmes, gros tacles et chasse au harpon. Ou comment faire le deuil du SCB 2010-2017 une bonne fois pour toutes.


Quand on s’est rencontrés, tu étais suspendu pour la première fois depuis ton arrivée à Toulouse.
Ça faisait presque un an et demi que je n’avais pas pris de rouge. Aucun carton depuis. Certains disent que c’est parce que je suis parti de Bastia. Peut-être qu’on ne m’arbitre plus de la même façon. J’ai peut-être réussi à mûrir un peu. Ensuite, des cartons, j’en ai mérité beaucoup, d’autres un peu moins. C’est peut-être dû à ma réputation. À Angers, je revenais de ma troisième expulsion et je m’étais concentré tout le match pour éviter tout carton. Quand je sors, le quatrième arbitre me met un coup de panneau dans le menton.
Vidéo
Il ne semblait pas surpris. Il n’a eu aucune réaction. Je n’ai pas compris. Dans ma tête, il avait presque fait exprès. Alors j’ai mis un coup de poing dans le panneau. J’ai eu un mauvais réflexe... C’est comique, mais c’était dur à encaisser. Cette dernière saison était affreuse. Tout s’enchaînait et c’était difficile pour moi. Avec Toulouse, à Lyon, je me fais expulser sur une mésentente. L’arbitre me met un coup d’épaule sans faire exprès. Je tombe. Il me chambre. Je le pousse pour chambrer. Après ça, il n’attendait qu’une chose. Sur mes deux fautes, il me met deux jaunes. Ça fait partie du jeu.

On t’a aussi accusé d’avoir giflé Memphis Depay. C’était une vraie gifle ?
Non. C’est un mauvais geste, mais je ne le frappe pas. Je ne le regarde même pas. C’est ce que j’ai dit à la commission de discipline. Il me chambre et je fais ça. (Il reproduit le geste et frappe l’ordinateur portable par maladresse.) C’est juste pour lui dire « sors-moi de là » .
« À écouter certains, j’ai l’impression d’avoir cassé une dizaine de jambes. [...] Je n’ai jamais blessé personne. C’est important de le dire. »
Bah, si tu commences à faire attention à tout ça, tu vas être trop meurtri au fond de toi. Il y aura toujours des gens pour te critiquer. À un moment donné, j’étais très médiatisé par rapport à mes cartons, et l’important, c’était que mes proches sachent que j’étais là pour eux. Celui qui dit qu’il n’est pas touché par les critiques, surtout venant de personnes très médiatiques, c’est un menteur. Parce que tu sais que ça aura un impact sur ton entourage. À écouter certains, j’ai l’impression d’avoir cassé une dizaine de jambes. Mais je n’ai jamais voulu faire mal à qui que ce soit. Je n’ai jamais blessé personne. C’est important de le dire. Je ne fais pas 1,90m, ni 85 kilos, et c’est mon jeu de gagner des duels. Alors je rentrais fort, parfois plus que la limite. Le seul truc que je regrette, c’est à domicile contre Paris. J’avais mis un gros coup de coude à Lucas Moura, au niveau du cou, dans le jeu. Ça n’avait pas été sanctionné. J’avais dégoupillé parce qu’on avait un joueur au sol et qu’ils avaient contre-attaqué au lieu de sortir le ballon. Ils n’avaient pas besoin de ça... Je n’ai pas un bon souvenir de ce geste. Après, le reste... Je ne suis pas sur le terrain à me regarder jouer.



Tu n’es plus qu’à un rouge de rejoindre Cyril Jeunechamp au classement des recordmen en la matière (7 rouges directs contre 8, N.D.L.R.). Ça te fait quoi ?
Rien. Tu me l’apprends.
« Je suis peut-être mal placé pour parler de ça, mais je n’ai jamais été en extase devant une gifle. »
Ça te prouve que ça ne me fait pas grand-chose. J’aimerais ne pas le dépasser. Je ne veux pas qu’on se souvienne de moi comme du type qui a le record de cartons rouges. Je n’en suis pas fier, tu sais. Je suis peut-être mal placé pour parler de ça, mais je n’ai jamais été en extase devant une gifle. J’apprécie les joueurs qui y vont à fond et il peut avoir des mauvais gestes maladroits. Mais si c’est fait exprès... Ce à quoi les gens s’identifient, c’est que je donnais tout pour mon équipe. Ils ne s’identifient pas aux cartons rouges.


Dans un entretien pour SoFoot.com, Guillaume Gillet disait : « Quand il est sur le terrain, on dirait Hulk. Il est normal, puis se transforme au moindre problème. » Comment on canalise Yannick Cahuzac ?
Je ne sais pas si je me transforme en Hulk. Vu mon gabarit, c’est compliqué. Quand je perds pied, quand les fils se touchent, j’ai du mal à gérer. Si je connaissais la solution, je me canaliserais tout seul. J’ai vu une psychologue quand j’enchaînais les cartons rouges en Ligue 2. Au début, j’avais l’impression que c’était pour les fous. Je me suis rendu compte que c’est bien d’exprimer des choses à une personne que tu ne connais pas. Je dégoupillais parce que je recevais des insultes, je sortais de mon match. Ou en cas de décision arbitrale litigieuse. Quand j’avais l’impression que mon équipe manquait d’agressivité, je voulais peut-être combler ce manque à moi tout seul. Alors que ce n’est pas possible. Je dépassais mes fonctions et certaines limites. Parce que je voulais qu’on s’en sorte et que je suis passionné par mon club. La moindre insulte, je la prenais personnellement. Elle m’a fait comprendre qu’un stade, c’est comme un théâtre. On est là pour jouer. Les adversaires utilisent certains outils pour essayer de gagner, mais ça reste un jeu. Ce qui était top, c’est qu’elle ne comprenait rien au foot. Elle ne savait ni qui j’étais ni qui était mon grand-père.



Le football corse est souvent associé à la violence. Le Sporting de ton grand-père, Pierre Cahuzac, pouvait être rugueux, mais était surtout élégant. Il t’a inculqué beaucoup de choses ?
Non. Quand j’étais en âge de le connaître, il était gravement malade. Il a eu Alzheimer. Il s’était séparé de ma grand-mère et a fait sa vie ailleurs, à Saint-Pons. Il ne m’a pas élevé. Je sais qu’il était venu me voir jouer au tournoi de Furiani. Il était plutôt introverti. Un peu rustre, mais pas au mauvais sens du terme. Un personnage de son époque. Quand il était à Ajaccio, il venait chez mon cousin. Il nous regardait jouer dans le jardin et nous donnait quelques conseils. Il était déjà malade. Parfois, quand il s’exprimait, on ne comprenait pas ce qu’il disait. On m’a toujours dit qu’il a beaucoup apporté au football corse. Il faisait le tour des boîtes de nuit avant les matchs pour voir si les joueurs ne sortaient pas. Je sais qu’il en avait attrapé un. Il leur faisait monter les gradins en courant avec des sacs de sable. Il était dur, mais juste. Il est décédé quand j’avais 18 ans. Je ne suis pas allé à l’incinération sur le continent. Je me souviens de la messe à Bastia, sur le marché. J’étais fier quand ils ont renommé une tribune à son nom.


Tu as eu quel genre d’enfance, à Ajaccio ?
Classique. Une famille modeste. J’ai grandi dans un quartier au bord de la mer, pas loin de la place Miot, dans l’appartement où mon père et mon oncle ont grandi. C’était un peu vieillot. On mangeait des gratins de chou-fleur, des quiches, des crêpes. La spécialité de ma mère, c’était les boulettes de viande. (Il crie à son épouse, au loin : « Hein les boulettes de ma mère ? » ) Elle est infirmière, et mon père est employé de banque. C’est un passionné de chasse sous-marine et il m’a inculqué cette passion. On allait chasser au harpon à Campomoro, à Senetosa. Lui, il pouvait se permettre de choisir les poissons. Moi, je prenais ce que j’arrivais à attraper, c’est-à-dire pas grand-chose. Souvent des poissons de roche : des vieilles, des labres. Ils ne bougent pas. Ils sont très curieux et ils s’approchent beaucoup. C’est plus facile. Puis on les faisait griller dans un cabanon qu’on avait au petit Capo. Je suis très proche de mes parents, fils unique. Ils n’ont jamais voulu m’inciter à rentrer dans le milieu du ballon. Je n’avais pas de posters dans ma chambre, par exemple. Leur priorité, c’était l’école. J’ai attaqué le foot à quatre ans, au Gaz, pour suivre mon cousin. J’ai vite été passionné.



C’est quoi tes premiers souvenirs du Sporting ?
J’ai d’abord supporté le Gaz. Mes premiers souvenirs de stade, c’est à Mezzavia : un GFCA - Monaco contre Luc Sonor et Enzo Scifo. Plus je grandissais, plus je me rendais compte de ce qu’avait fait mon grand-père. Même dans mes rêves les plus fous, je ne rêvais pas plus que d’intégrer le centre du Sporting. J’ai vécu ça comme une chance inouïe.
« Avant ma détection, j’ai vomi trois ou quatre fois entre Ajaccio et Bastia. Au col de Vizzavona, classique. »
En plus, j’avais fait une détection de merde. J’étais très malade en voiture. Je le suis toujours, mais, petit, j’ai été malade du parc Bertault au collège Fesch. Sur même pas deux kilomètres. Sur tous les déplacements, je m’asseyais devant dans le Boxer, avec la tête dehors. Ils avaient toujours une odeur particulière qui me rendait malade. Avant ma détection, j’ai vomi trois ou quatre fois entre Ajaccio et Bastia. Au col de Vizzavona, classique. J’étais blanc, puis vert. J’ai complètement loupé la détection, je suis redescendu dégoûté. Finalement, ils m’ont pris. Ils nous suivaient sur l’année. Tu sais, je ne m’étais jamais dit : « Il faut absolument que je sois professionnel. » Ce n’était pas une fin en soi. C’est juste que j’aimais tellement ce que je faisais que ça s’est fait. Je me suis accroché en CFA et j’ai un souvenir fou de mon premier match pro, à Amiens. Je rentre au milieu à côté de Pasqua Camadini. J’avais l’impression d’être dans une bulle. J’étais à la fois très content et très concentré. Je n’entendais rien.



C’est quoi tes images les plus marquantes de tes années au Sporting ?
J’ai plus de souvenirs marquants en National qu’en Ligue 2. On savait que la survie du club dépendait de la montée. On a vécu des choses exceptionnelles... Le titre contre Créteil (en 2011) : on pensait que ce serait facile, on se maquille, on fait les malins. En fait, on égalise à la 70e, puis on gagne à la 92e. La Tribune Sud était en travaux, mais le stade a fait un de ces bruits... Un truc de fou.
On aurait dit qu’il explosait. Ceux de la Est ont sauté sur le terrain. Sylla, qui avait mis le but de la victoire, disait : « J’ai l’impression que mon âme est sortie de mon corps. » Contre Reims, aussi, mon premier match à domicile en Ligue 1. Avec la Tribune Est fermée. On gagne à la fin sur un retourné d'Ilan. Hantz court de partout. J’avais aussi bégayé en faisant un discours contre Châteauroux (en 2012). J’avais une pression de fou. Je n’arrivais pas à lire et à m’écouter en même temps. J’avais sauté une ligne. Je ne savais plus où me mettre. C’est un beau moment, ce n’est pas donné à tout le monde de pouvoir parler à son public. Mais ce n’est pas forcément un bon souvenir. (Rire gêné). Je suis quelqu’un d’assez introverti. Les gens pensaient qu’il y avait un problème de sono. En fait, c’est juste que je ne sais pas parler. Je suis fier de l’avoir fait, mais j’avais inventé des mots. « Une saison, c’est 36 combons. » Au lieu de combats. Après, les autres m’imitaient en train de bégayer. C’est des bâtards...



Lors d’une défaite à Furiani contre Évian en décembre 2014, tu avais applaudi les tribunes en pleurant. Qu’est-ce qui s’est passé en toi ?
J’ai craqué. J’avais l’impression que c’était un match charnière, contre une équipe de notre championnat. On a un nombre incalculable d’occasions et on perd. J’avais peur qu’on n’y arrive pas, alors mes émotions ont pris le dessus. Elles font partie de moi. Je ne les maîtrise pas toujours. Les hommes ont le droit de pleurer aussi.
« Je ne maîtrise pas toujours mes émotions. Les hommes ont le droit de pleurer aussi. Je n’ai pas été élevé pour penser autrement. »
Je n’ai pas été élevé pour penser autrement. Gilles (Cioni) pleure à Saint-Étienne quand Francè égalise. C’est des larmes de joie. Il pleure en voyant son ami marquer. Mais c’est pareil. Quand c’est ton club de cœur, tes émotions sont décuplées. Lors de la descente, à Marseille, j’étais en larmes aussi. Après, on a voulu couper. Gilles et Jean-Lou (Leca) avaient déjà prévu leurs vacances, pour après un éventuel barrage. Ils ont fait la route 66. Nous, on est partis au Mexique, à Tulum. On a fait de la plongée, nagé avec des requins baleines. Mais on a vite remis le pied à l’étrier. On se disait qu’on allait remonter une belle équipe. Toto Squillaci était prêt à continuer en Ligue 2.


L’été de la descente aux enfers, des incendies ravageaient la région de Furiani. Ta maison était dans le coin ?
Non, mais ça a brûlé très près de chez Jean-Lou. Ils avaient été évacués. Le feu est descendu près du stade. On voyait les flammes quand on s’entraînait. Il y avait de la fumée partout. C’est près de la mer, alors les Canadairs nous passaient au-dessus. On voyait le relief brûler... Chaque jour, on prenait conscience qu’on n'allait pas s’en sortir. Puis il y a eu ce match amical contre le Gaz où on a appris qu’on était rétrogradés en National 1. Là, c’est le chaos. On était assis sous la guérite, avec Jean-Lou. (Il laisse un blanc.) Même les dirigeants du Gaz étaient tristes. Le Sporting fait partie de l’éducation, des mœurs, de l'histoire de la Corse. De la vie de milliers de personnes. Il fait partie de notre terre. On avait les larmes aux yeux en partant. On est allés manger chez Jean. On prenait conscience que c’était mort. C’était la fin d’une histoire, la fin de tout, on partait dans l’inconnu. Tu es anéanti, énervé, tu en veux à tout le monde. Tu as plein de sentiments qui remontent en toi : tristesse, haine, angoisse. Tu as l’impression d’être un volcan en éruption...

Comme après un décès ?
C’est ça. Tous les ans, on entendait qu’on allait être rétrogradé et tous les ans on se maintenait. C’était une habitude. Je ne pensais pas qu’on tomberait aussi bas. Après, on est restés en famille. Avec les autres, on prenait un plaisir fou à se retrouver le matin. C’était dur de comprendre qu’on n’allait plus se voir. Mais le plus dur, c’était de se dire que Bastia, c’était fini. J’ai eu des contacts dès qu’on n'est pas passé en première instance. J’étais touché qu’on m’appelle, mais j’étais clair : j’étais lié au Sporting. Tant qu’il y avait un espoir de jouer en professionnel, je ne partais pas. Je ne m’étais pas projeté. Je n’ai pas bougé de Bastia. J’ai eu Nancy, Angers et le Gaz. L’ACA n’a même pas essayé. (Il sourit.) Quelques jours après, Gilles et Jean-Lou m’ont conduit à l’aéroport. Ça leur tenait à cœur. On s’est vite embrassé et je suis parti. On ne s’est pas éternisés sur les adieux.



Pour certains, c’était évident que tu partirais, mais...
(Il coupe.) Mais pas pour tout le monde. J’ai fait énormément de sacrifices dans ma jeunesse pour devenir professionnel. À 15 ans, mes amis sortaient tous. Moi, je me levais le matin pour aller à l’entraînement. Peu de monde pensait que j’y arriverais. Jouer à ce niveau-là, c’était une fierté. À 32 ans, je n’étais pas fini et j’avais encore envie de jouer au plus haut niveau. J’ai très mal vécu la descente, mais je me sentais privilégié d’avoir trouvé un club. Je me disais : « Soit je reste dans le traumatisme, soit je continue. Certains sont au chômage, toi tu as la chance d’avoir un club en Ligue 1. » Certains pensaient que je ne pouvais réussir qu’à Bastia. Que je ne jouais que parce que c’était Bastia.
« Certains pensaient que je ne pouvais réussir qu’à Bastia. Que je ne jouais que parce que c’était Bastia. Je voulais me prouver que je pouvais réussir ailleurs. »
Je voulais me prouver que je pouvais réussir ailleurs. Qu’un club comme Toulouse veuille s’attacher mes services, c’était une fierté. Parce que là, ils recrutaient le joueur. Pas le nom ou le fait que je sois corse. Tu sais, je ne me suis jamais vu comme le « capitaine emblématique » . C’était une fierté, mais je ne pouvais pas m’arrêter à ça. J’étais le capitaine du Sporting parce que j’étais performant sur le terrain. Si on te met capitaine, ce n’est pas parce que tu t’appelles Cahuzac. (Il tape sur la table.) Pour continuer à avoir ce brassard, il faut être performant au quotidien. (Il frappe ses phalanges sur la table.) Sinon, on te dit que tu joues parce que tu es le petit-fils d’untel, que tu es corse. J’appréhendais ça. Je voulais le mériter. On ne fait pas jouer quelqu’un pour son grand-père.


Quand avais-tu décidé d’être le joueur d’un seul club ?
J’avais très mal vécu la descente en National en 2010. Contre Clermont, ils avaient brûlé la buvette en forme de canette d’Orangina. On se faisait insulter. On jouait devant 2000 personnes, et les trois quarts nous gueulaient de nous bouger le cul. On avait dit que c’était de ma faute. Je faisais attention à ce genre de choses. J’avais envisagé de partir, mais Hantz m’a convaincu qu’on allait vivre quelque chose de bien. Puis j’ai eu mon premier enfant en Ligue 2. Pour moi, je n’étais pas un joueur de Ligue 1. Je me suis dit que si je pouvais rester toute ma vie au Sporting, je le ferais. Je voulais qu’il grandisse en Corse. C’est un grand village. On se sent plus en sécurité. Tout le monde se connaît. Ici, je ne connais pas la ville. Si le petit joue en bas, je ne sais pas si le boulanger le surveille parce que je le connais. Mais je ne joue pas au foot pour être l’idole. Ce n’est pas ça qui me fait avancer. J’étais heureux de rester au Sporting parce que c’est chez moi. Ce n’était pas pour avoir l’image du joueur qui n’est resté que dans un club, pour me comparer à Totti ou à Steven Gerrard. Je n’ai pas leur niveau. C’est de la littérature. Ma carrière n’était pas figée là-dessus. Ma priorité, c’est ma famille. (On entend ses enfants jouer devant les dessins animés.)



Tu as quand même conscience que vu que tu es parti, ta carrière est moins belle ?
Mais ça, je vais te dire que ce n’est pas de ma faute. Quand je pars, je pense que le club est mort. Je ne savais pas de quel niveau on repartirait. Je n’avais pas envie d’évoluer en CFA2. J’avais déjà connu ça et... Non. Voilà.
« Au premier match avec le TFC, contre Montpellier, je m’embrouille avec Giovanni Sio. On était tête contre tête. Les réactions au Stadium étaient bien différentes qu’à Furiani. J’avais l’impression de ne pas faire le même métier. Même s’ils ont fini par m’adopter. »
Quitter mon club dans ces conditions, c’était un traumatisme sentimental. Un choix par défaut. Je ne peux pas dire que c’était un choix imposé, sinon les supporters vont dire : « On t’a pas mis un calibre sur la tête non plus. » Après, Toulouse, au début, c’était difficile. On ne peut pas parler de dépression, le mot est trop fort, parce qu’il faut relativiser. Il y a des gens qui n’ont pas de toit, qui sont au chômage, en mauvaise santé. Mais j’avais énormément d’appréhension. À Bastia, je connaissais tout le monde, à la buvette, dans les bureaux, c’était comme une famille. Toute ma vie a changé. Ça faisait bizarre d’être en violet et plus en bleu. Au premier match, contre Montpellier, je m’embrouille avec Giovanni Sio. On était tête contre tête. Les réactions au Stadium étaient bien différentes qu’à Furiani. J’avais l’impression de ne pas faire le même métier. Même s’ils ont fini par m’adopter.


Quand comptes-tu rentrer au Sporting ?
J’ai encore un an de contrat, jusqu’en juin 2021. La Corse me manque beaucoup. Je me fais livrer des tonnes de finuchjetti (biscuits à l’anis ajacciens, N.D.L.R.). Toutes les personnes qui viennent à la maison sont obligées d’en ramener. Ça, et de la limonade OR. À mon départ, un supporter avait laissé un très beau message en ligne. Enfin, à part qu’il disait que je m’étais fait bouger par Cédric Barbosa. Ça, j’aimerais bien le voir... Attends, je te la trouve. (Il prend son smartphone et cherche « lettre émouvante Cahuzac » . Il la lit en entier et essuie quelques larmes.) Il me bouleverse. J’ai les larmes aux yeux. En fait, j’ai l’impression que ce message raconte toute ma carrière à Bastia... Il faut que je finisse là-bas. La seule chose qui m’inquiète, c’est physiquement. Si je rentre et que je ne peux pas tout jouer, je le vivrai mal. Je travaillerai comme un débile pour être prêt au combat.

Propos recueillis par Thomas Andrei, à Toulouse