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Vincent Volpe : « Tous les Américains connaissent les liens qui unissent leur pays à la Normandie »

Avec sa veste à carreaux ciel et marine sur les épaules, Vincent Volpe (prononcez Volpé) est bel et bien la caution havraise de cette Coupe du monde. Entre deux rendez-vous, l'homme d'affaires américain (59 ans), président du HAC depuis quatre ans, a pris le temps de discuter des coéquipières d'Alex Morgan, du football féminin en général et de la place qu'il tient dans la stratégie de développement du club doyen. Tout ça dans un français parfait.

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Que retenez-vous du premier tour de la Team USA ?
C’est difficile de juger, car jusqu’à présent, les bonnes équipes n’avaient pas encore affronté d’autres bonnes équipes. Face à la Suède (0-2 pour les USA), j’ai trouvé que les Américaines étaient bonnes, mais pas imbattables. Elles ont encore quelques lacunes défensives.

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Si le quart de finale que tout le monde attend ici finit par arriver, pensez-vous que la France a ses chances ?
Je dirais que sur le plan sportif, les deux équipes sont très équilibrées. Mais dans un Parc des Princes rempli de 47 000 personnes, ce sera forcément un coup de pouce pour les Françaises. J’irais même jusqu’à dire que la France est un chouïa plus favorite que les États-Unis.

En tant qu’Américain amoureux du Havre, vous avez dû être heureux de retrouver votre pays pour la deuxième fois cette année, après ce match amical perdu face aux Bleues (3-1) en janvier dernier. Vous leur avez servi de guide ?
Comme j’ai de bonnes relations avec les dirigeants de la Fédération américaine, on a passé quelques moments ensemble, mais sans plus. Ils sont tellement organisés de A à Z ! Toute l’équipe est allée visiter les plages du Débarquement, l’ambassade à Paris, entre autres. Ce ne sont pas des gamines, elles connaissent l’Europe : Lindsey Horan a joué au PSG, Alex Morgan à l’OL... et tous les Américains connaissent les liens qui unissent leur pays à la Normandie. Ce n’est donc pas comme si c’étaient les joueuses sud-africaines qui venaient en France pour la première fois.


Qu’est-ce qui vous a amené, vous, à investir en 2015 dans ce sport que l’on appelle chez vous le soccer ?
On risquait de perdre le club, qui se trouvait alors dans une position financière très délicate. Un ami, dont le père avait joué au HAC, m’a suggéré de me pencher sur le dossier de la reprise, ce que j’ai fait avec un expert-comptable et ensemble, nous avons relevé plusieurs leviers importants. D’abord le stade, c’est un super outil.
« Ma femme et moi n’avons pas racheté le HAC par amour du football, mais d’abord par amour pour notre ville. »
Ensuite, c’est un club formateur, mais qui n’avait plus le prestige des années 1990-2000, où il occupait le quatrième rang du classement de la formation française. En 2015, il était seizième. Et puis le potentiel de développement de l’environnement marketing a également pesé dans la balance. On a donc considéré que si nous parvenions à monter en Ligue 1, cela augmenterait le nombre de spectateurs au stade et la notoriété du club, mais cela amènerait également davantage de visiteurs au Havre. Ma femme et moi n’avons pas racheté le HAC par amour du football, mais d’abord par amour pour notre ville.

Le Havre, vous connaissez effectivement plutôt bien, puisque vous y avez rencontré votre femme et que vous y êtes arrivé il y a bientôt 30 ans.
En effet, j’y ai été muté en 1990 au sein de la succursale locale de Dresser-Rand (une société qui fabrique des équipements rotatifs dans le secteur pétrolier, rachetée par Siemens en 2014, N.D.L.R.) sans parler un mot de français et peu après, j’ai rencontré Christine. Par la suite, on a un peu bougé aux quatre coins du monde, mais en gardant toujours un pied-à-terre au Havre. Aujourd’hui, notre résidence principale est à Houston, mais nous continuons de passer environ la moitié de l’année en France.

Vous êtes originaire du Connecticut. Le football vous intéressait déjà avant de bouger de l’autre côté de l’Atlantique ?
« J’étais plutôt branché sports US, vous n’êtes pas sans savoir qu’aux États-Unis, le soccer est avant tout considéré comme un sport féminin. »
J’étais plutôt branché sports US, vous n’êtes pas sans savoir qu’aux États-Unis, le soccer est avant tout considéré comme un sport féminin. Cela fait presque un demi-siècle que les filles commencent à y jouer dès leur plus jeune âge. Mais j’ai pu malgré tout observer le soccer sous un autre angle pendant des années. Pour des raisons professionnelles, j’ai passé deux ans au Venezuela, où j’ai découvert la ferveur sud-américaine. Et plus je regardais du football en dehors des États-Unis, plus j’appréciais ce jeu. Quand c’est bien joué, c’est magnifique à regarder.


Aujourd’hui, deux de vos compatriotes ont suivi vos traces : Frank McCourt à Marseille et Joe DaGrosa à Bordeaux...
Mais nous ne sommes pas spécialement en contact les uns avec les autres. Tout au plus nous disons-nous bonjour en anglais quand on se croise dans une réunion. Nos trois projets ont une forme différente. Frank est arrivé en France en connaissant la gestion d’un club sportif de haut niveau et avec l’idée de remettre sur les rails un business qui se portait mal, grâce à Jacques-Henri (Eyraud) et un peu d’argent. Je dis un peu, mais tout est relatif, car il en a énormément ! À Bordeaux, c’est un peu différent puisque le club a été racheté par un fonds monétaire qui, par définition, va devoir le revendre en faisant un bénéfice correct.

Quel serait donc la définition de votre projet à vous ?
Ramener Le Havre en Ligue 1 de façon durable, ni plus ni moins. Récemment, j’ai fait un bilan de mes quatre années passées au club, c’était une première pour moi. J’ai été à la tête d’une très grosse société cotée à la bourse de New-York pendant quinze ans (il a revendu ses parts chez Dresser-Rand en 2015 avant de racheter le HAC, N.D.L.R.), ma carrière est derrière moi. Aujourd’hui, je suis en train de rendre un service social et je m’éclate ! Bon, comme beaucoup, je suis un peu frustré, car j’aurais déjà aimé remonter en Ligue 1, mais en attendant, on est hors de danger financièrement et sportivement, et c’est une bonne chose. Maintenant, il nous reste quelques petits points de fonctionnement à améliorer pour être prêts à rester durablement une fois que l’on sera montés : le service qualité, le service clientèle, les recettes supplémentaires engendrées par l’hôtel et le restaurant (ouvert à même le Stade Océane en 2018, N.D.L.R.)... Mais on montera, j’en suis sûr.

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En attendant, vous avez frappé un grand coup dans ce mercato en recrutant Paul Le Guen dans un rôle qui n’est pas banal chez nous : celui de manager à l’anglaise. Comment l’avez-vous convaincu de vous rejoindre ?
Tout d’abord, j’ai étudié la faisabilité de la chose avec Arsène Wenger qui a été très gracieux (sic) avec moi en m’expliquant le fonctionnement du poste qu’il a occupé. J’ai ensuite présenté notre projet à Paul, et il l’a vu comme un défi puisqu'il n’avait jamais été directeur sportif par le passé. S’il n’avait pas accepté, on aurait scindé les deux rôles. Mais on a ressenti sa capacité à diriger les hommes au-delà des séances d’entraînement, pour lesquelles il est déjà bien épaulé par son adjoint Yves Colleu. De toute façon, il y a un coup à jouer, puisque la seule direction vers laquelle on peut aller, c’est vers le haut.

Avez-vous été choqué par les propos de Christophe Dugarry qui a trouvé qu’en signant au Havre, Le Guen partait « s’enterrer » ?
« La France est le pays aux 70 millions de sélectionneurs. Le Havre est la ville aux 250 000 personnes qui ont trouvé que Dugarry racontait des conneries. »
Pour être honnête avec vous, je n’écoute pas trop ce qui se raconte dans les médias. Mais ce qu’il a dit, j’ai trouvé ça plutôt bien pour nous puisque cela a eu un effet rassembleur. La France est le pays aux 70 millions de sélectionneurs. Le Havre est la ville aux 250 000 personnes qui ont trouvé qu’il racontait des conneries.



Revenons-en au développement marketing du club. Vous avez récemment lancé une boutique en ligne à destination du marché américain et sur laquelle on en apprend plus à propos de la section féminine du HAC.
Quand Christine et moi avons repris le club, nous voulions, en plus d’accomplir les objectifs sportifs, promouvoir notre club aux États-Unis, avec lesquels nous sommes liés, et ce, dans le but d’y détecter des talents en bas-âge pourquoi pas, les former sur place avec notre méthodologie havraise. Mais d’un point de vue marketing, nous avons également lancé la marque C’est beau 1872, qui propose des produits ciblés pour jeunes filles sportives, en capitalisant sur le fait que là-bas, le football est un sport féminin et que nous avions jusqu’il y a peu, huit Américaines dans notre section féminine. Cette marque est liée au HAC, mais c’est une société à part. Cependant, il s’agit d’une stratégie gagnant-gagnant, puisque les bénéfices iront au club. Et nous allons bientôt ouvrir une boutique physique à Broadway !


Les New-Yorkais auront une boutique d’un club de Ligue 2 chez eux, c’est plutôt fou comme pari.
Oui, mais regardez bien : on veut améliorer notre image aux États-Unis.
« On choisit la voie la plus facile pour se développer à l’international. Et cette voie, c’est celle des filles. »
Si on le fait avec l’équipe des garçons, on se place derrière des clubs comme Chelsea ou Barcelone. Avec les filles, c’est autre chose. Quand on montera en D1 (le club est actuellement en D2, N.D.L.R.), on sera dans ce qui est pour moi la meilleure ligue européenne. À ce moment-là, ce sera plus facile d’attirer les meilleurs talents, quitte à faire tourner l’effectif à cause de la règle des trois joueuses extra-européennes qui peuvent être inscrites au maximum sur la feuille de match. Mais on choisit la voie la plus facile pour se développer à l’international. Et cette voie, c’est celle des filles.


Vous pourriez ouvrir une académie du HAC aux États-Unis ?
On a déjà organisé deux camps d’été là-bas et un troisième débutera lundi prochain, avec 70-80 participants, filles et garçons. Le plus important, c’est de développer les choses au fur et à mesure. D’abord la marque et ensuite viendra la notoriété pour ouvrir une académie. Mais pour moi, il faut que celle-ci soit liée à une très bonne école. Aux États-Unis, la scolarité est indissociable d’un projet sportif.

La marque de fabrique havraise a-t-elle un rôle à jouer ?
Évidemment ! On ne veut pas faire comme Liverpool qui vend une vignette, envoie quelques maillots, et le club sur place, en échange de quelques royalties, peut dire : « Voilà, je suis Liverpool ! » Mais non, vous n’êtes pas Liverpool ! Nous, on ne veut pas forcément une structure qui rapporte beaucoup d’argent, mais qui, au bout de cinq ou six ans, commence à sortir un ou deux pros par saison.

Imaginiez-vous à votre arrivée que l’équipe féminine prendrait autant d’importance dans votre stratégie de développement ?
Non. C’est arrivé pendant ma deuxième saison, lorsque l’université de Lehigh, où j’ai fait mes études, nous a envoyé deux équipes pour disputer un match amical. L’une de filles, l’autre de garçons. Les garçons ont perdu 1-0 contre notre réserve, les filles ont gagné 7-0, mais cela aurait pu être un carnage. Les Américaines s’entraînaient deux heures par jour, les nôtres, deux heures par semaine. C’est là que j’ai compris qu’il fallait faire quelque chose et que cela pouvait changer vite.

Qu’avez-vous fait ?
Un mois après le match, je suis allé aux États-Unis, et deux coachs m’ont aidé à organiser un séminaire de recrutement. Je suis revenu avec neuf joueuses. Pour notre première saison en R1, on a gagné 21 matchs sur 22 et terminé avec une différence de buts de +138. Cette année, on a terminé deuxième de D2, derrière Reims qui était largement au-dessus. Pour la saison prochaine, l’objectif est donc très clair.

Finalement, on a l’impression que l’ADN du football havrais et américain sont intimement liés.
C’est clair, puisque sur dix joueurs ou joueuses, il y en a huit ou neuf qui ne passent pas pro. De par notre travail éducatif, on espère avoir accompli notre devoir social en en faisant au moins de bons citoyens. Propos recueillis par Julien Duez, au Havre