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« Des supporters de River me pissaient sur la tête »

Pour le grand public, il reste Aragorn, l’un des membres de la Communauté de l’Anneau. Pour les supporters de San Lorenzo, Viggo Mortensen est tout simplement « Guido » , le plus célèbre hincha du club préféré du pape François. Entretien avec un taré de football.

Le football est-il une question de vie ou de mort, ou est-ce que c’est un petit peu plus que ça ?
Il y a une phrase très connue de l’écrivain Eduardo Galeano : « Dans sa vie, un homme peut changer de femme, de parti politique, de religion, mais pas d’équipe de football. » Même s’il faut être flexible dans la vie professionnelle et personnelle, je suis complètement d’accord avec Galeano. Les hommes et les femmes qui se disent supporters d’un club ne peuvent pas être pris au sérieux s’ils changent de couleurs. Dans le football, aussi bien pour ceux qui le pratiquent que pour ceux qui le regardent, il y a constamment des leçons sur la manière la plus noble et élégante de vivre, mais aussi des exemples d’humiliations et de comportements insupportables. Il y a tous les sentiments dans le football, c’est une école sociale. Il est impossible de définir la relation fusionnelle d’un supporter pour son club, tout comme il est impossible d’expliquer ce qui rend ce sport aussi spécial. Une fois, Hector « Bambino » Veira (entraîneur très populaire en Argentine, membre de la génération des « Carasucias » de San Lorenzo, N.D.L.R.) m’a dit : « Pour moi, le football, c’est de la beauté. » Bambi est un type spécial. Il a joué pour deux clubs que tout oppose, San Lorenzo et Huracán, et pourtant, il est aimé des deux franges de supporters. Quelque part, ça nécessite beaucoup de talent.

Le football est-il culturel ?
Culturel et anticulturel. Albert Camus a dit qu’il avait beaucoup plus appris sur la condition humaine et l’éthique sur un terrain de football que n’importe où ailleurs. Les joueurs, entraîneurs et spectateurs sont capables de nous offrir des gestes empreints de courage, et d’un autre côté ils peuvent aussi nous offenser, nous faire enrager et nous déprimer avec les plus bestiaux et malhonnêtes comportements dont l’être humain est capable.

Le réalisateur Jaume Balaguero a dit qu’il n’aimait pas le football avant d’avoir contemplé le Barça de Guardiola.
Dites-lui de chercher des vidéos de l’Oranje mécanique, la sélection hollandaise emmenée par Cruyff, et des vidéos du légendaire San Lorenzo de 1946-1947, l’équipe préférée du pape François. Cette équipe a introduit le football horizontal sur le Vieux Continent durant sa fameuse tournée dans la péninsule Ibérique. Elle jouait tout en toque et défendait merveilleusement bien, avec des footballeurs extraordinaires, notamment en attaque... Farro, Pontoni et Martino. Ils étaient surnommés « El Terceto de Oro » parce qu’ils pratiquaient un football collectif très harmonieux, d’une grande beauté tactique. Ce sont les racines de l’art que Balaguero a observé par la suite dans le Barça de Guardiola.

« Je n’ai jamais voulu que le Real Madrid perde, même pas durant l’époque détestable de l’homme anti-football, Mourinho. »

Tu te souviens de ta première fois dans un stade ?
Au Monumental, la maison de River, à Buenos Aires. J’avais quatre ans, et c’était une journée très ensoleillée. À un moment donné, j’ai dit à mon vieux qu’il était en train de pleuvoir. Il m’a répondu : « Mais comment veux-tu qu’il pleuve ? Il n’y a pas un seul nuage dans le ciel ! » En fait, il y avait des « Gallinas » (surnom des fans de River, N.D.L.R.) qui me pissaient sur la tête, depuis la tribune au-dessus de nous.

Tu as d’autres souvenirs ?
C’est difficile de choisir un match plus qu’un autre... J’ai assisté à certaines parties inoubliables, où des équipes comme San Lorenzo, le Real, l’Atlético, le Barça, des équipes anglaises ou italiennes ont gagné ou perdu. J’ai aussi regardé des matchs de Coupe du monde féminine ou masculine extraordinaires. Et j’ai également pris énormément de plaisir en regardant des matchs de deuxième et troisième divisions. J’adore aussi les matchs de foot improvisés. J’en ai suivi beaucoup dans les rues argentines, nord-américaines, danoises et néo-zélandaises, notamment.

Qu’est-ce qui fait qu’un joueur devient une légende ?
Les meilleurs d’entre eux se caractérisent par leur magie et une vision du jeu spéciale, presque surhumaine, sur le terrain. C’est le dénominateur commun à Maradona, Cruyff, Pelé, Di Stéfano, Ronaldinho, Zidane, Michael Laudrup, Beckenbauer, Peter Schmeichel, Gerd Müller, Marco van Basten, George Weah, George Best, Allan Simonsen, Sanfilippo, Enzo Francescoli, Xavi, Iniesta, Pirlo et beaucoup d’autres... Après, les meilleurs joueurs, pour moi, ont aussi une consistance sportive et un certain esprit de sacrifice. Ils travaillent pour l’équipe jour après jour en faisant ce qu’il faut faire pour élever le niveau de leurs coéquipiers et l’efficacité collective sur le terrain. Pour ce faire, il faut une bonne dose d’humilité, râler peu et ne pas salir les matchs en faisant du théâtre. C’est pour toutes ces raisons que Messi est le meilleur.

Mais tu es merengue !
Ce serait génial si Leo portait le maillot du Real Madrid. Le voir jouer est un plaisir. Peu importe qu’il décroche pour toucher le ballon, qu’il soit à la construction, ou qu’il danse entre des forêts de défenseurs pour finir son action par une passe ou un but extraordinaire : Messi peut faire n’importe quoi avec un ballon. Il voit tout ce qu’il se passe sur un terrain. Il défend. Il assiste. Il attaque. Il vit le bonheur et la tristesse de son équipe. Pour moi, son titre de meilleur joueur du mondial 2014 est mérité, et ça aurait été encore plus juste si son équipe avait gagné cette compétition.

Tu es l’un des seuls à penser ça...
Messi a emmené l’Argentine jusqu’en finale avec sa vision du jeu, ses buts et ses passes. Et il a failli, humblement, mettre une troisième étoile sur le maillot de l’Argentine. Il y a beaucoup de journalistes et de supporters qui ont sous-évalué la prestation de Messi dans cette finale et dans ce tournoi. Beaucoup ne voient pas tout ce que Messi fait et crée pour son équipe. La sélection qu’il menait était meilleure que la Mannschaft ce jour-là. À lui seul, il a effacé de la mémoire collective la claque brutale qu’a infligée l’Allemagne au Brésil. Après, Messi ne peut pas être tenu responsable de la maladresse d’Higuaín et de Palacio. La finale était quelconque, mais c’était un match qui comptait pour l’histoire, et Leo le savait très bien. Même s’il a perdu le mondial brésilien, il continue à grandir pour devenir encore meilleur. On se souviendra de lui comme étant le meilleur joueur de football de l’histoire. Comme Pelé entre les années 1960 et 1980, et comme Maradona l’a été durant les années 1980. Il lui reste encore plein de football dans les bottes.

Tu es hincha de San Lorenzo et du Real Madrid. Comment as-tu vécu la finale du mondial des clubs 2014 remportée par le Real, 2-0 ?
L’équipe de mon enfance, celle de ma vie, c’est le Club Atlético San Lorenzo de Almagro de Boedo. Dans les années 1970, à cause d’Henning Jensen, Juanito, Del Bosque, Pirri, Santillana et Wolff, je suis également devenu un fervent supporter du Real Madrid. Ma loyauté envers le Real est toujours intacte, mais pour la finale de Coupe du monde des clubs, j’ai choisi San Lorenzo parce que le « Ciclón » est l’équipe de mes premières amours. Même si San Lorenzo a perdu, j’ai ressenti beaucoup de satisfaction à voir l’équipe de Carlo Ancelotti, un gentleman, remporter ce trophée. Je n’ai jamais voulu que le Real Madrid perde avant ce match, même pas durant l’époque détestable de l’homme anti-football et anti-poésie, le machiavélique Mourinho. Sauf si le Real rejoue un match face à San Lorenzo, je ne voudrais jamais voir Madrid perdre. Un supporter doit supporter l’équipe de ses amours, mais après le match, quoi qu’il arrive, il faut tendre la main au rival comme l’a fait Ancelotti avec les joueurs de San Lorenzo à Marrakech. Au même moment, Cristiano Ronaldo, l’indiscutable idole marketing et le joueur le plus individualiste du Real, s’est approché de l’entraîneur de San Lorenzo, Edgardo Bauza, pour se plaindre du marquage dont il avait souffert. La vérité, c’est qu’il n’a presque pas touché le ballon du match ce soir-là. On ne va pas se mentir, le ballon d’argent qu’ils lui ont donné lors de ce tournoi aurait dû revenir au défenseur de San Lorenzo, Juan « Pichi » Mercier.

Tu voyages beaucoup juste pour voir les matchs de San Lorenzo. Quelle est la plus grosse folie que tu aies faite pour voir un match ?
J’ai souvent parcouru des milliers de kilomètres juste pour aller voir San Lorenzo au stade, c’est vrai. J’étais à Marrakech lors de la finale de Coupe du monde des clubs. En 2013, alors que j’étais au Maroc pour le tournage de Loin des hommes, j’ai pris un avion pour Buenos Aires. Je voulais assister au dernier match de la saison de San Lorenzo contre Vélez. C’était le match du titre. Sur place, les supporters visiteurs n’ont pas pu rentrer dans le stade de Vélez à cause de la corruption politique qui existe dans toutes les sphères de la société, de la présidence jusqu’au petit fonctionnaire du plus petit village du pays. (Le gouvernement avait interdit le stade aux fans adverses à la suite de la mort de deux supporters en marge des deux dernières rencontres entre ces deux clubs ennemis, N.D.L.R.) Ils favorisent les barras bravas et la violence. Ce sont tous ces gens-là qui abîment le football et l’harmonie sociale dans le pays où j’ai été élevé. Malgré cela, j’ai pu fêter le titre de San Lorenzo toute la nuit dans le quartier de Boedo. Pour San Lorenzo, je ferais n’importe quoi. Je suis monté dans des avions depuis des aéroports asiatiques, nord-américains, africains et européens pour voir jouer le « Ciclón » , et à de nombreuses reprises, je suis arrivé au stade tout juste avant le coup de sifflet final. J’ai aussi fait des efforts complètement absurdes pour voir jouer le Real Madrid et la sélection danoise. C’est un luxe d’avoir pu assister à autant de matchs. En réalité, un vrai supporter n’a pas besoin de voyager pour démontrer sa loyauté et sa passion. On peut pousser les siens depuis chez soi, depuis son quartier, seul ou accompagné, en chantant, avec de l’imagination, de la mémoire et l’espoir de voir son équipe l’emporter. Tous les supporters sont différents. On déteste tous les défaites et on est tous enthousiasmés par les victoires. Certains veulent gagner, et rien d’autre. D’autres, comme moi, en revanche, veulent que leur équipe propose quelque chose de beau, d’esthétique, aussi bien dans la victoire que dans la défaite.

Quelle relation y a-t-il entre le football et le cinéma ?
Ce qui les lie, c’est que le travail, individuel et collectif, peut être bien ou mal fait, ce n’est pas toujours le meilleur qui triomphe. Que ce soit dans le football ou le cinéma, j’ai l’impression que ce ne sont pas ceux qui ont rendu la meilleure copie qui gagnent les prix ou le plus d’argent. Il y a beaucoup de propagande, de mensonges et de politique dans ces deux mondes. Mais au fond, le foot et le cinéma sont deux inventions géniales. Des machines à créer de la beauté et de l’inspiration.

Les footballeurs ont-ils remplacé les acteurs et musiciens dans la culture pop actuelle?
Il se pourrait bien que ce soit le cas. Les acteurs d’aujourd’hui n’ont plus l’aura de ceux d’avant. Depuis trente ans, le public a beaucoup plus accès aux informations personnelles et aux images des acteurs. Il y a encore des chanteurs adorés, des politiciens populaires, mais la valeur médiatique d’un Messi ou d’un Cristiano Ronaldo n’a pas son pareil. Leo en particulier, car il ne laisse pas la presse entrer dans sa vie privée. Il parle très peu aux journalistes. Il y a longtemps, en Europe, les poètes et les généraux étaient les héros des gens. Au XXe siècle, les stars de ciné comme Valentino, Garbo, Chaplin, Brando ou James Dean, et des musiciens comme Gardel, Elvis Presley, Piaf, les Beatles, Jimi Hendrix, Janis Joplin, Jim Morrison ou Kurt Cobain les ont remplacés. Toutes ces stars ont exercé la même fascination sur le grand public. Aujourd’hui, le pôle d’attraction s’est détourné vers les stars du foot, et sur celles du basket-ball comme Michael Jordan, Kobe Bryant et LeBron James. C’est comme ça : les idoles de la culture populaire ont changé.


T’es-tu inspiré d’un joueur pour donner vie à l’un de tes personnages ?
Je ne pense pas, à moins que l’on considère Albert Camus comme un joueur de foot. Il était gardien de but dans son Algérie natale. C’était un fanatique de foot. En tout cas, je me suis beaucoup inspiré de lui pour le personnage de Daru dans Loin des hommes.

Quel footballeur aimerais-tu pouvoir interpréter ?
Je n’ai pas de plan de carrière. Je ne rêve pas d’interpréter tel ou tel rôle. Je cherche avant tout des objectifs différents, des projets qui puissent me faire découvrir de nouvelles choses.

« Je ne respecte pas des joueurs comme Robben, Ronaldo, Busquets, Luis Suárez, Neymar, Balotelli, Drogba, Gareth Bale ou Nani : ils n’arrêtent pas de se jeter par terre et de chialer. »

Dans le football, il y a beaucoup de joueurs qui jouent la « comédie » . Bonne ou mauvaise ?
Le jeu spectaculaire, ambitieux et harmonieux m’enchante. Le théâtre dans le football – feindre une chute, une blessure –, juste pour porter préjudice au rival, me donne envie de gerber. Même s’ils sont ou ont été talentueux, je ne respecte pas des joueurs comme Arjen Robben, Cristiano Ronaldo, Sergio Busquets, Jürgen Klinsmann, Rivaldo, Luis Suárez, Neymar, Balotelli, Dani Alves, Drogba, Gareth Bale, Nani ou Ashley Young. Ils n’arrêtent pas de se jeter par terre et de chialer. Le pire, c’est qu’ils arrivent souvent à changer le cours d’un match avec leur comportement antisportif. Messi est spécial dans ce sens-là, parce qu’il faut presque lui mettre un coup de marteau sur le front pour le faire tomber.

Il y a des films sur le basket, le foot US, le baseball, la boxe. Comment se fait-il qu’il n’y ait pas de film digne de ce nom sur le football ?
C’est très difficile de capter l’essence du football à travers une caméra. Le terrain est grand, et les vingt-deux joueurs sont constamment en mouvement. Le base-ball, et le football américain sont des sports avec beaucoup de temps morts, c’est plus simple à filmer. C’est la même chose pour le basket-ball. La boxe est un sport individuel, qui est pour le spectateur plus facile à suivre parce qu’il n’y a que deux types sur le ring.

Quel joueur es-tu ?
Je joue où on me laisse jouer, quand j’en ai l’occasion, mais beaucoup moins qu’il y a quelques années. Je ne suis pas assez bon pour exiger de jouer à un poste en particulier. Défendre ou attaquer m’importe peu, tout ce que j’aime, c’est le jeu. L’important, c’est que mon équipe contrôle la balle et attaque le plus possible. J’aime être dans les équipes qui cherchent constamment le but adverse. Je déteste le jeu ultradéfensif, la tactique qui consiste à jouer pour ne pas perdre. Je préfère les équipes qui vivent et meurent avec les crampons pointés vers le but adverse.

Article paru dans le SO FOOT 126.

Propos recueillis par Oriol Rodríguez
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