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Une sélection rouge vif

L'Espagne domine incontestablement le football mondial depuis trois ans. Championne d'Europe, championne du Monde, elle est un modèle de jeu, à l'accent catalan. Problème, quatre clasicos sont passés par là. Elle affrontera ce soir en amical les États-Unis, pas un très bon souvenir.

L'Espagne a la meilleure sélection, parce qu'elle a deux des meilleurs clubs du monde. Celui qui l'est incontestablement, et celui qui à coup de millions rêve de lui piquer la place. Deux géants, deux modèles, quatre clasicos. La fin de saison s'annonçait passionnante dans la Péninsule. Le Real de Mourinho, massacré au Camp Nou en début de saison, prenait forme, et croyait pouvoir faire vaciller la suprématie catalane et redevenir roi d'Espagne. On attendait du jeu, du spectacle, des buts, du grand football. On a eu des coups, des provocations, des simulations, et des déclarations fracassantes à tout-va. Moche, très moche. Le Barça l'a emporté parce qu'il était plus fort. Le Real s'est défoulé dans les médias parce qu'à force, c'est frustrant.


Sauf qu'en Espagne, tu prends les locaux du Barça, tu complètes les trous avec ceux du Real, et en gros ça donne la sélection. Et si Messi et Di Maria ou Marcelo et Daniel Alves s'embrassaient chaleureusement une fois le massacre terminé, les Espagnols trouvaient plus spectaculaire de s'achever en conférence de presse. En sélection, on peut ne pas être amis, mais on peut difficilement être ennemis. Bridge et Terry acquiesceront. Del Bosque s'est bouffé les doigts en regardant ses joueurs s'entretuer. Depuis qu'il a récupéré les restes, il tente de calmer le jeu : « Les joueurs n'ont aucun problème les uns avec les autres, moi je vois une très bonne ambiance et une énorme envie de faire deux bons matchs » . En bon discours de façade, Villa prend le relais chez les joueurs : « Il m'est arrivé d'avoir des petites piques avec Casillas quand je jouais à Valence et pourtant on n'en a jamais parlé, le problème c'est que dans un Barça-Real, tout prend des proportions énormes » . Sauf que parler du problème, c'est prouver qu'il existe. Tout le monde n'est pas capable de s'en mettre plein la gueule pendant trois semaines puis de partir visiter l'Amérique ensemble. Iniesta, le héros de Johannesburg, très attaché à la camiseta roja, a moyennement apprécié le spectacle : « Il y a eu des actions vraiment moches, difficiles à comprendre, mais chacun agit comme il veut, et fait en fonction de ses intérêts » . Traduction, vous me faites tous chier avec vos conneries.


Dans tout ça, il y a un quand même un match à jouer, et l'Espagne a plusieurs raisons de ne pas le manquer. D'abord parce qu'il y a un adversaire sérieux en face, celui-là même qui l'avait sorti en demi-finale de la Coupe des Confédérations il y a deux ans, brisant les belles séries de la Roja (15 victoires d'affilée, 35 matchs sans défaite). Ensuite parce que depuis la Coupe du Monde, l'Espagne en amical, c'est un 4-1 contre l'Argentine, un 4-0 contre le Portugal, et une victoire à l'arrache contre la Colombie. Enfin, parce que la Fédération touchera deux millions d'euros pour exposer ses stars à Boston, et qu'à ce prix-là, une nouvelle parodie de football ne serait pas vraiment la bienvenue.


« Il faut oublier le reste pour le bien de la sélection » , prévient Sergio Ramos. Signe que la plaie est encore bien vive. Jouer ensemble sera un effort pour certains. Ou un remède. Si l'Espagne veut continuer à régner sur la planète foot, et battre les États-Unis dans un premier temps, elle devra apaiser ses rivalités internes. Mourinho en sera informé.

Léo Ruiz

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