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Gros Bonnet

Troisième meilleur buteur de Ligue 2, Ugo Bonnet, la pointe de Rodez, surprenant septième de Ligue 2, est l'une des belles sensations de ce début de saison. Reste que sous le man bun se cache surtout l'histoire d'un type qui revient de loin, notamment de Minneapolis, qui s'imaginait plus commercial que footballeur et qui a même un temps pensé percer avec un micro entre les doigts. Portrait.

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Au virage des années 2010, Ugo Bonnet s’est retrouvé seul, avec son père, face à une carte, chez lui, à Castelnau-le-Lez. Là, le paternel lui a montré un point, Rodez, et lui a parlé d’un club, le Rodez Aveyron Football, alors coincé en National. Quelques semaines plus tôt, Bonnet était à Minneapolis, dans le Minnesota, où il a passé une année complète et où le jeune ado a tourné une page : celle de l’enfance, des années passées dans un système scolaire français où il peinait à se situer et d’une jeunesse construite autour d’une incapacité à « rentrer dans les cadres » . La raison ? « Je peinais avec l’autorité, à trouver ma place, aussi, souffle-t-il. Pour moi, l’école était surtout un endroit cool parce qu’il y avait mes potes. J’avais un bon petit niveau, mais je ne faisais pas forcément les efforts, j’étais un gosse agité. Bref, c’était pas simple. Finalement, il a fallu que je parte aux États-Unis pour me construire ma petite identité. » Mais à son retour en France, que faire ? Ugo Bonnet s’imaginait bien dans le commerce, continuer à jouer au foot pour le plaisir, pourquoi pas repartir à l’étranger.
« Les États-Unis, je savais que c’était une expérience. Rodez, je ne savais pas ce que ça allait être. » Ugo Bonnet
« En fait, le foot n’était même plus dans ma tête » , résume celui qui a aujourd’hui 26 piges, une gueule à jouer les Kelly Slater et un statut affirmé : celui de meilleur buteur, reflet de l’excellent début de saison de Rodez, septième de Ligue 2 après douze journées, à la pointe de qui Bonnet a déjà piqué sept fois depuis l’été. Pourtant, au départ, il l’affirme : « Rodez, je n’y étais jamais allé de ma vie... Je ne connaissais que le nom. Pour moi, c’était un peu la campagne, donc j’y suis allé à reculons. Quand tu es jeune, tu as d’autres rêves que de partir habiter aussi loin de tes potes, de ta famille, dans un endroit où tu ne connais personne. Les États-Unis, je savais que c’était une expérience. Rodez, je ne savais pas ce que ça allait être. Mais mon père m’a dit que le club était OK pour me prendre en équipe 3. Alors, en avant... » C’était il y a un peu moins de dix ans et voilà Ugo Bonnet sorti de la salle d’attente où il s’imaginait rester pendant un paquet d’années. Ce que ça fait : « Difficile à dire, parce que je ne m’imaginais pas tout ça. C’était juste un petit rêve que j’avais rangé au fond de moi, dont je ne parlais plus trop. Parfois, la vie, c’est drôle quand même, non ? » Oui, mais pas toujours. Ça, le natif de Montpellier le sait aussi.

Soirée arrosée = membrane arrachée


Car longtemps, Ugo Bonnet a été ce type cité en bon buteur par certains entraîneurs, mais incapable de devenir un indiscutable. L’archétype du footballeur maudit. Il raconte : « Je n’ai jamais été placé parmi les promis. En fait, je ne savais pas trop si on comptait sur moi. Comme à l’école, je n’étais pas un mec hyper cadré : le foot était un plaisir, pas forcément un objectif de vie réalisable à mes yeux, et comme je n’étais pas non plus le bosseur acharné, j’étais un peu rangé dans une drôle de case. Je n’ai pas toujours fait ce qu’il fallait non plus... » La preuve : il y a quelques années, Bonnet a dû ranger ses crampons pendant presque un an, la faute à une jambe brisée au cours d’une soirée trop arrosée. Sale histoire. « C’est un truc con, de gamin. J’étais avec mes potes et l’un d’entre eux a reculé et mon pied s’est bloqué sous une roue de la voiture, décrit-il. Je suis tombé au même moment et la membrane entre mon tibia et mon péroné s’est arrachée. Au début, j’ai un peu caché la vraie raison au club, mais bon, ça s’est su, évidemment. » Rodez reste un village, un endroit où tout se sait, et au club, la nouvelle provoque une moue chez les dirigeants, pas plus. « Parce qu’à ce moment-là, Ugo ne faisait pas vraiment partie de la filière d’excellence, précise Grégory Ursule, l’actuel manager général du club aveyronnais. C’était un profil parmi tant d’autres, alors les gens se disaient juste qu’au fond, le premier pénalisé, c’était lui. On va dire que c’était une épine de plus plantée sur un itinéraire qui est tout sauf celui d’un enfant gâté. » Atypique, l’adjectif est scotché par tout le monde.


Escrime, confiseries et Minneapolis


« Atypique, mais fascinant » , précise son grand pote, le gardien Lionel M’Pasi, arrivé à Rodez en juillet 2016 et qui est tout de suite tombé sous le charme du personnage qu’est Ugo Bonnet : « Les mecs comme ça sont rares, et donc assez uniques. Sa grande force, c’est qu’il a enfin réussi à canaliser son énergie. Avant, il ne comprenait pas, il pouvait sortir d’un match pour un rien, il pouvait s’embrouiller avec tout le monde... C’était le mec qui chauffait les rencontres. » Comment l’expliquer ? Difficile à dire. Seule certitude : ce type sait d’où il vient et c’est la première porte à ouvrir. Une porte derrière laquelle il est possible de trouver, d’abord, des parents dingues de sport, qui ont rapidement poussé le gamin à suer. Bonnet déplie la chose : « J’ai commencé par le judo. J’ai été jusqu’à la ceinture verte. Puis, je suis passé par le hand, pendant deux ans, au MHB. Et finalement, je me suis même retrouvé à faire de l’escrime. J’aimais bien l’épée. » Ugo Bonnet range finalement sa lame, s’éclate plus en short qu’avec une sous-cuirasse, mais grandit surtout dans un environnement bouillonnant, ses parents
« Mes parents avaient une petite entreprise dans le vending, les machines qui distribuent les confiseries ou les cafés dans les entreprises. Le stock, c’était notre garage. Quand j’avais 14-15 ans, ils ont carrément ouvert un show-room, dans lequel ils vendaient des machines Lavazza. Ça a duré trois ans. Après, mon père est parti vivre à Ibiza. » Ugo Bonnet
ayant fait installer leur entreprise au rez-de-chaussée du domicile familial. « Au départ, ma mère était coiffeuse à domicile, mais rapidement, elle a rejoint mon père, explique-t-il. Ils avaient une petite entreprise dans le vending, les machines qui distribuent les confiseries ou les cafés dans les entreprises. Le stock, c’était notre garage. Quand j’avais 14-15 ans, ils ont carrément ouvert un show-room, dans lequel ils vendaient des machines Lavazza. Ça a duré trois ans. Après, mon père est parti vivre à Ibiza. » Sur l’archipel, le papa d’Ugo Bonnet décide de racheter une glacerie et, là encore, la mère suit et vient lui filer un coup de main pendant quelques mois de l’année. L’été, le fiston les rejoint avec des potes. « La belle vie, c’était superbe, évidemment ! »

Ugo Bonnet décide aussi de saisir la période pour filer à l’étranger. Direction les États-Unis, donc. Une idée de ses parents, qui avaient économisé pour les études de leur fils. Le projet est simple : une année à Minneapolis, en famille d’accueil, pour voir. Voilà ce qu’il a vu sur place : « Bien sûr, au bout d’une semaine, je me suis dit : "Putain, mais qu’est-ce que je fous là ?" Et je me suis mis dedans, j’ai vite appris l’anglais, je me suis fait des potes... Et je me suis éclaté ! Au départ, j’étais chez un couple de jeunes adultes. Ils avaient 23 et 26 ans, ça s’est bien passé jusqu’à Noël, puis ça s’est compliqué. Ils me prenaient pour le petit, ils étaient toujours derrière moi, je pense qu’ils n’étaient pas prêts à gérer un ado de 16 ans. Finalement, je me suis retrouvé chez leurs voisins ! Des personnes plus âgés qui sont devenus des seconds parents. Là-bas, j’ai eu ma graduation, dans un environnement sans le moindre français, ça m’a fait grandir. » Dans le Minnesota, Bonnet se fait aussi sa petite réputation au soccer et retrouve confiance auprès de profs avec qui il échange souvent pendant et après les cours. « C’était mon chemin » : Ugo Bonnet semble croire à l’idée d’une route pré-tracée.

« J’ai vraiment cru que j’allais être rappeur »


Lorsqu’il revient près de Montpellier, en 2010, le buteur retrouve surtout son autre monde et son autre identité : Yougo, son nom de scène et de membre du groupe NRF34. Le rap a toujours été dans la vie du bonhomme, qui concède une admiration pour Rohff et parle de son amour pour l’exercice du freestyle. « Pour moi, c’est un style de vie, une façon de voir les choses, allume-t-il. J’ai toujours été un peu là-dedans : le freestyle, les battles en soirée entre potes... Là, ça fait deux ans que j’écris un peu moins, mais à un moment, j’ai vraiment cru que j’allais être rappeur. On m’a encouragé à persévérer là-dedans, on m’a dit que j’avais un petit talent. Mais j’ai jamais passé le cap. » Il y a trois ans, Ugo Bonnet s’inscrit quand même sur l’application BattleMe, où se réunissent des freestyleurs autour de thèmes imposés, et participe à un tournoi avec une centaine d’autres rappeurs. Résultat, Bonnet s’impose et chope une belle opportunité : « J’ai pu monter à Paris, visiter les studios où Fianso enregistre ses sons, rapper sur Urban Hit... Et j’ai pu mixer dans des studios à Pantin. Aujourd’hui, il m’arrive encore de rapper dans certaines soirées, pour mes potes. Parfois, ça part en freestyle, ça me fait du bien. Je me suis toujours dit qu’après ma carrière dans le foot, je me lancerai à 100% là-dedans. » Lors de ses années entre la CFA et le National, il n’était d’ailleurs pas rare de le voir se lancer lors d’apéro de samedi soir devant Lionel M’Pasi et quelques autres potes. « Avant de sortir, il avait toujours sa petite partie rap, c’est Ugo quoi » , sourit le gardien ruthénois.



Au moment d’évoquer le côté artistique de son buteur, le coach de Rodez, Laurent Peyrelade, qui a découvert Bonnet au printemps 2015, ne tremble pas : « Je suis assez fan de ce qu’il est en tant que joueur, mais surtout en tant qu’homme. Il y a de la vie en lui. Il grouille de pensées, d’idées... Il ne se prend pas pour ce qu’il n’est pas. Il est juste, comme ça : vivant. Et comme c’est quelqu’un qui a une grande intelligence, il peut te surprendre, chaque jour un peu plus. » De l’avis de tous, c’est justement grâce à Peyrelade que la carrière de l’attaquant de Rodez a basculé, lui qui bossait encore l’année dernière comme surveillant dans un lycée - « le seul boulot qui me permettait d’être flexible par rapport à l’entraînement » - et qui, avant ça, était en alternance dans une concession Fiat, où il a pu valider un BTS Négociation et Relation Client (NRC). Ce que l’ancien buteur du LOSC a trouvé en arrivant : « Un joueur atypique, pas du tout organisé dans son jeu, pas du tout organisé dans sa pensée. Un mec qui fonctionnait
« Je suis assez fan de ce qu’il est en tant que joueur, mais surtout en tant qu’homme. Il y a de la vie en lui. Il grouille de pensées, d’idées... » Laurent Peyrelade
quasi-uniquement à l’instinct, complètement foufou et qui ne faisait pas vraiment attention aux autres. Il avait aussi du mal à rester concentré sur la durée. Sa générosité débordait souvent sur sa concentration. Mais il avait aussi de grosses qualités athlétiques, une capacité à changer d’allure très souvent, et comme il aime apprendre, ça a roulé. Il suffisait de mettre les bonnes cases aux bons endroits.
 » En quelques années, Ugo Bonnet est alors passé du joueur qui ne s’imaginait pas vivre du foot au joueur qui fait flipper les défenses de Ligue 2.


« C’est assez incroyable quand on y repense, se marre-t-il. Grâce à Laurent, j’ai compris que j’avais le niveau, que je ne faisais pas forcément tâche par rapport aux titulaires... Il fallait que j’attrape cette chance. J’ai pris confiance en moi, pris goût au travail, j’ai commencé à m’intéresser au jeu, aux déplacements à faire... Et quand j’ai compris qu’on allait monter en Ligue 2 la saison dernière... » Tout a changé : la vie, le regard des gens, celui des gosses en ville qui viennent lui demander des autographes... Bonnet : « Des enfants disent qu’ils sont fans de moi aujourd’hui, ça fait bizarre. Moi, j’étais fan de Trezeguet, de Ronaldo, on me demande des photos... C’est assez inimaginable. » Si inimaginable que Grégory Ursule, qui avait vu Bonnet débarquer dans l’anonymat il y a une dizaine d’années, ne cache pas son « agréable surprise » . Aujourd’hui, Ugo Bonnet, fan assumé du Montpellier HSC, n’est surtout plus seul : le voilà dans un cadre, un vrai, sorti de la salle d’attente.

Par Maxime Brigand