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Top 100 : Cartons rouges de légende (5e) : Dan Huss, Pompe my ride

Le 24 mai 2008, le stade Josy-Barthel accueillait la finale de la Coupe du Luxembourg. À moins que ce derby entre Grevenmacher et Rosport n'ait véritablement eu lieu la veille, dans la station service de la zone industrielle de Potaschberg.

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#5: Daniel Huss - 2008

ACS Grevenmacher – Victoria Rosport (4-1), Coupe du Luxembourg, 24 mai 2008


Grevenmacher, 4 200 âmes, est une ville du Luxembourg située à l’est du pays, séparée de l’Allemagne par un seul petit pont d’une centaine de mètres. Quand on a épuisé les blagues sur la taille de ce bled minuscule et les lapalissades sur le pognon qu'engendrent les banques du pays, que reste-t-il ? Dan Huss. Fils d’un couple de pompistes, Daniel Huss a été expulsé du corps de sa mère le 4 octobre 1979. Mais c’est à quatre ans qu’il voit véritablement le jour, lorsqu'il reçoit son premier ballon. Deux ans plus tard, Dan a enfin l’âge de signer sa première licence, au CS Grevenmacher. Le choix d’une vie.

Working-class hero


Même s’il tape dans l’œil des formateurs du FC Metz à l’âge de 12 ans, même s’il passe à l’adolescence deux saisons dans les équipes de jeunes du Standard de Liège, puis part tenter sa chance du côté de Kaiserslautern, Dan Huss n’a en effet jamais pu vraiment s’éloigner de son village de toujours. La France l’a jugé trop tendre, la Belgique lui a extorqué 4 000 euros par mois pour le loger dans une famille d’accueil, le scolariser et l’équiper, et l’Allemagne l’a repoussé également. Aux yeux des fans du CS Grevenmacher, Dan Huss se situe à l’inverse tout en haut à droite, à côté du père de Jésus-Christ. Auteur d'un doublé héroïque lors de la dernière journée de la saison 2011-2012 au Fola (1-2) qui enverra les siens en Ligue Europa, l'avant-centre récoltera par exemple ce compliment de son entraîneur Marc Thomé : « Dan Huss mérite une statue. » Les Français appellent ça une hyperbole, les Luxembourgeois une évidence. L’équipe nationale ? Dan a aussi connu. 44 sélections, 0 victoire, 3 buts. Rien de bien excitant à côté de ses statistiques avec Grevenmacher qu'il a quitté en 2014 : 364 matchs, 228 pions, et une folle saison 2003 qui l’a vu finir meilleur buteur de Division nationale et réaliser collectivement le doublé coupe-championnat. Sur place, Dan Huss est connu pour être le type qui regarde la Bundesliga avec ses potes tous les samedis après-midi autour d’une bière brune, et qui ne sort jamais sans sa gourmette, sa chevalière ni sa dignité. À chaque intersaison, l’emblème du CS Grevenmacher balaye d’un revers de la main les propositions émanant des plus grands clubs du Luxembourg. Une attitude de working-class hero qui lui vaut l’admiration de tous.

Incapable de cuisiner des spaghettis


Une quinzaine de kilomètres plus loin, c’est pourtant une autre rengaine qui se chante. À Rosport, les bouillants supporters du Victoria aiment à présenter Dan, qui a quitté l'école à 15 ans, comme un sous-homme. On y raconte que la première fois qu’il s’est retrouvé en tête-à-tête avec une casserole, Dan a fait cuire les spaghettis sans verser d’eau au préalable dans le récipient. Les âmes les plus méchantes parient aussi sur le nombre de ses échecs à l’examen du permis de conduire. Même si le joueur claironne partout qu’il possède une 206 et que son rêve ultime consiste à se glisser au volant d’une Mustang Shelby GT, le fait est que personne ne l’a jamais vu piloter quoi que ce soit. Pourquoi tant de médisance ? Sans doute parce que Dan joue chez le rival, alors que son frère et son père ont jadis porté le maillot du Victoria. Le Luxembourg est comme tous les autres pays : il pardonne rarement à ceux qui lui ont tourné le dos. Or Daniel Huss est coupable d’avoir habité à Rosport pendant trois ans, lorsque ses parents y avaient ouvert un café. Choisir le CS Grevenmacher est son péché originel.



C’est le 24 mai 2008 que se noue finalement le drame. À Luxembourg-Ville, 4000 spectateurs s’entassent dans le stade Josy-Barthel pour assister à la finale de la Coupe nationale qui oppose le CS Grevenmacher au Victoria Rosport. Une semaine plus tôt, les deux clubs se sont déjà affrontés dans un derby de l’Est sulfureux. Pour la dernière journée de championnat, Rosport devait l’emporter à tout prix pour espérer se maintenir. Mais le CSG n’a pas hésité au moment d’envoyer son ennemi au tapis. Victoire 6-0, dont un but de Huss. En sortant des vestiaires, Dan est alpagué par un supporter et ancien joueur de Rosport, ami de son père : il aurait pointé du doigt le public en guise de célébration de but. La bravade de trop.


Durant la semaine qui précède la finale, les joueurs de Rosport promettent à leurs adversaires que s’ils remportent le trophée, ils viendront parader dans Grevenmacher en tramway afin de célébrer leur triomphe. À l’entraînement, on cherche des solutions pour régler son compte à l’affreux Dan Huss. L’un des joueurs propose de soumettre l’attaquant à une équation mathématique en début de rencontre, certain que cela l’occupera pendant les quatre-vingt-dix minutes suivantes. La veille du match, Dan, qui passe quarante heures par semaine à trimer dans la station service de la zone industrielle de Potaschberg, reçoit de la visite. Les joueurs de Rosport débarquent au compte-gouttes les uns après les autres se faire vérifier pneus, moteur, eau et huile. Objectif : voir le traître se briser l’échine sur leurs engins, amocher son honneur, et épuiser ses capacités physiques. En espérant que le lendemain, il ne sera pas lui-même sur le terrain.

Des caresses à l’entrejambe


Le jour du match, la tactique marche au-delà de tout pronostic. Mais pas dans le sens prévu. Remonté comme un taureau espagnol lancé dans l’arène, Dan Huss double la marque dès la 21e minute. Il pique alors un sprint vers la tribune principale, ralentit et montre son majeur à l’assistance. Puis reprend sa course et fait le tour de la pelouse en effectuant bras d’honneur sur bras d’honneur à destination du public. Lorsqu’il arrive devant les fans du Victoria Rosport, il porte les mains à son entrejambe et se caresse sans vergogne. Peut-être le moment le plus savoureux de sa carrière, jusqu’à ce que l’arbitre sorte le carton rouge et le renvoie au vestiaire. Trop rock’n’roll pour une finale de Coupe du Luxembourg, Huss ne repasse même pas par le vestiaire se faire engueuler par son coach. Plutôt que de rejoindre les siens, il vit le reste du match caché derrière un escalier du stade. Il ne soulèvera pas non plus la coupe, pourtant gagnée par son équipe (4-1). La fête est gâchée. Dan participe à l’après-match sans vraiment y être, le cœur un peu bousillé. Sommé de s’expliquer le lendemain de la rencontre, le capitaine de Grevenmacher aura du mal à détailler ses sentiments : « Cette finale est à la fois une très grande fierté et une très grande tristesse. »



Par Matthieu Pécot Mise à jour d'un article initialement publié dans le So Foot n°65 (mai 2009)
Photos : Roland Miny

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